Document de recherche 2011/054

État des ressources physiques et biologiques et de certaines ressources halieutiques des écosystèmes des eaux canadiennes du Pacifique en 2010

Par W.R. Crawford et J.R. Irvine (editeurs)

Résumé

Un nombre quasi-record de saumons rouges retournant frayer dans le fleuve Fraser fut la bonne nouvelle de 2010. Environ 30 millions de saumons adultes ont remonté le fleuve dont 17 millions vers le lac Shuswap. Cette grande remontée se démarque fortement de 2009 ou  moins de deux millions de saumons rouges sont retournés au fleuve Fraser. Étant donné la forte variabilité observée au cours des deux dernières années, il s’avère difficile de faire une prévision des retours pour 2011. La prévision du MPO pour 2011 est de 1.0 à 12 millions (probabilité de 10% et 90%) si la faiblesse de la production récente persiste. Dans le cas où la productivité moyenne à long terme du saumon observée l’année dernière et dans les décennies précédentes demeure, ces limites seraient de 1.7 à 15 millions.

Par ailleurs, un nombre record de calmars de Humboldt est apparu le long de la côte ouest durant l’été 2009 mais, en 2010, pas un seul n’a été observé dans les eaux de la Colombie-Britannique. Quelques explications ont été avancées, mais sans preuve à l’appui.

Au début de l’année 2010, des conditions météorologiques extrêmes associées à El Niño associées avec de forts vents du sud ont apporté de l’eau chaude et fraîche sur les côtes de l’Orégon et de la Colombie-Britannique. Ces vents diminuèrent en avril et, à l’été, de forts vents du nord provoquèrent une remontée d'eau froide  et salée le long de la côte extérieure. La température des eaux intérieures du détroit de Géorgie passa de froide à normale ou même chaude en 2010. Les conditions associées à La Niña de la fin 2010 et du début 2011 ont amené des vents de l’ouest plus forts sur l’océan Pacifique et des eaux plus froides le long de la côte. Dans l’ensemble, les conditions froides ont dominé en 2010, et cette année fut la troisième année consécutive de température océanique plus froide que la normale le long de la côte canadienne du Pacifique.

Au cours de la dernière décennie et demie, l'oscillation décennale du Pacifique et ENSO (El Niño – La Niña) ont varié en phase en accentuant l’influence de l’un et l’autre sur la température océanique de la côte ouest. Tandis que durant les années 1990, les scientifiques attribuaient les changements de température océanique et la composition des espèces soit à l’ODP ou à l’ENSO, ils ont récemment pu utiliser ces indices presque indifféremment pour relier les changements physiques des eaux locales de l’océan aux variations de l’abondance d’une ou plusieurs espèces marines.

Les chercheurs surveillent l’abondance et les espèces de plancton des eaux locales afin de déterminer la quantité et la qualité de proie pour les plus grosses espèces. Le phytoplancton peut être suivi en mesurant les concentrations de chlorophylle dans  l’océan. En 2010, des valeurs généralement faibles de chlorophylle furent observées durant l’été dans la partie sud du détroit de Géorgie et dans le détroit de Juan de Fuca, alors que les concentrations de chlorophylle en automne étaient plus élevées dans le détroit de Juan de Fuca et moindrement plus faibles dans le détroit de Géorgie en comparaison de la moyenne des années précédentes.  On s’attend à ce que le moment de la prolifération printanière dans le détroit de Géorgie soit important pour la survie des saumons et harengs juvéniles. Les résultats des modèles numériques de ce détroit donnent à penser que cette  prolifération s’est produite à la mi-avril en 2010, par rapport au mois de mars et début avril pour la plupart des années. Le moment dépend des vents locaux et de la couverture nuageuse. Une étude du bras de mer Rivers dans la partie centrale de la C.-B. a démontré que la prolifération printanière  peut être poussée hors de ce court bras de mer par des vents de terre. Il se peut que ces vents soient responsables de  la prolifération tardive en 2009. Une étude de l’effet de ces vents de terre sur le saumon rouge juvénile local est en cours.

Les espèces de zooplancton ont tendance à alterner entre les espèces d’eau froide et d’eau chaude selon les variations de la température océanique locale. Des relevés mensuels ont  révélé que la composition de copépodes d’eau froide (un type de zooplancton) au large de l’Orégon arrive au quatrième rang de 15 années d’observations. Cependant, la diversité des espèces de copépodes, ce qui est habituellement en corrélation avec la température océanique, était également élevée en 2010. Ces différentes observations peuvent être attribuées aux eaux océaniques chaudes durant l’hiver et froide durant l’été de 2010. Des relevés semblables en Colombie-Britannique ont révélé plus d’espèces de copépodes d’eau froide.

Des relevés récents ont indiqué une augmentation de la biomasse de crevettes Pandalus jordani au large de la partie centrale de la côte ouest de l’île de Vancouver en 2008, 2009 et 2010 par rapport aux très faibles quantités de 2004 à 2007. Il semble que ces augmentations correspondent à la présence d’eau froide en 2006, 2007 et 2008 durant le stade larvaire des crevettes (il y a 2 ans entre l’éclosion de cette espèce et son recrutement) et à la faible abondance du merlu du Pacifique (un prédateur potentiel de la crevette) observée en mai 2008, 2009 et 2010. Ce relevé en mai nous permet aussi de mieux comprendre les populations de poisson plat résident tel que plie rouge, morue du Pacifique, flétan et plie à grande bouche. Les tendances de biomasse des espèces indicatrices clés de poisson plat ont toutes augmenté en 2010, de même que la biomasse de l’espèce «indicatrice d’eau froide», la goberge de l'Alaska.

Le merlu du Pacifique du large (Merluccius productus) est un stock transfrontalier qui exhibe un comportement migratoire saisonnier, allant des eaux du large et surtout au sud durant la saison de fraye d’hiver jusqu’aux régions côtières entre le nord de la Californie et le nord de la Colombie-Britannique du printemps à l’automne. De fortes classes d’âge récentes (2005, 2006 et surtout 2008) semblent indiquer que la biomasse de géniteurs a rebondi rapidement en 2011 du  faible niveau de 2007.  Cependant, une grande incertitude entoure l’estimation de la biomasse de géniteurs. Il a été difficile d’évaluer le relevé le plus récent de 2009 sur l’ensemble de la côte, utilisant un sonar pour effectuer l’échantillonnage à bord du navire, en raison de l’abondance du calmar de Humboldt parmi les merlus.

En règle générale, la  biomasse du hareng adulte sur l’ensemble de la côte est faible dans tous les secteurs sauf le détroit de Géorgie ou le stock demeure assez abondant par suite d’un niveau quasi record il y a quelques années et des indications d’une forte remontée en 2011. Le nombre de sardines est allé de zéro à plusieurs milliers de tonnes durant les années 1990, mais a sensiblement diminué depuis 2006. On observe un déclin à long terme des populations d'eulakane dans plusieurs rivières à l'intérieur de son aire de répartition qui s’étend de la Californie jusqu'à l’Alaska. Les indices de l’abondance d'eulakane dans les rivières des parties centrale et sud de la Colombie-Britannique demeurent à des niveaux faibles. COSEPAC a récemment évalué l’eulakane et des stocks désignés de certaines rivières de la C.-B. comme étant « menacé » tandis que les populations de certaines autres rivières ont été désignées « en voie de disparition ».

L’abondance du thon blanc dans les eaux côtières de la C.-B. en 2010 fut la deuxième plus élevée depuis 1990, et ils ont été capturés dans des eaux plus froides que les années précédentes.

Le décompte des oiseaux marins dans la réserve naturelle Pacific Rim de la côte ouest de l’île de Vancouver révèle une augmentation du nombre de plusieurs espèces au cours des cinq dernières années. Cependant, sur l’île Triangle où le succès de la reproduction des oiseaux marins repose principalement sur les conditions océaniques en avril, le taux de croissance moyen des poussins du starique de Cassin était extrêmement faible en 2010 – en fait, nettement le plus faible de la série chronologique de 15 ans. Cette faible croissance est liée à l’arrivée tardive du printemps.

Plusieurs tendances générales furent mises en évidence par un sommaire des divers stocks de poissons de fond du ZGICNP. Les stocks de gadidés (morue du Pacifique, goberge de l'Alaska, merlu du Pacifique) sont stables ou augmentent. La plupart des espèces de sébaste sont à un faible niveau d'abondance et certains sont désignées préoccupantes ou menacées par COSEPAC. Les stocks de poissons plats semblent stables. Les stocks de morue charbonnière semblent être stables mais à un niveau d'abondance faible et les stocks de la morue-lingue et d’élasmobranche (par ex. aiguillat commun) semblent également stables.

Le saumon rouge du détroit de Barkley sur la côte ouest de l’île de Vancouver a connu un taux de survie en mer élevé, une conséquence des eaux océaniques froides lors de leur entrée dans l’océan deux ans plus tôt. Une évaluation des données sur 60 années de l’échappée et des retours vers la côte centrale et la côte ouest de cinq espèces de saumon nous donne à penser que le saumon rose, qui affiche une augmentation importante de l’echappee, prospère dans cette région. Le saumon coho et quinnat sont en plus ou moins mauvais état – la série chronologique indique un déclin important des prises, des retours et de l’échappée du saumon coho et des prises et des retours du saumon quinnat. Des études à plus court terme nous présentent un tableau différent. Par exemple, l’indice d’abondance du saumon quinnat pour les stocks entre la partie sud est de l’Alaska et l’Orégon a augmenté et diminué durant des cycles de 10 à 15 années depuis 1979, et cet indice augmente actuellement par rapport à son niveau bas de 2008.

Le nombre de certains cétacés à fanons a augmenté depuis le moratoire contre la chasse à la baleine implémenté dans les années 1960. On observe maintenant plus souvent le rorqual à bosse. Les rorquals bleus, communs et boréaux sont observés moins fréquemment.

Les valeurs de la concentration d’oxygène de la fin d’été dans les eaux de fond à une profondeur de 150 mètres étaient les plus faibles jamais observées en 2006 et 2009 au large du sud-est de l’île de Vancouver. Des concentrations normales ont été observées en 2010. Par contre, les concentrations d’oxygène sont plus basses au large de l’Orégon et de Washington durant la plupart des étés depuis 2002 probablement suite à la remontée d’eau froide provoquée par les vents d’été dans cette région.

Finalement, les caractéristiques biophysiques et les utilisations anthropiques de la côte de la C.-B. sont illustrées par 260 nouvelles cartes préparées par la Marine Conservation Analysis Project Team de la C.-B.

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