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Recherche sur les requins bleus

Prionace glauca

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Pour les renseignements sur les requins bleus, visitez la page requins bleus.

requin bleu

Malgré son abondance dans les océans du monde, le requin bleu (Prionace glauca) a suscité relativement peu d'intérêt jusqu'ici. Jusqu'à tout récemment, on ne savait rien de l'état de sa population dans les eaux canadiennes, pourtant c'est un animal qui est fréquemment capturé tant par les pêcheurs commerciaux que par les pêcheurs sportifs. Notre recherche était conçue pour améliorer notre connaissance du requin bleu au Canada en dressant un aperçu détaillé de sa situation dans les eaux canadiennes. Nous travaillons aussi en collaboration avec des organes scientifiques d'autres pays de l'Atlantique Nord pour produire une première évaluation des stocks de requin bleu à l'échelle de l'Atlantique Nord. À cette fin, il nous faut d'abord établir la longévité et le taux de croissance des requins bleus, ainsi que leur taille et leur âge à la maturité sexuelle. Un deuxième objectif consiste à déterminer les taux de mortalité délibérée et non délibérée associés à diverses pêches. Cela comprendra la mortalité dans les concours de pêche et dans la pêche récréative du requin. Enfin, toute cette information sera intégrée en une perspective de l'état de la population.

Détermination de l'âge et du taux de croissance

Au cours des deux dernières années, on a procédé à de nombreuses coupes transversales de vertèbres de requin bleu, qui ont révélé des bandes de croissance qu'on croit annuelles. Récemment, on s'est efforcé de trouver le meilleur moyen d'interpréter ces bandes de croissance. Nos travaux ont révélé que l'étude de vertèbres entières, rehaussée par des méthodes d'analyse d'images, produit la même estimation d'âge que la méthode des coupes transversales, qui est plus chronophage. Cette recherche est maintenant publiée (MacNeil et Campana 2003).

Les photos présentées ci-dessous illustrent une vertèbre entière et une coupe transversale de vertèbre de requin bleu, rehaussées grâce au système d'analyse d'images. Les anneaux de croissance annuels apparaissent par paires d'anneaux pâles et foncés.

Vertèbres entières et en vertèbres des coupe d'un requin bleu

Répartition dans les eaux canadiennes

Figure 3 : Répartition des requins bleus capturés par des pêcheurs commerciaux.

Figure 3 : Répartition des requins bleus capturés par des pêcheurs commerciaux.

Le requin bleu est courant dans les eaux canadiennes, surtout au cours des mois de l'été et de l'automne. La répartition de certains requins bleus capturés par des pêcheurs commerciaux est illustrée sur la carte ci-dessous (adaptée de Campana et al. 2004 (SCCS docrech - 2004/069)). À noter que chaque symbole correspond à de nombreux requins et que la taille du symbole est proportionnelle au poids total des requins, comme dans la légende.

Effet des tournois de pêche sur l'état de la population de requins bleus

Les tournois de pêche du requin dans les eaux de la Nouvelle-Écosse ont lieu en juillet, août et septembre. Ces tournois sont de nature commerciale ou communautaire et ils ne sont parrainés ni par le MPO, ni par le Laboratoire de recherche sur les requins. S'il est vrai qu'une saine pêche récréative du requin a des avantages sociaux et économiques, il faut cependant que les tournois de pêche ne nuisent pas indûment au bon état de la population. En d'autres mots, la population de chaque espèce de requin doit être maintenue à un niveau qui ne représente aucun danger.

Chaque requin qui a été capturé dans le cadre d'un tournoi de pêche a été examiné et mesuré par des membres du personnel du Laboratoire de recherche sur les requins. Une analyse de l'effet des tournois de pêche du requin sur la population de requin bleu (Campana et al. 2004) (SCCS docrech - 2004/069) et sur l'état général de cette dernière vient d'être terminée (Campana et al. 2006). On y examine les tendances des taux de prises, de la composition des prises selon la taille, de la maturité selon la taille et des taux de mortalité d'année en année, cela en ce qui concerne tant les requins capturés dans des tournois de pêche que ceux qui sont pris accessoirement dans des pêches commerciales. Il ressort de cette analyse que l'abondance du requin bleu a diminué et que sa mortalité a augmenté au cours de la dernière décennie. Toutefois, les prises des tournois ne sont qu'un facteur mineur (environ 2 %) dans la mortalité totale comparativement aux prises accessoires des pêcheurs de thon et d'espadon. Le requin bleu est un animal très migrateur - il effectue couramment des migrations dans tout l'Atlantique Nord - et la mortalité de ce requin survient surtout en dehors des eaux canadiennes. Réduire les taux de mortalité nécessitera donc une intervention internationale. En attendant, le Laboratoire de recherche sur les requins continuera de surveiller l'état de la population.

Alimentation

On a procédé à une analyse quantitative des contenus stomacaux de 706 requins bleus capturés dans des concours de pêche récréative du requin (entre 1999 et 2001) pour déterminer les différences d'alimentation selon le sexe, la maturité et le lieu des concours.

Nos résultats révèlent qu'au large de la Nouvelle-Écosse, les requins bleus se nourrissent surtout de poissons pélagiques (maquereau et hareng) et de poissons de fond (morue et lompe). Des différences existaient entre l'alimentation des individus immatures et des individus matures chez les deux sexes, ce qui permet de croire à une ségrégation sexuelle dans la phase d'alimentation. Par ailleurs, la fréquence des poissons pélagiques et des poissons de fond présents dans les estomacs changeaient selon les années d'échantillonnage. On a constaté que, comme le requin-taupe commun, le requin bleu consommait de petits morceaux de détritus et de débris flottant dans la colonne d'eau. Cette recherche est maintenant publiée (McCord et Campana 2003).

Émetteurs via satellite et mortalité par ferrage

La majorité des requins bleus capturés dans l'Atlantique Nord le sont accidentellement dans le cadre d'activités de pêche commerciale d'espèces comme l'espadon et le thon. La quasi-totalité des requins bleus est remise à l'eau (y compris les 10 à 20 % qui sont déjà morts), mais les scientifiques du monde entier tiennent pour acquis qu'un bon nombre de ceux qui sont encore vivants meurent après leur remise à l'eau. La proportion exacte de requins qui meurent ainsi reste inconnue, mais c'est une donnée importante. En effet, si la plupart des requins remis à l'eau survivent, il n'y a pas de problème majeur. Toutefois, si la plupart d'entre eux meurent, la mortalité par capture accessoire pourrait être la principale cause du déclin observé dans la population.

Pour déterminer le taux de mortalité des requins bleus capturés et remis à l'eau dans la pêche commerciale et dans la pêche récréative, on marque un petit pourcentage des requins capturés dans le cadre d'activités normales de pêche commerciale ou récréative à l'espadon au moyen d'étiquettes collectrices de données qui sont autodétachables et émettrices. Ces étiquettes informatisées enregistrent la profondeur et la température de l'eau à une fréquence de quelques minutes, révélant ainsi tout signe de mortalité (engloutissement au fond ou flottaison à la surface). À une date préprogrammée (se situant habituellement à 3 à 6 mois après le marquage), l'étiquette se détache du requin, flotte à la surface de l'océan et transmet toutes les données qu'elle a enregistrées à un satellite en orbite. Les données obtenues sont envoyées à notre laboratoire, qui détermine ensuite où se trouvait le requin, quels ont été ses déplacements et si l'animal est mort ou non.

Nos recherches ont indiqué que la mortalité générale du requin bleu provoquée par des prises accessoires dans le cadre de la pêche de poissons pélagiques à la palangre était de 35 %, tandis que la mortalité estimée après la remise à l'eau pour les requins qui ont été remis à l'eau vivants était de 19 %. Tous les requins en bonne santé ont survécu, tandis que 33 % des requins gravement blessés ou éventrés par ferrage sont morts par la suite. Les modèles de durée de survie ont indiqué que 95 % de la mortalité avait lieu dans les 11 jours suivant la capture, ce qui indique une mort par traumatisme et non par inanition. La capture annuelle de requins bleus dans l'Atlantique Nord a été estimée à environ 84 000 tonnes dont 57 000 tonnes ont été remises à l'eau. Une estimation préliminaire de 20 000 tonnes de remises à l'eau annuelle de requins morts dans l'Atlantique Nord est semblable à celle de la prise nominale enregistrée, et pourrait changer de manière importante la perception de l'état de la population si elle était intégrée dans le cadre d'une évaluation des stocks à l'échelle de la population. Cette recherche est maintenant publiée (Campana et al. 2009). Un autre article compare le taux de mortalité après remise à l'eau dans l'Atlantique par rapport au Pacifique (Campana et al. 2009c).

Dans le cadre de pêche récréative au requin, on utilisait une canne et un moulinet plutôt qu'une palangre. Par conséquent, la mortalité après remise à l'eau de requins bleus capturés dans le cadre d'une pêche récréative est probablement différente de celle déterminée pour les palangriers pélagiques. Depuis 2011, nous avons commencé à déployer 20 étiquettes émettrices sur des requins blessés et en bonne santé capturés par des pêcheurs sportifs. Nous voulons ainsi quantifier la mortalité après remise à l'eau dans le cadre de la pêche sportive au requin.

Cliquez sur les images qui suivent pour voir des requins en train d'être munis d'étiquettes émettrices. (Remarque : l'affichage de ces images à haute résolution peut prendre un certain temps.)

Requins en train d'être munis d'étiquettes émettrices

Figure 4 : Marquage d'un requin bleu au moyen d'une étiquette collectrice de données détachable et émettrice.

Figure 4 : Marquage d'un requin bleu au moyen d'une étiquette collectrice de données détachable et émettrice.

Figure 6 : Requin bleu capturé à la ligne

Figure 6 : Requin bleu capturé à la ligne

Migrations du requin bleu, étiquettes satellites et aire d'hivernage.

Même si l'on sait que le requin bleu est une espèce très migratrice, on connaît peu ses voies migratoires en direction des aires d'hivernage. Nous avons utilisé des étiquettes collectrices de données qui sont autodétachables et émettrices pour suivre 23 requins bleus durant une période moyenne de 88 jours, lorsqu'ils quittaient les eaux côtières de l'Amérique du Nord en automne. Dans les deux jours suivant leur entrée dans le Gulf Stream (date moyenne du 21 octobre), tous les requins ont entrepris une nette migration verticale journalière à une profondeur moyenne de 74 mètres de nuit et de 412 m de jour tandis qu'ils semblaient poursuivre des calmars et des poissons migrant de manière verticale. Bien qu'ils soient aveugles en profondeur, les calculs laissent entendre qu'il y aurait un avantage thermorégulateur 2,5 fois supérieur à nager et à se nourrir dans les eaux profondes nettement plus froides, même si la quête de nourriture était réduite en raison des profondeurs extrêmes. Étant donné que la vitesse des courants du Gulf Stream est réduite en profondeur, nous avons utilisé un modèle de circulation détaillé de l'Atlantique Nord pour examiner l'influence du comportement de plongée sur l'advection ressentie par les requins. Toutefois, rien ne semblait indiquer que la plongée du requin modifiait de manière significative sa voie migratoire nette. L'abondance relative des requins, des espadons et des cachalots plongeant en profondeur dans le Gulf Stream et dans les eaux adjacentes laisse entendre que le Gulf Stream peut servir d'aire d'alimentation hivernale clé pour les grands prédateurs pélagiques de l'Atlantique Nord. Cette recherche est maintenant publiée (Campana et al. 2011).

Dynamique des populations

Le requin bleu est apparemment un des grands requins les plus courants au Canada atlantique. Bien que les pêcheurs sportifs le capturent fréquemment, il est aussi pêché involontairement par les pêcheurs commerciaux (prises accessoires). Dans une analyse produite en automne 2002, on estimait que la biomasse de requins bleus capturés comme prises accessoires dans les pêches commerciales était de l'ordre de 1 000 à 2 000 tm par an. C'est-à-dire qu'il y a bien plus de prises non déclarées que de prises débarquées. L'analyse complète est présentée dans Campana et al. (2002) (SCCS docrech - 2002/101). Des mises à jour des estimations de prises accessoires ont été fournies en 2011 (Campana et al. 2011 (SCCS docrech - 2002/101-fra.htm">Campana et al. (2002) (SCCS docrech - 2011/067-fra.html">Campana et al. 2011 (SCCS docrech - 2002/101). Des mises à jour des estimations de prises accessoires ont été fournies en 2011 ((Campana et al. 2006). On y examine les tendances des taux de prises, de la composition des prises selon la taille, de la maturité selon la taille et des taux de mortalité d'année en année, cela en ce qui concerne tant les requins capturés dans des tournois de pêche que ceux qui sont pris accessoirement dans des pêches commerciales. Les résultats révèlent que l'abondance du requin bleu a diminué et que la mortalité a augmenté au cours de la dernière décennie. Des analyses plus récentes ne révèlent pas de déclin (Fowler et Campana 2008). Toutefois, les requins bleus sont très migrateurs et il semble que dans l'Atlantique Nord il n'en existe qu'une seule population, partagée par de multiples pays. Il faudra donc une intervention internationale de la CICTA pour réduire la mortalité au sein de cette population de requins bleus.

Études de marquage conventionnelles

Figure 8: Requins bleus marqués ou recapturés entre 1971 et 2002 dans les eaux canadiennes dans le cadre du programme de marquage du National Marine Fisheries Service

Figure 8: Requins bleus marqués ou recapturés entre 1971 et 2002 dans les eaux canadiennes dans le cadre du programme de marquage du National Marine Fisheries Service

Des chercheurs du laboratoire de recherche sur les requins collaborent avec les responsables du programme américain de marquage de requins à Narragansett, au Rhode Island. Dans le cadre de ce programme, des pêcheurs collaborateurs du Canada (principalement des pêcheurs sportifs) mettent des étiquettes à dard sur les requins bleus qu'ils prennent dans nos eaux avant de les relâcher, certains d'entre eux étant recapturés plus tard. La figure ci-dessous, de Campana et al. (2004) (SCCS docrech - 2004/069), montre quelques données sur la recapture des requins marqués. De nombreux requins bleus qui sont marqués dans les eaux canadiennes sont plus tard recapturés dans le centre de l'Atlantique, voire même aussi loin qu'en Afrique. En revanche, de nombreux requins bleus capturés dans nos eaux avec des étiquettes sur eux ont d'abord été marqués dans les eaux des États-Unis. Dans l'ensemble, ces résultats démontrent que les requins bleus migrent beaucoup et ne restent probablement pas dans les eaux canadiennes pour plus d'une saison à la fois.

Publications

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