Crevette nordique

Crevette nordique
Nom latin

Pandalus borealis

Nom du groupe

invertébrés

Information taxonomique (en anglais seulement)

Habitat

La crevette nordique se retrouve partout dans l'Atlantique Nord et le Pacifique Nord, se développant extrêmement bien dans les eaux froides de 2 à 6 °C. Elle préfère les fonds sableux et vaseux. Son aire de répartition dans l'Atlantique s'étend depuis le détroit de Davis jusqu'au golfe du Maine vers le sud. Dans le Pacifique Est, on la retrouve depuis les îles Aléoutiennes jusqu'en Oregon et dans le Pacifique Ouest, depuis la Sibérie jusqu'au Japon. Au Canada, les principales pêches de la crevette nordique sont pratiquées à l'est de la côte de la Nouvelle-Écosse, dans le golfe du Saint-Laurent, dans le détroit de Davis, ainsi qu'au large du Labrador et de la côte nord-est de Terre-Neuve.

Description de l'espèce

Comme tous les crustacés, la crevette nordique est dotée d'une carapace rigide. Elle est de couleur rose pâle à rose rougeâtre. Le corps, musclé, porte six pattes ambulatoires et quatre pattes servant à l'alimentation. La queue se termine par des pléopodes, qui servent à nager et à fuir les dangers. La crevette nordique peut atteindre 15 centimètres de longueur environ, quoique sa longueur moyenne soit environ la moitié de cette valeur. À certains endroits, elle peut vivre plus de huit ans.

Valuation de la crevette et recherches

Pandalus borealis, (cliquer sur l'image pour l'agrandir) est la cible de l'une des pêches les plus importantes au monde. Cette pêche rapporte annuellement environ un demi milliard de dollars. Le personnel scientifique de l'IOB effectue tous les ans une évaluation scientifique du stock de crevettes de l'est du plateau néo écossais et fournit, aux gestionnaires des pêches du MPO et à l'industrie de la pêche de la crevette, un avis sur ce stock, ses perspectives et le total autorisé des captures (TAC). L'évaluation et l'avis sont passés en revue dans le cadre d'une réunion du Processus consultatif régional, puis ils sont publiés par le Secrétariat canadien de consultation scientifique sous forme de documents de recherche et d'avis scientifiques.

En plus de l'approche traditionnelle de« stock comme compte bancaire », où le poisson est une unité (en dollars), et l'abondance (le principal), le recrutement (les dépôts), la croissance (l'intérêt), ainsi que la mortalité par pêche et la mortalité naturelle (les retraits), sont déterminés par relevé et modélisation mathématique, les évaluations de la crevette tentent de prendre une vue plus globale conforme à l'approche écosystémique des pêches [Ecosystem Approach to Fisheries] (en anglais seulement). De plus, les stratégies de récolte ont toujours été prudentes [precautionary] (en anglais seulement). Par conséquent, les effectifs du stock de crevettes de l'est du plateau néo écossais ont augmenté ou se sont maintenus à des niveaux élevés tout au long de l'histoire de la pêche de ce crustacé.

Pour renforcer cette approche, des scientifiques de l'IOB et des spécialistes canadiens de la crevette ont élaboré la méthode des feux de circulation (traffic light, Koeller_precautionary.pdf), qu repose sur la considération d'une gamme d'indicateurs de l'abondance, de la production, des effets de la pêche et de l'écosystème pour déterminer l'état de santé d'un stock et formuler des avis de gestion.

Figure 2 - Un exemple de «feux tricolores» du système.

Un exemple de «feux tricolores» du système.

Figure 1 - Photo d'une crevette, gracieuseté de Bob Semple.

Photo d'une crevette, gracieuseté de Bob Semple.

Figure 3 - Une capture de la crevette étant vidés sur un bateau.

Une capture de la crevette étant vidés sur un bateau.

La compréhension des mécanismes biologiques modulant les indicateurs environnementaux et écosystémiques clés de la santé des stocks, comme la température de l'eau et l'abondance des prédateurs, fait partie intégrante de la préparation et de l'amélioration des évaluations écosystémiques de stock. Pour approfondir cette compréhension, des scientifiques de l'IOB effectuent des recherches sur le rôle éventuel de P. borealis comme espèce indicatrice de changements écosystémiques et climatiques, y compris l'influence de processus descendants (p. ex prédateurs) et de processus ascendants (p. ex. abondance du phytoplancton) sur l'abondance des crevettes.

La crevette nordique est bien assise en plein milieu du réseau alimentaire de l'Atlantique Nord, entre les organismes de petite taille dont elle se nourrit, nommément le phytoplancton et le zooplancton, qui forment la base du réseau alimentaire, et les prédateurs supérieurs qui s'en nourrissent en retour, comme la morue et d'autres espèces de poissons d'importance commerciale. Cette particularité en fait l'équivalent marin du canari des mines, sensible à divers types de changements dans l'écosystème.

À l'effondrement des stocks de poisson de fond au début des années 1990, les effectifs des populations de crevettes ont explosé, en partie à cause de la chute de la pression par prédation. De plus, les conditions environnementales étaient favorables à la crevette, en particulier, la température de l'eau, qui était plus basse. La raison expliquant la sensibilité des populations de crevettes de l'Atlantique Nord à la température de l'eau a été découverte lors d'une étude internationale [international study (Koeller_et_al.pdf)] dirigée par des scientifiques de l'IOB.

Ils ont découvert que, dans l'ensemble de l'Atlantique Nord, les œufs de crevette éclosaient en moyenne dans les quelques jours suivant l'amorce de la poussée phytoplanctonique printanière annuelle, lorsque la nourriture est la plus abondante. Cela est remarquable pour deux raisons :

  1. la durée de la période de développement des œufs, de l'été au printemps suivant, varie de 6 à 10 mois, selon la température de l'eau au fond (ci dessus) et
  2. le moment de l'amorce de la poussée phytoplanctonique varie à l'échelon de l'océan, selon divers facteurs, comme des changements latitudinaux dans le rayonnement solaire [à droite − jour de l'année de la fraie (bleu), de l'éclosion des œufs (rose) et de la poussée phytoplanctonique (vert); en dessous − moment de la poussée phytoplanctonique printanière dans l'Atlantique Nord, rouge indique qu'elle se produit tard et vert, tôt].
Figure 4 - Un graphique montrant la relation entre la température de l'eau et le nombre de jours qu'il faut pour les oeufs de crevettes à se développer.

Un graphique montrant la relation entre la température de l'eau et le nombre de jours qu'il faut pour les oeufs de crevettes à se développer.

Figure 5 - Le moment de la floraison.

Le moment de la floraison.

Figure 6 - Diagramme montrant les températures de l'eau dans l'Atlantique.

Diagramme montrant les températures de l'eau dans l'Atlantique.

Pour que les œufs de la crevette nordique éclosent dans les quelques jours suivant le déclenchement de la poussée phytoplanctonique dans l'ensemble de son aire de répartition, les parents doivent s'accoupler au bon moment l'année précédente, en tenant compte des différences locales dans la durée de la période de développement des œufs et du moment de l'amorce de la poussée phytoplanctonique. La crevette nordique y est parvenu en adaptant son cycle de vie aux conditions environnementales au fil du temps, de sorte que le moment de l'éclosion des œufs coïncide avec le moment de la poussée phytoplanctonique en moyenne.

Ètant donné que la température de l'eau et le moment de la poussée phytoplanctonique ne se situent pas toujours à un niveau moyen, la relation entre le moment de l'éclosion des œufs et le moment de la poussée phytoplanctonique qui s'est développée au fil des millénaires peut être déphasée, ce qui diminue ou améliore les chances de survie des larves.

À mesure que les conditions changent à cause de la variabilité à court terme (interannuelle) dans le moment de la poussée phytoplanctonique et de la température au fond, ou de tendances à long terme dans ces variables causées par le réchauffement planétaire, les stocks de crevettes réagiront en conséquence. Une telle réaction, si elle est bien interprétée, pourrait être un signe avertisseur de changements fondamentaux dans l'écosystème marin nécessitant des mesures correctives immédiates, et non seulement aux stratégies de récolte des crevettes.