Rapport annuel de 2024 sur la zone de protection marine (ZPM) Tang.ɢ̱wan – ḥačxwiqak – Tsig̱is (TḥT)
Sur cette page
- En bref
- Objectifs de conservation
- Gestion et gouvernance
- Espèces caractéristiques
- Recherche et suivi
- Collaboration et partenariats
- Pleins feux sur : les avantages
- Surveillance et application de la loi
- Sensibilisation et engagement
En bref
Date de désignation :
19 juin 2024
Superficie
133 017 km2
Contribution aux objectifs de conservation marine
2,3 %
Emplacement
Cette ZPM est située à environ 150 km de la côte de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, dans la biorégion de la zone extracôtière du Pacifique.
Cogérée par
- Conseil tribal des Nuu-chah-nulth (CTN)
- Conseil de la Nation Haïda (CNH)
- Première Nation des Pacheedaht (PNP)
- Première Nation de Quatsino (PNQ)
- Pêches et Océans Canada (MPO)
Reconnaissance
Les partenaires de cogestion des Premières Nations ont désigné ou sont en train de désigner la ZPM sous leurs autorités respectives.
Zones
La ZPM comprend 3 zones de gestion :
- Zone Union et Zone Dellwood – Protègent les monts sous-marins Union et Dellwood, qui sont plus fragiles, ainsi que les habitats et les espèces qu’ils abritent. Chaque mont sous-marin a sa propre zone de gestion d’une superficie d’environ 3 600 km2;
- Zone générale – C’est le reste de la ZPM qui n’est pas couvert par les zones Union et Dellwood. Cette zone est d’une superficie d’environ 125 817 km2.
Objectifs de conservation
Conserver, protéger et améliorer la compréhension des caractéristiques uniques du fond marin, dont les monts sous-marins et les cheminées hydrothermales, et des écosystèmes marins qu’ils abritent dans la ZPM.
Gestion et gouvernance
Le 19 juin 2024, la réglementation relative à la ZPM du champ hydrothermal Endeavour a été abrogée avec la désignation de la ZPM Tang.ɢ̱wan – ḥačxwiqak – Tsig̱is (Zone de protection marine (ZPM) TḥT). La ZPM TḥT couvre environ 133 017 km2 de la zone économique exclusive du Canada et englobe toute la zone qui était auparavant protégée par la ZPM du champ hydrothermal Endeavour. La ZPM TḥT est la plus grande ZPM du Canada désignée par le gouverneur en conseil (GC) au titre de la Loi sur les océans. En plus du règlement du GC, les partenaires de cogestion des Premières Nations ont désigné la ZPM ou sont en voie de le faire en vertu de leurs pouvoirs respectifs.
Le MPO et ses partenaires des Premières Nations se réunissent tous les mois à l’occasion des réunions du groupe de travail technique sur la cogestion des ZPM. En 2024, ce groupe de travail s’est réuni 8 fois.
Après la désignation de la ZPM en juin 2024, un mandat a été défini pour le futur conseil de gestion de la ZPM. Des travaux sont en cours pour former le Conseil de gestion, après quoi le Conseil commencera à mettre au point le plan de gestion.
En plus du Conseil de gestion de la ZPM, un comité consultatif sera formé avec l’accord de tous les partenaires de gestion.
Les activités de gestion menées en 2024 ont été soutenues par les programmes du MPO, notamment :
- Programme de contribution pour la gestion des océans
- Programme autochtone de gestion des ressources aquatiques et océaniques
- Stratégie relative aux pêches autochtones.
Les 4 partenaires de cogestion de la ZPM TḥT (le Conseil tribal des Nuu-chah-nulth, le Conseil de la Nation Haïda, la Première Nation des Pacheedaht et la Première Nation de Quatsino) ont conclu une entente financée par le MPO.
Gaagwiis Jason Alsop, président du Conseil de la Nation Haïda James Wallas, conseiller de la Première Nation de Quatsino Joyce Murray, ancienne ministre des Pêches Cloy-e-iis, Judith Sayers, Ph. D., présidente du Conseil tribal des Nuu-chah-nulth et Jeff Jones, ancien chef de la Première Nation des Pacheedaht à l’IMPAC5 (Cinquième Congrès international sur les aires marines protégées), lors de l’annonce conjointe du protocole d’entente pour la gestion collaborative de la ZPM Tang.ɢ̱wan – ḥačxwiqak – Tsig̱is.
Espèces caractéristiques
« Requin gratteur »
Dessin dans le style de l’art traditionnel Nuu-chah-nulth réalisé par Hawilh-Wayanis (Joshua Watts), membre de l’expédition et co-auteur, illustrant la rencontre avec un requin survenue en 2019. On y voit une silhouette humaine à bord d’un canoë en train d’observer le comportement de grattage de la taupe du Pacifique. La forme arrondie ou arquée du requin représente le retour fréquent de l’animal vers le billot. La silhouette du requin comporte de nombreux visages, qui représentent les copépodes parasites visibles. La silhouette du canoë rend hommage à la longue histoire des Nuu-chah-nulth en tant qu’explorateurs et pêcheurs marins. Ce type d’art traditionnel autochtone est un moyen très efficace de partager les connaissances écologiques et scientifiques.
Le long de la côte pacifique du Canada, la taupe du Pacifique migre de façon saisonnière en même temps que le saumon. En 2019 et 2021, des scientifiques du CNH, du CTN et du MPO menaient des recherches en eau profonde dans la ZPM TḥT alors proposée, lorsque l’équipe a rencontré 2 taupes du Pacifique qui utilisaient des débris flottants pour se gratter le corps! La taupe du Pacifique observée en 2019 utilisait un billot flottant recouvert de pouces-pieds pour se « gratter », tandis que celle observée en 2021 utilisait un morceau de fibre de verre flottant. C’était la première fois que ce comportement de « grattage » sur des débris anthropiques était documenté et les observations ont été publiées dans le Canadian Field Naturalist.
Comportement de grattage de la taupe du Pacifique (Lamna ditropis) sur des débris anthropiques flottant en haute mer dans le Pacifique Nord-Est en 2019 (a, b) et en 2021 (c). Ces images ont été prises à l’aide de drones et d’une caméra sous-marine. a) Requin se grattant sur un billot recouvert de pouces-pieds. b) Copépodes parasites sur les ailerons du requin. c) Requin se grattant sur un carré de fibre de verre. Crédit photo : (a) Shelton Du Preez. (b, c) Cherisse Du Preez.
Recherche et suivi
Les activités de recherche et de surveillance en cours dans la ZPM TḥT se déroulent principalement dans le cadre du projet collaboratif d’exploration des grands fonds du Pacifique Nord-Est (NEPDEP), qui s’inscrit dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques et du programme Challenger 150. Le NEPDEP est le fruit d’une collaboration entre :
- des scientifiques;
- des professionnels de la communication;
- des professionnels de la planification marine issus :
- des gouvernements fédéral et autochtones;
- des organismes à but non lucratif;
- des universitaires.
En 2024, le NEPDEP a continué d’explorer et d’étudier la ZPM TḥT lors d’expéditions conjointes, ainsi que de planifier, concevoir et réaliser des études de surveillance écologique à long terme dans la ZPM. Bien que les recherches et la surveillance de la ZPM TḥT n’aient fait l’objet d’aucune publication en 2024, l’équipe a fait de nombreuses découvertes qui ont suscité une couverture médiatique bien méritée et qui serviront de base à de futures publications, notamment :
- la découverte de zones de reproduction;
- la constatation des répercussions des changements climatiques;
- la documentation de comportements animaliers jamais observés auparavant;
- l’identification de nouvelles espèces;
- la localisation de hauts lieux de la biodiversité;
- la cartographie de dizaines de monts sous-marins non documentés;
- la découverte de refuges abritant des espèces rares.
Afin de mieux comprendre les effets potentiels des changements climatiques, l’équipe du NEPDEP a établi des sites de surveillance à long terme dans la région et a pu y retourner 5 ans plus tard, en 2024. En s’appuyant sur une étude océanographique à long terme (ligne P) qui inclut des sites d’étude dans la ZPM TḥT, les résultats préliminaires indiquent qu’au cours des 60 dernières années, l’océan dans cette zone a perdu environ 15 % de son oxygène. De plus, la zone du minimum d’oxygène semble s’approfondir chaque année, tandis que l’horizon de saturation en carbonate de calcium diminue. Avec la diminution de l’oxygène et l’augmentation de l’acidité, les données chronologiques provenant de ces sites suggèrent que le changement climatique aura des effets significatifs sur la faune des monts sous-marins situés dans la ZPM TḥT. Par exemple, entre 2018 et 2024, il y a eu une perte de 88 % de l’abondance de l’éponge siliceuse sur l’un des sites de surveillance à long terme du mont sous-marin Explorer dans la ZPM TḥT.
Changement dans l’abondance de l’éponge siliceuse (Pinulasma sp.) sur un site de surveillance à long terme du mont sous-marin Explorer, tel qu’observé entre les années 2018 et 2023. Crédit photo : Expédition en eaux profondes dans le nord-est du Pacifique et plateforme océanographique télécommandée pour les sciences océaniques de la Canadian Scientific Submersible Facility.
Collaboration et partenariats
Plusieurs collaborations et partenariats se sont poursuivis dans la région où se trouve cette ZPM en 2024. Par exemple, l'Oceans Networks Canada (ONC) et le MPO ont collaboré à la mise au point d’outils de surveillance à distance pour le champ hydrothermal Endeavour situé dans la ZPM TḥT. Chaque année, un observatoire câblé en temps réel, NEPTUNE (North-East Pacific Time-Series Underwater Networked Experiments) recueille environ 100 téraoctets de données scientifiques. Ces données de séries chronologiques permettent aux scientifiques d’étudier les changements à long terme à l’appui de la gestion des ZPM et contiennent des renseignements sur :
- les changements climatiques;
- l’atténuation des risques (tremblements de terre et tsunamis);
- la gestion des océans;
- la pollution des océans;
- la sécurité portuaire et le transport maritime;
- la mise en valeur des ressources;
- la souveraineté et la sécurité.
De plus, le projet collaboratif d’exploration des grands fonds du Pacifique Nord-Est (NEPDEP) s’est poursuivi en 2024 grâce à la contribution des partenaires suivants :
- MPO;
- CNH;
- CTN;
- ONC;
- Royal BC Museum;
- Université de Victoria.
Le NEPDEP a pour mission de découvrir, d’explorer et de surveiller la vie sous-marine pour assurer la conservation de ces écosystèmes remarquables. Les membres de l’équipe du NEPDEP ont travaillé avec des collaborateurs de l’Université de Victoria sur le projet Traitors, une base de données basée sur les caractéristiques de toutes les espèces qui vivent dans la biorégion de la zone extracôtière du Pacifique, afin d’éclairer la gestion des zones de conservation comme la ZPM TḥT.
Pleins feux sur : les avantages
Écologiques
En raison de sa géologie unique, la ZPM TḥT abrite une faune marine remarquablement abondante et diversifiée. Un réseau de cheminées hydrothermales (fontaines d’eau surchauffée et riche en minéraux) et de monts sous-marins (anciennes montagnes volcaniques d’une hauteur de plus de 1 000 m) façonne le plancher océanique de la région. Ces points chauds biologiques renforcent la productivité océanique et fournissent :
- un habitat;
- des abris;
- de la nourriture;
- des frayères;
- des zones d'alevinage.
Les avantages écologiques découlant des services rendus par les écosystèmes comprennent la nourriture et la régulation du climat (par l'intermédiaire de l'écosystème de carbone bleu des sédiments meubles). Les écosystèmes des cheminées hydrothermales procurent d’autres avantages associés aux services écosystémiques, comme la régulation de la chimie et de la circulation des océans.
Économiques
Les sédiments meubles de la ZPM de TḥT sont considérés comme un écosystème de carbone bleu. Selon les recherches menées par l'Université de Victoria, le MPO et Oceans North, la protection des sédiments marins riches en carbone pourrait contribuer à atténuer les effets du changement climatique. Outre les avantages potentiels liés à l'écosystème de carbone bleu, les décennies de recherche constituent un autre avantage économique direct de la ZPM, puisque les expéditions menées dans la ZPM peuvent profiter aux communautés où les biens et les services sont accessibles, de même qu’aux emplois qui appuient les expéditions scientifiques, la collecte et l’analyse des données.
Socioculturels
Le nom autochtone de la ZPM englobe les termes suivants :
- Tang.ɢ̱wan : un mot haïda signifiant « océan profond »;
- ḥačxwiqak : un mot nuu-chah-nulth et pacheedaht signifiant la « partie la plus profonde de l’océan »;
- Tsig̱is : un mot quatsino faisant référence à un monstre des profondeurs.
Les partenaires du Conseil de la Nation Haïda ont communiqué ce qui suit :
La partie de la ZPM située en territoire haïda est nommée « Tang.ɢ̲wan Chaaɢ̲an Daanaay Kuuyada », qui signifie « précieux lieu océanique en eaux profondes ». En octobre 2022, le CNH a désigné comme site du patrimoine haïda la partie de la ZPM Tang.ɢ̱wan – ḥačxwiqak – Tsig̱i alors proposée qui se trouve sur le territoire haïda.
La Nation Haïda protège les eaux côtières depuis des millénaires, assurant ainsi la sécurité alimentaire, la préservation de la culture et la gestion du peuple Haïda. Notre peuple sait qu’il existe des endroits uniques dans les profondeurs de l’océan et continuera à respecter, à protéger et à conserver ces habitats. Les désignations conjointes démontrent que toutes les parties partagent un engagement à long terme envers la protection des océans et la conservation de la biodiversité.
Les partenaires du Conseil tribal des Nuu-chah-nulth ont partagé ce qui suit :
Depuis des millénaires, les Nuu-chah-nulth, peuple de l’eau salée, entretiennent un lien spirituel, culturel et physique profond avec l’océan. L’océan est au cœur de notre mode de vie – il nous nourrit et constitue le fondement de notre capacité à prospérer. Notre principe directeur, « hishukish ts’awalk », nous rappelle que tout est lié : les profondeurs de l’océan sont liées au rivage et il est de notre responsabilité commune de le protéger, un devoir appelé « uu-a-thluk » ou « prendre soin ».
La gestion conjointe de la ZPM TḥT offre des possibilités de recherche collaborative, de partenariat et de participation à la prise de décisions entre tous les partenaires, ce qui nous permet de partager notre vaste savoir et notre compréhension des écosystèmes océaniques.
Surveillance et application de la loi
Étant donné que cette ZPM est située en haute mer, les agents des pêches de Conservation et Protection (C et P) appliquent principalement la réglementation au moyen de la télésurveillance. Malgré l’emplacement particulier de la ZPM, le Programme de surveillance aérienne des pêches et d’application de la loi (SALP) de C et P a été en mesure d’effectuer 10 patrouilles de surveillance aérienne principalement au-dessus du nord-est de la ZPM en 2024.
En outre, les efforts de surveillance ont été renforcés par la couverture du Radar Satellite II (RSII) effectuée dans les eaux nationales. Les activités menées par MDA Space dans le cadre du Projet Epsilon génèrent des rapports sur les ZPM du MPO comprenant des renseignements sur les contacts des navires et les associations pour notre Centre des opérations de la sécurité maritime – Ouest (COSM-Ouest). Les analystes des COSM-Ouest assurent le suivi de ces rapports sur les ZPM du MPO et analysent les acquisitions et les détections avec les associations du Système d'identification automatique (SIA).
En 2024, il y a eu 690 contacts RSII à proximité ou à l’intérieur de cette ZPM et 617 d’entre eux ont été identifiés comme étant des bateaux de pêche au moyen de leur SIA. Les navires présentant un comportement de pêche possiblement contraire à la réglementation ont été sélectionnés pour faire l’objet d’un suivi par un agent des pêches de C et P.
En 2024, aucune infraction à la réglementation sur les pêches n’a été décelée à la suite de la vérification des données de surveillance électronique effectuée à bord des bateaux de pêche.
Sensibilisation et engagement
Le 11 juillet 2024, un communiqué de presse a été publié pour annoncer la désignation de la ZPM. Ce communiqué a été préparé conjointement par :
- le CTN;
- la PNP;
- le CNH;
- la PNQ;
- le MPO.
En 2024, les membres de l’équipe du NEPDEP ont poursuivi leur collaboration afin de faire connaître la ZPM TḥT en diffusant en direct des vidéos sur leurs recherches et en organisant des rencontres en ligne réunissant la communauté et l’équipe en mer lors des expéditions.
Plusieurs vidéos ont été créées pour présenter :
- les caractéristiques incroyables de la ZPM TḥT;
- les plus récentes découvertes;
- de nouveaux comportements;
- les faits saillants de l’expédition 2024.
Les membres du NEPDEP ont partagé leurs découvertes avec le monde entier en participant à diverses conférences comme la conférence de la Décennie de l’océan et le symposium international sur la biologie des grands fonds marins. Les récits du NEPDEP ont également été diffusés dans les médias sous de nombreuses formes, en faisant appel à diverses voix pour raconter ces différentes histoires. En voici quelques exemples :
- The underwater mountains that can’t be hiked: Canada’s newest marine protected area (en anglais seulement)
- We’re on a boat (figuratively and literally!) with Dr. Cherisse Du Preez | Ocean Decade Show! (en anglais seulement)
- Gyaahláang Tangée • Kii.ngaay Taang.aay Saltwater News (en anglais seulement)
Lien connexe
- Date de modification :
