Analyse économique de l'industrie des moules à l'Île-du-Prince-Édouard – Région du Golfe (2006)

Direction des politiques et des services économiques, Région du Golfe
Ministère des Pêches et des Océans
Moncton, Nouveau-Brunswick

Juin 2006

Résumé

La moule bleue (Mytilus edulis) est l'espèce aquacole la plus importante de l'Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.). Cette industrie est passée, au cours des 13 dernières années, d'une récolte de 9,2 millions de livres en 1992 à environ 40 millions de livres en 2004. La valeur des récoltes est actuellement de près de 24 millions de dollars, et la valeur à l'étape de la transformation est de presque 49 millions. L'industrie de la mytiliculture de l'île fournit 80 % des moules bleues sur le marché nord-américain. Si les moules sont traditionnellement vendues fraîches, en coquille, une certaine attention a été accordée, au cours des dernières années, aux produits à valeur ajoutée, comme les moules dans une sauce préparée, les moules fumées et les moules cuites, congelées par air pulsé.

La mytiliculture se pratique dans bon nombre de cours d'eau et d'estuaires de l'Î.-P.-É. La majorité des zones de culture sont toutefois concentrées le long des côtes nord et est. Les baux mytilicoles totalisent 10 831 acres. Avec 123 mytiliculteurs possédant 291 baux et huit compagnies de transformation (dont la plupart ont aussi des baux), l'industrie est devenue un secteur vital de l'économie de l'île, créant directement et indirectement l'équivalent de 622 emplois à temps plein et générant des ventes de 107 millions de dollars en 2004. Pour ce qui est de la contribution au produit intérieur brut (PIB) de la province, l'industrie des moules a représenté 36,3 millions de dollars en 2004.

L'explosion de la population de certaines espèces aquatiques envahissantes a représenté un des plus grands défis de l'industrie des moules au cours des cinq dernières années. Actuellement, quatre espèces de tuniciers ont été identifiées dans les eaux de l'Î.-P.-É. : l'ascidie plissée est apparue en 1998, suivie du botrylle étoilé en 2001, puis du botrylloïde violet et l'ascidie jaune en 2004. Ces espèces entraînent des coûts d'entretien et de main-d'œuvre accrus pour les mytiliculteurs et les transformateurs. Des projets de recherche sont en cours pour déterminer les incidences de ces diverses espèces de tuniciers sur la période de croissance et le rendement en chair des moules.

Description de l'industrie des moules

Sélection du site

Le choix d'un lieu d'engraissement qui produira des moules de taille marchande de qualité dans un délai acceptable est d'une importance cruciale pour la rentabilité de l'exploitation mytilicole. La capacité de choisir le meilleur site dépendra de la compréhension des facteurs environnementaux locaux particuliers qui ont une incidence sur les niveaux de production, tels que le degré d'exposition de l'endroit, la température, la vitesse des courants, la charge de sédiments et la disponibilité de la nourriture, ainsi que de la compréhension de facteurs environnementaux régionaux particuliers comme l'amplitude de la marée, l'étendue des glaces, les conditions atmosphériques saisonnières et le climat.

Rôle du MPO

Le MPO est le principal organisme fédéral responsable de l'aquaculture. À ce titre, son rôle est de faciliter et de réglementer le secteur de l'aquaculture, conformément à son rôle de ministère responsable du développement durable.

Sur le plan de la réglementation, le MPO s'occupe d'administrer, de surveiller et d'appliquer les règlements liés à la conservation et à la protection, ainsi qu'à la protection de l'environnement et de l'habitat (Loi sur les pêches - par. 35(1) (2); art. 36), et à la santé des animaux aquatiques (Règlement sur la protection de la santé des poissons) de manière clairement définie, raisonnable et cohérente.

En tant que facilitateur du développement de l'aquaculture, le MPO veille à améliorer le climat des affaires pour le secteur de l'aquaculture :

En plus des mesures liées au mandat ministériel, le rôle du MPO, en tant que chef de file fédéral de l'aquaculture, comprend également :

À l'Île-du-Prince-Édouard, le MPO est aussi chargé d'administrer les baux aquacoles depuis 1928. La plupart des demandes de bail mytilicole exigent une évaluation officielle en vertu de la Loi sur la protection des eaux navigables (LPEN) et en vertu de la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale (LCEE), ce qui nécessite un délai d'examen supplémentaire. Le gouvernement fédéral doit aussi évaluer les répercussions des sites proposés par rapport à un certain nombre d'autres aspects, notamment les droits ancestraux et les revendications territoriales, les oiseaux migrateurs, l'utilisation par d'autres groupes, la salubrité des mollusques, la protection de l'habitat du poisson ainsi que la prévention de la pollution.

Méthode de mytiliculture

Dans le monde, les moules sont cultivées sur le fond, mais à bien des endroits elles sont cultivées dans des systèmes en suspension parce que la culture à partir de radeaux ou sur des filières donne un meilleur rendement par unité de surface. À l'Î.-P.-É., toutes les moules sont cultivées en suspension, surtout à partir de filières.

Culture sur filière

Les mytiliculteurs de l'Î.-P.-É. choisissent la culture en suspension parce que l'expérience leur a montré que les moules qui ne touchent pas au fond courent moins de risque d'aspirer des grains de sable ou de former des perles. (Bien que ceci soit vrai pendant les deux premières années d'engraissement, les mytiliculteurs ont obtenu des moules qui contenaient des perles lorsqu'elles sont gardées en suspension pendant plus de 24 mois). L'autre raison qui milite en faveur de la culture en suspension est que les moules sont réparties uniformément dans un milieu contrôlé où elles ont un accès égal à la nourriture et, par conséquent, leur taux de croissance est uniforme et le rapport chair-coquille est élevé. De fait, les éleveurs de l'Î.-P.-É. ont montré que leurs moules cultivées donnaient deux fois plus de moules, ainsi qu'un rendement de chair de trois à quatre fois plus élevé que dans le milieu sauvage.

Le système de culture sur filière comprend la filière, des filets tubulaires (ou boudins) des bouées, des ancrages et des lignes d'ancre (figure 1). Les collecteurs de naissain ou boudins sont fixés à la filière. La plupart des systèmes de culture sur filière utilisent des filins de polypropylène (de 80 à 150 m) qui sont ancrés fermement aux deux extrémités et soutenus par des flotteurs placés à intervalles sur toute la longueur.

Figure 1 – Mytiliculture sur filière

Figure 1 - Mytiliculture sur filière

Les dispositifs de flottaison représentent un coût important de l'exploitation mytilicole. Bien que les producteurs utilisent de plus en plus des bouées coûteuses telles que des flotteurs de plastique pressurisés en raison de leur longue espérance de vie et leur grande flottabilité, ce qui se traduit par un meilleur investissement avec le temps, les dispositifs de flottaison les plus couramment employés demeurent les bouées à homard ordinaires en mousse de polystyrène, enduites de peinture.

Les mytiliculteurs de l'Î.-P.-É. ont utilisé au cours des ans de nombreux types différents d'ancres, notamment des ancres flottantes, des déchets de métal, des rails de chemin de fer et des blocs de ciment. Le système d'ancrage dépendra du coût, de la nature du fond, des courants, de la glace et d'autres facteurs locaux. Actuellement, les vis d'ancrage et les barils d'acier coupés en deux et remplis de béton, placés à chaque extrémité de la filière, constituent les systèmes d'ancrage les plus utilisés.

Récolte du naissain

Pour pouvoir cultiver des moules, il faut d'abord obtenir un stock de départ. Les mytiliculteurs ont donc besoin de quantités considérables de naissain (larves de moules) pour être certains d'avoir une bonne récolte. C'est l'une des raisons pour lesquelles ils engraissent un stock de départ et des moules de plus grande taille en même temps. Une source de naissain imprévisible et insuffisante à cause d'un faible recrutement peut devenir une contrainte à l'expansion de l'exploitation mytilicole. La sélection d'un emplacement pour la récolte du naissain est donc aussi importante que le choix du lieu d'engraissement. Le succès du recrutement à un endroit donné dépend de divers facteurs, soit la durée et le moment de la période de fixation, le nombre de larves viables produites, la rétention des larves dans le système et la prédation. À l'Î.-P.-É., le naissain est habituellement récolté dans les parties supérieures des anses ou des cours d'eau, là où la faible profondeur de l'eau limite les opérations d'engraissement.

L'acquisition d'un bail mytilicole permet d'y récolter son propre naissain. Bien que seulement une petite proportion de mytiliculteurs (environ 5 %) achètent leur stock de départ de pêcheurs titulaires de permis qui peuvent récolter du naissain au printemps ou à l'automne dans un certain secteur, ils dépendent néanmoins de cette importante source de naissain. Les collecteurs peuvent être fabriqués de divers matériaux, comme de vieux cordages, un matériau à boudin italien, des poches en nylon, des filets Vexar ou, le plus souvent, des filins de polypropylène de 12 à 18 mm d'une longueur d'environ deux mètres. Quel que soit le matériau utilisé, les collecteurs sont habituellement suspendus aux filières à intervalles de 30 à 50 mm et lestés de façon à les maintenir suspendus verticalement dans la colonne d'eau, ce qui donne habituellement un naissain de taille relativement uniforme. Il est important d'assurer la flottabilité des filières (de façon à ce qu'elles ne touchent pas le fond) afin tout particulièrement de prévenir la mortalité du naissain causée par les prédateurs ou les chutes provoquées par les tempêtes.

Les collecteurs de naissain sont habituellement suspendus aux filières juste avant que le naissain soit prêt à se fixer, pendant l'été. Comme le naissain n'est disponible qu'entre la fin mai et la fin juin, la période propice à la mise en place des filières est relativement courte. Une fois les filières dans l'eau, il faut de deux à trois semaines pour déterminer si la collecte a été bonne.

Insertion dans les boudins

Les larves de moules se fixent aux collecteurs et croissent rapidement, atteignant une taille de naissain de 10 à 25 mm, habituellement à l'automne. La récolte du naissain commence alors, et le naissain est détaché manuellement des collecteurs et transporté à terre, où des appareils de tri spécialisés (dégrappeuses-trieuses) le nettoient et le trient en deux ou trois tailles selon la préférence du mytiliculteur (figure 2). Le naissain trop petit (habituellement de moins de 4 mm) est éliminé.

Le naissain est ensuite transféré dans des unités de croissance où l'opération de «boudinage» ou «insertion dans les boudins» commence. La vaste majorité des mytiliculteurs effectuent les opérations de boudinage du début octobre jusqu'au milieu ou à la fin de novembre, ce qui correspond à la période de l'année où l'emploi dans l'industrie des moules atteint son maximum. Le boudinage est l'opération par laquelle les moules de semence sont insérées dans des boudins ou filets tubulaires, généralement à une densité de 120 à 240 moules par pied de boudin. Le boudin, un long filet tubulaire souvent renforcé d'une ficelle en polypropylène, a un diamètre d'environ 40 mm et une longueur moyenne de 2,5 à 3,0 mètres, selon la profondeur locale de l'eau. Après l'insertion dans les boudins, les moules sont parfois mises à tremper dans l'eau de mer pendant une douzaine d'heures, afin de permettre la formation du byssus, avant d'être suspendues aux filières où elles grossiront jusqu'à une taille marchande, ce qui peut prendre entre 18 et 24 mois (figure 3).

Figure 2 – Équipement de tri du naissain de moules

Figure 2 - Équipement de tri du naissain de moules

Figure 3 – Boudins remplis de moules

Figure 3 - Boudins remplis de moules

La qualité de l'eau doit être contrôlée pendant cette période, et le temps dont doivent disposer les mytiliculteurs augmente lorsque l'hiver approche, car il est essentiel que les filières soient préparées pour l'hiver. Le gel hivernal des baies et des cours d'eau où sont produites les moules a entraîné le développement d'une technologie d'adaptation visant à prévenir la perte d'équipement causée par la glace, en particulier au printemps. Comme toute filière laissée à la surface risque d'être détruite par la glace, il est recommandé que le mytiliculteur connaisse la profondeur de glace moyenne du secteur (normalement entre 30 et 90 cm), afin que les filières puissent être abaissées en bas de ce niveau. En novembre, des poids tels que des blocs de ciment sont habituellement attachés à la filière à 10 ou 15 m d'intervalle, et les bouées de flottaison sont ajustées en conséquence afin de faire descendre la filière à au moins 1,5 m sous la surface de l'eau, tout en laissant le boudins flotter sans toucher au fond.

Récolte

Un boudin moyen peut contenir entre 15 et 30 kilogrammes de moules de taille marchande (entre 55 et 60 mm), et une filière peut contenir près de deux tonnes de moules. À ce stade, la cueillette se fait à partir d'embarcations particulières équipées d'une bôme et d'un système de treuil manuel ou hydraulique pour sortir les filières de l'eau. Les boudins peuvent alors, au cours des mois plus chauds, en être détachés et transférés dans le bateau ou dans une petite barge. Afin de réduire au minimum la perte de moules pendant cette opération, le bateau est parfois muni d'une glissière qui guide la filière et les boudins à bord ou parfois d'un panier placé sous le boudin pour recueillir les grappes de moules qui pourraient tomber. Il est également possible, comme le font d'autres mytiliculteurs, de doubler le boudin sur les moules afin de prévenir les chutes.

La pêche d'hiver est un long et dur travail qui s'effectue au froid, mais qui en vaut la peine compte tenu du fait que le marché est plus fort au cours de cette saison. La présence de la glace impose une technique de récolte particulière, laquelle commence habituellement en décembre une fois la glace bien prise. La première étape consiste à pouvoir déterminer avec précision l'emplacement du dispositif de culture, ce qui est facile au moyen du système mondial de localisation (GPS). Certains mytiliculteurs localisent toutefois les filières au moyen de perches dans la glace. Les exploitants se rendent sur place en motoneige, en véhicule tous terrains, en camion ou en traîneau, selon les conditions de la glace, et percent des trous dans la glace, habituellement au moyen d'une scie à chaîne munie d'une lame spéciale capable de couper la glace. Au moyen d'un système hydraulique attaché à une structure en A par un plongeur, la filière est ensuite remontée. Lorsque les filières sont sorties de l'eau, les boudins en sont détachés et sont placés dans des caisses isothermiques en plastique afin de les protéger contre la froideur du vent.

Transformation

Le succès de l'industrie des moules de l'Î.-P.-É. est attribuable en partie à sa capacité d'approvisionner le marché tout au long de l'année. Étant donné qu'une usine de transformation traite habituellement des tonnes de moules chaque année, il est nécessaire d'avoir des dates de livraison préétablies pour les moules récoltées, ce qui détermine le calendrier de récolte du mytiliculteur (lequel doit respecter son contrat avec l'usine). Si, toutefois, pour des raisons particulières telles que les conditions météorologiques, le mytiliculteur ne peut pas récolter ses moules dans le délai établi, l'usine fait appel à un mytiliculteur de remplacement. En outre, le calendrier préétabli empêche le marché des moules de devenir saturé et règle les niveaux de production de façon à prévenir le gaspillage du produit.

Les moules récoltées doivent être bien protégées et ne doivent pas être exposées à la lumière directe du soleil. Par temps doux, elles peuvent être placées dans des récipients à la condition d'être protégées de toute brise, mais il est important que les moules récoltées soient transportées aux usines de transformation le plus rapidement possible afin qu'elles restent fraîches et qu'elles ne trempent pas dans leur propre jus ou dans de l'eau bourbeuse. Une fois transportées à l'usine de transformation, les moules sont déboudinées puis dégrappées, lavées et triées mécaniquement. De plus, le byssus (la barbe) est habituellement enlevé au moyen d'une débysseuse avant l'inspection finale, ce qui servira à éliminer toute coquille cassée ou non conforme aux normes. Enfin, les moules sont emballées et sont prêtes pour l'expédition.

Sommaire des activités et investissements des exploitations mytilicoles

Les tableaux 1 et 2 présentent un bref résumé des activités hivernales et estivales d'une exploitation mytilicole type, et le tableau 3 présente certains des coûts d'investissement moyens associés à une telle exploitation. Chaque exploitation est unique, et les activités ainsi que les coûts varient beaucoup en fonction de l'exploitation et de l'exploitant. Autrement dit, ceux-ci dépendent beaucoup de la taille et de la méthode d'exploitation, de même que d'autres facteurs externes tels que l'expérience, le nombre d'employés et les conditions météorologiques.

Tableau 1 – Activités hivernales d'une exploitation mytilicole
Mois Activités
Novembre et décembre
  • Installation des filières pour l'hiver
De décembre à mars
  • Récolte d'hiver
  • Entretien de l'équipement et préparation de la saison estivale
De novembre à mai
  • Entretien et contrôle, et possiblement récolte
Tableau 2 – Activités estivales d'une exploitation mytilicole
Mois Activités
Mai et juin
  • Installation des collecteurs de naissain et contrôle des filières plus anciennes
De juin à octobre
  • Récolte d'été
Septembre, octobre et novembre
  • Récolte du naissain pour le boudinage, et réinstallation des boudins sur la filière
De mai à novembre
  • Contrôle des filières et préparation des filières et de l'équipement pour l'hiver
Tableau 3 – Investissement d'une exploitation mytilicole
Appareils hydrauliques 5 000,00 $ – 10 000,00 $
Dispositifs de flottaison De 2,75 $ à 3,00 $ chacun
Ancres De 20,00 $ à 25,00 $ chacune
Caisses isothermiques (avec couvercles) De 500,00 $ à 600,00 $ chacune
Dégrappeuse-trieuse De 10 000,00 $ à 15 000,00 $
Filet à boudin De 0,07 $ à 0,12 $ le mètre
Bateau de pêche des moules De 25 000,00 $ à 40 000,00 $
Bateau en aluminium de 24' De 70 000,00 à 100 000,00 $
Bateau de pêche des moules de 40 pieds De 200 000,00 à 300 000,00 $
Bail (frais annuel) 10,00 $ l'acre
Table de boudinage en aluminium De 3 000,00 à 5 000,00 $

Secteurs de culture et production

On trouve des baux mytilicoles dans bon nombre de cours d'eau et d'estuaires de l'Î.-P.-É., mais la majorité des secteurs de culture sont concentrés le long des côtes nord et est (voir la figure 4). Il y a en tout 291 baux mytilicoles à l'Î.-P.-É., ce qui représente au total 10 831 acres, où 123 mytiliculteurs récoltent leurs moules. Ces moules sont achetées par huit compagnies de transformation, dont la plupart possèdent également des baux.

Figure 4 - Baux mytilicoles à l'Î.-P.-É.

Figure 4 - Baux mytilicoles à l'Î.-P.-É.

L'Î.-P.-É. est le plus grand producteur de moules au Canada. Sa production a représenté près de 77 % de l'ensemble de la production en 2004; suivent loin derrière Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse, avec 10 % et 9 % de la production de moules respectivement. Les provinces du Nouveau-Brunswick et du Québec font aussi la culture des moules. L'industrie des moules à l'Î.-P.-É. s'est beaucoup développée au cours des 13 dernières années, la production passant de 9,2 millions de livres en 1992 à environ 40 millions de livres en 2004 (voir la figure 5). Comme le montre le graphique qui suit, la production a toutefois été relativement stable au cours des cinq dernières années.

Figure 5 – Production de moules à l'Î.-P.-É. de 1992 à 2004

Figure 5 - Production de moules à l'Î.-P.-É. de 1992 à 2004

Source : MPO, Région du Golfe, Politiques et Services économiques, Division des statistiques

Le tableau 4 indique le nombre de mytiliculteurs et de baux (2005) ainsi que la production par baie/estuaire pour 2004. Pour la production sont indiquées la quantité et la valeur des moules achetées des transformateurs.

1Tableau 4 – Nombre de mytiliculteurs et de baux et production par baie/estuaire
  Production (2004)
Nom de la baie/ du cours d'eau/ du bassin Nombre de mytilicul-teurs Nombre de baux Superficie des baux (en acres) Livres VALEUR ($)
Baie Malpeque2 22 32 1 635,14 6 536 491 3 921 895
Baie New London3 18 25 701,48 5 535 413 3 321 248
Rivière Murray 10 23 918,22 4 469 812 2 681 887
Baie Tracadie4 34 48 1 726,50 4 119 459 2 471 675
Rivière Boughton 4 8 415,72 3 794 030 2 276 418
Rivière Brudenell 7 13 297,15 2 672 874 1 603 724
Bassin Darnley 13 14 291,93 2 125 536 1 275 322
Baie Rustico5 13 18 622,04 2 060 539 1 236 323
Baie St. Peters 11 27 1 554,43 1 934 157 1 160 494
Baie/rivière Cardigan 14 18 561,15 1 900 325 1 140 195
Baie St. Mary's 5 13 706,44 1 802 930 1 081 758
Rivière Montague 6 11 191,77 1 473 491 884 095
Havre Savage 12 13 354,02 598 314 358 988
Baie Hillsborough6 10 13 504,11 17 071 10 243
Autres7 13 15 351,11 605 548 363 329
TOTAL 1928 291 10 831,21 39 645 990 23 787 594

Sources : Région du Golfe du MPO, Division des statistiques (production); Division de l'aquaculture (baux et mytiliculteurs) de l'Î.-P.-É.; et information fournie par les transformateurs.

Commerce

Produit et prix

Si les moules sont encore pour la plupart vendues fraîches en coquille, une certaine attention a été accordée aux produits à valeur ajoutée, comme les moules dans une sauce préparée, les moules fumées et les moules cuites et congelées par air pulsé. En 2004, un peu plus de 9 % du total des exportations de l'Î.-P.-É. ont été vendues gelées, salées, séchées ou en saumure (Statistique Canada). Les moules fraîches sont habituellement placées dans des poches en filet qui favorisent le drainage et la ventilation avant d'être empaquetées dans des cartons grand format pour l'expédition. Comme on s'en doute, la technologie continue d'évoluer, et le nouvel emballage à atmosphère modifiée (MAP) en est un exemple.

Le prix des moules est demeuré très stable au cours de la dernière décennie. Les mytiliculteurs obtiennent environ 0.60 $/lb et les transformateurs entre 1,00 $/lb et 1,18 $/lb pour leurs moules.

Marchés et exportations

L'Î.-P.-É. est de loin la principale province exportatrice du Canada; ses exportations ont représenté plus de 88 % de celles de l'ensemble du Canada en 2004. Les deuxième et troisième principales provinces exportatrices de moules sont Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse, avec 6,5 % et 3,0 % des exportations en 2004.

La quantité de moules de l'Î.-P.-É. qui sont vendues localement et dans le Canada atlantique est minime, et seulement un faible pourcentage (environ 9 %) de la production est vendu au Canada, principalement dans les grands centres urbains. Le reste de la production est vendu surtout aux États-Unis (93,5 %). Le tableau 5 montre les exportations de moules de l'Î.-P.-É. par pays de destination.

Tableau 5 – Total des exportations de l'Î.-P.-É. par pays de destination – 2000 à 2004 (dollars)

Pays 2000 2001 2002 2003 2004 % en 2004
États-Unis 19 036 052 21 403 890 21 274 537 21 256 415 19 819 042 93,5 %
Japon 396 693 1 077 832 823 498 409 754 1 236 685 5,8 %
Israël - - 25 816 58 598 117 012 0,6 %
Hong Kong - 4 463 4 4019 - 25 900 0,1 %
Autres 96 648 4 363 24 000 82 024 435 0,0 %
TOTAL 19 529 393 22 490 548 22 151 870 21 806 791 21 199 074 100 %

Source : Statistique Canada : www.strategis.gc.ca

Impact macro-économique de l'industrie des moules sur l'économie de l'Î.-P.-É.9

L'objectif de la présente section consiste à quantifier l'impact économique de l'industrie des moules de l'Île-du-Prince-Édouard sur l'économie de la province. L'analyse se concentre sur la composante transformation de l'industrie. Elle englobe toutefois indirectement l'impact des exploitations mytilicoles, car nous avons pris en considération tous les achats des transformateurs, y compris les achats de moules. Malheureusement, l'information associée aux dépenses des mytiliculteurs n'était pas disponible.

Les données utilisées dans la présente étude portent sur l'année 2004. Elles sont extrapolées à partir des renseignements reçus des transformateurs représentant plus de 99 % de la production du secteur.

Méthode

Une analyse du genre ne peut être effectuée qu'en utilisant un modèle économique reconnu, dans le cas présent un modèle entrées-sorties. L'information pour notre analyse a été obtenue directement du secteur de la transformation. Sur les huit usines de transformation de moules de l'Î.-P.-É., 7 se sont prêtées à une entrevue et ont fourni de l'information concernant leurs activités en 2004.

Le principe qui sous-tend le modèle entrées-sorties consiste essentiellement à «suivre le parcours de l'argent». Ainsi, l'équipement de transformation utilisé par une usine est acheté d'une usine de fabrication qui, à son tour, peut offrir plus de travail à ses employés, ce qui augmente les dépenses de ces derniers, leur fait payer plus d'impôts, etc. Le modèle entrées-sorties intègre tous ces éléments.

Nous présentons les impacts directs, indirects et induits qui composent l'impact économique total. Les impacts directs sont les dépenses totales des transformateurs associées aux biens, aux services et aux salaires. Les impacts indirects sont le résultat des dépenses des transformateurs, à l'exception des salaires. Les impacts induits sont les effets des dépenses des employés des transformateurs.

Autrement dit, les impacts directs sont les dépenses faites par les transformateurs pour acquérir des biens tels que l'équipement de transformation, des boîtes et autres, pour se payer les services d'électriciens, de chauffeurs de camion et autres, et pour rémunérer les personnes inscrites sur leurs listes de paye.

Les impacts indirects sont générés par les compagnies qui fournissent l'équipement de transformation et les boîtes ainsi que par les électriciens et les chauffeurs de camion qui obtiennent des contrats pour fournir de tels biens et services aux transformateurs. Dans le cas des compagnies qui fabriquent et installent l'équipement de transformation, celles-ci achètent des biens et des services pour construire cet équipement et paient leurs employés.

Les impacts induits sont le résultat des dépenses faites par les employés des transformateurs. Ainsi, chaque employé dépense une partie de son salaire pour l'achat de biens et de services tels que la nourriture, le logement, l'assurance, les vêtements et le transport. Ce schème de consommation est basé sur les données de recensement visant les habitudes de consommation des habitants de l'Î.-P.-É.

Enfin, nous devons rappeler au lecteur que si une telle analyse vise à présenter un portrait relativement fidèle de la situation, il ne faut jamais oublier que les résultats ne sont pas une mesure «exacte» des impacts, mais plutôt une «approximation acceptable».

Résultats

Ventes générées

Nous estimons d'abord la valeur des ventes générées par le secteur de la transformation des moules (tableau 6). Ainsi, l'impact direct des ventes correspond à la valeur des moules vendues par les transformateurs.

Les ventes indirectes correspondent à la valeur des ventes résultant des achats des transformateurs (p. ex. achats de moules des mytiliculteurs, emballages, équipement de transformation). Autrement dit, les activités économiques des diverses parties qui approvisionnent les transformateurs ou leur dispensent des services (mytiliculteurs, électriciens, chauffeurs de camion, fabricants d'équipement, fournisseurs de boîtes, etc.) génèrent des ventes de leurs fournisseurs. Dans le cas des mytiliculteurs, ceux-ci achètent des bateaux, des bouées, des câbles, des treuils, des boîtes, etc. Ces acquisitions représentent les ventes indirectes.

Les ventes induites correspondent aux ventes générées par les salaires versés par les transformateurs à leurs employés (p. ex.: véhicules, nourriture et vêtements achetés par les employés).

Le secteur a été directement responsable de ventes de près de 50 millions de dollars. Des ventes indirectes de 36 millions de dollars ont en outre été générées, ainsi que des ventes induites de 21 millions de dollars. Cela donne un total de plus de 106 millions de dollars de ventes générées à l'Île-du-Prince-Édouard par la présence du secteur des moules.

Tableau 6 – Ventes générées (en millions de $)
  Î.-P.-É.
Directes 48,7
Indirectes 36,4
Induites 21,6
Total 106,7

Emploi

En ce qui concerne l'emploi, nous utilisons le concept d'années-personnes pour analyser l'impact du secteur. Ainsi, si deux personnes ont chacune travaillé pendant 26 semaines au cours de l'année, cela correspond à 1 année-personne, c'est-à-dire 52 semaines d'emploi. Nos résultats ne correspondent pas par conséquent au nombre de personnes travaillant dans le secteur. Ils correspondent plutôt au niveau d'emploi en équivalent temps plein.

Tableau 7 – Emploi en années-personnes
  Î.-P.-É.
Direct 281,0
Indirect 253,0
Induit 88,2
Total 622,2

Le secteur a été directement responsable de 281 années-personnes d'emploi et indirectement responsable de 253 années-personnes, et il a été à l'origine de 88,2 années-personnes d'emploi induit (tableau 7). Nous avons ainsi un emploi total équivalent à 622,2 années-personnes. En tenant compte de la nature saisonnière de l'économie, nous savons que le nombre de personnes travaillant dans le secteur dépasse de beaucoup 622.

Produit intérieur brut (PIB)

Le produit intérieur brut correspond à la valeur de l'économie dans un territoire donné. Ainsi, si un transformateur achète un camion 40 000 $ d'un détaillant local qui l'a lui-même acheté du fabricant en Ontario au prix de 35 000 $, la contribution au produit intérieur brut de la province de l'Île-du-Prince-Édouard est de 5 000 $. Nous pouvons par conséquent voir que le produit intérieur brut est beaucoup moins élevé que la valeur des ventes générées. L'écart entre les deux valeurs tend à être plus important dans le cas des petites régions ou provinces que dans le cas des grandes. Autrement dit, une province qui fabrique et fournit la plupart des équipements et services requis pour une activité économique particulière génère une plus grande incidence sur son PIB qu'une autre qui doit importer d'ailleurs une grande partie de l'équipement.

Il nous faut mentionner que, comme nous n'avons pas l'information sur l'emplacement des fournisseurs des mytiliculteurs, nous devons présumer que cette information correspond au profil provincial pour des secteurs similaires. Comme la mytiliculture est concentrée à l'Île-du-Prince-Édouard, la plupart des fournisseurs sont probablement de la province. Par conséquent, le manque d'information détaillée sur les mytiliculteurs nous fait probablement sous-estimer la contribution au produit intérieur brut.

Le secteur de la transformation des moules a apporté une contribution directe de 15 millions de dollars, indirecte de près du même montant et induite de plus de 6,5 millions de dollars au produit intérieur brut de l'Île-du-Prince-Édouard (tableau 8). La contribution totale du secteur au produit intérieur brut de la province a été de plus de 36 millions de dollars. Comme le PIB de la province a été de 4,023 milliards de dollars en 2004, l'industrie des moules représente environ 1 % du PIB (0,9 %).

Tableau 8 – Produit intérieur brut au prix du marché (en millions de dollars)
  Î.-P.-É.
Direct 14,9
Indirect 14,7
Induit 6,7
Total 36,3

Recettes fiscales des gouvernements

Aux tableaux 9 et 10, nous présentons nos estimations des recettes fiscales des gouvernements fédéral et provincial générées par les activités du secteur de la transformation des moules. Le gouvernement fédéral reçoit près de 4 millions de dollars de recettes résultant (directement, indirectement et de manière induite) de la présence du secteur. La part du gouvernement provincial est de 3,5 millions de dollars.

Tableau 9 – Recettes fiscales du gouvernement fédéral (en millions de dollars)
  Î.-P.-É.
Directes 1,5
Indirectes 1,3
Induites 1,2
Total 3,9

Tableau 10 – Recettes fiscales du gouvernement provincial (en millions de dollars)
  Î.-P.-É.
Directes 1,2
Indirectes 0,9
Induites 1,4
Total 3,5

Résumé

En conclusion, nous avons constaté que le secteur de la transformation des moules a généré au total des ventes de plus de 106 millions de dollars, de l'emploi équivalent à 622 années-personnes, une contribution de plus de 36 millions de dollars au produit intérieur brut de la province, des recettes de près de 4 millions pour le gouvernement fédéral et des recettes de 3,5 millions pour le gouvernement provincial.

Tableau 11 – Sommaire des résultats – Impact total
  Î.-P.-É.
Production brute (ventes) ou dépenses générées (millions de dollars) 106,7
Emploi en années-personnes 622,2
Produit intérieur brut au prix du marché (millions de dollars) 36,3
Recettes fiscales du gouvernement fédéral (millions de dollars) 3,9
Recettes fiscales du gouvernement provincial (millions de dollars) 3,5

Espèces aquatiques envahissantes : Tuniciers10

Historique de la présence des tuniciers dans les eaux de l'Î.-P.-É.

Quatre espèces de tuniciers ont été identifiées dans les eaux de l'Î.-P.-É. L'ascidie plissée (Styela clava) a été la première espèce envahissante de tunicier identifiée dans les eaux de l'Î.-P.-É. en 1998. Plus récemment, les tuniciers coloniaux, le botrylloïde violet (Botrylloides violaceus) et le botrylle étoilé (Botryllus schlosseri) ont été observés, de même que l'ascidie jaune ou solitaire (Ciona intestinalis). Toutes les espèces ont le potentiel de nuire à l'environnement marin de même qu'aux industries de la pêche et de l'aquaculture.

La répartition géographique de chaque espèce est actuellement limitée à certains secteurs de l'Î.-P.-É. Bien qu'il soit probable que ces espèces iront envahir d'autres secteurs par les voies naturelles, ceux-ci pourraient être touchés plus tôt si des organismes étaient accidentellement transportés par les coques des barges, des bateaux de pêche, des embarcations de plaisance, des bateaux de croisière ou des cargos, par les eaux de cale ou par le transfert de naissain ou d'autres stocks d'un secteur à un autre.

Types de tuniciers

Tuniciers solitaires

Ascidie plissée

L'ascidie plissée a été signalée pour la première fois à l'Î.-P.-É. dans la rivière Brudenell en 1998. Elle a un corps cylindrique qui peut atteindre une longueur de 15 centimètres (six pouces). Elle se fixe au moyen d'un mince pédoncule qui se prolonge à une extrémité. Elle a une surface verruqueuse à coloration inégale. Les petites ascidies plissées semblent être des versions miniatures des grandes, mais avec une surface plus lisse. L'ascidie plissée pousse habituellement en touffes denses sous le niveau des basses eaux sur des substrats comme des quais, des bouées ou des coques de bateau

L'ascidie plissée peut vivre pendant plusieurs jours hors de l'eau. Sa période de frai dans les eaux de l'Î.-P.-É. s'étend de la mi-juin à la mi-octobre. Les adultes peuvent frayer, et leur descendance peut infester les substrats en quelques jours seulement.

L'ascidie jaune

L'ascidie jaune a été signalée pour la première fois à l'Î.-P.-É. en octobre 2004 dans la rivière Montague, où elle poussait sur un engin mytilicole. Elle a un corps cylindrique mou avec une surface transparente lisse, et elle peut atteindre une longueur de 15 centimètres (6 pouces). Il y a souvent une région rougeâtre à l'intérieur de ce tunicier, ce qui le rend plus facile à identifier.

L'ascidie jaune se fixe aux carapaces des invertébrés, aux engins de pêche des crustacés, aux coques des bateaux et à d'autres structures flottantes, qu'il encrasse et rend très difficiles à nettoyer. Ce tunicier a causé de graves problèmes aux mytiliculteurs et transformateurs de moules de la Nouvelle-Écosse et il préoccupe énormément l'industrie aquacole de l'Île-du-Prince-Édouard. Il a ainsi forcé l'industrie à effectuer ses activités de transformation de l'automne au printemps, car il semble qu'il encrasse l'équipement de transformation au cours des mois d'été plus chauds.

Tuniciers coloniaux

Le botrylloïde violet et le botrylle étoilé sont des tuniciers coloniaux, contrairement à l'ascidie plissée ou l'ascidie jaune, qui sont des espèces solitaires. Ils sont donc considérés comme posant un plus grave problème d'encrassement biologique aux mytiliculteurs. Non seulement se reproduisent-ils par voie sexuée, répandant leurs larves dans la colonne d'eau, mais ils peuvent aussi former des bourgeons et se fragmenter, produisant ainsi de nouvelles colonies qui se dispersent au loin par dérive, ce qui leur permet d'envahir facilement des estuaires.

Le botrylloïde violet

Le botrylloïde violet a été signalé pour la première fois à l'Î.-P.-É. durant l'été 2004 dans la baie Savage Harbour. Il s'agit d'un tunicier colonial qui pousse en tapis sur le substrat auquel il est fixé. Les tailles des colonies ne sont limitées que par l'espace que leur offre le substrat. Ce tunicier présente plusieurs variations de couleurs différentes allant de tan à orange clair. Une crête ayant la forme d'une piste est nettement visible dans l'ensemble de la colonie.

Le botrylloïde violet se fixe aux carapaces des invertébrés, aux engins de pêche des crustacés, aux coques des bateaux, aux structures flottantes et aux plantes marines, y compris la vallisnérie spirale, qu'il encrasse. De petites portions de colonie peuvent facilement être transportées sur des végétaux dans un plan d'eau, ou dans de nouveaux plans d'eau par les voies naturelles, ou encore par inadvertance par les utilisateurs de l'eau.

Le botrylle étoilé

Le botrylle étoilé a été signalé pour la première fois à l'Î.-P.-É. en 2001 dans la baie St. Peter. Il s'agit également d'un tunicier colonial qui pousse en tapis sur la surface du substrat auquel il est fixé et dont les tailles des colonies ne sont limitées que par l'espace que leur offre le substrat. Il est de couleur foncé, avec un dessin plus pâle en forme d'étoile.

Le botrylle étoilé peut se fixer aux carapaces des invertébrés, aux engins de pêche des crustacés, aux coques des bateaux et à d'autres structures flottantes, qu'il encrasse et rend très difficiles à nettoyer. Les colonies sont généralement faciles à enlever du substrat, ce qui augmente leur potentiel de dissémination.

Facteurs d'établissement

Les tuniciers ont connu beaucoup de succès dans leur établissement dans de nouveaux endroits à l'échelle mondiale.

Leur succès global peut être attribué à plusieurs facteurs.

  1. Ils ont une croissance rapide et atteignent la maturité sexuelle rapidement (au bout de 2 mois environ).
  2. Ils fraient souvent (toutes les 24 heures environ).
  3. Ils ont une longue saison de reproduction à l'Î.-P.-É., de la mi-juin au début d'octobre.
  4. Des structures artificielles, comme les filières servant à l'élevage des moules leur fournissent un excellent substrat où se fixer et croître.
  5. Les tuniciers n'ont pas ou presque pas de prédateurs naturels connus à l'Î.-P.-É.

Plusieurs agents de traitement ont été mis à l'essai sur des colonies de tuniciers à diverses concentrations; le vinaigre (5 % d'acide acétique, formule domestique) s'est avéré le plus efficace jusqu'à maintenant.

Répartition géographique des tuniciers

Les figures 6 à 9 montrent l'emplacement de chaque espèce de tunicier à

l'Île-du-Prince-Édouard; cependant, la répartition des espèces change régulièrement. En date du 13 janvier 2006, leur présence a été confirmée dans les endroits suivants :

L'ascidie plissée est présente dans la rivière Murray, dans la rivière Brudenell, dans la rivière Cardigan, dans la rivière Montague, dans la baie St. Mary's, à Orwell/Vernon, à March Water (baie Malpeque) et dans le bassin Darnley.

Figure 6 - L'ascidie plissée est présente dans la rivière Murray, dans la rivière Brudenell, dans la rivière Cardigan, dans la rivière Montague, dans la baie St. Mary's, à Orwell/Vernon, à March Water (baie Malpeque) et dans le bassin Darnley. (En date de janvier 2006)

L'ascidie jaune (Ciona) est présente dans la rivière Montague, dans la rivière Brudenell et dans la baie St.Mary's.

Figure 7 - L'ascidie jaune (Ciona) est présente dans la rivière Montague, dans la rivière Brudenell et dans la baie St.Mary's.

Le botrylloïde violet est présent dans la baie Savage Harbour, dans le secteur de Port Borden, dans la baie Rustico (rivière Hunter), dans la baie Cardigan, dans la baie St. Peter's, à March Water et dans la rivière Brudenell.

Figure 8 - Le botrylloïde violet est présent dans la baie Savage Harbour, dans le secteur de Port Borden, dans la baie Rustico (rivière Hunter), dans la baie Cardigan, dans la baie St. Peter's, à March Water et dans la rivière Brudenell.

Le botrylle étoilé est présent dans la baie Savage Harbour, dans la baie St. Peter's, dans la baie Cardigan et dans la baie St. Mary's.

Figure 9 - Le botrylle étoilé est présent dans la baie Savage Harbour, dans la baie St. Peter's, dans la baie Cardigan et dans la baie St. Mary's.

Les secteurs d'élevage de naissain et de moules suivants sont encore « propres » ou exempts de la présence des tuniciers : rivière Boughton, rivière Souris, baie Hillsborough, (crique Nine Mile), lac South, lac North, baie Malpeque, baie Covehead, baie New London et Cascumpec.

Effets des tuniciers sur l'industrie des moules

Présentement, il n'y a aucune preuve que les tuniciers invahissants ont un impact significatif sur la période de croissance ou sur le rendement en chair des moules. Dans certaines baie de l'Î.-P.-É., la capacité de production a atteint son niveau optimal. Les intervenants sont préoccupés par l'arrivée des tuniciers invahissants, et ceux-ci pourraient avoir un impact sur la période de croissance et sur le rendement en chair des moules cultivées dans ces baies. Les tuniciers invahissants pourraient empêcher plusieurs de ces baies de ne jamais atteindre leur capacité de production optimale.

Conclusion

Le développement de l'industrie des moules bleues (Mytilus edulis) au cours de la dernière décennie pourrait facilement être qualifié de réussite pour l'Île-du-Prince-Édouard. Cette industrie est passée d'une production de 9,2 millions de livres de moules en 1992 à 40 millions de livres en 2004. L'industrie des moules de l'Île-du-Prince-Édouard fournit 80 % des moules bleues consommées en Amérique du Nord.

La méthode d'élevage et le prix obtenu par les mytiliculteurs pour leurs moules sont demeurés relativement inchangés au cours des dix dernières années. Pour ce qui est toutefois du secteur de la transformation, l'accent a été davantage mis sur les produits à valeur ajoutée au cours des dernières années.

Avec 123 mytiliculteurs possédant 291 baux et huit compagnies de transformation (lesquelles ont aussi des baux pour la plupart), l'industrie est devenue un secteur essentiel de l'Île, créant directement et indirectement l'équivalent de 622 emplois à plein temps et générant des ventes de 107 millions de dollars en 2004. Pour ce qui est de la contribution de l'industrie des moules au produit intérieur brut (PIB) de la province, elle s'est élevée à 36,3 millions de dollars en 2004.

L'arrivée d'espèces aquatiques envahissantes représente certainement un problème considérable pour l'industrie. Lorsque la première ascidie plissée a été signalée en 1998, les mytiliculteurs et les transformateurs ont été capables de s'ajuster et de composer avec cette espèce envahissante. L'arrivée subséquente de trois autres espèces de tuniciers au cours des dernières années a causé des difficultés additionnelles aux mytiliculteurs, aux transformateurs, aux biologistes et à tous les intervenants de l'industrie. L'incidence économique encore inconnue de ces nouvelles espèces de tuniciers constitue certainement une des plus grandes préoccupations de l'industrie.


[1] Nombre de mytiliculteurs, nombre de baux et superficie des baux en date du 8 septembre 2005.

[2] La baie Malpeque comprend la baie Malpeque, la baie Bentick, la rivière Bideford, la baie Chichester et la baie March Water.

[3] La baie New London comprend la baie New London, la rivière Southwest et la rivière Stanley.

[4] La baie Tracadie comprend la baie Tracadie et la baie Winter.

[5] La baie Rustico comprend la baie Rustico et la rivière Hunter.

[6] La baie Hillsborough comprend la baie Hillsborough, la baie Orwell et la rivière West. La baie Hillsborough est principalement utilisée pour la collecte du naissain.

[7] Autres : la baie Cascumpec, la baie Covehead, la rivière Enmore, la rivière Mill, le lac North, la rivière Souris et le lac South.

[8] Nombre de mytiliculteurs : En réalité, il y a 123 mytiliculteurs à l'Î.-P.-É, mais certains mytiliculteurs ont plus d'un bail dans plus d'une baie.

[9] Cette section a été rédigée avec la collaboration du docteur Pierre-Marcel Desjardins, de l'Université de Moncton.

[10] Sources : ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Aquaculture de l'Île-du-Prince-Édouard et ministère des Pêches et des Océans.