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Chaleur et perturbation : Comment les vagues de chaleur amplifient les répercussions écologiques de la pêche côtière des myes

Coquille vide de mye commune morte sur une plage de la baie Maces, au Nouveau-Brunswick.

Coquille vide de mye commune morte sur une plage de la baie Maces, au Nouveau-Brunswick. Source : Jeff Clements/MPO

Lors des chaudes journées d’été, il est possible que vous vous sentiez fatigué et léthargique. Il est logique que certains animaux ressentent la même chose. Selon une étude récente menée par le chercheur scientifique de Pêches et Océans Canada (MPO) Jeff Clements, certaines espèces de myes, aussi appelées palourdes, coques ou clams, subissent aussi les répercussions négatives des vagues de chaleur.

La pêche ou la récolte des myes est pratiquée depuis des milliers d’années. Dans le Canada atlantique, les peuples autochtones les récoltent à des fins alimentaires, sociales et rituelles. La récolte récréative et la pêche commerciale sont également très populaires. Toutefois, dans le sud du golfe du Saint-Laurent, les débarquements commerciaux de myes ont considérablement diminué (en anglais seulement).

M. Clements mène des recherches sur les myes communes et d’autres espèces de mollusques dans le but de soutenir la gestion durable des pêches côtières du Canada. Dans une étude (en anglais seulement) récente effectuée sur la côte est du Nouveau-Brunswick, M. Clements et son équipe ont constaté que les activités humaines comme la pêche peuvent modifier les interactions entre les myes et d’autres espèces coexistantes. Ces modifications sont observées davantage lors de vagues de chaleur, qui peuvent amplifier les répercussions écologiques de la pêche.

Au cours de l’étude, un des essais expérimentaux de l’équipe a eu lieu pendant l’une des pires vagues de chaleur jamais enregistrées dans le Canada atlantique, ce qui a permis aux chercheurs de vérifier l’incidence des températures accablantes sur les myes lorsque cette espèce est pêchée. « Les études sur le terrain documentant les répercussions d’événements climatiques comme les vagues de chaleur anormales sont peu nombreuses et nous étions donc ravis d’avoir l’occasion de profiter d’un tel événement pour nos expériences », mentionne M. Clements.

Ses expériences menées au parc national Kouchibouguac (situé sur la côte est du Nouveau-Brunswick, le long de la côte acadienne) ont porté sur des myes de petite taille (moins de 50 mm de longueur), que les pêcheurs ne sont pas autorisés à garder. En vertu de la Réglementation sur la pêche du MPO, les myes de taille non réglementaire doivent être remises au même endroit qu’elles ont été récoltées afin de leur permettre d’atteindre leur taille adulte et de se reproduire.

M. Jeff Clements, Ph. D.

M. Jeff Clements, Ph. D.

M. Clements et son équipe ont déterré des myes de taille non réglementaire à marée basse à cinq reprises tout au long de l’été 2024. Ils ont collé des rondelles métalliques et une ligne de pêche à ces myes pour servir de repères, puis les ont remises sur le sable dans des zones désignées. La moitié des myes ont été protégées des crabes - leurs principaux prédateurs - en les recouvrant de seaux en plastique sans fond munis d’un filet, ce qui permettait aux myes de se cacher à nouveau dans le sable. Les autres myes ont été laissées sans protection.

« Les myes vivent sous les sédiments et doivent creuser leur chemin pour y retourner lorsqu’elles sont retirées. Cette procédure peut sembler simple en pratique, mais peut nécessiter beaucoup de temps et d’énergie. Elles sont alors vulnérables et peuvent être capturées par des prédateurs affamés », explique M. Clements.

Au cours de l’expérience, les myes marquées ont fait l’objet d’un suivi pour voir combien d’entre elles avaient réussi à s’enfouir dans le sable, combien étaient mortes et combien de prédateurs ont été trouvés dans les zones de marée désignées en un à deux jours. Dans des conditions normales - pendant les essais avec des températures régulières - l’équipe a constaté que la plupart des myes pouvaient retourner dans le sable en une à deux heures, et que la grande majorité d’entre elles (85 pour cent) était de retour dans le sédiment le lendemain, qu’elles aient été protégées ou exposées aux prédateurs ou non.

Mye commune de taille non réglementaire avec marqueur collé sur sa coquille, fait d’une rondelle métallique et d’une ligne de pêche.

Mye commune de taille non réglementaire avec marqueur collé sur sa coquille, fait d’une rondelle métallique et d’une ligne de pêche. Source : Jeff Clements/MPO

Cependant, lors de l’essai mené pendant la vague de chaleur, seulement 5 pour cent des myes avaient réussi à retourner dans le sable après deux jours. La plupart d’entre elles avaient en effet été mangées par les prédateurs. M. Clements et son équipe ont constaté que le nombre de crabes prédateurs et d’escargots opportunistes dans les zones désignées était environ quatre fois plus élevé lors de l’essai pendant la vague de chaleur que lors des autres essais menés lors des journées avec des températures normales.

« Ces observations suivent un schéma écologique typique lorsque les températures augmentent : le métabolisme des prédateurs augmente et ils doivent accroître leur apport en nourriture, ce qui les rend hyperactifs », clarifie M. Clements. « Par ailleurs, les proies comme les myes peuvent ralentir en présence de température élevée, car elles diminuent leur activité pour conserver de l’énergie et se cacher des prédateurs. Lorsque ces espèces sont retirées de leur cachette, cette lenteur leur est défavorable et les rend plus faciles à attraper pour les prédateurs ».

Même si les résultats de l’étude de M. Clements se concentrent sur les myes côtières et leurs prédateurs, ils soulignent également une lacune dans les connaissances pour d’autres espèces côtières.

Pendant les essais expérimentaux, les myes de taille non réglementaire ont été placées dans des zones désignées (seaux) disposées à différents niveaux le long de la ligne d’eau. M. Clements et son équipe surveillent leur évolution.

Pendant les essais expérimentaux, les myes de taille non réglementaire ont été placées dans des zones désignées (seaux) disposées à différents niveaux le long de la ligne d’eau. M. Clements et son équipe surveillent leur évolution. Source : Jeff Clements/MPO

« La pêche côtière et intertidale existe partout dans le monde. Les seuils de température particulière que nous avons découverts dans nos expériences ne s’appliqueront pas à toutes les espèces, mais les interactions entre les humains et les espèces dans différents habitats lors de phénomènes climatiques extrêmes comme les vagues de chaleur pourraient avoir des ramifications écologiques durables », précise M. Clements. « Malheureusement, les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et extrêmes à mesure que le climat continue de changer, et il s’agit d’un élément avec lequel nous devons composer dans le cadre de nos pêches côtières. »

M. Clements encourage la population à prendre en compte les répercussions que pourrai avoir la récolte de myes par temps chaud.

« Le but de la remise à l’eau des petites myes après les avoir déterrées, est de les aider à survivre suffisamment longtemps pour qu’elles se reproduisent et reconstituent le stock, mais notre travail montre que la grande majorité de ces myes ne survivent pas lorsqu’elles sont remises à l’eau ou sur le sable pendant les vagues de chaleur », ajoute-t-il.

« J’espère que notre recherche aidera les gens à comprendre ces répercussions et à en tenir compte avant de déterrer des myes vulnérables par temps chaud. »

Citation : Clements, J.C., Harrison, S., Roussel, M., Hunt, J., Power, B.-L., Sonier, R. (2025) Fishing during extreme heatwaves alters ecological interactions and increases indirect fishing mortality in a ubiquitous nearshore system. Communications Biology 8 : 735. (en anglais seulement) https://doi.org/10.1038/s42003-025-08158-w

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