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Manuel technique Améliorer l’habitat du poisson dans les petits cours d’eau à Terre-Neuve-et-Labrador

Manuel technique Améliorer l’habitat du poisson dans les petits cours d’eau à Terre-Neuve-et-Labrador

(PDF, 4,5 Mo)

Table des matières

© Sa Majesté le Roi du chef du Canada, représenté par le ministre du ministère des Pêches et des Océans 2023

Version papier : N° de cat. Fs114-29/2023F      ISBN 978-0-660-42071-4
Version PDF : N° de cat. Fs114-29/2023F-PDF    ISBN  978-0-660-42070-7

Publié par :

Pêches et Océans Canada (MPO)
Direction des écosystèmes aquatiques
Programme de protection du poisson et de son habitat
Région de Terre-Neuve-et-Labrador
C.P. 5667
St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador) A1C 5X1

Le présent document doit être cité comme suit :
MPO. 2023. Manuel technique : Améliorer l’habitat du poisson dans les petits cours d’eau à Terre-Neuve-et-Labrador. St. John’s, T.-N.-L. viii + 123 p.

Préface

Les présentes lignes directrices constituent une mise à jour de l’ouvrage Technical Manual for Small Stream Improvement in Newfoundland and Labrador produit par l’Entente entre le Canada et Terre-Neuve sur le développement de la pêche côtière en 1989 (Buchanan et al. 1989). Elles sont également fondées sur une version provisoire plus récente rédigée en 2003. Le chapitre 2 du présent document a été adapté du document Ecological Restoration of Degraded Aquatic Habitats : A Watershed Approach, créé par la région du Golfe de Pêches et Océans Canada (MPO 2006). Nous remercions sincèrement tous les auteurs de ces travaux antérieurs.

1.0 Introduction

L’amélioration de l’habitat des cours d’eau peut être définie comme « les activités qui augmentent le nombre de poissons dans un cours d’eau par des mesures techniques » (Clarke et al. 2001). Dans son sens le plus large, l’amélioration de l’habitat peut être considérée comme incluant des éléments qui visent à :

Chacun de ces éléments vise à améliorer la capacité de l’habitat existant du poisson à répondre aux besoins des espèces et communautés de poissons importantes. Cette définition complète de l’amélioration de l’habitat englobe des mesures pouvant être prises pour améliorer les cours d’eau qui pourraient avoir été dégradés par des activités humaines ou en avoir subi les effets, ou des cours d’eau qui pourraient présenter un facteur limitatif naturel tel que des zones limitées d’habitat propice à la fraie ou à l’hivernage.

Le présent manuel a pour but de décrire une diversité de méthodes pour améliorer l’habitat du poisson dans les cours d’eau, ainsi que des lignes directrices sur leur utilisation et leur applicabilité à Terre-Neuve-et-Labrador. Il n’a pas pour objectif de décrire les mesures visant à remédier aux problèmes touchant les grands écosystèmes tels que :

Le changement climatique est une menace identifiable pour les écosystèmes aquatiques et pour le poisson et son habitat. À Terre-Neuve-et-Labrador (T.-N.-L.), on pense que le changement climatique contribue à des modifications du régime hydrologique et du cycle de l’eau (Conestoga-Rovers et Associates 2015) :

Les méthodes d’amélioration de l’habitat permettent d’améliorer l’état des écosystèmes aquatiques et d’inverser ou d’atténuer les impacts passés et actuels, y compris ceux qui peuvent être exacerbés par les effets du changement climatique, ou de s’y adapter. Le gouvernement du Canada a reconnu l’importance de l’amélioration, de la mise en valeur et de la restauration de l’habitat pour :

Le changement climatique doit être pris en compte lors de la conception des travaux d’amélioration de l’habitat, mais aussi lors de l’évaluation des raisons générales de la dégradation des habitats. Tout au long de ce manuel, il convient de garder à l’esprit le changement climatique et ses effets sur les bassins hydrographiques, le cycle de l’eau, ainsi que son impact sur les mesures d’amélioration de l’habitat qui sont décrites. Les effets du changement climatique devraient intensifier les agents de stress anthropiques et rendre plus complexes les efforts d’amélioration de l’habitat du poisson (Edwin 2009; Mulholland et al. 1997). Une approche de précaution est essentielle, car il peut être nécessaire de modifier les approches contemporaines pour renforcer la résilience des écosystèmes d’eau douce au changement climatique (Seavy et al. 2009).

Historiquement, les initiatives d’amélioration de l’habitat à Terre-Neuve-et-Labrador se sont appuyées sur des critères de conception et de mise en œuvre élaborés dans d’autres régions (par exemple, le Midwest américain et le Nord-Ouest du Pacifique) et pour d’autres espèces (principalement la truite de l’Ouest et les salmonidés du Pacifique). Cependant, depuis 1989, un certain nombre de projets publics d’amélioration et de restauration de l’habitat, parrainés par le gouvernement, ont été entrepris à Terre-Neuve et au Labrador. Le cas échéant, ce manuel intègre les leçons retenues de ces projets.

1.1 Organisation du manuel

Ce manuel est organisé de manière à offrir suffisamment d’informations aux utilisateurs pour leur permettre de comprendre l’historique et le processus d’amélioration de l’habitat du poisson. Il comprend une vue d’ensemble des éléments suivants :

2.0 Processus des bassins hydrographiques

Un bassin hydrographique est une caractéristique géographique désignant une dépression naturelle ou une zone se déversant dans une seule étendue d’eau (figure 1). Des éléments de cette entité hydrologique sont :

Figure 1. Aperçu des caractéristiques d’un bassin hydrographique

Description

Aperçu des caractéristiques d’un bassin hydrographique, indiquant :

  • les pluies et la direction de l’écoulement de surface vers les rivières
  • l’infiltration dans les rivières souterraines
  • l’écoulement des eaux souterraines dans un bassin versant
  • deux ou plusieurs bassins hydrographiques forment des sous-bassins hydrographiques
  • un groupe de sous-bassins hydrographiques forme un bassin hydrographique
  • un groupe de bassins hydrographiques forme un bassin

D’autres facteurs tels que le climat, les caractéristiques du terrain, la végétation et l’utilisation des terres influent tous sur la qualité de l’eau et sur sa quantité dans le bassin hydrographique.

La majeure partie de l’eau douce accessible sur Terre est stockée dans de grands lacs; le reste circule de manière dynamique :

Ce processus de recyclage continu, qui est si vital pour la vie sur Terre, s’appelle le cycle hydrologique. La figure 2 illustre les différentes composantes du cycle, notamment :

Bien que le concept soit simple, les nombreuses voies possibles dans le cycle rendent la science de l’hydrologie très complexe.

Figure 2. Le cycle hydrologique (ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario et Watershed Science Center 2002)

Description

Les différentes composantes du cycle hydrologique montrant comment l’eau douce circule de manière dynamique et indiquant les différentes voies, y compris :

  • les précipitations;
  • l’évapotranspiration;
  • l’évaporation;
  • la transpiration;
  • l’interception des précipitations;
  • l’infiltration, la rétention de surface;
  • le stockage de surface;
  • l’écoulement hypodermique;
  • l’écoulement de surface;
  • le ruissellement;
  • le chenal de cours d’eau;
  • l’écoulement souterrain;
  • et la nappe phréatique.

3.0 Formation des rivières et de l’habitat du poisson

3.1 Le cours d’eau

La forme d’un cours d’eau dépend des nombreux processus physiques qui se déroulent dans un bassin hydrographique. Les cours d’eau sont constitués :

Un cours d’eau prend naissance dans la partie supérieure d’un bassin hydrographique, là où le terrain se trouve à une altitude plus élevée. Les petits cours d’eau sont alimentés par des sources, par le ruissellement lors des épisodes pluvieux ou par la fonte des neiges au printemps (par des cours d’eau intermittents ou éphémères). La force de gravité tire l’eau vers le bas, vers le point le plus bas. L’eau qui s’écoule érode l’horizon superficiel, les sédiments, les galets et les graviers et commence à former un chenal. L’interaction et la dynamique de l’écoulement du cours d’eau avec le lit et les berges du chenal le rendent turbulent et, selon la composition des berges et du lit du chenal, provoquent l’érosion du chenal et des dépôts dans celui-ci, formant des configurations de fosses (eau profonde) et de radiers de gravier (matériaux déposés, eau peu profonde). Les fosses se forment à des intervalles d’environ 5 à 7 largeurs de chenal en alternance sur chaque côté, créant un motif en forme de méandre ou de « S » (comme illustré à la figure 3). Leur profondeur et leurs eaux stagnantes offrent un habitat d’abri, tandis que les radiers réoxygènent l’eau grâce à la turbulence et aux débits élevés.

Figure 3. Séquence fosse-radier et caractéristiques d’érosion et de dépôt dans un cours d’eau à méandres (d’après FISRWG 10/1998)

Description

Séquence d’un habitat de type seuil-fosse indiquant les fosses et les seuils. L’espacement des seuils va du sommet d’un seuil au sommet du seuil suivant. La hauteur du seuil se mesure du haut du seuil au fond de la fosse. « Claste formant un seuil » fait référence au substrat du fond du cours d’eau.

La végétation joue également un rôle dans le développement du chenal. Des herbes et des arbustes poussent le long des bords du chenal, dans les zones qui sont sèches pendant la plupart des mois d’été. Les racines des plantes aident à lier les sols et la végétation se comprime pendant les débits élevés pour empêcher l’érosion. Les forts débits de l’automne et du printemps sont ralentis lorsqu’ils traversent la végétation et déposent le limon, le sable et les graviers qu’ils transportent. Cela permet de construire et de maintenir les berges.

Les arbres, les branches et les racines (grands débris ligneux ou GDL) qui poussent ou tombent dans la rivière à des emplacements aléatoires jouent également un rôle important dans la construction de la structure du cours d’eau et de ses habitats. Dans les rivières dont le lit est composé de graviers et de galets, le débit déplace les grands débris ligneux. Cela permet de nettoyer et de trier les matériaux du lit, car les rondins sont déplacés et encastrés là où les courants de fond sont lents, à la tête et à l’intérieur des fosses. Les rondins encastrés à la tête des fosses établissent le pied des zones de radiers et de plats courants, créant des pentes stables sans que les graviers soient emportés dans les fosses. Les petites branches au fond des fosses offrent une diversité d’habitats et un couvert à toutes les espèces aquatiques. Les racines retiennent les sols sur les berges et permettent les sous-cavages, qui sont importants pour le couvert dans les rivières moyennes à grandes. Elles forment également des barrages bas dans les petits cours d’eau, contribuant à maintenir la profondeur de l’eau et la structure de l’habitat.

Le castor canadien, espèce naturellement présente dans les écosystèmes de Terre-Neuve-et-Labrador, peut également présenter un avantage pour les poissons en créant pour eux un habitat favorable. Les castors ont coexisté et coévolué avec les salmonidés et, bien que considérés comme des animaux nuisibles, ils présentent des avantages écologiques hautement démontrés et publiés (Pollock et al. 2004; Rosell et al. 2005; Kemp et al. 2012; Bouwes et al. 2016; Wathen et al. 2019). Le castor est désigné comme une « espèce clé » (Duncan 1984; Naimen et al. 1986; Mills et al. 1993) ou un « ingénieur des écosystèmes » en raison des services qu’il fournit (Thompson et al. 2020). Dans le cas des salmonidés, les castors construisent des barrages qui créent des milieux complexes d’alevinage et de repos. Les barrages de castors (figure 4) ralentissent le mouvement de l’eau, créant ainsi des « étangs de castors » qui retiennent les nutriments (litière de feuilles et autres détritus) qui sont bénéfiques aux premiers stades du cycle biologique des poissons, en particulier les tacons de saumon. Les étangs de castors sont des habitats :

Figure 4. Barrage de castor construit avec des branches et des rondins tombés

Cet habitat favorise la croissance des poissons pendant les périodes critiques du début du cycle biologique et sert de refuge aux salmonidés adultes. Les castors creusent également des chenaux pour la quête de nourriture (parfois appelés chenaux dendritiques), qui :

Le saumon atlantique et d’autres salmonidés indigènes ont évolué pour prospérer dans des environnements complexes et diversifiés. L’activité des castors a donc un effet positif net sur la santé et le rétablissement des populations.

3.2 Habitat du poisson

La diversité de l’habitat est importante pour fournir des composantes clés de l’habitat à tous les stades du cycle biologique d’une population de poissons (Gosse et al. 1998). La diversité et la productivité sont maximales lorsque les cours d’eau sont en « stabilité dynamique », c’est-à-dire lorsqu’un cours d’eau atteint un équilibre dans l’érosion et le dépôt de sédiments et conserve ses caractéristiques physiques telles que :

Les principaux facteurs pour maintenir cette « stabilité dynamique » sont l’intensité et la fréquence des précipitations, ainsi que la végétation riveraine.

Un cours d’eau bordé d’une végétation riveraine saine reçoit normalement un apport régulier et lent de grands débris ligneux provenant de la zone riveraine. Les grands débris ligneux contribuent à maintenir la stabilité du chenal en s’incorporant dans le fond et les berges du cours d’eau. Ils sont également utiles pour créer une diversité d’habitats du poisson en formant un couvert dans le cours d’eau et de petits remous (poches d’eau lente dans le chenal). En se décomposant, les grands débris ligneux fournissent également de la nourriture aux microbes qui sont à leur tour consommés par les invertébrés de type racleur (par exemple, les larves de trichoptères). Certains invertébrés vivent dans les trous et les crevasses des grands débris ligneux. Ces caractéristiques constituent des zones d’alevinage et d’alimentation idéales pour certaines espèces de poissons et font des grands débris ligneux un élément essentiel de l’habitat fluviatile.

Les frayères situées au bord des fosses où se trouvent des sources et des suintements, ou à la tête des radiers où l’eau s’infiltre à travers le gravier et sort sur le radier, sont d’autres composantes importantes de l’habitat. Ces habitats reposent sur un équilibre délicat entre les processus d’érosion et de dépôt.

Lorsqu’il est équilibré sur le plan hydrologique et qu’il présente une végétation riveraine abondante, un cours d’eau accueille une multitude d’organismes :

3.2.1 Habitats de type fosse-radier

Les habitats de type « fosse-radier », tels qu’illustrés à la figure 5, sont des cours d’eau dont le gradient (pente) global est inférieur à 2 % (c’est-à-dire un dénivelé de 2 mètres sur une distance de 100 mètres). L’anatomie du cours d’eau est constituée d’une série de fosses, de radiers et de plats courants qui serpentent à droite et à gauche, affouillant des fosses dans les coudes extérieurs (espacés de 5 à 7 largeurs de chenal). Les habitats présentent une diversité et une productivité optimales lorsque les cours d’eau sont en « équilibre dynamique », les fosses migrant à un rythme mesuré en millimètres ou en quelques centimètres par an, et lorsque le mouvement du lit est minimal et composé principalement de très faibles niveaux de limon et de sable (voir la définition du substrat et les vitesses de transport des matériaux du lit du cours d’eau dans les tableaux 1 et 2).

Figure 5. Enchaînement de radiers et de fosses d’un ruisseau montré sur une coupe transversale (A ci-dessus) et vue aérienne (B ci-dessous). Les radiers ont un débit accéléré et surviennent lorsque l’eau est peu profonde et la surface est percée de galets et de cailloux. Les fosses sont les zones plus profondes du ruisseau, caractérisées par un débit calme et silencieux.

Tableau 1 : Définitions des substrats utilisées pour caractériser l’habitat (échelle de Wentworth)
Type de substrat Description Fourchette de tailles (diamètre en mm)

Substrat rocheux

Roche solide continue exposée par les forces d’affouillement du cours d’eau.

Continue

Bloc rocheux

Très grosses roches.

> 256,0

Galets

Roches de taille moyenne à grande.

64,0 – 256,0

Cailloux

Des grosses pierres aux petites roches.

4,0 – 64,0

Gravier

Petites pierres.

2,0 – 4,0

Sable

Dépôts de la taille du sable fréquemment relevés au bord des cours d’eau ou entre les roches et les pierres.

0,06 – 2,0

Vase (limon ou argile)

Petites pierres. Dépôts très fins de vase ou de limon sur les bords du cours d’eau, entre les roches et par-dessus d’autres substrats.

< 0,06

Tableau 2 : Vitesses de transport des différents matériaux dans le lit du cours d’eau.
Matériau Diamètre (mm) Vitesse de transport (m/s)

Limon

0,005 – 0,05

0,15 – 0,20

Sable

0,25 – 2,5

0,30 – 0,65

Petits cailloux

5,0 – 15

0,80 – 1,2

Grands cailloux à petits galets

25 – 75

1,4 – 2,4

Grands galets

100 – 200

2,7 – 3,9

Les radiers les plus productifs se trouvent sur des pentes terrestres de 1,2 % à 0,8 % et sont constitués de graviers et de galets avec moins de 10 % de sable et de limon (Amiro 1993). Ces radiers sont essentiels pour la production d’invertébrés (nourriture des poissons et des petits oiseaux) et les habitats des salmonidés juvéniles. Sans eux, la productivité des poissons est gravement limitée.

Les fosses sont de meilleure qualité lorsqu’elles ont :

Ces fosses fournissent un abri et un refuge à toutes les espèces de poissons, à tous les stades biologiques, pendant les périodes estivales et hivernales de faibles débits. Elles constituent également des lieux de repos et des habitats de fraie et servent de bassins de retenue. À la sortie des fosses, la pente idéale pour la fraie est de 1,8 à 2,4 %. Les saumons adultes ont besoin de fosses plus profondes qu’ils utilisent comme bassins de retenue.

Lorsque les pentes sont plus fortes (plus de 2 %), on remarque beaucoup de radiers et très peu de plats courants ou de fosses. Cet habitat convient mieux aux saumons jeunes et peut être très productif si les débits de base (la partie de l’écoulement fluvial qui est maintenue entre les épisodes de précipitation, alimentant les cours d’eau par des voies différées) sont bons et si les rares fosses sont bien développées et adaptées à la fraie. À mesure que le gradient diminue, on observe davantage de fosses et moins de radiers. L’habitat optimal du saumon est composé à 75 % de radiers et de plats courants et à 25 % de fosses (gradient de 0,75 %). Celui de la truite comprend :

Les tronçons à plus faible gradient comptent plus de fosses et conviennent bien aux adultes migrateurs, aux truites brunes et aux meuniers.

3.2.2 Habitats de type seuil-fosse

Les habitats de type seuil-fosse deviennent apparents dans les cours d’eau dont la pente est supérieure à 2 % et dominants lorsque le gradient dépasse 4 %. Les rivières à plus faible gradient (moins de 2 %) présentent toujours la même fréquence de fosses (toutes les 5 à 7 largeurs de chenal), mais le dénivelé entre elles est comblé par de courts seuils au-dessus de roches ou par des rapides avec de longs écoulements sur haut-fond et de courtes fosses. À mesure que la pente augmente, les plats courants disparaissent et on observe une série de chutes sur de gros débris organiques ou des roches dans des fosses, créant un système de type seuil-fosse (figure 6). La fréquence des fosses est seulement d’une largeur de chenal dans les petits cours d’eau et 3 largeurs de chenal dans les plus grandes rivières.

Figure 6. Séquence seuil-fosse

3.3 Concept de continuum fluvial

Le concept de continuum fluvial (CCF) mis au point par Vannote et al. (1980) décrit la structure et la fonction des communautés le long d’un système fluvial, de la source à l’embouchure (figure 7). À mesure que le gradient physique change et que la taille de la rivière augmente, les systèmes chimiques et les communautés biologiques se déplacent et évoluent en conséquence. Cette relation s’appelle connectivité longitudinale. La composition des organismes (p. ex. broyeurs, collecteurs, brouteurs, prédateurs) dans les différentes sections de l’eau change. Les prédateurs, par exemple, dépendent de la disponibilité de leurs proies dans la zone. De même, lorsqu’un fleuve se jette progressivement dans la mer, l’eau devient plus chaude.

Le concept de continuum fluvial classe les tronçons de rivière en 3 catégories selon leur taille (largeur relative du chenal) :

  1. les eaux d’amont (ordres 1 à 3)
  2. les cours d’eau de taille moyenne (ordres 4 à 6)
  3. les grandes rivières (ordres > 6)

Figure 7. Concept de continuum fluvial (d’après Vannote et al. 1980)

Le concept de continuum fluvial classe les tronçons de rivière en 3 catégories selon leur taille (par exemple, la largeur relative du chenal) :

  1. les eaux d’amont (ordres 1 à 3)
  2. les cours d’eau de taille moyenne (ordres 4 à 6)
  3. les grandes rivières (ordres > 6)

3.3.1 Eaux d’amont

Les arbres fournissent normalement de l’ombre aux petits cours d’eau d’amont, de sorte que la production primaire dans l’eau (la croissance des plantes vertes) est faible en raison de l’absence de lumière solaire directe. Cela signifie que la production d’oxygène dans le cours d’eau est faible, voire inférieure au niveau d’oxygène dont ont besoin les organismes vivants. Le rapport production d’oxygène/respiration est donc inférieur à 1 (P/R < 1). Pour leurs besoins énergétiques, ces cours d’eau dépendent des apports terrestres de matières organiques (feuilles, aiguilles de conifères, brindilles, etc.). Afin de transformer ces matières organiques en une forme d’énergie utilisable, les petits cours d’eau abritent une communauté de bactéries et d’insectes de type broyeur (figure 7) qui décomposent ces matières, ainsi qu’une plus petite population d’insectes de type collecteur ou cueilleur qui se nourrissent des algues dérivantes et des matières plus petites décomposées (appelées matières organiques particulaires grossières ou MOPG).

3.3.2 Cours d’eau de taille moyenne

Lorsque la canopée forestière s’ouvre sur des cours d’eau plus larges, on observe des changements dans la production primaire par les plantes vertes qui se nourrissent des nutriments et des quantités accrues de lumière solaire. Les changements dans ces cours d’eau se manifestent par la prolifération de la végétation aquatique et des algues. La production d’oxygène est stimulée au point de surpasser la respiration des organismes vivants (P/R >1). La plupart des matières organiques sont des matières organiques particulaires grossières, de sorte que les invertébrés de type collecteur ou cueilleur sont les plus abondants, suivis par les brouteurs qui se nourrissent du film microbien à la surface des matières organiques en décomposition.

3.3.3 Grandes rivières

Dans les réseaux hydrographiques plus grands, la production primaire est réduite (P/R < 1) en raison de la profondeur accrue de l’eau (moins de pénétration de la lumière) et de l’augmentation de la turbidité. La principale source de nourriture ne provient plus de la végétation riveraine ou aquatique. À ce stade, les matières organiques particulaires grossières sont en grande partie décomposées, mais il reste une abondance de matières organiques particulaires fines (MOPF) provenant du traitement en amont des feuilles mortes et des débris ligneux, qui deviennent une nourriture pour les invertébrés de type collecteur ou cueilleur.

4.0 Environnement des cours d’eau à salmonidés

Les salmonidés ne représentent qu’une partie de l’écosystème très complexe des cours d’eau. Ce système est résumé sur le schéma de la figure 8. De manière générale, l’écosystème des petits cours d’eau est alimenté par l’apport de matières organiques d’origine terrestre (par exemple, feuilles et bois en décomposition) qui sont décomposées par des champignons et des bactéries. Les matières en décomposition et les micro-organismes qui y sont associés constituent la nourriture pour les invertébrés aquatiques, en particulier les larves d’insectes.

Figure 8. Modèle simple de l’écosystème d’un cours d’eau (adapté de Wetzel 1975)

Description

Une représentation simple de la nature complexe de l’écosystème d’un cours d’eau montrant comment l’énergie terrestre et aquatique est recyclée dans un écosystème d’eau douce. Elle comprend l’apport de lumière qui favorise la photosynthèse dans les cours d’eau et la production de matière organique terrestre. La matière organique terrestre et en amont, y compris la matière organique particulaire et la matière organique dissoute, se déplace en aval de son point de départ et constitue la base des nutriments nécessaires à l’activité bactérienne. Cette activité entraîne une perte de dioxyde de carbone et de chaleur et crée une matière organique composée de fines particules dont se nourrissent les invertébrés aquatiques (collecteurs, déchiqueteurs, brouteurs et prédateurs). L’énergie et les nutriments produits par les déchiqueteurs, les brouteurs et les prédateurs ainsi que les bactéries sont recyclés dans la colonne d’eau et deviennent disponibles pour l’écosystème en aval. Le transfert de matière et la création d’énergie qui en résulte sont continus et constituent la base de tous les écosystèmes d’eau douce.

Les larves d’insectes sont à leur tour consommées par les salmonidés et d’autres poissons. Les algues microscopiques (appelées phytoplancton, dont les diatomées constituent le groupe dominant) peuvent dériver librement dans l’eau ou se fixer à des roches ou à un substrat végétal. Elles peuvent également servir de nourriture pour les invertébrés dans certains cours d’eau, en particulier à la sortie des étangs.

L’environnement d’un cours d’eau à salmonidés se caractérise par un grand nombre de facteurs physiques, chimiques et biologiques.

Les facteurs physiques comprennent des variables telles que :

Les variables chimiques importantes sont les suivantes :

Les facteurs biologiques comprennent des éléments tels que :

La plupart, sinon la totalité, des composantes physiques, chimiques et biologiques de l’environnement du cours d’eau sont étroitement liées, de sorte que si une variable change, d’autres variables connexes changeront également. Par exemple, la canalisation ou le redressement d’un cours d’eau modifie sa forme, variable physique (voir ci-dessus), qui peut influencer de nombreux autres facteurs en séquence :

Bien que l’exemple ci-dessus soit exagérément simplifié, car d’autres facteurs que ceux décrits pourraient entrer en jeu, il met en évidence la nécessité de comprendre que les changements apportés à l’environnement d’un cours d’eau risquent d’avoir des répercussions complexes pouvant durer de nombreuses années. En raison de la nature interconnectée de l’écosystème d’un cours d’eau, un changement dans une variable peut toucher plusieurs autres variables, dont beaucoup risquent d’avoir des effets directs sur les populations de poissons (par exemple, la composition des espèces, la croissance, la taille, l’abondance). Ainsi, les composantes biologiques telles que la végétation peuvent également influencer les aspects chimiques et physiques d’un cours d’eau en agissant sur :

Cela est particulièrement vrai pour les petits cours d’eau, où l’impact d’une seule variable est probablement beaucoup plus important qu’il ne le serait dans une rivière plus grande.

L’écosystème des cours d’eau peut être qualifié de dynamique, dans la mesure où il est en constante évolution, chaque changement en entraînant d’autres. Les composantes physiques et chimiques du système de cours d’eau ressemblent beaucoup à un système vivant, étant donné qu’elles sont très étroitement liées et en constante évolution.

L’intervention dans un système aussi complexe doit se faire avec une certaine prudence et l’avis d’un expert. Chaque caractéristique suscite une réaction de la part du cours d’eau, qu’elle soit négative à cause de mauvaises pratiques de construction ou positive si les caractéristiques du cours d’eau ont été bien planifiées et réalisées.

En termes généraux, à Terre-Neuve-et-Labrador, un environnement typique de cours d’eau peut être considéré propice à des populations saines de salmonidés s’il réunit les conditions suivantes :

5.0 Dégradation de l’habitat

Pour améliorer l’habitat du poisson, il est d’abord nécessaire de définir certains des problèmes/symptômes associés à un habitat dégradé. La nécessité d’agir est plus évidente dans les zones qui ont été fortement détériorées par les activités humaines (figure 9).

Figure 9. Chenal et talus fortement impactés à côté d’une route

Voici les zones qui peuvent être clairement définies comme nécessitant des améliorations et dans lesquelles les mesures prises seront probablement efficaces :

5.1 Canalisation

La canalisation des cours d’eau est particulièrement néfaste pour l’habitat du poisson, car elle peut :

Les radiers sont essentiels au maintien des populations saines de salmonidés. Les zones canalisées peuvent également être dépourvues de la végétation qui est importante pour la nourriture et l’abri des poissons et de leurs organismes alimentaires (figure 10).

Figure 10. Ruisseau canalisé présentant une perte de végétation

5.2 Érosion et sédimentation

Les particules de sable, de limon, d’argile et de vase présentes dans le substrat du cours d’eau peuvent faire partie de l’état naturel de ce dernier. Cependant, un excès de sédiments, au-dessus des niveaux naturels pendant de longues périodes, risque de remplir les fosses, de diminuer la variation du substrat et de réduire les zones d’habitat utilisables pour de nombreuses espèces de poissons (figure 11). Lorsque les espaces interstitiels entre les plus grandes particules de substrat sont obstrués, ils sont moins propices et, dans certains cas, inutilisables pour les différents stades du cycle biologique tels que la fraie et la croissance des juvéniles. L’excès de sédiments peut également endommager les branchies des poissons et étouffer les œufs pondus dans le substrat.

Figure 11. Excès de sédiments dans une rivière (en haut); graviers de fraie enfouis dans les sédiments (en bas)

Les sédiments très fins en suspension peuvent être visibles sous forme d’eau turbide (décolorée) et sont parfois causés par l’érosion du lit ou des berges du cours d’eau (figure 12). Ils sont souvent associés à la canalisation ou à de mauvaises pratiques de gestion des terres et des zones tampons quelque part dans le bassin hydrographique. Étant donné que toutes les espèces de truites, d’ombles et de saumons utilisent les graviers pour la fraie, la sédimentation de la frayère peut constituer un problème très grave, en particulier si l’habitat de fraie disponible est limité dans le cours d’eau.

Figure 12. Sédiments visibles entrant dans un cours d’eau près d’un franchissement de route

Les zones sujettes à l’érosion peuvent également se caractériser par l’absence de végétation, qui entraîne une perte de nourriture et d’abri. La stratégie consiste alors à prévenir/réduire l’érosion et à empêcher les sédiments de pénétrer dans le cours d’eau.

5.3 Obstructions

Les obstructions au passage des poissons comprennent :

Ces obstacles peuvent nuire aux salmonidés anadromes et résidents des cours d’eau, car ils risquent de limiter le déplacement des poissons au-delà de l’obstruction, en particulier vers l’amont (figure 13). Les obstructions limitent souvent la quantité d’habitat disponible. Certaines sont particulièrement nuisibles si elles isolent des types d’habitats importants, tels que les frayères, qui ne sont alors plus accessibles à certaines parties de la population.

Figure 13. Photo du haut : barrage artificiel obstruant la sortie d’un étang. Photo du bas : glissement de terrain obstruant un cours d’eau

Souvent, les obstacles naturels, tels que les chutes d’eau qui limitent le déplacement vers l’amont des espèces ou des populations en aval, peuvent être un élément important du maintien de la biodiversité dans un écosystème. Les populations et même la composition des espèces peuvent être différentes en amont et en aval d’une chute d’eau naturelle.

5.4 Couvert dans le cours d’eau et sur les berges

L’érosion excessive peut entraîner la réduction ou la perte du couvert des berges (figure 14). L’enlèvement excessif de la végétation sur les berges et des structures dans un cours d’eau, telles que les embâcles, risque de limiter la disponibilité globale des abris pour les poissons juvéniles et adultes et, en conséquence, la capacité de retenue du cours d’eau. La perte de couvert peut avoir d’autres effets, comme la modification des températures de l’eau, une érosion exacerbée et le changement des régimes d’écoulement.

Figure 14. Berge présentant une forte érosion et un débit d’eau altéré

5.5 Résumé

Il est possible d’atténuer les problèmes/symptômes susmentionnés une certaine mesure en :

Pour sélectionner les techniques appropriées, il convient de considérer l’ensemble du cours d’eau avec toutes ses composantes naturelles et artificielles.

6.0 Planification des projets

Une reconnaissance approfondie du système de cours d’eau et de son bassin hydrographique constitue une partie importante de la planification d’un projet. Renseignez-vous sur le bassin hydrographique et essayez de vous familiariser avec la façon dont le cours d’eau réagit aux conditions suivantes :

Les informations recueillies auprès de diverses sources permettent de cerner les problèmes et les questions à traiter :

Une reconnaissance approfondie et détaillée permet de déterminer les solutions de planification.

6.1 Approche générale

L’amélioration réussie de l’habitat d’un cours d’eau doit tenir compte des processus fluviaux, de la géométrie du cours d’eau, de l’hydraulique du site, des processus biologiques et toucher le moins possible la morphologie naturelle du cours d’eau (Frissell et Nawa 1992; Newbury et Gaboury 1993; Beak Consultants 1993; Clarke et Scruton 2003). Lorsque l’on réfléchit à la planification d’un projet, il est important de :

Prévoyez d’utiliser des matériaux et des pratiques de construction économiques et respectueux de l’environnement. Vous devez également tenir compte des exigences en matière d’entretien ou de remplacement futurs. Prenez en compte la gestion du cycle de vie. Par exemple, si vous planifiez d’installer des obstacles peu élevés pour améliorer le passage des poissons maintenant, empêcheront-ils leur passage dans 20 ans en raison du manque d’entretien?

Une planification et une conception minutieuses aux étapes préliminaires du projet seront généralement utiles pour :

La figure 15, la section 6.1.1 et le tableau 3 présentent un plan suggéré pour le processus de planification d’un projet.

Figure 15. Arbre de décision hiérarchique pour l’évaluation des bassins hydrographiques et la planification des mesures (modifié de Roni et al. 2002)

Description

La première étape de l’évaluation de l’habitat d’un bassin versant et du plan d’action consiste à déterminer si l’habitat est dégradé. S’il n’est pas dégradé, il faut le protéger, l’entretenir, le surveiller et en profiter tout en le réexaminant en permanence afin de s’assurer qu’il ne se dégrade pas.

Si l’habitat est dégradé, il faut déterminer s’il est fragmenté par des ponceaux, des barrages, des chaussées surélevées ou d’autres obstacles à la migration des poissons. Si c’est le cas, il faut définir les priorités et restaurer la connectivité du cours d’eau. Si l’habitat n’est pas fragmenté, il faut déterminer s’il y a un problème d’utilisation des terres (source ponctuelle). Si c’est le cas et que de l’érosion, des schémas de ruissellement et une qualité insatisfaisante sont observés, il faut stabiliser, créer des zones tampons et utiliser les meilleures pratiques de gestion. Si la qualité de l’eau est médiocre – source non ponctuelle due à l’érosion, aux schémas de ruissellement et à la qualité –, il est important d’effectuer l’assainissement et de prendre des mesures d’atténuation. Si des problèmes liés à la qualité ou aux processus riverains sont observés (largeur, type de végétation, apport de grands débris ligneux, stabilité, ombrage ou apport organique), les processus riverains doivent être restaurés. Si des problèmes liés à la qualité physique de l’habitat aquatique et de processus dû à l’absence de couverture, à des eaux chaudes, à un substrat enfoncé ou à des berges érodées sont observés, il est essentiel d’utiliser des structures de restauration de l’habitat. Une fois tous ces problèmes constatés et corrigés, il est temps de protéger, d’entretenir, de surveiller et de profiter.

Tableau 3 : Sommaire des techniques d’amélioration des cours d’eau recommandées pour les petits cours d’eau à Terre-Neuve et au Labrador.
Problème défini Solutions proposées
Revégétation Enlèvement des débris Mise en place de blocs rocheux Obstacles peu élevés Fagots de broussailles Stabilisation des berges Déflecteurs

Canalisation

Oui

Non

Oui

Oui

Oui

Oui

Oui

Graviers enfouis

Non

Non

Oui

Oui

Non

Oui

Oui

Érosion des berges

Oui

Non

Non

Non

Non

Oui

Non

Pas de couvert sur le cours d’eau

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Non

Pas de couvert sur les berges (ou la zone riveraine)

Oui

Non

Non

Non

Oui

Non

Non

Obstruction (complète ou artificielle)

Non

Oui

Non

Non

Non

Non

Non

Obstruction causée par un ponceau

Non

Oui

Non

Oui

Non

Non

Non

Pas d’habitat de fosse

Non

Non

Non

Oui

Non

Non

Oui

Déchets

Non

Oui

Non

Non

Non

Non

Non

6.1.1 Liste de contrôle des activités

6.2 Sécurité

Dans chacun des aspects d’un projet, la sécurité doit être la première préoccupation. Tenez compte de tous les facteurs liés à la sécurité :

7.0 Exigences réglementaires

À Terre-Neuve-et-Labrador, tous les travaux effectués dans les plans d’eau et à proximité sont régis par les lois fédérales et provinciales. Pêches et Océans Canada conserve et protège le poisson et son habitat en appliquant les dispositions relatives à la protection du poisson et de son habitat de la Loi sur les pêches, en combinaison avec les autres lois et règlements fédéraux en vigueur concernant les écosystèmes aquatiques, y compris :

Les dispositions de la Loi sur les pêches relatives à la protection du poisson et de l’habitat du poisson font autorité pour la réglementation des ouvrages, entreprises ou activités qui risquent de nuire au poisson et à son habitat. Plus précisément, elles comprennent les deux interdictions fondamentales de mettre en œuvre des ouvrages, entreprises ou activités causant la « mort de poissons, par des moyens autres que la pêche » [paragraphe 34.4(1)] et la « détérioration, la destruction ou la perturbation de l’habitat du poisson » [paragraphe 35(1)] (MPO 2019).

Lors de la planification et de la mise en œuvre des ouvrages, entreprises ou activités, il est important d’éviter les effets néfastes, notamment la mort du poisson et la détérioration, la perturbation ou la destruction de son habitat. Si les promoteurs pensent que leur ouvrage, entreprise ou activité peut avoir des effets néfastes sur le poisson et son habitat, le Ministère travaillera avec eux pour :

Il peut être nécessaire d’obtenir des autorisations, licences ou permis pour la réalisation de certains ouvrages, entreprises ou activités, notamment lorsque ceux-ci risquent de :

Les promoteurs sont invités à communiquer avec le bureau régional du MPO pour s’assurer que toutes les exigences réglementaires en vigueur sont respectées.

Les lois provinciales de Terre-Neuve-et-Labrador régissent également les ouvrages dans les plans d’eau ou à proximité. Les lois provinciales Environmental Protection Act (loi sur la protection de l’environnement) et Water Resources Act (loi sur les ressources en eau) s’appliquent à toute modification d’un plan d’eau et un permis doit être obtenu auprès du gouvernement provincial.

Dans certaines circonstances, d’autres lois et règlements municipaux, provinciaux ou fédéraux peuvent s’appliquer. Par exemple :

En résumé, les ouvrages dans les cours d’eau peuvent nécessiter des autorisations, des licences ou des permis de la part des gouvernements, au niveau fédéral et provincial. Le fait de communiquer avec le MPO, l’ECCC et les ministères provinciaux compétents (par exemple, la Direction des terres et des ressources hydriques de la Couronne) constitue une bonne habitude. Si votre projet se trouve à l’intérieur des limites d’une municipalité ou d’une zone municipale d’approvisionnement en eau, vous devrez également en discuter avec le bureau de la municipalité ou le conseil municipal pour vous assurer que toutes les exigences légales en matière d’environnement soit respectées. Dans tous les cas, il incombe au promoteur de veiller au respect des exigences des autorités fédérales, provinciales et municipales, ainsi que de la législation applicable.

La section suivante présente à la fois les activités de construction et les techniques d’atténuation générales visant à réduire ou à éliminer les effets potentiellement nocifs sur le poisson et son habitat pendant les travaux d’amélioration.

8.0 Biologie et besoins en matière d’habitat des salmonidés

Cette section est consacrée à la biologie des salmonidés et à leurs besoins en matière d’habitat, mais il est reconnu que des espèces autres que les salmonidés présentes dans la province ont une valeur culturelle et économique.

La majorité des espèces d’eau douce pêchées à Terre-Neuve et au Labrador sont des salmonidés. Le terme « salmonidé » désigne toute espèce de poisson de la famille des Salmonidés. Il existe 32 espèces de salmonidés au Canada. Parmi elles, 8 sont présentes à Terre-Neuve et au Labrador :

Certaines espèces de salmonidés sont difficiles à distinguer, en particulier lorsqu’elles sont jeunes. Les poissons d’eau de mer ou de différents étangs ou cours d’eau peuvent présenter des différences considérables dans la coloration et l’apparence générale. De plus, certaines de ces espèces, comme la truite brune, peuvent se croiser avec le saumon ou l’omble de fontaine et produire des hybrides. Le poisson résultant du croisement de l’omble de fontaine et de la truite brune est appelé « truite tigrée » et peut être assez courant dans la presqu’île Avalon. Le saumon atlantique et l’omble de fontaine sont les poissons d’eau douce les plus courants dans la partie insulaire de la province, tandis que l’omble chevalier joue un rôle important au Labrador.

En plus des salmonidés, d’autres espèces de poissons visés par les pêches récréatives ou de subsistance peuvent être présentes, surtout au Labrador, notamment :

Toutes les espèces de salmonidés susmentionnées, ainsi que les anguilles d’Amérique et l’éperlan arc-en-ciel, sont semblables en ce sens qu’elles ont toutes la capacité biologique de passer de l’eau douce à l’eau de mer, bien que ce ne soit pas le cas de toutes les populations. Les populations qui frayent en eau douce mais migrent dans la mer pour se nourrir sont dites anadromes. Comme nous l’avons vu dans les sections précédentes, les salmonidés résidents des cours d’eau ont des besoins généraux similaires en matière d’habitat :

Au moment de la fraie, les espèces présentent des différences précises, certaines concernant le type d’environnement où elles peuvent frayer avec succès (cours d’eau d’amont ou haut-fond rocheux dans un lac), d’autres liées aux zones d’alimentation des adultes.

Cette section du manuel donne un bref aperçu de l’éventail des préférences en matière d’habitat aux différents stades du cycle biologique du saumon atlantique/ouananiche, de l’omble de fontaine, de l’omble chevalier, de la truite brune et de la truite arc-en-ciel, d’après des documents de référence propres à Terre-Neuve et au Labrador (voir le tableau 4). La figure 16 présente le cycle biologique généralisé des salmonidés. Dans le tableau 4, les 3 premières espèces ont été mises en évidence, car ce sont les plus pêchées; en fait, c’est pour elles que la plupart des projets de mise en valeur et de restauration sont menés. Les deux dernières espèces sont des salmonidés qui ont été introduits pour soutenir les importantes activités de pêche récréative. Comme elles peuvent faire concurrence aux espèces résidentes, leurs besoins en matière d’habitat sont brièvement décrits.

Figure 16. Cycle de vie typique et exigences en matière d’habitat d’un salmonidé (d’après Buchanan et al. 1989) montrant l’échelle et la taille des saumons à 10 stades de leur vie : (puis inclure une liste à puces du texte vu dans la figure dans le meilleur ordre).

Description
Cycle biologique type et besoins en matière d’habitat d’un salmonidé (tiré de Buchanan et al.et al. 1989) montrant l’échelle et la taille du saumon à 10 stades de la vie.
  • Formation de nids de fraie, et fraie à l’automne (Le printemps pour la truite arc-en-ciel.)
  • Les gros œufs roses ou oranges sont enfouis dans le gravier (Seuls 20 % des œufs survivront jusqu’au stade d’alevin).
  • Les larves munies de leur sac vitellin demeurent dans le gravier.
  • Étendue avec du gravier propre et un bon débit d’eau pour la formation des nids et la fraie.
  • L’alevin émerge au printemps et nécessite des zones peu profondes ayant un couvert important. Seulement 10 % des alevins de saumon survivent jusqu’au stade de saumoneau.
  • L’omble de fontaine préfère les cours supérieurs pour la fraie.
  • Le tacon habite les fosses; habitat d’eaux agitées.
  • La truite et l’omble anadromes ne s’aventurent pas loin de leurs cours d’eau d’origine.
  • Le saumon atlantique parcourt de nombreux kilomètres en mer pendant 1 à 3 ans avant de revenir frayer.
  • Les saumoneaux du saumon atlantique descendent vers la mer (10 %) et survivent jusqu’à l’âge adulte.

Besoins en matière d’habitat des salmonidés présents à Terre-Neuve-et-Labrador

Saumon atlantique/ouananiche

Renseignements généraux 

La fraie a habituellement lieu entre le 15 octobre et le 20 novembre à Terre-Neuve et entre le 1er septembre et le 31 octobre au Labrador (Scruton et al. 1997). Les nids consistent en plusieurs dépressions de 10 à 50 cm de profondeur où la femelle pond ses œufs (Bley 1987; Calkins 1989). Une fois les œufs pondus et fécondés, la femelle les recouvre d’environ 10 à 25 cm de substrat (Bley 1987).

Le nid est normalement un monticule allongé distinctif, composé de gravier relativement propre. L’emplacement optimal d’un nid est une zone peu profonde et graveleuse à l’extrémité d’une fosse où la vitesse de l’eau augmente. Les nids peuvent aussi être situés à la tête d’une fosse, à l’extrémité en aval d’un radier ou dans les zones proches de la remontée des eaux souterraines. Avant et après la fraie, les adultes peuvent utiliser les fosses à proximité pour se reposer.

Les œufs sont incubés pendant l’hiver et éclosent généralement en avril. Les alevins vésiculés nouvellement émergés restent dans le gravier jusqu’à ce que leur sac vitellin soit absorbé (habituellement en mai ou juin). Les alevins émergent du gravier et restent dans les zones de radiers peu profonds près du nid jusqu’à ce qu’ils mesurent environ 65 mm de long.

L’habitat typique des juvéniles (tacons) se compose de zones de radiers avec un substrat de gravier ou de galets (Buchanan et al. 1989). Un bon habitat d’alevinage à Terre-Neuve se caractérise généralement par un grand nombre de blocs rocheux où les jeunes peuvent s’abriter.

Stade biologique, Variable de l’habitat et plage de valeurs appropriée

Oeufs

Les œufs restent enterrés dans le nid jusqu’à l’éclosion. En général, l’éclosion a lieu en avril (~110 jours après la fraie, à des températures de l’eau de 3,9 °C). Les œufs peuvent mourir si la température de l’eau dépasse 12 °C (Scott et Crossman 1998).

Nid

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Émergence

L’enfouissement profond dans le substrat est considéré comme meilleur pour l’émergence.

Alevins

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Largeur du cours d’eau :

Couvert :

Tacons

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Température de l’eau :

Couvert :

Omble chevalier

Renseignements généraux

L’omble chevalier se trouve principalement au Labrador, mais on sait que certaines populations sont présentes à Terre-Neuve dans quelques-uns des lacs les plus profonds, sur la péninsule Northern (Bradbury et al. 1999), ainsi que dans le lac Gander (O’Connell et Dempson 2002), avec quelques populations anadromes. La croissance de l’omble est habituellement très lente, les plus grands poissons étant normalement observés dans les populations anadromes du nord.

L’omble anadrome peut migrer dans la mer pour se nourrir pendant l’été, mais il ne s’éloigne pas autant de ses rivières natales que le saumon atlantique (des dizaines de kilomètres plutôt que des centaines) et il ne saute pas aussi bien que le saumon pour franchir les obstacles.

Stade biologique, Variable de l’habitat et plage de valeurs appropriée

Nid

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Alevins

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Juvéniles

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Omble de Fontaine

Renseignements généraux 

L’omble de fontaine est aussi connu localement sous les noms de truite de ruisseau et truite mouchetée. C’est le salmonidé le plus courant dans les cours d’eau et les étangs de Terre-Neuve et un important poisson de consommation et de pêche récréative. Une partie de certaines populations peut migrer dans l’océan, demeurant généralement dans l’habitat estuarien saumâtre.

L’omble de fontaine fraye entre le 1er et le 31 octobre sur la partie insulaire de Terre-Neuve et entre le 1er et le 30 septembre au Labrador (Scruton et al. 1997).

Les frayères de prédilection se trouvent dans les cours d’eau d’amont frais et clairs contenant du gravier propre et bien aéré, à des profondeurs d’environ 61 cm. La fraie peut également avoir lieu dans les lacs, en particulier dans les zones graveleuses soumises à des remontées d’eau au printemps et à des courants d’eau modérés.

L’omble de fontaine femelle creuse un nid et y dépose ses œufs. Un mâle est présent, mais les 2 sexes chassent les intrus. Certains ombles de Terre-Neuve arrivent à maturité à une très petite longueur (p. ex., de 8 à 15 cm); certains sont précoces, tandis que d’autres sont issus de populations naines.

Les œufs éclosent au bout d’environ 100 jours (le moment exact dépend de la température de l’eau).

La teneur en oxygène dissous de l’eau qui traverse le nid ne doit pas tomber en dessous de 50 % de saturation pour permettre le développement de l’embryon (Harshbarger 1975). Les jeunes (alevins vésiculés) restent dans les espaces du gravier jusqu’à ce que leur sac vitellin soit absorbé (~38 mm de longueur). Les alevins préfèrent les zones tranquilles et peu profondes des bords d’un cours d’eau et ont tendance à utiliser les fosses davantage que les jeunes saumons. Les juvéniles plus âgés ont tendance à fréquenter les zones de radiers.

La tolérance à la température varie entre 0 et 25 °C, bien que l’acclimatation soit nécessaire pour des variations extrêmes. La croissance optimale de l’omble de fontaine se produit entre 11 et 14 °C (Raleigh 1982).

L’habitat optimal de l’omble de fontaine dans les cours d’eau se caractérise par un rapport fosse-radier de 1 :1, une végétation abondante sur les berges, un couvert important dans les cours d’eau, ainsi qu’un débit et des températures de l’eau stables. Le couvert des cours d’eau et les fosses profondes peuvent également jouer un rôle très important pour permettre à l’omble de fontaine de passer l’hiver.

Stade biologique, Variable de l’habitat et plage de valeurs appropriée

Nid

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Alevins

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Juvéniles

Substrat :

Profondeur de l’eau :

Vitesse de l’eau :

Truite brune

Renseignements généraux 

La truite brune est courante dans la presqu’île Avalon, où des populations de poissons anadromes se sont établies. Dans certaines régions, elle peut avoir tendance à remplacer l’omble de fontaine indigène, car elle tolère mieux certains types de pollution, comme la turbidité accrue et les températures plus élevées de l’eau. Elle a tendance à occuper les tronçons inférieurs du cours d’eau, à croître plus rapidement et à atteindre une plus grande taille et à vivre plus longtemps; elle est aussi plus difficile à pêcher que l’omble de fontaine. La truite brune préfère les berges sous-cavées et les zones herbeuses. Parfois, les poissons les plus gros se cachent dans les herbes des eaux très peu profondes.

La truite brune fraye généralement à la fin de l’automne ou au début de l’hiver, plus tard que l’omble de fontaine. Ses œufs sont de couleur ambrée, contrairement aux autres salmonidés dont les œufs sont orange ou roses. Les œufs éclosent habituellement en avril. La truite brune peut produire des hybrides avec l’omble de fontaine (appelés « truite tigrée »), le saumon et la truite arc-en-ciel.

Besoins en matière d’habitat

Les besoins en matière d’habitat de la truite brune sont semblables à ceux de l’omble de fontaine.

La truite brune est plus tolérante aux températures élevées et peut supporter une plage comprise entre 0 et 27 °C, bien que la température optimale pour sa croissance se situe entre 12 et 19 °C (Raleigh et al. 1986).

La truite brune tolère plus difficilement un pH bas que l’omble de fontaine et se trouve normalement dans une plage de pH allant de 5,0 à 9,5 (Raleigh et al. 1986).

Elle peut utiliser le même substrat de gravier dans les frayères d’amont que l’omble de fontaine, ainsi que l’habitat dans les tronçons inférieurs.

Truite arc-en-ciel

Renseignements généraux 

La truite arc-en-ciel est originaire de l’ouest de l’Amérique du Nord, mais elle a été introduite dans de vastes régions de l’est du Canada, y compris à Terre-Neuve. Les populations anadromes sont connues sous le nom de saumons arc-en-ciel et sont des poissons de pêche sportive très recherchés.

Originaires du continent, les truites arc-en-ciel ont été introduites à Terre-Neuve en 1887. Elles ont été transplantées à divers endroits de la province au fil des ans et se trouvent maintenant dans de nombreux réseaux hydrographiques de la partie insulaire de la province. Elles préfèrent généralement l’eau plus libre et plus rapide que l’omble de fontaine de taille égale.

La croissance et la taille maximale sont très variables et dépendent des conditions environnementales. La truite arc-en-ciel ne vit pas particulièrement longtemps (environ 6 à 8 ans).

Besoins en matière d’habitat

Les adultes de Terre-Neuve préfèrent l’habitat lacustre (lacs clairs, froids et profonds) à l’habitat fluviatile, sauf pendant la période de fraie. Des affluents ou des émissaires des cours d’eau avec des zones de radiers à fond de gravier sont normalement nécessaires à la fraie. Les jeunes truites arc-en-ciel passent normalement dans l’habitat lacustre pendant la première saison de croissance ou après l’hivernage dans leur cours d’eau natal.

La truite arc-en-ciel fraye habituellement au printemps, et ses frayères de prédilection sont des lits de fin gravier dans des radiers en amont d’une fosse.

Les populations lacustres semblent avoir besoin d’affluents pour frayer avec succès.

La période de développement des œufs dépend fortement des conditions locales, mais les œufs éclosent normalement en 4 à 7 semaines environ. Les alevins vésiculés ont besoin de 3 à 7 jours supplémentaires pour absorber le vitellus avant de pouvoir nager librement.

9.0 Options d’amélioration des cours d’eau

Il est conseillé aux promoteurs de consulter le MPO avant d’entamer un projet afin d’obtenir des conseils spécifiques pour éviter et atténuer tout impact involontaire sur le poisson et son habitat. L’acceptation d’un projet d’amélioration de l’habitat par le ministère ne libère pas le demandeur de l’obligation d’obtenir la permission d’autres organismes de réglementation (par exemple, fédéral, provincial ou municipal) ou de se conformer à leurs exigences. Cela s’applique aux sections suivantes, qui détaillent les différentes options d’amélioration.

9.1 Enlèvement des débris dans le cours d’eau

L’enlèvement des débris est probablement l’une des plus anciennes techniques d’amélioration des cours d’eau. Cette technique trouve probablement son origine dans le désir des humains de maintenir le libre passage du poisson, de nettoyer après les activités d’exploitation forestière, d’atténuer les inondations et de « garder les choses en ordre dans leurs cours d’eau à truites favoris ». Dans les grands réseaux hydrographiques, une pression considérable a été exercée au fil des ans pour maintenir le libre passage des embarcations.

Dans le passé, l’enlèvement des débris, qui consistait à retirer les chicots et dégager les cours d’eau, était très répandu dans certaines régions d’Amérique du Nord (figure 17). Cependant, cette activité peut diminuer la complexité de la structure et de l’habitat des cours d’eau, entraîner la canalisation de l’écoulement et, en fin de compte, modifier la profondeur de l’eau, la vitesse du courant et la taille du substrat des cours d’eau.

Figure 17. Débris d’arbres tombés dans le cours d’eau et autres matières organiques bloquant un cours d’eau

Au cours des dernières décennies, les biologistes des pêches ont pris conscience que la chute des arbres de la zone riveraine est un processus important pour le maintien d’un cours d’eau productif et sain pour les salmonidés. Les chercheurs ont constaté que les grands débris ligneux constituent un élément structurel significatif, car ils maintiennent la sinuosité régulière du cours d’eau et la profondeur du chenal et créent des fosses et des radiers (Keeley et Slaney 1996). On pense également qu’ils fournissent une protection contre les prédateurs dans les cours d’eau et améliorent le substrat pour la croissance des invertébrés aquatiques. Des études ont également montré une certaine corrélation entre la présence accrue de grands débris ligneux et l’abondance des poissons (Fausch et Northcote 1992).

Il est important de se rappeler que les arbres tombés, les rondins et les débris de bois sont naturellement présents dans les cours d’eau et sont des éléments essentiels de l’écosystème des cours d’eau (figure 18). Les cours d’eau ne sont pas nécessairement ordonnés et contiennent souvent des assemblages hétéroclites d’objets tels que des rondins, des blocs rocheux, des débris ligneux et des plantes qui contribuent à la diversité des vitesses de l’eau et de la topographie du substrat.

Figure 18. Débris sains typiques dans un cours d’eau (principalement des arbres tombés et des chicots de branches qui ne bloquent pas complètement le cours d’eau)

Il convient donc de réduire l’enlèvement des débris d’origine naturelle dans les projets d’amélioration. En fait, la gestion des grands débris ligneux dans les cours d’eau ne nécessite pas leur retrait. Par exemple, les arbres ou les chicots qui ne constituent pas des obstructions complètes doivent être laissés en place ou, si nécessaire, réorientés dans le lit du cours d’eau.

La technique est cependant toujours précieuse dans certaines circonstances.

9.1.1 Objectifs

Les principaux objectifs de l’enlèvement des débris sont les suivants :

9.1.2 Applicabilité

La technique s’applique en cas de grandesquantités de déchets artificiels ou d’obstruction complète du passage du poisson causée par des embâcles de débris ligneux, de matières organiques ou de sédiments fins. Les barrages inopérants construits par des castors ou des humains pourraient également entrer dans cette catégorie, mais des recherches récentes ont montré qu’il est rare que les barrages de castors bloquent complètement le passage des salmonidés. La contrainte primordiale liée à cette technique, ainsi qu’à toutes les techniques traitées dans ce manuel, est que les avantages apportés par l’action doivent dépasser les effets néfastes potentiels. Par exemple, si l’enlèvement d’une obstruction entraîne le rejet de grandes quantités de sédiments fins qui se déposent sur le gravier de fraie en aval, cet enlèvement peut être plus préjudiciable que bénéfique à l’habitat du poisson.

L’enlèvement des débris peut toutefois être justifié si un petit cours d’eau est devenu lent et étouffé par des débris organiques et du limon à la suite d’activités de construction ou d’exploitation forestière et qu’il n’abrite donc pratiquement plus de salmonidés.

9.1.3 Avantages

La technique présente l’avantage  d’éliminer les matériaux artificiels inesthétiques et potentiellement polluants. Les poissons peuvent être blessés par des véhicules ou des machines abandonnés sur les berges ou dans l’eau. Ces machines peuvent libérer des toxines comme des métaux, des fluides hydroliques, des lubrifiants et du carburant. Les ordures et les déchets peuvent aussi détériorer sérieusement la productivité des habitats fluviaux.

Le retrait d’obstructions complètes est bénéfique aux salmonidés migrateurs qui ont alors un accès normal ou accru aux zones de fraie et d’alimentation. Il est également probable que les poissons résidents bénéficieraient aussi d’un accès accru aux zones d’alimentation, d’abri pendant les faibles débits, de fraie et d’hivernage.

9.1.4 Inconvénients

L’enlèvement des embâcles, des souches et des débris peut entraîner le rejet soudain de sédiments fins et de matières organiques qui pourraient être transportés en aval. Dans certaines zones, des obstacles naturels complets séparent des espèces qui, autrement, se feraient concurrence au détriment de l’une d’elles. Ces obstacles pourraient maintenir une biodiversité supplémentaire dans le système. La technique peut également nécessiter l’utilisation d’équipements coûteux tels que des tronçonneuses, des treuils et des engins lourds. La sécurité est également une préoccupation majeure lors de l’enlèvement des débris. Un entretien de routine peut également s’imposer si la source des débris est toujours présente.

9.1.5 Lignes directrices/mise en œuvre

Figure 19. Embâcle naturel dans un cours d’eau. Remarquez comment il a accumulé des roches et des débris

9.1.6 Suivi et entretien

Il faut surveiller périodiquement le cours d’eau pour enlever les débris et les autres obstructions qui pourraient apparaître. Inspectez ses berges pour vous assurer que la stabilité est maintenue et que la revégétalisation a réussi. Poursuivez les efforts d’enlèvement des débris à petite échelle et effectuez une surveillance biologique, le cas échéant.

9.1.7 Considérations relatives aux coûts

Les coûts peuvent énormément varier, allant de très bas pour de simples programmes d’enlèvement des déchets à très élevés en cas d’utilisation intensive d’un équipement lourd de location. Celui-ci peut comprendre du matériel d’exploitation forestière, des palans et des véhicules à 4 roues motrices équipés de treuils. Dans certains cas, il est possible d’emprunter des engins et des opérateurs pendant quelques jours.

D’autres coûts pourraient être liés à des tronçonneuses, des câbles et des bottes-salopettes. L’équipement de sécurité, comme les trousses de premiers secours, les casques et les gants, est obligatoire pour tout le personnel présent sur le site.

9.2 Plantation de végétation sur les berges du cours d’eau

On ne saurait trop insister sur l’importance de la végétation riveraine pour les écosystèmes des cours d’eau. La végétation indigène naturelle qui entoure un cours d’eau est essentielle au bien-être de l’écosystème aquatique. Elle sert de tampon avec les terres environnantes exploitées et d’interface dans les interactions entre le cours d’eau et les terres (figure 20). Par exemple, de nombreuses caractéristiques des cours d’eau proviennent de la végétation environnante (comme les grands débris ligneux). La végétation des berges est également importante pour la capacité de production alimentaire d’un cours d’eau en fournissant :

Figure 20. Végétation plantée sur les berges, ruisseau Kelly’s, St. John’s

Les abris sont fournis sous forme d’arbres bas ou d’arbustes et de leurs systèmes racinaires. Les graminées peuvent fournir un habitat bénéfique en surplombant à la fois le bord du cours d’eau et les berges sous-cavées.

La végétation des berges joue un rôle dans la régulation de la température en faisant de l’ombre en été et en réduisant le refroidissement par convection pendant l’automne et l’hiver. Le piégeage de la couverture nivale sur certains cours d’eau peut être important pour protéger les zones d’hivernage des salmonidés. Dans certains systèmes, la quantité d’habitat d’hivernage est un facteur critique pour déterminer le nombre de salmonidés pouvant être soutenus.

La végétation prévient également l’érosion excessive, qui est une cause majeure de perturbation des frayères (figure 21). On a déterminé que les techniques de restauration des cours d’eau les plus susceptibles de produire des résultats positifs sont celles qui éliminent ou réduisent les sources d’érosion et favorisent la végétation des berges. C’est pourquoi ce manuel souligne l’importance de la plantation sur les berges, car la végétation est importante pour la santé d’un cours d’eau.

Figure 21. Érosion excessive des rives

Les systèmes racinaires de la plupart des plantes, en particulier des herbes et des arbustes, ont tendance à stabiliser les berges, ce qui réduit l’érosion. En général, une végétation saine sur les berges des cours d’eau a tendance à piéger et à retenir les sédiments et constitue ainsi un système de filtre grossier pour les cours d’eau (figure 22).

Figure 22. Végétation naturelle en bordure d’un cours d’eau (cours d’eau du sud de Terre-Neuve)

Pour l’amélioration de l’habitat, il semble généralement que les arbres à feuilles caduques sont préférables aux conifères, que les arbustes et les arbres bas sont préférables aux hauts et que les annuelles herbacées sont préférables aux plantes ligneuses. En outre, les plantes à feuilles larges peuvent être préférables à celles à feuilles étroites.

En général, la meilleure approche pour cette province consiste à protéger autant que possible tous les types de végétation des berges des cours d’eau. Pour les zones très érodables, plantez des espèces à croissance rapide pour faciliter la stabilisation initiale et favoriser la revégétalisation à long terme par une diversité d’espèces naturelles.

9.2.1 Objectifs

Les objectifs de la plantation de végétation sur les berges des cours d’eau sont les suivants :

9.2.2 Applicabilité

Cette technique est applicable lorsque l’érosion s’est produite ou pourrait se produire, entraînant des effets néfastes sur un cours d’eau. Elle peut également être appliquée en combinaison avec d’autres méthodes d’amélioration des cours d’eau lorsque la stabilisation des berges et la fourniture d’un couvert sont des préoccupations.

9.2.3 Avantages

La végétation des berges peut améliorer :

Elle peut fournir un habitat supplémentaire aux oiseaux et à la faune sauvage. Elle est très économique et peut s’établir en 2 ou 3 ans. Ce type de travail est peu technologique, facile à réaliser et ne nécessite généralement pas l’utilisation d’engins lourds. Dans la plupart des cas, un entretien à long terme n’est pas nécessaire. La végétation a un aspect naturel et se renouvelle d’elle-même.

9.2.4 Inconvénients

Les inconvénients sont limités si la plantation de végétation est réalisée correctement. Une plantation excessive pourrait causer un ombrage excessif, un abaissement de la nappe phréatique et un engorgement du cours d’eau, mais il serait alors très probable que ces situations se corrigent d’elles-mêmes avec le temps. Une sélection inadéquate des plantes peut également poser des problèmes si celles-ci supplantent les espèces naturelles/indigènes.

9.2.5 Lignes directrices/mise en œuvre

Figure 23. Types de boutures pour la propagation des plantes

Figure 24. Planification de la revégétalisation avec arbres et arbustes

9.2.6 Suivi et entretien

Il convient de surveiller les plantations au début pour vérifier le taux de survie et éventuellement ajuster les engrais, l’eau ou les plantations supplémentaires. À plus long terme, un certain suivi peut être effectué pour juger du succès. Certaines essences d’arbustes deviennent plus vigoureuses en s’enracinant et peuvent nécessiter une taille. Il peut être nécessaire de remplacer des plantes jusqu’à ce que la communauté végétale soit bien établie. Certains semis peuvent être perdus à cause de l’érosion ou du pâturage par la faune.

9.2.7 Considérations relatives aux coûts

Le coût varie en fonction de la quantité de main-d’œuvre et des matériaux donnés disponibles. Il s’agit généralement d’une méthode très économique pour stimuler la production de salmonidés dans les petits cours d’eau, car les boutures d’arbustes peuvent être obtenues gratuitement à partir de plantes locales et la plupart des projets peuvent être réalisés avec des outils manuels.

L’hydro-ensemencement nécessite un équipement spécial dont la location est relativement coûteuse. Si les conditions sont telles que des techniques spéciales de travail du sol sont nécessaires, le projet peut être coûteux. Il est possible d’obtenir des semis gratuitement auprès de sources gouvernementales. L’achat de semis dans une pépinière commerciale ajouterait au coût global.

9.3 Mise en place de blocs rocheux dans le cours d’eau

Les blocs rocheux constituent un élément naturel commun des radiers, des plats courants, des rapides et, dans une moindre mesure, des fosses. L’emplacement à l’intérieur d’un chenal, combiné à sa pente, dicte la fonction de l’habitat (figure 25). Les blocs rocheux offrent un moyen simple et économique d’améliorer la complexité de l’habitat dans un tronçon de cours d’eau approprié. Ils sont durables et, lorsqu’ils sont placés correctement, ils conservent leur disposition et leur fonction d’origine. Les gros rochers anguleux ou les blocs rocheux lisses de champ créent des turbulences en surface et exposent les substrats plus grossiers à la suite de l’affouillement. Cette technique peut améliorer la production et la diversité des insectes aquatiques en exposant des substrats plus grands. En outre, les gros blocs rocheux offrent aux poissons davantage d’habitats de fraie et d’alevinage dans les radiers et d’habitats de couvert dans les fosses. En général, cette application peut accroître sensiblement la production des saumons et des truites juvéniles. Habituellement, les blocs rocheux sont placés près du thalweg du chenal. Les gros peuvent être placés un par un, mais ils sont généralement disposés en groupes appelés « amas rocheux » (figure 26). La taille minimale des blocs dépend de la vitesse maximale du chenal de plein bord. Leur emplacement peut visuellement améliorer les cours d’eau déjà canalisés (figure 27).

Figure 25. Mise en place de blocs rocheux dans un petit ruisseau

Figure 26. Vues de divers emplacements de blocs rocheux dans un ruisseau

Figure 27. Vue aérienne de l’emplacement stratégique des blocs rocheux à la sortie de l’étang Rocky à Bay Roberts

9.3.1 Objectifs

Les objectifs de cette technique sont les suivants :

9.3.2 Applicabilité

Cette technique est surtout utile dans les zones qui sont facilement accessibles par camion et chargeur frontal, car les blocs rocheux sont généralement trop gros, trop lourds et trop encombrants pour être transférés à la main sur de grandes distances.

Les zones de travail doivent également être adaptées pour permettre aux équipes utilisant des leviers à main de travailler en toute sécurité dans le cours d’eau. La mise en place peut se faire dans des radiers, des plats courants ou des fosses. La technique est particulièrement appropriée pour les zones déjà canalisées ou d’autres cours d’eau manquant d’un couvert adéquat. La mise en place de blocs rocheux est efficace dans les cours d’eau larges, peu profonds et à débit rapide, ainsi que pour augmenter les vitesses dans les sections à faible débit.

9.3.3 Avantages

Le principal avantage de cette technique est qu’elle est relativement simple, efficace, durable, peu coûteuse et qu’elle préserve l’aspect naturel des cours d’eau.

9.3.4 Inconvénients

L’inconvénient de cette technique est le risque que les blocs rocheux accumulent des débris et de la glace et entraîner la formation d’étangs dans certaines zones. Il n’est pas recommandé d’ajouter des blocs rocheux dans les fosses pour augmenter le couvert disponible dans un habitat relativement instable, car ils pourraient servir de points focaux pour l’accumulation de particules fines et de matériaux érodés dans les zones de radiers (Scruton 1996). Cela risquerait alors de favoriser le développement de bancs de gravier et le remplissage des fosses. Il arrive qu’un repositionnement soit nécessaire si les blocs rocheux sont placés dans des zones instables où ils finiront par être enterrés. Une érosion accrue est possible si les blocs rocheux sont placés trop près d’une rive non protégée dans les zones à débit rapide.

9.3.5 Lignes directrices/mise en œuvre

Figure 28. Types d’amas de blocs rocheux (en haut) et vue aérienne du profil d’emplacement des blocs rocheux

Description

Ci-dessus – Types d’amas de blocs rocheux :

  • 3 blocs rocheux forment un triangle
  • 4 blocs rocheux forment un losange
  • 3 rangées de 2 blocs rocheux forment un rectangle
  • 2 rangées de 3 blocs rocheux forment un demi-cercle
  • 2 colonnes de 3 blocs rocheux en alternance

Ci-dessous : Vue aérienne d’un modèle de placement de blocs rocheux formant un groupe de triangles dans une rivière.

9.3.6 Suivi et entretien

Il convient de surveiller périodiquement les blocs rocheux afin de déterminer leur efficacité (pour faciliter les projets futurs) et de prévenir toute érosion indésirable ou accumulation de débris.

9.3.7 Considérations relatives aux coûts

Cette option est relativement peu coûteuse si l’on dispose d’un nombre suffisant de blocs rocheux locaux convenables et si les coûts de transport des blocs non locaux ne sont pas prohibitifs. Il faut aussi prendre en compte la facilité d’accès à la rive du cours d’eau. Les coûts augmentent considérablement si la stabilisation des berges est nécessaire.

9.4 Obstacles peu élevés

Les obstacles peu élevés sont de petits barrages conçus pour créer des fosses d’affouillement (marmites de géants) immédiatement en aval et ne sont pas destinés à créer une accumulation importante d’eau en amont (figure 29). Les barrages, qui peuvent être construits avec des roches, des gabions, des rondins ou blocs en béton, doivent être suffisamment bas pour permettre le passage du poisson et des débris (figures 30 et 31). Les graviers retirés de la fosse d’affouillement inférieure sont nettoyés et déposés un peu plus loin en aval, où ils peuvent constituer un habitat de fraie adéquat.

Figure 29. Profil d’emplacement d’un obstacle peu élevé correctement disposé

Figure 30. Obstacle peu élevé en bois correctement disposé

Figure 31. Mise en place de la poutre en travers du lit du cours d’eau

Les graviers retirés de la fosse d’affouillement inférieure sont nettoyés et déposés en aval un peu plus loin et peuvent constituer un habitat de fraie adéquat.

9.4.1 Objectifs

Les principaux objectifs des obstacles peu élevés sont les suivants :

9.4.2 Applicabilité

Cette technique doit être utilisée avec prudence, car elle présente un certain nombre d’inconvénients (voir plus loin, section 9.4.4). Les obstacles peu élevés conviennent le mieux aux cours d’eau qui ont été canalisés ou qui contiennent des tronçons rectilignes à forte pente et, par conséquent, peu ou pas d’habitat de fosse.

9.4.3 Avantages

Le principal avantage de cette technique est qu’elle permet de former de profondes marmites de géants relativement vite avec de petits substrats. Ces fosses sont particulièrement précieuses pour protéger les poissons d’eau douce pendant les périodes de faible débit. Il est souvent possible d’utiliser les matériaux naturels qui sont disponibles à proximité pour la majeure partie de la mise en place.

9.4.4 Inconvénients

Les obstacles risquent de provoquer l’érosion des berges si celles-ci ne sont pas correctement protégées. La glace et les débris peuvent s’accumuler excessivement au-dessus des structures. Cette technique est relativement exigeante en termes de main-d’œuvre et crée une plus grande perturbation dans le lit du cours d’eau que les autres méthodes de restauration présentées dans ce manuel. Les structures peuvent également nécessiter un entretien périodique et, si elles ne sont pas correctement installées ou entretenues, elles risquent de devenir des obstacles aux déplacements du poisson. Les substrats doivent être stables pour éviter que la structure ne soit emportée par les eaux. En outre, il ne faut pas construire d’obstacles peu élevés dans les zones où :

9.4.5 Lignes directrices/mise en œuvre

9.4.6 Étapes de la construction

Les techniques de construction suivantes sont décrites pour les structures en roches et en bois. Les structures en bois conviennent mieux que les barrages en roches pour les sections à forte pente, car elles sont moins susceptibles d’être emportées par les eaux.

Figure 32. Vue aérienne (en haut) et coupe transversale (en bas) d’un barrage en enrochement avec un seul rondin

Description

Ci-dessus : Vue aérienne d’un barrage en enrochement à un seul billot montrant le billot enfoncé dans la berge à l’aide d’un clou et soutenu par des entretoises longitudinales et diagonales et une berge renforcée. Présence de gravier avant la bille et déversoir indiqué au milieu du billot.

Ci-dessous : Section transversale d’un barrage en enrochement à un seul billot. Bassin de tranquillisation indiqué en aval du barrage.

9.4.7 Suivi et entretien

Inspectez les barrages en enrochement et les seuils en bois chaque printemps pour déceler des signes éventuels de pourriture, d’érosion et de sapement. Prenez les mesures nécessaires pour corriger ces problèmes et éviter qu’ils ne se reproduisent.

Vérifiez que la fosse d’affouillement ne présente pas de signes de sapement potentiel et remettez les roches, les rondins et les autres pièces de la structure en place si nécessaire. Cette technique nécessite un peu plus de suivi et d’entretien que les autres.

9.4.8 Considérations relatives aux coûts

Cette méthode demande beaucoup de travail et le coût de la main-d’œuvre est donc le facteur principal. Les matériaux ne sont pas particulièrement coûteux s’ils sont disponibles localement. La plupart des travaux, voire tous, peuvent être effectués avec de simples outils à main. Comme indiqué plus haut, cette méthode nécessite un suivi et un entretien réguliers qui doivent être pris en compte dans les coûts.

9.5 Couvert dans le cours d’eau

Après 32 ans de restauration extensive des cours d’eau à truites dans le Wisconsin, seul le couvert des berges, notamment en conjonction avec les déflecteurs de courant (voir la section 9.7 « Déflecteurs ») a régulièrement amélioré le nombre de truites, en particulier des plus grosses truites (Hunt 1988). Des essais approfondis sur les dispositifs d’amélioration de l’habitat de la truite brune dans les eaux du sud-est du Minnesota ont révélé que le couvert était, de loin, le facteur le plus important (Thorn 1988).

Dans les cours d’eau naturels, le couvert est assuré par des blocs rocheux, des rondins, des végétaux (tels que des broussailles ou des arbres qui surplombent l’eau) ainsi que par des berges sous-cavées. Ainsi, le couvert dans les cours d’eau a été abordé dans les sections précédentes de ce document (voir « Plantation de végétation sur les berges du cours d’eau » et « Mise en place de blocs rocheux dans le cours d’eau »).

Différents dispositifs artificiels ont été conçus pour améliorer le couvert dans les cours d’eau, tels que :

Ces techniques, cependant, ont un aspect artificiel et peuvent échouer complètement dans les conditions de Terre-Neuve et du Labrador; elles n’ont pas non plus démontré qu’elles étaient particulièrement efficaces pour augmenter le nombre total de poissons. Les demi-rondins peuvent servir de couvert dans les petits cours d’eau à faible débit où d’autres structures seraient trop grandes (par exemple, les structures à billots).

À Terre-Neuve-et-Labrador, le couvert de broussailles est probablement le moyen le plus pratique d’augmenter le couvert des cours d’eau, à part la mise en place de blocs rocheux et la stimulation de la végétation des berges et des berges sous-cavées.

La technique des berges sous-cavées mise au point dans le Wisconsin (structures à billots), qui est très efficace ici, est également décrite (figure 33).

Figure 33.Construction d’un couvert (structures à billots sous-cavées à droite et amas de racines à gauche) dans un cours d’eau artificiel avant la remise en eau

9.5.1 Objectifs

L’objectif de cette technique est d’augmenter le couvert pour les salmonidés juvéniles et adultes dans les principales zones d’alimentation et de retenue. Cette technique peut également offrir une certaine protection des berges à l’extérieur des méandres.

9.5.2 Applicabilité

La technique des broussailles est utile dans les zones où le couvert, en particulier pour les juvéniles, est considéré comme un facteur limitatif de la production. Les emplacements appropriés sont le long des berges dans les zones de radiers et derrière les gros rochers. Cette technique peut s’appliquer à un large éventail de tailles de cours d’eau.

Les structures à billots sont principalement utilisées pour introduire un couvert surplombant pour les poissons là où l’habitat existant est limité.

Elles peuvent être utilisées dans les rivières ou les ruisseaux indépendamment ou en conjonction avec des mesures de contrôle de l’érosion telles que les revêtements en matériaux indigènes. Cette structure est placée sous l’élévation du chenal à faible débit, généralement le long des coudes extérieurs d’un cours d’eau où la profondeur du chenal est partout plus élevée que le sommet des structures sous-cavées. En général, elle est disposée à un emplacement qui permet un léger écoulement en dessous pour empêcher l’accumulation des sédiments. La méthode des berges sous-cavées ne doit pas être utilisée dans les zones instables. Elle peut être difficile à mettre en œuvre dans les zones de substrat rocheux, car les tiges d’armature doivent être enfoncées dans le lit du cours d’eau.

Ces 2 techniques peuvent ne pas convenir aux cours d’eau qui subissent de fortes inondations ou dont le fond est instable.

9.5.3 Avantages

Ces techniques présentent plusieurs avantages : elles ont une apparence naturelle, ont une efficacité éprouvée et sont relativement peu coûteuses et simples à mettre en œuvre. Elles peuvent également contribuer au contrôle de l’érosion.

Pour des résultats optimaux, l’emplacement des arbres et des fagots de broussailles peut être facilement réajusté.

Il a été démontré dans cette province que les fosses conçues avec des « structures à billots » contenaient en moyenne 2,6 fois plus de biomasse de gros ombles de fontaine que celles qui n’en avaient pas (Clarke et Scruton 2003). La structure à billots peut être préfabriquée hors site et les matériaux sont généralement disponibles localement.

En général, les structures de berges sous-cavées rétrécissent et approfondissent un cours d’eau.

9.5.4 Inconvénients

L’inconvénient de la mise en place d’arbres ou de broussailles est que cela peut favoriser une certaine obstruction du débit du cours d’eau si les végétaux ne sont pas plantés correctement ou s’il y en a trop. Cette technique doit être considérée temporaire, sauf s’il existe des fonds pour les remplacer régulièrement après quelques années. Un entretien annuel peut également être nécessaire. Les mottes racinaires (arbres de taille moyenne dont les racines sont encore attachées) peuvent remplacer les tas de broussailles pour prolonger la durabilité des arbres et broussailles mis en place (figure 34).

Figure 34. Mottes racinaires typiques avant la mise en place

Si les structures à billots fonctionnent mieux dans des environnements à faible vitesse, elles risquent toutefois d’être délogées par la glace lors des crues printanières. De plus, les berges sous-cavées peuvent se remplir de sédiments fins ou de graviers si elles sont mises en place dans une zone instable.

9.5.5 Lignes directrices/mise en œuvre

Figure 35. Cadre préfabriqué en bois pour le traitement des berges sous-cavées

Figure 36. Vue aérienne (en haut) et vue latérale (en bas) de la technique de berge sous-cavée

Description

Ci-dessus : Vue aérienne de la technique de la berge sous-cavée. Berge naturelle exposée avec un remblai rocheux entourée de revégétation.

Ci-dessous : Vue latérale de la technique de la berge sous-cavée montrant les tiges renforcées et un abri pour les poissons sous la berge.

9.5.6 Suivi et entretien

Les structures doivent être inspectées chaque printemps et remplacées/réparées si nécessaire. Déterminez si elles remplissent leur fonction et repositionnez-les ou retirez-les si nécessaire. Assurez-vous que les structures n’accumulent pas de débris et ne provoquent pas d’érosion. Assurez-vous qu’elles ne se remplissent pas de sédiments et de débris et prenez des mesures de prévention.

9.5.7 Considérations relatives aux coûts

La mise en place d’arbres et de broussailles est une technique extrêmement économique, car elle est simple, très efficace et requiert des matériaux naturels qui peuvent être mis en place avec un minimum d’outils manuels. Un entretien annuel est requis et il peut être nécessaire de remplacer régulièrement les structures.

La technique de berge sous-cavée artificielle :

9.6 Stabilisation des berges

La stabilisation des berges peut être une technique importante pour améliorer les cours d’eau où l’érosion a entraîné le dépôt excessif de sédiments dans le milieu aquatique. Bien que les sédiments constituent une partie naturelle de l’habitat aquatique, une sédimentation excessive peut avoir divers effets négatifs sur les poissons et leur habitat, tels que :

La stabilisation des berges peut prévenir l’érosion qui dégrade l’habitat du poisson, sur le site et en aval, en éliminant la source des sédiments.

Hunt (1988) a constaté que la stabilisation des berges était l’une des techniques de restauration des cours d’eau les plus efficaces. En règle générale, les techniques de stabilisation ne doivent être appliquées qu’aux zones qui ont été perturbées, par exemple par le pâturage du bétail ou le franchissement inapproprié du cours d’eau.

Avant de lancer un projet de stabilisation des berges, il convient deprendre en compte plusieurs facteurs :

N’oubliez pas de travailler pendant les périodes de faible débit, tout en intégrant les débits de pointe dans votre plan.

Il convient de faire preuve de prudence dans l’utilisation des techniques de stabilisation des berges, car elles peuvent être très coûteuses et, si elles ne sont pas correctement mises en œuvre, elles risquent de déplacer le problème d’érosion vers un autre site en aval.

Les méthodes adaptées aux petits cours d’eau sont la revégétalisation (voir « Plantation de végétation sur les berges du cours d’eau »), la modification de la pente des berges, l’enrochement, les gabions ou une combinaison de ces méthodes (figure 37). La construction de terrasses est une autre technique qui peut être utilisée sur des pentes longues et abruptes composées de sols sableux instables. Elle n’est pas abordée dans ces lignes directrices, car de solides compétences en ingénierie sont nécessaires pour la réaliser correctement.

Figure 37. Photos de la végétation des berges (hydro-ensemencement) et de l’enrochement (à gauche), et des berges reconstruites à l’aide d’enrochement, de gazon et de végétation naturelle (à droite)

Les murs en béton ou autres surfaces lisses ne sont pas recommandées, car elles ne dissipent aucune énergie d’écoulement et pourraient donc accroître l’érosion et les inondations en aval. Elles ne créent pas non plus d’habitat pour les poissons. Les techniques décrites dans cette section ne sont que des lignes directrices générales. Il est recommandé de faire appel à des experts en ingénierie ou à des assistants expérimentés pour les travaux de conception détaillée, en particulier pour les grands projets.

9.6.1 Objectifs

En général, l’objectif principal de la stabilisation des berges est de prévenir l’érosion qui dégrade l’habitat du poisson, sur le site et en aval. Un objectif secondaire peut être d’accroître l’habitat du poisson en installant un enrochement composé de grosses roches angulaires. La production des poissons peut être augmentée lorsque l’on :

9.6.2 Applicabilité

Ces techniques sont applicables dans les zones déjà perturbées et aux endroits où la berge peut être stabilisée sans déplacer le problème vers l’amont ou l’aval. L’enrochement ou les gabions remplis de roches ne doivent être utilisés que dans les zones où la revégétalisation seule ne suffit pas (c’est-à-dire les zones d’érosion rapide qui ne supporteront pas facilement la végétation sans stabilisation).

Les berges instables se caractérisent par :

La décision d’utiliser des enrochements ou des gabions est principalement déterminée par la pente des côtés du chenal et l’aspect esthétique.

Figure 38. Végétation plantée le long d’un cours d’eau

Figure 39. Enrochement le long d’une section de berge murée

Figure 40. Gabion typique de berge de cours d’eau (notez le remblai et l’herbe plantée pour la stabilisation)

9.6.3 Avantages

Les roches et la végétation utilisées pour stabiliser les berges présentent l’avantage d’être des matériaux naturels, généralement faciles à obtenir. Les enrochements ou les gabions, s’ils sont correctement mis en place, sont flexibles et protègent les berges contre le vent, la glace et l’affouillement de l’eau.

Ils peuvent survivre aux infiltrations d’eau souterraine et sont des structures relativement permanentes qui nécessitent peu d’entretien. Les roches augmentent l’habitat du poisson, en particulier pour les jeunes poissons. L’enrochement et les gabions assurent tous deux l’excellente stabilité des berges à long terme.

9.6.4 Inconvénients

Il est possible que la revégétalisation ne protège pas adéquatement une berge extrêmement perturbée et qu’une stabilisation, une inclinaison et une reconstruction supplémentaires soient nécessaires. Cela augmente évidemment le coût. La replantation périodique (par exemple, chaque année) peut également être nécessaire jusqu’à ce que le site soit stable.

Le principal inconvénient de l’enrochement est qu’il est très coûteux, sauf si l’on dispose d’un approvisionnement gratuit en blocs rocheux et en gros engins. De plus, ces blocs peuvent être difficiles à mettre en place dans le cours d’eau sans équipements lourds.

La construction des gabions demande beaucoup de travail et les paniers sont chers. L’enrochement et les gabions n’ont pas l’air naturels tant qu’ils ne sont pas revégétalisés. Une expertise en ingénierie et l’accès aux berges du cours d’eau par des engins lourds sont aussi probablement requis. Si l’enrochement ou les gabions ne sont pas correctement mis en place, les forces érosives du cours d’eau peuvent être déplacées vers l’amont ou l’aval (figure 41). Ces deux techniques sont également vulnérables au sapement.

Figure 41. La structure en gabions effondrée a réduit la largeur du cours d’eau et a provoqué une érosion excessive directement en aval

9.6.5 Lignes directrices/mise en œuvre

Tableau 5. Tailles de roches recommandées pour différentes vitesses d’écoulement
Vitesse (m/s) Taille (cm)

Moins de 3,0

20 à 46

3,0 à 4,0

20 à 77

4,0 à 4,6

50 à 122

Figure 42. Coupe transversale d’une structure en enrochement correctement placée sur la berge du cours d’eau

9.6.6 Suivi et entretien

Les structures doivent être vérifiées périodiquement pour détecter tout signe de sapement. Remettez les roches en place, réparez les paniers endommagés des gabions et revégétalisez selon les besoins. Vérifiez l’érosion en aval des sites stabilisés. Si les gabions ont été correctement installés, ils ne devraient nécessiter que très peu d’entretien, voire aucun.

9.6.7 Considérations relatives aux coûts

L’utilisation d’enrochement et de gabions est généralement considérée comme très coûteuse en temps et en équipement, en particulier pour les grands projets. Les principaux coûts, outre le personnel, comprennent :

Les autres facteurs à prendre en compte sont la facilité d’accès, la proximité et le type de travail disponible, ainsi que les coûts de réensemencement et de revégétalisation.

9.7 Déflecteurs

Dans une étude de Hunt (1988), la plupart des projets comportant des structures de couvert des berges/déflecteurs ont produit une réponse positive dans les paramètres de population des truites. Les déflecteurs sont des structures qui dépassent de la berge dans l’écoulement principal du cours d’eau, et ils servent à :

Figure 43. Exemple de déflecteur simple

Divers plans ont été testés, mais les déflecteurs les plus naturels en apparence et les plus durables sur le terrain se sont révélés être ceux faits de roches ou de caissons de rondins (figure 44). Ils peuvent être très efficaces pour améliorer l’habitat des salmonidés s’ils sont utilisés pour dévier les courants vers des zones de couvert des berges (Hunt 1988). Ils peuvent être placés individuellement ou par paires pour :

On utilise souvent des gabions en guise de déflecteurs, même s’ils ne sont pas aussi esthétiques que les déflecteurs simples en roches ou en bois.

.

Figure 44. Coupe transversale illustrée de la terre, de l’eau et du ciel montrant des exemples de déflecteurs en pierre et en grume.

Description

Image à quatre panneaux montrant divers modèles de déflecteurs en roches et en caissons de rondins ainsi que l’écoulement de l’eau qui en résulte. Le panneau du haut est une vue aérienne d’un déflecteur double en roches qui rétrécit la rivière des deux côtés, d’un déflecteur simple en roches, d’un déflecteur en caissons de rondins et en roches, et d’un déflecteur en enrochement et rondins. Les images qui suivent illustrent des sections transversales d’une technique de roches, d’une technique de caissons de rondins et de roches, et d’une technique d’enrochement et de rondins (avec utilisation d’une barre diagonale en T au niveau du sol qui est rattachée à un fil souterrain).

9.7.1 Objectifs

Les principaux objectifs d’un déflecteur sont les suivants :

9.7.2 Applicabilité

Cette technique convient surtout aux zones canalisées de pente faible ou moyenne. Les déflecteurs sont particulièrement utiles pour améliorer les zones plates, larges et lentes. Si la pente du cours d’eau est trop forte, il est très difficile d’empêcher les structures d’être emportées par le courant. Les déflecteurs ne conviennent pas aux zones où se trouvent de grandes quantités de glace dense ou de débris ou des sections de cours d’eau instables. Ils ne doivent pas être placés à l’extérieur d’une courbe, car ils pourraient créer ou accélérer un problème d’érosion. Les déflecteurs simples utilisés en séquence redirigent le thalweg (chenal principal) et accentuent la sinuosité. Leur efficacité sur le plan de l’habitat du poisson est renforcée par la mise en place d’un couvert sur la berge opposée et légèrement en aval du déflecteur. Les déflecteurs disposés en double concentrent l’écoulement au centre du chenal et ont principalement pour effet l’approfondissement/l’affouillement de la fosse. Il peut également être nécessaire d’installer un enrochement sur la berge opposée au déflecteur pour prévenir l’érosion.

9.7.3 Avantages

Les déflecteurs offrent l’avantage d’être très économiques s’ils sont utilisés correctement et si les roches appropriées se trouvent en nombre suffisant sur le site. Lorsqu’ils sont combinés au couvert des berges, il est prouvé qu’ils augmentent le nombre de truites (Hunt 1988). Ils offrent une diversité d’habitats, un couvert et de la profondeur et facilitent le nettoyage des substrats en aval.

Les déflecteurs, s’ils sont correctement placés, peuvent également aider à stabiliser les berges du cours d’eau et à contrôler l’érosion.

9.7.4 Inconvénients

Cette technique présente l’inconvénient d’exiger un travail relativement intensif et de ne convenir que dans certaines situations. Elle peut également nécessiter un équipement lourd. L’avis d’un expert est vivement conseillé car ces structures risquent de provoquer une certaine érosion et une perte de stabilité des berges si elles ne sont pas conçues et construites correctement.

9.7.5 Lignes directrices/mise en œuvre

9.7.6 Suivi et entretien

Il convient de contrôler périodiquement les structures pour vérifier l’absence de sapement, d’érosion des berges et de tout autre dommage, et effectuer les réparations appropriées. Stabilisez les berges en érosion et repérez tout affouillement et/ou dépôt de matériaux.

9.7.7 Considérations relatives aux coûts

Cette technique est économique si les roches appropriées sont disponibles en quantité suffisante à proximité. Ce type de projet peut être gourmand en main-d’œuvre si un grand nombre de déflecteurs est nécessaire. Les coûts de réparation sont minimes ou nuls si les déflecteurs ont été conçus et construits correctement. Si des engins lourds sont nécessaires, le coût augmente considérablement.

9.8 Fosses d’aval (ponceaux)

Les ponceaux mal installés peuvent avoir de graves effets sur les populations de poissons en éliminant tout accès antérieur à l’habitat en amont. En 1988, la Salmon Association of Eastern Newfoundland (SAEN) a mené des études approfondies sur les ponceaux de la presqu’île Avalon et a constaté que sur les 850 ponceaux examinés, environ un tiers était considéré comme totalement infranchissable par les poissons et un autre tiers comme douteux (Buchanan et al. 1989).

L’élimination ou le remplacement physique de grands obstacles, tels que des ponceaux routiers mal installés, des chutes d’eau ou la construction de passes à poissons, sort du cadre de ce manuel. L’enlèvement des petites obstructions est couvert à la section 9.1 (Enlèvement des débris dans le cours d’eau). Cette section décrit la création de structures, telles que des fosses d’aval, qui faciliteent le passage du poisson dans les ponceaux mal installés (figure 45).

Figure 45. Ponceau avec fosses d’aval

Description

Ci-dessus : Vue en amont d’un ponceau, avec des fosses d’aval pour faciliter la migration des poissons dans le ponceau.

Ci-dessous : Vue des fosses d’aval depuis le ponceau.

9.8.1 Objectifs

La facilitation du passage du poisson à travers les ponceaux vise à rétablir tous les habitats disponibles pour l’ensemble de la population du cours d’eau en restaurant le passage du poisson à un état plus naturel, d’avant le ponceau.

9.8.2 Applicabilité

La création de fosses d’aval ou de sortie s’applique surtout aux ponceaux à pente faible ou moyenne où la sortie du ponceau crée un obstacle à la migration des poissons. Elle ne doit être envisagée que dans les cas où un habitat du poisson existe en amont du ponceau et où il n’y a pas de mouvement excessif de substrat, de débris ou de glace dense. Les chutes hautes ou les pentes abruptes en aval des ponceaux peuvent empêcher ce type d’approche pour améliorer le passage du poisson; il convient donc de consulter des experts en ingénierie avant d’entreprendre un tel projet.

9.8.3 Avantages

La création de fosses à la sortie des ponceaux présente plusieurs avantages : elle rétablit l’accessibilité aux tronçons situés en amont, fournit une zone de repos pendant la migration et peut être construite avec des matériaux naturels.

9.8.4 Inconvénients

Le principal inconvénient de la création de marmites de géants à la sortie des ponceaux est que si elles sont mal installées, elles peuvent être emportées par les eaux ou refoulées et provoquer des inondations localisées. Les marmites de géants mal conçues peuvent également devenir des obstructions, en particulier pendant les périodes de faible débit (figures 46 et 47).

Figure 46. Tentative manquée de créer une marmite de géants sur un ponceau mal installé

Figure 47. Fosse bien construite, mais mauvaise protection des berges

9.8.5 Lignes directrices/mise en œuvre

Figure 48. Schéma d’une fosse d’aval correctement construite avec des roches et aux dimensions recommandées (en haut), ainsi qu’un profil de la construction du ponceau et de la fosse (en bas)

Description

Ci-dessus : Vue aérienne schématique d’une fosse d’aval correctement construite avec des rochers pour stabiliser les bords de la fosse. Le ponceau et la sortie de la fosse sont indiqués, ainsi que l’échancrure. Les dimensions recommandées pour les fosses sont indiquées, avec D = le diamètre du ponceau pour le passage du poisson, la largeur du bassin de 2 à 3 fois le diamètre du ponceau pour le passage du poisson et la longueur de la fosse de 2 à 4 fois le diamètre du ponceau pour le passage du poisson, ce qui donne une forme de poire. Un minimum de 300 mm entre la sortie de ponceau et la paroi rocheuse.

Ci-dessous : profil de la construction d’un ponceau et d’une fosse.

9.8.6 Suivi et entretien

Inspectez régulièrement les structures pour vérifier l’absence de sapement, d’érosion et d’accumulation de débris. Effectuez les réparations nécessaires. Vérifiez la présence de poissons dans les tronçons en amont comme indicateur du succès du passage. Cela peut se faire par des relevés visuels, par pêche à l’électricité ou par d’autres méthodes approuvées par le MPO.

9.8.7 Considérations relatives aux coûts

Cette technique est raisonnablement économique si des roches sont disponibles à proximité du site et si une pelle rétrocaveuse n’est pas requise. Seuls des matériaux naturels sont utilisés. Elle ne devrait nécessiter que peu ou pas d’entretien si l’installation est faite correctement.

9.9 Retenue et mise en place de gravier

Dans de nombreuses rivières de Terre-Neuve-et-Labrador, principalement en raison de la géomorphologie régionale et du gradient du cours d’eau, les frayères et les substrats de fraie appropriés sont considérés comme potentiellement limitatifs pour la production des poissons (Scruton et al. 1996). Dans les cas où l’on a déterminé que l’habitat de fraie est un facteur limitatif, il est possible d’améliorer la production des salmonidés en augmentant la qualité et la quantité d’habitats de fraie disponibles. À cette fin, on peut installer des structures dans le cours d’eau pour piéger les graviers de taille appropriée et/ou ajouter du gravier propre et trié directement dans le lit du cours d’eau (figure 49).

Figure 49. Cours d’eau avec bonne mise en place du gravier

9.9.1 Objectifs

Cette technique vise à augmenter le potentiel de fraie dans l’habitat du poisson par la mise en place du gravier approprié ou l’utilisation de structures dans le cours d’eau qui retiennent ou nettoient le matériau de fraie existant.

9.9.2 Applicabilité

Les dispositifs de retenue du gravier ne conviennent qu’aux cours d’eau dont la charge de fond (sédiments se déplaçant sur le lit du cours d’eau ou à proximité) est adéquate, mais dont les composantes ne sont pas suffisantes pour les stabiliser. Les dispositifs de retenue doivent être installés dans les sections du cours d’eau qui sont stables et relativement droites.

La mise en place de gravier convient pour les sections du cours d’eau qui répondent à des critères hydrauliques propices à la rétention de gravier, mais qui ne disposent pas d’une source naturelle (par exemple, une section de cours d’eau en aval d’un lac ou d’un réservoir). Les taux de réussite sont les plus élevés lorsque le débit du cours d’eau est relativement stable. Les cours d’eau qui ont un débit instable ou connaissent des crues extrêmes nécessitent des dispositifs de retenue pour stabiliser les graviers.

Il faut déterminer si l’habitat de fraie est un facteur limitatif avant la phase de planification. Un habitat d’alevinage suffisant doit également être disponible afin de soutenir les augmentations de la production d’alevins.

9.9.3 Avantages

La retenue de gravier présente l’avantage de permettre l’installation en parallèle d’un grand nombre des structures de cours d’eau susmentionnées, telles que les déflecteurs, les blocs rocheux et les obstacles peu élevés, pour diversifier l’habitat (figure 50).

Figure 50. Graviers s’accumulant à l’extrémité amont d’un obstacle peu élevé

La mise en place de gravier peut être effectuée à la main, si nécessaire, et peut donner de bons résultats en termes de production des poissons avec relativement peu d’efforts supplémentaires.

9.9.4 Inconvénients

La retenue du gravier par des structures placés dans le cours d’eau devient un inconvénient lorsque le gravier excédentaire est déposé et perturbe d’autres caractéristiques de ces structures. Par exemple, une structure de berge sous-cavée peut retenir des graviers au point que le couvert qu’elle fournit disparaît.

Gardez à l’esprit que l’absence de graviers dans une section du cours d’eau n’est pas toujours due au fait que l’approvisionnement en amont est limité, mais parfois à une caractéristique de la zone, comme des débits printaniers excessivement élevés ou l’affouillement par la glace. Le gravier peut être perdu s’il est mal placé et emporté par le cours d’eau ou recouvert de limon. De même, s’il n’y a pas de source de réapprovisionnement continu en gravier, celui-ci peut finir par disparaître en raison du mouvement de la charge de fond.

9.9.5 Lignes directrices/mise en œuvre

Figure 51. Gravier placé en amont d’un amas de blocs rocheux détachés

9.9.6 Suivi et entretien

Il convient de vérifier l’érosion des structures dans le cours d’eau et de remédier à tout problème observé. Si les structures de retenue sont stables, mais ne retiennent pas bien le gravier propice à la fraie, l’ajout de gravier peut être envisagé. Il est possible de stabiliser les graviers mis en place en amont et transportés en aval en installant des structures de retenue (figure 52).

.

Figure 52. Graviers mis en place et retenus par différentes structures de roches

Description

Illustration de gravier mis en place et pris autour de différentes structures rocheuses. Des structures de retenue sont utilisées pour aider à stabiliser le gravier mis en place. L’illustration montre également les structures pouvant être présentes dans les cours d’eau, y compris un déflecteur, des blocs rocheux près de la rive, un groupe de bloc rocheux au milieu du chenal et un épi de rochers, ainsi que l’écoulement d’eau qui en résulte et le dépôt de gravier connexe idéal pour la fraie.

9.9.7 Considérations relatives au coût

Les considérations relatives aux coûts des structures de retenue sont similaires à celles décrites précédemment. L’acquisition de graviers de fraie peut être coûteuse si une source locale n’est pas disponible. Le substrat nécessaire pour la fraie doit être placé à une profondeur suffisante (jusqu’à 50 cm) pour que les femelles de l’espèce ciblée puissent créer les nids. Sur ce point, il faut également noter que la forme des graviers et du substrat de fraie doit être lisse et arrondie et non pointue et anguleuse afin de ne pas blesser les poissons lors de la construction des nids. De plus, la composition du substrat placé doit s’apparier avec le substrat existant (même type de roche). Tous ces facteurs peuvent augmenter le coût de cette technique.

Le transport des matériaux peut être coûteux, ainsi que la mise en place si des engins lourds sont nécessaires. Toutefois, la plupart du temps, l’installation peut être effectuée à la main. Dans ce cas, il convient de prendre en compte le nombre total d’employés/volontaires requis.

9.10 Autres techniques et combinaisons

D’autres techniques sont souvent abordées dans les manuels d’amélioration et de mise en valeur des cours d’eau :

9.10.1 Enlèvement des grandes obstructions

L’enlèvement des grandes obstructions au déplacement des poissons, telles que les chutes d’eau (figure 53) ou les obstacles à la vitesse, peut ouvrir de nouvelles zones pour les saumons et les truites anadromes. Comme cette technique comporte généralement un dynamitage ou la construction d’une échelle à poissons, elle n’est pas recommandée pour une utilisation courante par les groupes publics.

Figure 53. Obstruction complète du passage du poisson par une chute d’eau, rivière Metchin, Labrador

Toutefois, dans certaines circonstances, l’enlèvement des grandes obstructions peut être hautement souhaitable et il convient alors de consulter le MPO. Une étude minutieuse du système s’impose aussi afin de s’assurer qu’il n’y aura pas d’impacts négatifs tels que :

9.10.2 Construction de radiers/fosses

La construction de nouveaux chenaux, qui intègrent des séquences de radiers et de fosses dans des cours d’eau naturels ou artificiels existants, constitue un projet à grande échelle qui sort du cadre de ce manuel et du financement de la plupart des groupes d’intérêt public/de conservation (figure 54). Newbury et Gaboury (1993) donnent un aperçu des techniques de relevé et de construction. Ils ont également produit une vidéo sur le processus de construction. Ce type de projet ne peut être mené à bien qu’avec l’aide de spécialistes de l’environnement, d’hydrologues et d’ingénieurs qualifiés.

Figure 54. Construction de séquences de radiers et de fosses artificiels

9.10.3 Passes à poissons et chenaux latéraux

Les chenaux de fraie et les passes à poissons constituent des projets de grande envergure et sortent donc du cadre du présent manuel (figure 55). Vous trouverez davantage de renseignements sur les passes à poissons et les chenaux latéraux dans Clay (1961); le MPO et al. (1980) et Katopodis (1992).

Figure 55. Sortie d’une passe à poissons typique à fente verticale

9.10.4 Combinaisons de techniques

La plupart des techniques décrites dans ce manuel peuvent être utilisées les unes avec les autres, par exemple si vous désirez obtenir plus d’un résultat (figure 56). La combinaison connue la plus efficace est l’utilisation de déflecteurs avec un couvert des berges du cours d’eau sur la rive opposée (Hunt 1988). Dans les conditions locales de Terre-Neuve-et-Labrador, l’utilisation de déflecteurs combinée à des abris d’arbres ou de broussailles (ou la plantation d’une végétation basse) sur la rive opposée peut également être recommandée. Les déflecteurs peuvent également être très efficaces lorsqu’ils sont utilisés avec des berges sous-cavées. L’enrochement est souvent combiné à de nombreuses techniques telles que les obstacles peu élevés et les déflecteurs, qui renforcent la stabilité des structures et du littoral.

Figure 56. Chenal latéral dynamité autour de l’obstacle à la migration

10.0  Suivi, entretien et documentation

10.1 Suivi

L’élaboration d’une stratégie pour évaluer l’efficacité des efforts de restauration et améliorer les programmes futurs est une composante importante de tout projet de restauration, souvent absente ou inadéquate dans de nombreux programmes (Keeley et al. 1996).

Un suivi approprié permet de :

Un facteur majeur de l’évaluation des projets de restauration d’un habitat est le temps nécessaire pour que les composantes de cet habitat se stabilisent; il est en outre possible que les populations de poissons mettent plus de temps à réagir à ces conditions (Hunt 1976; Reeves et al. 1991; Scruton 1996).

D’autres collectivités ont recommandé de poursuivre l’évaluation ou le suivi d’un projet de restauration ou de construction d’un habitat pendant une période maximale de 2 cycles biologiques de l’espèce en question afin de documenter adéquatement sa réaction (Everest et al. 1991).

Outre la surveillance de l’intégrité structurelle, le meilleur suivi est celui qui évalue les effectifs de poissons résidents et/ou la disponibilité de l’habitat avant et après l’amélioration du cours d’eau. Les estimations des populations doivent inclure tous les groupes d’âge et un segment suffisamment grand du cours d’eau pour que l’on puisse être sûr que les changements dans les effectifs ne sont pas simplement dus à une variation de la répartition dans le cours d’eau. La pêche à l’électricité est probablement la technique la plus efficace dans les petits cours d’eau de Terre-Neuve-et-Labrador, mais les relevés adéquats exigent un équipement et des connaissances qui ne sont pas facilement accessibles à la plupart des groupes publics (figure 57). Il peut être nécessaire de faire appel à un professionnel expérimenté/qualifié de l’environnement. Il faut obtenir un permis du MPO pour la pêche à l’électricité ou toute autre technique de relevé qui comporte la manipulation des poissons. Il est donc recommandé que les groupes souhaitant effectuer des relevés par pêche à l’électricité communiquent avec l’équipe de délivrance des permis du MPO de Terre-Neuve-et-Labrador pour obtenir les permis appropriés. Voir la section « Coordonnées » à la fin du manuel.

Figure 57. Relevés par pêche à l’électricité dans un petit cours d’eau

D’autres techniques de suivi, beaucoup moins efficaces, comprennent :

Ces techniques sont beaucoup moins utiles que les relevés par pêche à l’électricité correctement menés, car les petits poissons, y compris les jeunes de l’année (probablement l’indicateur le plus fiable d’un cours d’eau en bonne santé), sont largement sous-estimés ou complètement omis.

On peut aussi réaliser des relevés sur l’habitat physique pour juger des améliorations qui y ont été apportées, mais pour être vraiment significatifs, ils doivent être liés aux informations sur la répartition et l’abondance des poissons.

10.2 Entretien

Pour chaque technique recommandée, l’entretien nécessaire est abordé brièvement dans la section correspondante du présent document. En général, si elles sont correctement appliquées, les techniques mises ici en avant ne devraient nécessiter que peu ou pas d’entretien. Hulbert (1986) fournit l’une des rares analyses disponibles des coûts d’entretien sur une longue période pour diverses structures d’amélioration des cours d’eau de l’État de New York (138 au total). Il a constaté qu’au bout de 30 ans, les pourcentages suivants de chaque type de structure dans un cours d’eau nécessitaient un entretien :

Cependant, la plupart des réparations étaient relativement peu coûteuses, à l’exception des matériaux de stabilisation des berges (enrochements et rondins).

10.3 Documentation

La documentation du processus intégral est l’un des aspects les plus importants des projets d’amélioration des cours d’eau. Cette documentation peut fournir de précieuses informations pour des projets nouveaux ou proposés, et mettre en évidence certains efforts et les délais correspondants. Par exemple, les photos d’un rivage revégétalisé montrent les plantes qui poussaient le mieux au départ et celles qui sont devenues le couvert dominant après stabilisation du site.

La documentation des projets, qui peut servir de base pour évaluer leur efficacité, s’effectue selon différentes méthodes, parmi lesquelles :

11.0 Glossaire

Adulte :
Poisson mature, capable de frayer.
Affouillement :
Érosion du lit ou des parois du cours d’eau par le courant.
Alevin d’un an :
Terme utilisé pour décrire les salmonidés immédiatement après le stade de l’alevin vésiculé; également appelé alevin.
Alevin vésiculé :
Jeune salmonidé nouvellement éclos, encore attaché au sac vitellin qu’il utilise pour se nourrir.
Algues :
Plantes microscopiques qui vivent dans l’eau ou fixées aux rochers.
Amélioration :
Comprend les activités qui augmentent le nombre de poissons dans un cours d’eau par des mesures techniques. Les méthodes et techniques utilisées dans les travaux de mise en valeur des salmonidés peuvent inclure la construction de passes à poissons, l’empoissonnement, l’élevage semi-naturel, les transferts d’adultes, l’exploitation des chenaux de fraie, l’incubation des œufs et l’enlèvement des obstacles.
Anadrome :
Désigne les poissons qui frayent en eau douce, mais migrent vers la mer pour se nourrir.
Benthique :
Qui se rapporte ou se produit au fond d’une masse d’eau; renvoie généralement à l’endroit où vivent les animaux ou les plantes.
Berge sous-cavée :
Endroit où le courant creuse une partie de la berge pour créer un surplomb; les salmonidés, en particulier la truite brune, privilégient ces zones pour s’abriter. Les berges sous-cavées se trouvent généralement à l’extérieur des courbes dans les zones herbeuses.
Bloc rocheux :
Roche de plus de 25 cm de diamètre.
Caillou :
Roche mesurant entre 0,4 et 6 cm.
Canalisation :
Endroit où l’homme a créé un cours d’eau artificiel en redressant un chenal existant ou en détournant le cours d’eau dans une tranchée rectiligne; pratique courante à Terre-Neuve pour abaisser le niveau de la nappe phréatique, réduire le risque d’inondation ou dégager plus de terres à des fins de développement.
Champignons :
Organismes primitifs qui se nourrissent généralement de matières végétales ou animales, vivantes ou mortes; ce groupe compte plus de 90 000 espèces, y compris les moisissures, les levures et les champignons. Ils sont extrêmement importants pour le transfert d’énergie nutritionnelle des formes de vie inférieures aux formes supérieures.
Charge sédimentaire :
Désigne la quantité de sédiments transportée dans l’eau.
Chenal :
Zone dans laquelle l’eau s’écoule ou s’écoulait.
Chironomidés :
Petits insectes appelés moucherons dont les larves sont aquatiques; nourriture fréquente des salmonidés.
Conifères :
Arbres qui conservent généralement toute l’année leurs feuilles en forme d’aiguilles, comme le pin, le mélèze et l’épicéanette. Le mélèze est une exception dans la mesure où cette essence perd ses feuilles à l’automne.
Construction de terrasses :
Technique utilisée pour stabiliser les pentes raides. Elle consiste à construire une série de larges « marches » sur le terrain.
Couvert :
Emplacement où les poissons peuvent trouver un abri contre les courants forts et les prédateurs et où les conditions de température et de lumière sont appropriées.
Déflecteur :
Dispositif de restauration de cours d’eau utilisé pour dévier le courant vers la rive opposée.
Diatomées :
Type le plus courant d’algues microscopiques.
Eau souterraine :
Eau provenant de sources souterraines; se trouve dans les roches poreuses et les aquifères.
Écosystème :
Relation complexe entre toutes les formes de vie (bactéries, plantes, animaux), leurs processus biologiques (photosynthèse, respiration, excrétion de déchets) et leur environnement physique (lumière, température, facteurs chimiques). Le terme est souvent ramené à l’expression « écosystème du cours d’eau » ou « écosystème lacustre ».
Enrochement :
Couverture de roches placées pour protéger les berges d’un cours d’eau de l’érosion.
Érosion :
Processus d’altération des roches et du sol par le vent et l’eau. Elle peut être d’origine naturelle, comme dans les zones où les berges sont très abruptes, où il y a des infiltrations d’eau de source et des pénétrations du gel, ou d’origine anthropique à la suite de l’enlèvement de la végétation, de la terre végétale ou de modifications du chenal ou des berges du cours d’eau. L’érosion excessive des berges des cours d’eau est préjudiciable à l’habitat du poisson, principalement en détruisant la végétation des berges et en augmentant la charge sédimentaire, qui peut se déposer sur les frayères des salmonidés et les détruire.
Feuillus :
Désigne généralement les arbres dont les feuilles sont relativement plates et tombent à l’automne.
Fosse :
Zone d’eau profonde du cours d’eau; zone lisse et tranquille sauf à l’endroit où l’eau s’y déverse.
Gabion :
Panier métallique spécialement conçu (galvanisé ou plastifié) qui peut être rempli de roches pour stabiliser les pentes.
Galet :
Roche d’un diamètre compris entre 6 et 25 cm.
Gradient :
Pente.
Gravier :
Roche d’un diamètre compris entre 0,2 et 0,4 cm.
Grilse :
Saumon unibermarin qui retourne dans sa rivière natale.
Habitat :
L’ensemble de l’environnement nécessaire à un organisme pour accomplir ses fonctions vitales. L’habitat du poisson comprend des éléments tels que la qualité de l’eau, la nourriture, l’abri et l’espace.
Habitat d’alevinage ou de croissance :
Zone du cours d’eau où les poissons juvéniles effectuent leur processus biologique. Les aires de croissance des salmonidés diffèrent quelque peu selon l’espèce (par exemple, l’omble de fontaine préfère des eaux plus calmes que le saumon), mais elles sont généralement caractérisées par des zones de radier peu profondes, avec un substrat de blocs rocheux et de galets et une végétation dans le cours d’eau et sur les berges.
Hybride :
Croisement entre deux espèces différentes; produit souvent une descendance stérile.
Hydroensemencement :
Procédé par lequel les engrais, les semences de gazon et le paillis sont mélangés mécaniquement et étalés sous pression sur un substrat à ensemencer.
Hydrologie :
Étude des ressources hydriques et des processus physiques et géologiques afférents.
Invertébrés :
Animaux tels que les insectes qui n’ont pas de squelette interne.
Juvénile :
Poisson immature.
Lac oligotrophe :
Caractérisé par une faible productivité primaire et de faibles concentrations de phosphore. De nombreux lacs nordiques sont oligotrophes.
Larve :
Forme juvénile d’un insecte; de nombreux insectes pondent leurs œufs dans les cours d’eau et ont des larves aquatiques qui vivent sur le fond ou à proximité; les larves d’insectes sont des sources primaires de nourriture pour tous les salmonidés, en particulier pour les truites et les jeunes saumons vivant dans les cours d’eau. Les alevins vésiculés sont parfois appelés larves de poisson.
Lit du cours d’eau :
Fond du cours d’eau.
Matière organique :
Matière dérivée d’organismes vivants (par exemple, feuilles de plantes en décomposition); elle constitue une source extrêmement importante d’énergie alimentaire dans l’écosystème d’un petit cours d’eau.
Méandre :
Courbe dans le profil du cours d’eau.
Mètre (m) :
Unité de mesure égale à 3,28 pieds. Un centimètre (cm) correspond à 1/100e de mètre ou 0,39 pouce.
Mollusques :
Groupe d’invertébrés comprenant les palourdes, les moules, les escargots et les limaces.
Nappe phréatique :
Zone naturelle de stockage d’eau souterraine qui contient de l’eau toute l’année; elle peut être située ou non près de la surface.
Nid :
« Nid » de gravier où les salmonidés pondent leurs œufs.
Niveau de saturation :
Concentration à laquelle un liquide (par exemple, l’eau) ne peut plus accepter de gaz supplémentaire (par exemple, l’oxygène); varie avec la température.
Nutriments :
Produits chimiques tels que le silicate, le phosphate et le nitrate qui sont essentiels à la croissance de tous les types de plantes. Cependant, un apport excessif de nutriments est préjudiciable à l’écosystème d’eau douce, car il stimule trop la croissance des plantes.
Nymphe :
Forme jeune biologique de certains types d’insectes (par exemple, les éphéméroptères); il suit le stade larvaire et vit librement.
Obstacle peu élevé :
Barrage bas.
Ouananiche :
Saumon qui ne migre pas vers la mer.
Pesticides :
Substances chimiques toxiques servant à tuer les plantes (herbicides ou désherbants) ou les animaux indésirables; le fénitrothion est un pesticide utilisé contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette. De nombreux pesticides sont toxiques à divers degrés pour les jeunes poissons.
pH :
Échelle logarithmique de 1 à 14 utilisée pour donner une indication de l’acidité (ou inversement, de l’alcalinité); plus le chiffre est bas, plus le liquide est acide; un pH de 7 est neutre.
Plaine inondable :
Zone adjacente à un cours d’eau qui est souvent inondée pendant les périodes de crue du printemps et de l’automne.
Plancton :
Organismes aquatiques; le phytoplancton est composé de plantes, notamment de diatomées; le zooplancton est composé d’animaux tels que les petits crustacés copépodes. Il peut être une source de nourriture importante pour les salmonidés dans les lacs et en mer.
Plat courant :
Courant profond, modéré à rapide, beaucoup moins turbulent que les rapides.
Production :
Augmentation de la biomasse des poissons au fil du temps dans une zone déterminée, généralement exprimée en g/m2/an.
Radier :
Zone d’eau peu profonde où la surface est percée de graviers et de galets; l’écoulement est rapide.
Rapide :
Zone d’un grand cours d’eau ou d’une rivière où l’eau est très rapide, turbulente, essentiellement blanche, et où le fond est constitué de substrat rocheux ou de blocs rocheux.
Remous :
Zones d’un cours d’eau où les courants s’écoulent en rond, par exemple au bord de structures comme des blocs rocheux. Les remous constituent un excellent habitat pour les salmonidés.
Réseau trophique :
Diagramme représentant toutes les relations alimentaires qui concernent une espèce, un groupe d’espèces ou un écosystème; parfois appelé chaîne alimentaire.
Restauration :
Tentative de ramener un cours d’eau endommagé par des activités anthropiques à son niveau naturel de production des poissons.
Salmonidé :
Membre de la classe biologique des poissons appelée Salmonidés; cette classe comprend la truite, le saumon, l’omble, le corégone et l’ombre.
Saumon arc-en-ciel :
Truite arc-en-ciel anadrome.
Saumoneau :
Stade du cycle biologique du saumon atlantique qui migre pour la première fois vers la mer après avoir perdu ses marques de parr; à Terre-Neuve, cela se produit habituellement entre 2 et 5 ans; couleur argentée.
Stabilisation des berges :
Contrôle de l’érosion des berges des cours d’eau.
Substrat rocheux :
Roche solide non recouverte par un sol.
Substrat :
Désigne la surface du lit du cours d’eau, comme le gravier, les galets ou les blocs rocheux.
Tacon :
Salmonidé juvénile; on le reconnaît généralement à sa taille (de 6,0 à 12,0 mm) et à la présence de marques de parr (bandes verticales) sur le côté.
Terrestre:
Provenant de la terre.
Thalweg:
Partie la plus profonde du chenal principal d’un cours d’eau, qui serpente généralement d’avant en arrière sur la largeur de la zone mouillée du cours d’eau à mesure que l’on progresse vers l’amont ou l’aval.
Transpiration :
Processus par lequel les plantes absorbent l’eau du sol et la rejettent dans l’air sous forme de vapeur d’eau. Un grand arbre à larges feuilles peut transpirer 500 gallons par jour.
Trichoptères :
Insectes de taille petite à moyenne, qui ressemblent à des papillons de nuit et dont les larves se développent dans les cours d’eau (ordre : Trichoptères); alimentation habituelle des truites et des jeunes saumons.
Vitesse :
Terme utilisé pour désigner la vitesse, telle que la vitesse de l’eau, exprimée en m/s, km/h ou mph.
Zone tampon :
Bande de végétation naturelle laissée en place entre une route ou un autre aménagement et le cours d’eau.

12.0 Bibliographie

Annexe A

Tableau A-1. Espèces végétales indigènes de Terre-Neuve (informations tirées du tableau extrait du site Web du Jardin botanique de l’Université Memorial de Terre-Neuve [2021], ainsi que du site Web de l’Indian Bay Ecosystem Corporation [2005]).
Type de plante Nom scientifique
Arbres

Épinette blanche

Picea glauca

Épinette noire

Picea mariana

Sapin baumier

Abies balsamea

Pin rouge

Pinus resinosa

Pin blanc

Pinus strobus

Érable rouge

Acer rubrum

Érable à épis

Acer spicatum

Bouleau gris (bouleau à papier)

Betula papyrifera

Bouleau jaune

Betula alleghaniensis

Cerisier de Virginie

Prunus virginiana

Sorbier d’Amérique (sorbier monticole)

Sorbus americana/decora

Arbustes

Raisin d’ours

Arctostaphyllos uva-ursi

Myrique de Pennsylvanie

Myrica pensylvanica

Quatre-temps

Cornus canadensis

Cornouiller stolonifère

Cornus sericea

Cornouiller pagode

Cornus alternifolia

Genévrier commun

Juniperus communis

Genévrier horizontal

Juniperus horizontalis

Aronie à feuille de prunier

Aronia floribunda

Rosier de Virginie/rosier arctique

Rosa virginiana/acicularis

Dièreville chèvrefeuille

Diervilla lonicera

Rhododendron du Canada

Rhododendron canadense

Viorne trilobée

Viburnum trilobum

Viorne cassinoïde

Viburnum cassinoides

Houx verticillé

Ilex verticillata

Amélanchier à feuilles d’aulne

Amelanchier

Sureau pubescent

Sambucus pubens/racemosa

Bouleau glanduleux/bouleau de Michaux

Betula pumila/michauxii

Genévrier horizontal ‘Wiltonii’/genévrier rampant

Juniperus horizontalis ‘Wiltonii’

Aulne rugueux

Alnus incana

Framboise sauvage

Rubus idaeus

Viorne comestible

Viburnum edule

Bleuet à feuilles étroites

Vaccinium angustifolium

Bleuet ‘Northland’

Vaccinium corymbosum

Amélanchier du Canada

Amelanchier canadensis

Spirée blanche

Spiraea alba var. latifolia

Camarine noire

Empetrum nigrum

If du Canada

Taxus canadensis

Myrique baumier

Myrica gale

Gaillet gratteron

Galium aparine

Fougères

Adiante du Canada

Adiantum aleuticum

Athyrie fougère-femelle

Athyrium filix-femina

Dryoptère

Dryopteris species

Matteucie fougère-à-l’autruche

Matteucica struthiopteris

Osmonde cannelle

Osmunda cinnamomea

Osmonde royale

Osmunda regalis

Phégoptère du hêtre

Phegopteris connectilis

Fougère-houx

Polystichum braunii

Thélyptère de New York

Thelypteris noveboracens

Vivaces

Eupatoire maculée

Eutrochium maculatum

Sanguisorbe du Canada

Sanguisorba canadensis

Iris versicolore

Iris versicolor

Populage des marais

Caltha palustris

Verge d’or (rugueuse)

Solidago species (rugosa)

Aster (ponceau)

Symphyotrichum species (puniceum)

Pigamon

Thalictrum pubescens

Fraise sauvage

Fragaria vesca

Petit thé

Gaultheria hispidula

Ombre

Clintonie boréale

Clintonia borealis

Muguet boréal

Maianthemum canadense

Streptope

Streptopus species

Actée rouge

Actaea rubra

Smilacine étoilée

Maianthemum stellatum

Alpines

Antennaires

Antennaria species

Érigéron à feuilles d’hysope

Erigeron hyssopifolius

Violettes

Viola species

Séneçon baumier

Packera pauperculus

Verge d’or hispide

Solidago hispida/multiradiata

Campanule à feuilles rondes

Campanula rotundifolia

Iris de Hooker

Iris hookeri

Orpin rose

Rhodiola rosea

Bermudienne à feuilles étroites

Sisyrinchium angustifolium

Potentille de Crantz

Potentilla crantzii

Saxifrage en panicules

Saxifraga paniculata

Plantes non indigènes communes

Chardon des champs

Cirsium arvense

Tussilage

Tussilago farfara

Renouée du Japon

Fallopia japonica

Millepertuis commun

Hypericum perforatum

Salicaire pourpre

Lythrum salicaria

Espèces de graminées

Espèces de graminées (famille des Poacea) indigènes à Terre-Neuve-et-Labrador (informations tirées du tableau extrait du site Web A Digital Flora of Newfoundland and Labrador Vascular Plants (musée provincial The Rooms. 2012)) :

Coordonnées

Bureau régional : Programme de protection du poisson et de son habitat

Pêches et Océans Canada
80, chemin East White Hills
Case postale 5667
St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador) A1C 5X1

Téléphone : 709-772-4140
Courriel : DFO.NLFFHPP-PPPHTNL.MPO@dfo-mpo.gc.ca   

Bureau régional : Délivrance de permis

Pêches et Océans Canada
80, chemin East White Hills
Case postale 5667
St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador)  A1C 5X1

Courriel : NL-TN.Licensing@dfo-mpo.gc.ca

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