Homard et aquaculture : Étude des interactions sur la côte est du Canada

Sur la côte est du Canada, les scientifiques de Pêches et Océans Canada conduisent des études sur les effets que peuvent avoir les activités d’aquaculture sur le homard et le crabe. Regardez ce qui suit pour apprendre comment ils recueillent leurs données, à la fois sur le terrain et en laboratoire.

Transcription

Shawn M. Robinson (chercheur)

L’interaction entre les entreprises aquacoles et l’environnement marin suscite un réel intérêt. Les exploitations apportent notamment une structure à une foule d’autres organismes.

Ce qui autrefois était simplement de l’eau chargée d’éléments à la dérive devient presque une oasis.

Chris McKindsey (chercheur)

La plupart des études effectuées par le passé examinaient l’impact négatif de l’aquaculture sur les animaux vivant dans les sédiments situés juste en dessous des exploitations et aux alentours.

Mais d’autres effets plus positifs sont également possibles. En effet, nous introduisons dans le système une masse d'énergie, une quantité d’aliments dont ces animaux peuvent tirer profit pour améliorer leur valeur adaptative et leur productivité.

Notre recherche porte sur deux questions principales. La première concerne le déplacement des crabes et des homards sur les sites d’aquaculture et aux alentours; la seconde porte sur l’état de santé de ces animaux.

Pour pister les crabes et les homards, nous avons mis en place une vaste trame d’hydrophones et nous avons collé de petits émetteurs de sons sur la carapace des crustacés.

Par triangulation du bruit, les hydrophones peuvent suivre les mouvements des animaux au fond de l’eau.

Émilie Simard (biologiste)

Avec ces données-là, on est capables de savoir quel était le comportement des homards et des crabes.

C'est-à-dire, est-ce que les individus étaient présents ou non sous le site de ferme de poisson est-ce qu'ils avaient un comportement de recherche alimentaire, est-ce qu'ils avaient un comportement de recherche d'habitat, ou quelle taille avaient même leurs domaines vitaux sous le site de culture de poisson.

« 869 on l'avait plus là-bas. »

« Ils bougent. »

Unknown

« Ils se déplacent! »

Chris McKindsey

La deuxième phase de l’expérience consiste à étudier les lipides dans les crabes et les homards que nous échantillonnons. En effet, la nourriture qui est donnée aux saumons est composée d’une catégorie différente de lipides. En supposant que les crabes et les homards l'absorbent aussi, nous devrions pouvoir tracer ces lipides, ces graisses.

Annick Drouin (chercheure)

On a prélevé des homards et des crabes près de la zone piscicole pour voir le bilan lipidique de ces animaux-là, mais aussi à une zone référence pour pouvoir avoir un comparatif dans une zone où il n'y aura pas l'apport de la nourriture de saumon.

Lors de la dissection du homard je prélève l'hépatopancréas, qui est un organe qui est similaire au foi un organe d'accumulation. Et c'est l'organe dans lequel on pense que le signal du ratio omega-3/omega-6 va être le plus débalancé, donc qui sera le meilleur indicateur de la signature des huiles végétales qu'on s'attend de voir. On fait aussi une expérience en laboratoire pour valider combien de temps ça prendrait d'exposition à cette nourriture-là avant de voir un signal.

David Drolet (chercheur)

En gros, ce qu'on fait au laboratoire, c'est une calibration. On a soixante homards, qui sont chacun dans des bassins séparés, et chaque homard reçoit depuis environ deux mois maintenant, une diète très bien calculée allant de 0 % jusqu'à 100 %.

Donc à la fin de l'expérience, on va prendre un échantillon d'hémolymphe, qui est en gros l'équivalent du sang chez les homards, on va envoyer ça au laboratoire, puis ils vont faire des analyses très approfondies sur tous les acides gras qu'on retrouve dans l'hémolymphe. Et ça, ça va nous permettre de mettre en lien le profil lipidique avec la proportion de la nourriture qui provient de la moulée d'aquaculture.

Une fois que la méthode va être calibrée, on va pouvoir aller chercher n'importe quel homard en nature, faire les analyses, puis on va mettre ça en lien avec ce qu'on a obtenu en laboratoire.

Puis ensuite, en comparant les profils lipidiques de homards dans différentes régions, ça va nous donner une meilleure idée de l'importance ou du peu d'importance que la nourriture d'aquaculture a sur les invertébrés qui vivent au fond, près des sites aquacoles.

Shawn Robinson

Il est important de comprendre cette interaction, car elle suscite un vif intérêt, par exemple de la part des pêcheurs qui possèdent des casiers à homards dans la région et qui souhaitent connaître les éventuels avantages ou problèmes qui en découlent. Ou encore de la part des aquaculteurs, qui veulent savoir ce qui se passe dans leur exploitation pour tout au moins ne pas interférer, et peut-être même améliorer certains aspects que nous montrons du doigt.

Chris McKindsey :

J’aime mon travail, parce que les résultats de ma recherche sont utilisés pour la gestion de l’aquaculture. De nos jours, nous considérons l’aquaculture de manière beaucoup plus holistique que par le passé, et dans une certaine mesure, les travaux que j'ai menés ces dernières années y ont contribué.