Espèces aquatiques envahissantes

Espèces aquatiques envahissantes

Parfois appelées « pollution biologique », les espèces aquatiques envahissantes sont des organismes végétaux, animaux ou aquatiques ou des micro-organismes qui, une fois sortis de leur environnement naturel, supplantent les espèces indigènes. En règle générale, ces « envahisseurs » ont en commun des caractéristiques qui en compliquent le contrôle et le confinement, par exemple des taux de reproduction élevés, un faible nombre de prédateurs naturels et une capacité à se développer dans différents milieux.

Les répercussions des espèces envahissantes empirent habituellement au fil du temps à mesure que celles-ci se reproduisent et se répandent, ce qui constitue une menace sérieuse à long terme pour la santé des écosystèmes aquatiques, y compris la biodiversité indigène, les espèces à risque et la durabilité des industries de l'aquaculture et de la pêche. Même si on juge que certaines d'entre elles ne sont pas dommageables et présentent même une certaine valeur commerciale, la grande majorité des espèces aquatiques envahissantes posent un problème d'ordre économique et social.

On recense des centaines d'espèces envahissantes au Canada, certaines d'entre elles provenant d'autres parties du pays, et certaines autres, d'autres régions du monde. La moule zébrée, la lamproie marine et le tunicier font partie des espèces envahissantes les plus connues.

Espèces aquatiques envahissantes dans les océans du Canada

Côte nord du Pacifique

De nombreuses espèces envahissantes ont été signalées le long de la côte canadienne du Pacifique. Les espèces introduites il y a le plus longtemps comprennent la mye (Mya arenaria), qui est arrivée en Californie à partir de la côte est de l'Amérique du Nord dans les années 1880 et qui s'est depuis répandue le long de la côte de la Colombie-Britannique, y compris dans l'archipel Haida Gwaii. La palourde japonaise (Venerupis philippinarum) a elle aussi proliféré du sud au nord, et les stocks sont suffisamment abondants depuis le début des années 1990 pour soutenir la pêche commerciale à proximité de Bella Bella. La sargasse japonaise (Sargassum muticum), une autre espèce non indigène, se trouve maintenant dans les eaux de la Colombie-Britannique, y compris celles de l'archipel Haida Gwaii.

Les autres espèces aquatiques envahissantes présentes sur la côte ouest et dans la ZGICNP comprennent :

  • L'huître creuse du Pacifique, qui a été importée du Japon aux fins d'aquaculture au début des années 1910. On la trouve désormais fréquemment dans les eaux du sud de la Colombie-Britannique, mais sa distribution dans cette ZEGO se limite à la baie Desolation, à la baie Quatsino ainsi qu'aux bras Klaskish et Klaskino. De plus, de récentes recherches ont démontré que cette espèce se reproduit dans le bras Skidegate, dans l'archipel Haida Gwaii.
  • Le crabe vert (Carcinus maenas), une espèce indigène de l'Europe et du nord de l'Afrique, qui est arrivé en Colombie-Britannique à l'état de larve en 1998­1999 et qui s'est depuis répandu sur la côte ouest de l'île de Vancouver, y compris dans le bras Klaskino et la baie Quastsino dans le sud de la ZGICNP.
  • Au moins deux espèces d'éponges non indigènes (dans la ZEGO), soit deux espèces d'éponges perforantes (Cliona sp. et Scypha spp.). Les autres espèces envahissantes subtidales comprennent trois espèces de bryozoaires, plusieurs espèces d'ascidies et la caprelle japonaise (Caprella mutica).
  • L'alose savoureuse (Alosa sapidissima), un poisson marin non indigène.

D'autres espèces envahissantes vivant dans les eaux juste au sud de la ZGICNP pourraient agrandir leur territoire vers le nord et s'établir dans la ZEGO si les conditions environnementales leur devenaient favorables.

Golfe du Saint-Laurent

Au moins 25 espèces aquatiques envahissantes se sont établies dans le golfe du Saint-Laurent, dont neuf sont arrivées depuis 1994. L'industrie de la mytiliculture dans ce bassin a été sérieusement compromise par plusieurs espèces envahissantes de tuniciers, en plus d'avoir joué un rôle central dans leur prolifération. On a élaboré des stratégies de gestion pour réduire le transport des espèces aquatiques envahissantes lorsque des stocks de naissains sont transportés d'un plan d'eau à un autre, ou encore lorsque les stocks pêchés sont transportés aux usines de transformation.

Depuis 1998, quatre nouvelles espèces de tuniciers se sont établies dans les eaux de l'Île-du-Prince-Édouard, soit l'ascidie plissée (Styela clava), l'ascidie jaune (Ciona intestinalis), le botrylloïde violet (Botrylloides violaceus) et le botrylle étoilé (Botryllus schlosseri). Une espèce envahissante arrivée plus récemment, le crabe vert, peut nuire grandement à toutes les espèces de mollusques présentes sur son territoire et détériorer considérablement des habitats importants.

Plateau néo-écossais

On recense au moins 22 espèces introduites ou envahissantes sur le plateau néo-écossais. Les programmes de surveillance mis en place sont axés sur les tuniciers (botrylloïde violet, botrylle étoilé et ascidie jaune) et le crabe vert.

C'est en 1852 qu'on signale pour la première fois la présence de l'ascidie jaune dans le Canada atlantique, mais la présence de l'espèce sur le plateau néo-écossais n'est consignée dans les ouvrages scientifiques que lorsque des explosions démographiques se produisent le long de la côte sud-est de la Nouvelle-Écosse à la fin des années 1990. On peut trouver l'ascidie jaune dans des endroits à l'abri des intempéries situés le long de la côte atlantique de la Nouvelle-Écosse, mais l'espèce ne s'est pas répandue jusqu'au lac Bras d'or. Le botrylloïde violet et le botrylle étoilé sont des espèces de salissures marines qui s'attachent à des surfaces naturelles ou artificielles comme les coques et les moteurs de bateaux. On trouve le botrylle étoilé dans les eaux du plateau néo-écossais et de la baie de Fundy depuis le début des années 1980, tandis que le botrylloïde violet est arrivé plus récemment; il a été signalé pour la première fois dans le Canada atlantique en 2001, à Lunenburg et dans la baie Mahone.

Les preuves génétiques laissent entendre que deux introductions indépendantes de crabe vert ont été réalisées sur le plateau néo-écossais. C'est en 1817 qu'on a observé l'espèce pour la première fois sur la côte est de l'Amérique du Nord, dans les eaux du Massachusetts. L'hypothèse la plus plausible serait qu'elle aurait été transportée par des navires en provenance des côtes de l'Europe ou du nord de l'Afrique, dans l'eau de leurs ballasts. L'espèce s'est ensuite répandue le long de la côte de la Nouvelle-Angleterre, avant d'atteindre en 1951 la baie Passamaquoddy, au Nouveau-Brunswick. La première observation consignée du crabe vert sur le plateau néo-écossais a été faite à Wedgeport (Nouvelle-Écosse) en 1954. La dispersion de l'espèce le long de la côte atlantique de la Nouvelle-Écosse semble s'être arrêtée au sud d'Halifax du milieu des années 1960 au milieu des années 1970, ce qui a laissé croire que le crabe vert avait atteint la température la plus basse qu'il pouvait supporter dans les eaux de l'Amérique du Nord. Cependant, à la fin des années 1970, on a signalé la présence de crabes verts à Whitehead, au sud de la baie de Chedabucto, à 600 km au nord de la population connue la plus proche. Ces crabes proviennent probablement d'une seconde introduction, génétiquement distincte, de crabes verts en Amérique du Nord. En 1997, on pouvait trouver des crabes verts tout le long du plateau néo-écossais, aussi loin au nord qu'Ingonish, ainsi que dans les eaux du golfe du Saint-Laurent.

En 2001, des scientifiques ont déterminé que les populations de crabes verts du nord de la Nouvelle-Écosse et du golfe du Saint-Laurent présentaient des génotypes qu'on ne trouvait nulle part ailleurs en Amérique du Nord. Cependant, les populations du sud d'Halifax et de la baie de Fundy présentaient à la fois les génotypes de l'espèce provenant du nord de la Nouvelle-Écosse et de l'espèce introduite initialement aux États-Unis. Les génotypes du nord de la Nouvelle-Écosse correspondent à ceux trouvés dans la partie nord de l'aire d'origine du crabe vert, située en Scandinavie et dans la mer du Nord, et ils semblent supporter les températures froides plus facilement. La prédominance des génotypes nordiques dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse s'est accentuée au fil du temps. Les crabes du génotype nordique, qui sont des fourrageurs beaucoup plus agressifs et efficaces, pourraient supplanter ceux du génotype des États-Unis, du moins dans la partie nord de l'aire de répartition nord-américaine.

En plus des espèces susmentionnées, l'algue marine communément appelée « voleuse d'huître » (Codium fragile) a grandement altéré les écosystèmes côtiers du Canada atlantique. On l'a observée pour la première fois en 1989 dans les eaux côtières du plateau néo-écossais, dans la baie Mahone. En 2007, elle s'était établie le long de 445 kilomètres de littoral. Le codium peut supplanter les algues maritimes indigènes, comme le varech, et par conséquent nuire à la dynamique des peuplements d'oursins et de varech de l'écosystème de la côte de l'Atlantique. La prédominance du codium au détriment des peuplements de varech a été facilitée par une autre espèce envahissante, le membranipore (Membranipora membranacea).

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter l'exposé thématique (en anglais seulement) intitulé « State of the Scotian Shelf Report, Invasive Species » (rapport sur la situation des espèces envahissantes sur le plateau néo-écossais), à l'adresse suivante.

Baie Placentia et Grands Bancs

À ce jour, on a confirmé la présence de quatre espèces aquatiques envahissantes dans les eaux de la baie Placentia et des Grands Bancs, soit le botrylloïde violet, le botrylle étoilé, le membranipore et le crabe vert.

Le contrôle du crabe vert constitue une priorité dans cette zone. Même si on a signalé la présence de cette espèce dans les Maritimes aussi loin que dans les années 1950, ce n'est qu'en 2007 qu'on l'a observée pour la première fois dans les eaux de North Harbour, dans la baie Placentia (Terre-Neuve-et-Labrador). Son arrivée dans la région est fort probablement attribuable au trafic maritime.

On trouve dorénavant des concentrations extrêmement importantes de crabes verts dans le nord de la baie Placentia, et elles se propagent rapidement à la grandeur de la baie. Des populations se sont également établies dans la baie Saint-Georges, située à l'ouest de l'île. Il est essentiel d'estimer les populations avec précision afin d'établir les niveaux d'intervention appropriés, de fixer les seuils où des répercussions peuvent se manifester et d'évaluer le rendement des efforts de contrôle déployés.

Veuillez consulter le document intitulé « Évaluation écologique du crabe vert (Carcinus maenas) envahissant à Terre-Neuve entre 2007 et 2009 (SCCS AS - 2010/033)  ».

Répercussions des espèces aquatiques envahissantes

En général, on compte trois grandes catégories de répercussions découlant de l'introduction d'espèces marines : les répercussions sur l'écosystème, les répercussions économiques et les répercussions sur la santé humaine.

Les répercussions sur l'environnement comprennent les effets sur les individus, la génétique, les processus écosystémiques et la dynamique des populations et des communautés. Ces répercussions varient des répercussions localisées aux répercussions régionales à grande échelle, et elles peuvent se manifester seules ou en combinaison pour toute espèce ou tout groupe d'espèces. Dans les écosystèmes côtiers, les espèces envahissantes peuvent compromettre les relations du réseau trophique, réduisant ainsi la productivité des huîtres, des zostères et des autres espèces jouant un rôle de premier plan dans le maintien de la structure des communautés écologiques. Comme les espèces envahissantes perturbent l'écosystème, une infestation peut faciliter l'établissement de nouveaux intrus.

En général, les répercussions économiques des espèces non indigènes peuvent comprendre les coûts associés aux mesures de gestion, aux dommages à l'équipement et aux navires causés par les salissures marines, aux répercussions sur l'esthétique et les activités de plein air, ainsi que les pertes liées aux répercussions sur les ressources de la pêche et de l'aquaculture. Par exemple, la répercussion la plus souvent signalée qui est due à la présence des tuniciers dans le golfe du Saint-Laurent est qu'ils augmentent considérablement le poids des boudins, des installations mytilicoles et de l'équipement utilisés pour la mytiliculture, ce qui peut étouffer et tuer les moules d'élevage. Dans le Canada atlantique, l'ascidie jaune a causé des problèmes d'encrassement dans les moulières et occasionné des pertes pour l'industrie conchylicole de la Nouvelle-Écosse.

Les espèces aquatiques envahissantes peuvent aussi causer des torts à la santé humaine. À certains endroits, on a trouvé des micro-organismes porteurs de maladies, dont du phytoplancton nocif, dans l'eau de ballasts de navires, qui pourrait être rejetée dans des eaux locales. Les toxines dans ces espèces peuvent devenir suffisamment concentrées dans la chair des mollusques et des crustacés pour causer des torts à la santé humaine.

Les crabes verts sont des géniteurs agressifs, rapides et prolifiques qui peuvent facilement supplanter les espèces de crabes indigènes, et ils n'ont aucun prédateur naturel dans leurs eaux d'adoption. Pratiquement tous les organismes benthiques peuplant les récifs côtiers peuvent être touchés par la prédation ou la compétition de cet envahisseur. Le crabe vert peut également endommager les herbiers de zostère et d'autres habitats importants sur le plan écologique ou biologique puisqu'il creuse pour trouver ses proies ou s'abriter, ce qui peut détériorer l'habitat des stocks de mollusques et de crustacés ainsi que les nurseries des poissons juvéniles.

Dans les secteurs de la baie Placentia et des Grands Bancs où l'on trouve le crabe vert en forte abondance, on a constaté des répercussions majeures sur l'environnement naturel et les espèces commerciales et non commerciales de mollusques et de crustacés. À Terre-Neuve-et-Labrador, comme dans les autres régions, les proies de prédilection du crabe vert sont les mollusques et les crustacés. On sait également que le crabe vert peut s'en prendre aux homards (Homarus americanus) juvéniles, voire même aux homards adultes emprisonnés dans les cages de pêche.

Les menaces que pose le crabe vert pour les activités de pêche comprennent notamment la prédation des bivalves, la compétition avec d'autres espèces de décapodes et les dommages à l'industrie de la pêche à l'anguille. Selon des comptes rendus anecdotiques, il semble que l'intensité des répercussions sur le plateau néo-écossais a augmenté au cours des dernières années. Il est à prévoir que cette augmentation continuera en raison d'une récente dérive génétique dans la structure des populations de crabes verts. Si les populations du génotype nordique, plus agressif, continuent d'augmenter au sud de la Nouvelle-Écosse, il est probable que les répercussions du crabe vert dans cette zone augmenteront en conséquence.

La récente invasion du crabe vert dans la zone de protection marine du bassin Head, à l'Île-du-Prince-Édouard, fait l'objet d'une enquête afin de déterminer si elle représente une cause du déclin d'un type unique de mousse d'Irlande ne se trouvant nulle part ailleurs dans le monde.

Le piégeage intensif peut être un moyen efficace de réduire l'abondance des crabes verts pour diminuer leurs répercussions sur l'environnement. Cependant, il faudra bien définir pour des environnements précis les seuils des densités de population, les calendriers des mesures d'atténuation et les mesures du succès qui s'appliquent.

Adaptation aux espèces aquatiques envahissantes

Le gouvernement du Canada a adopté des stratégies en vue de protéger l'environnement, l'économie et la société, ainsi que les valeurs environnementales comme la biodiversité et la durabilité, contre les risques associés aux espèces envahissantes. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter le site suivant : http://www.invasivespecies.gc.ca/

Date de modification :