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Ce que nous avons entendu : Adapter les pêches de l’est de l’Arctique aux changements climatiques

(Nunavut, Nunatsiavut, Nunavik et Baie-James)

Remarque : Pêches et Océans Canada (MPO) a organisé une série de sept ateliers régionaux afin de discuter des répercussions des changements climatiques, des obstacles à l'adaptation et des mesures à prendre pour soutenir la résilience des pêcheurs et de l'industrie de la pêche sauvage au Canada.

Rapport sur ce que nous avons entendu : perspectives régionales sur l’adaptation des pêches canadiennes aux changements climatiques

Sur cette page

Avertissement

Le rapport suivant contient les opinions exprimées par les personnes qui ont assisté aux ateliers régionaux et ne reflète pas nécessairement les points de vue de Pêches et Océans Canada (MPO).

Tout au long du présent rapport, les opinions des participants sont présentées telles qu’elles ont été reçues par le MPO. Cependant, dans certains cas, il existe des divergences entre les interprétations des participants et ce qui est autorisé par le MPO. Ainsi, les commentaires des participants ne sont pas toujours conformes au cadre légal, réglementaire et stratégique tel qu’il est entendu par le MPO. En outre, les recommandations des participants citées ci-dessous reflètent un consensus, mais ne doivent pas être interprétées comme ayant fait l’objet d’un consentement unanime.

Résumé : principaux points à retenir

Les participants ont déclaré que les changements climatiques avaient plusieurs effets sur leurs pêches, notamment :

Les participants prennent plusieurs mesures pour s’adapter aux effets des changements climatiques, notamment :

Les participants ont souligné ce qu’ils considèrent comme étant certains des plus grands obstacles à l’adaptation, notamment :

Les participants ont cerné plusieurs mesures clés pour aider les pêches à s’adapter aux changements climatiques, notamment :

Rapport

Effets des changements climatiques et obstacles à l’adaptation

Quels sont les effets des changements climatiques sur vos pêches? Quels sont vos principaux défis et préoccupations? Qu’est-ce qui a le plus changé

Les effets des changements climatiques sur les pêches dans l’est de l’Arctique sont complexes et multidimensionnels. Les participants ont signalé des changements dans la répartition, la migration et/ou le cycle de vie, l’abondance et la santé des espèces. On a fait remarquer que ces types de changements sont également observés chez les mammifères marins, qui représentent les principaux prédateurs dans les chaînes alimentaires marines. Les participants ont signalé des changements importants dans les conditions météorologiques et l’état des glaces, ainsi que des préoccupations au sujet des effets du climat sur la sécurité alimentaire. On a noté une variation dans le degré des effets climatiques actuels, tout comme les secteurs préoccupants et les possibilités éventuelles. Dans l’ensemble, on s’entendait pour dire que le degré et la vitesse auxquels les choses se produisent devraient être considérés comme alarmants.

De nombreux participants ont signalé des changements observables dans la répartition et les comportements migratoires des espèces. L’augmentation des températures de l’eau contribue aux changements dans la répartition, avec un mouvement global vers le nord. Les espèces que l’on trouvait autrefois dans les zones plus tempérées du sud se déplacent vers le nord, tandis que les espèces des eaux plus chaudes deviennent plus abondantes dans les eaux arctiques. Cela s’ajoute aux préoccupations croissantes au sujet de la présence accrue d’espèces envahissantes et de la possibilité qu’elles déstabilisent davantage les écosystèmes locaux et menacent les espèces indigènes. Les comportements migratoires (p. ex. le moment et la durée du séjour) de certaines espèces semblent également changer, ce qui a une incidence sur les pratiques de récolte traditionnelles.

Certaines observations ont été faites sur des espèces en particulier :

On nous a dit que les organisations de chasseurs et de trappeurs (OCT) et les Inuit sont particulièrement préoccupés par l’incidence que les changements climatiques semblent avoir sur les mammifères marins. La baleine boréale, le narval et le béluga ainsi que le phoque annelé ont été mentionnés. Les participants ont déclaré avoir observé une augmentation de l’abondance des mammifères marins, des changements dans la période de migration, des observations à de nouveaux endroits et des observations dans les zones attendues pendant de plus longues périodes. Cela soulève des questions sur ce que ces changements signifient pour d’autres espèces qui coexistent dans l’environnement marin, y compris les répercussions sur la relation prédateur-proie et si ou comment le ministère des Pêches et des Océans (MPO) intègre des changements parmi les prédateurs de niveau trophique supérieur dans des évaluations écosystémiques plus vastes.

Il y a des changements observables dans la santé du poisson individuel aussi. Les participants observent de plus en plus de poissons qui ont des problèmes de santé, comme des maladies, des blessures et des changements dans l’état corporel ou entendent des préoccupations à ce sujet. Par exemple, il a été dit de la chair de l’omble chevalier qu’elle était plus pâle et plus molle. Cette situation, combinée à la mortalité de plusieurs poissons au cours des dernières années, a soulevé des préoccupations quant à la santé et à la durabilité à long terme des populations de poissons dans la région.

L’évolution des conditions météorologiques et de l’état des glaces est devenue un sujet de préoccupation important. Les participants ont déclaré avoir vécu des tempêtes plus fréquentes et plus violentes. De plus, l’augmentation de la force du vent et les changements dans la direction du vent entraînent de hautes vagues et des conditions de récolte imprévisibles. Toutes ces conditions ont une incidence sur les saisons de pêche, car les pêcheurs sont forcés d’attendre plus longtemps que les conditions météorologiques changent, et mettent en péril la sécurité des pêcheurs en mer.

Des changements observables de l’état des glaces ont été soulevés à plusieurs reprises et se sont reflétés dans les trois groupes de discussion. Les commentaires se divisaient généralement en trois catégories : temps de gel/dégel, épaisseur de la glace et augmentation du vêlage.

La glace se forme plus tard et fond plus tôt, et il y a davantage d’incertitude et de désaccords quant au moment où la glace est suffisamment épaisse pour être sécuritaire. La variabilité des périodes de gel/dégel et des dates d’apparition et de disparition de la glace rend plus difficile de prédire quand les saisons de pêche peuvent commencer ou se terminer, ce qui perturbe les horaires de pêche traditionnels et crée des risques pour la sécurité de ceux qui comptent sur des conditions de glace sécuritaires pour la récolte. Certains participants ont signalé que des motoneiges s’étaient enfoncées dans l’eau. 

L’augmentation du vêlage des glaces et la présence de plus gros icebergs présentent de nouveaux risques pour les navires, même ceux qui sont protégés contre les glaces. Cela rend la navigation plus dangereuse, particulièrement dans les pêches hauturières, et ajoute de l’incertitude aux opérations de pêche.

Certains participants ont souligné que pas tous les effets actuels et prévus des changements climatiques dans la région sont négatifs. Par exemple :

Peu importe si les effets des changements climatiques étaient positifs ou négatifs, ils contribuent tous à un certain degré d’incertitude pour les pêcheurs au sujet de l’avenir des pêches, de la santé des écosystèmes et de la sécurité alimentaire dans l’est de l’Arctique.

Quelles mesures prenez-vous pour répondre ou vous adapter aux conséquences des conditions changeantes   

Les participants ont parlé de certaines mesures prises par l’industrie, les communautés ou les particuliers pour réagir aux changements climatiques ou s’y adapter. Ces mesures comprennent des mesures d’atténuation visant à réduire les prises accessoires de laimargue atlantique, l’élaboration d’un outil conçu pour accroître la capacité prédictive, et de nombreuses mesures prises au niveau communautaire.

Les participants ont également mentionné qu’ils encourageaient les membres de la collectivité à tirer parti des occasions d’en apprendre davantage sur des choses, comme la pêche côtière, comment utiliser l’équipement, etc. Certaines communautés veulent participer à des occasions de formation et des membres de communautés suivent de la formation en recherche scientifique menée au niveau communautaire. On a fait remarquer que les gens qui possèdent ces connaissances peuvent les transmettre et former d’autres personnes, et que les collectivités inuites pensent toujours à la prochaine génération.

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles à l’adaptation

De nombreux thèmes sont ressortis durant cette discussion sur les barrières à l’adaptation climatique, notamment les obstacles financiers, les obstacles liés à la science et aux données, la gestion des pêches, l’échange et la communication de renseignements, la structure organisationnelle du MPO, et l’infrastructure essentielle.

Le manque de financement investi dans les activités scientifiques et de collecte de données pour combler les lacunes en matière de connaissances, ainsi que la planification à long terme, a été soulevé à maintes reprises. Cette contrainte de financement semblait être une priorité pour la majorité des participants. Outre les investissements insuffisants dans la science et la collecte de données, voici quelques-uns des autres obstacles financiers fréquemment cités :

Les participants ont fait remarquer que les lacunes dans les données et le manque d’information de base rendent difficile la compréhension complète des effets des changements climatiques sur les pêches de l’est de l’Arctique, de même que la capacité à définir avec certitude le rythme des changements ou des répercussions. Les participants ont souligné que le MPO a la possibilité de reconnaître l’importance des données pour les comparaisons de base et de la surveillance à des niveaux suffisants pour fournir les données nécessaires pour détecter les changements au fur et à mesure qu’ils se produisent. Les participants ont souligné à maintes reprises l’importance d’effectuer une analyse des lacunes en matière de données et d’avoir accès aux données de référence non pas seulement pour suivre les changements climatiques, mais aussi pour appuyer la capacité de faire des prévisions futures. Ils ont noté qu’une augmentation des données et des connaissances scientifiques améliorera la certitude et renforcera la capacité prédictive des pêcheurs à s’engager dans la planification future et à prendre des décisions d’investissement. Les participants ont donné quelques exemples précis d’améliorations, en matière de science et de données, qui pourraient renforcer les actions d’adaptation : une meilleure compréhension des relations prédateur-proie et de l’échelle spatiale à laquelle la recherche est menée; le renforcement de la collecte prospective de données; une intégration plus efficace de la science occidentale et de l’IQ, ainsi qu’une transparence accrue. Plus particulièrement :

La nature réactive des régimes et des politiques de gestion des pêches a été évoquée à plusieurs reprises comme un obstacle. De nombreux participants sont d’avis que les capacités prédictives, la cohésion et les systèmes de gestion orientés vers l’avenir sont nécessaires de toute urgence. La gestion proactive des pêches pourrait être assurée par l’utilisation d’outils et de processus prédictifs et par l’augmentation des capacités.

Un grand nombre de commentaires pourraient être considérés comme reflétant un désir de clarté et de précision accrues lors de la communication de renseignements dans divers secteurs, y compris la communication et l’échange d’information entre les universitaires et les collectivités, les différents ordres de gouvernement, ainsi que l’industrie et les pêcheurs inuits.

L’importance de communiquer les résultats et les constatations aux personnes qui ont participé à la recherche a été citée comme un élément clé du succès. Selon les commentaires des participants, les pêcheurs et les membres de la collectivité qui contribuent aux efforts de recherche aimeraient recevoir des commentaires une fois la recherche terminée. La communication des résultats permettra de responsabiliser les participants en reconnaissant leur contribution. Lorsque les résultats et les rapports ministériels sont communiqués aux communautés, les participants ont estimé qu’il serait très utile de faire des suggestions pragmatiques sur la façon d’utiliser la recherche dans le rapport au profit des collectivités, du système alimentaire, des pêches ou des efforts de récolte.

Il est nécessaire de préciser comment le MPO et d’autres organisations utilisent l’information recueillie, et de quelle façon elle s’intègre à la situation dans son ensemble. Pour revenir à l’exemple du rôle des mammifères marins dans la discussion quand vient le temps d’évaluer les effets du climat sur les écosystèmes halieutiques, comment tient-on compte des mammifères marins – comme les principaux prédateurs ou grands consommateurs d’espèces? Si la recherche est axée sur les populations de crevettes, il faudrait aussi tenir compte d’espèces comme la baleine boréale, d’autres consommateurs de crevettes et des sources alimentaires dont dépendent les crevettes. L’expression « approche écosystémique » laisse entendre que tous ces éléments devraient être intégrés, mais il y a de l’incertitude quant à la façon dont cette intégration se fait réellement.

Les participants ont souligné qu’une collaboration accrue entre les régions du MPO (p. ex. Arctique/Golfe) et entre les secteurs (p. ex. Sciences/Gestion des ressources) permettrait d’améliorer la coordination et les liens entre les régions. Cela permettrait de garantir que les informations propres à chaque région sont intégrées dans une synthèse et un portrait global de la situation (p. ex. pour le Canada atlantique) afin de mieux renseigner les utilisateurs des ressources.

Les participants ont fait remarquer que l’infrastructure portuaire nécessaire n’est pas en place pour appuyer les changements à venir. Ce commentaire s’appliquait à la présence de ports ainsi qu’à l’assurance que toute infrastructure existante est résiliente aux changements climatiques (prête à résister aux tempêtes plus fréquentes, aux vents plus forts, etc.). L’absence d’infrastructure alimentaire dans les collectivités a été définie à maintes reprises comme un obstacle majeur à la participation des Inuit à l’industrie au niveau local. Les participants ont déclaré qu’il s’agit d’un défi du point de vue de la sécurité alimentaire et du développement économique. L’exemple suivant a été donné : lorsque des membres de la collectivité veulent vendre leur omble chevalier, ils doivent pouvoir le congeler immédiatement. S’ils n’ont pas d’usine de transformation ou de congélateur en activité, il n’est pas possible de congeler l’omble immédiatement.

Enfin, les participants ont fait remarquer qu’il n’y a pas toujours un système d’infrastructure en place pour soutenir les pêcheurs à mesure que l’état des glaces change. Par exemple, si une personne se retrouve coincée pendant qu’elle pêche, il est peu probable que la collectivité dispose de l’infrastructure nécessaire pour la secourir. De plus, la Garde côtière n’a pas encore modifié son calendrier pour tenir compte des changements dans les périodes de gel et de dégel des glaces.

Regard vers l’avenir

Quelle est votre vision d’avenir pour des pêches de l’est de l’Arctique adaptées au climat? À quoi ressemble le succès

Quelles sont les meilleures occasions de soutenir l’adaptation pour y arriver? Celles-ci peuvent comprendre des mesures individuelles et/ou collectives

Financement :

Intégration de l’IQ :

Planification future et élaboration de scénarios :

Science et données :

Communication et respect des cultures :

Infrastructure :

Renforcer les collectivités et les capacités locales :

Favoriser l’innovation et la responsabilité partagée :

Intégration des sources de connaissances :

Quelle est la façon la plus utile de poursuivre ces conversations

Lorsqu’on leur a demandé comment poursuivre ces discussions, les participants ont indiqué que pour assurer la réussite des futures discussions sur les changements climatiques, il faudrait maintenir une communication régulière et créer des plans d’action clairs avec des résultats tangibles, intégrer les points de vue des travaux internationaux, nationaux et régionaux, assurer une participation significative des Inuit et communiquer de façon accessible. Ces stratégies aideront à faire en sorte que la conversation demeure productive et inclusive, avec une voie claire pour s’attaquer aux changements climatiques.

Mobilisation continue et régulière 

Dans l’ensemble, il y a un consensus sur la nécessité de poursuivre ces discussions. Les participants ont suggéré qu’un forum permanent soit créé afin de garder les changements climatiques à l’esprit des gens. Certains participants ont également suggéré que les forums existants, comme les tables rondes et les comités consultatifs, servent à tenir d’autres discussions, comme ce qui a été fait dans l’atelier lui-même.

Créer un plan d’action concret 

Les participants ont fait remarquer que maintenir l’élan exige de ne pas limiter aux discussions et de se concentrer sur des résultats concrets. Ils ont souligné la nécessité d’un plan de travail clair contenant des étapes concrètes, que ce soit pour améliorer l’analyse des données, combler les lacunes ou déterminer les options disponibles. Il devrait s’agir d’un processus itératif, qui comprend tous les intervenants et qui démontre des progrès clairs. Les participants ont rapporté que, sans cela, ces discussions risqueraient de perdre de leur élan.

Intégration des sources de connaissances 

Les participants ont souligné l’importance d’intégrer des analyses et des résultats provenant de multiples sources. Ils ont souligné la nécessité d’une exposition continue à ces enjeux, et ont noté que l’intégration des observations et des changements provenant d’autres administrations peut aider à mettre en évidence les changements potentiels et inspirer une réflexion qui donne lieu à des idées réalisables. La diffusion d’exemples provenant d’autres administrations, même à l’échelle mondiale, peut encourager la réflexion sur les changements possibles et les types d’interventions nécessaires. Les participants ont mentionné que le travail, les réussites et les leçons tirées d’autres pays pratiquant la pêche (p. ex. l’Australie et la Norvège) et d’organismes internationaux peuvent servir de point de départ.

Engagement des Inuit 

Les participants ont souligné l’importance d’une mobilisation permanente et concrète auprès des communautés inuites, conçue et dirigée par ces communautés. Ils ont noté que la réussite de ces mobilisations devrait être évaluée en fonction de la façon dont elles répondent aux besoins de la communauté et de l’efficacité avec laquelle elles permettent de communiquer de l’information pertinente.

Communication claire et accessible 

Les participants ont mis en évidence la nécessité de rendre les communications sur les changements climatiques claires et accessibles, surtout pour les communautés inuites qui pourraient faire face à des obstacles linguistiques ou à un accès limité à l’information technique. Ils ont suggéré que l’utilisation d’un langage simple et la traduction des documents dans les langues pertinentes peuvent améliorer la compréhension et la participation.

Résultats de l’exercice de sondage

Au cours de l’atelier, on a demandé aux participants de répondre à un sondage anonyme. Les réponses des participants sont affichées ci-dessous. Veuillez noter que la question 3 demandait aux participants de fournir une réponse écrite; les réponses reflètent les textes tels qu’ils ont été soumis.

Question no 1 : Choisissez tous les éléments suivants qui s’appliquent à vous et à votre rôle

Figure 1

Question no 2 : Sur une échelle de 1 à 5 (1 étant la valeur la plus faible et 5 la plus élevée), veuillez indiquer dans quelle mesure vous êtes d’accord ou en désaccord avec les énoncés ci-dessous

Figure 2

Question no 3 : Qu’est-ce qui pourrait accroître l’agilité et la souplesse du régime de gestion des pêches pour répondre aux défis futurs

Réponses écrites :

Liste des participants

Des représentants des organisations, groupes, ONGE, institutions et/ou gouvernements suivants ont participé à l’atelier. Par ordre alphabétique :

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