Réponse des Sciences 2025/014
Risques génétiques associés à la pisciculture de la morue charbonnière en Colombie-Britannique, au Canada
Contexte
La pisciculture de la morue charbonnière (Anoplopoma fimbria) est actuellement limitée à trois installations marines en Colombie-Britannique (C.-B.) qui ont chacune reçu un permis de six ans délivré le 1er juillet 2024. Comme pour toutes les espèces d’élevage, le prélèvement de morues charbonnières sauvages dans une population pour constituer un stock de géniteurs et le rejet par inadvertance d’individus issus de l’élevage dans une population peuvent présenter des risques génétiques pour la viabilité à long terme de l’espèce. Par exemple, les poissons en captivité et sauvages peuvent être génétiquement ou épigénétiquement différents, de sorte que le flux génétique des populations reproduites ou élevées en captivité vers les populations naturelles peut avoir un effet négatif sur la valeur adaptative dans la nature. L’ampleur de ces risques génétiques potentiels dépend souvent du contexte et de l’espèce, et les risques génétiques n’ont pas encore été officiellement évalués pour la pisciculture de la morue charbonnière en Colombie-Britannique. La compréhension des risques génétiques associés à la pisciculture marine de la morue charbonnière est un facteur important de la poursuite de cette pratique d’une manière défendable sur le plan scientifique dans la province.
Actuellement, les activités de pisciculture de la morue charbonnière en Colombie-Britannique consistent à prélever des individus d’origine sauvage pour le stock de géniteurs et à produire des descendants de première ou de deuxième génération élevés en captivité, sans relâcher intentionnellement des individus en captivité dans la nature. La sélection naturelle qui s’exerce généralement dans la nature est réduite en captivité, et la sélection artificielle ou de domestication peut entraîner une évolution des caractères qui serait sous-optimale dans le milieu naturel. De ce fait, ces différences peuvent être néfastes pour les populations sauvages si des individus évadés par inadvertance introduisent des variations génétiques désavantageuses dans les habitats naturels. L’ampleur des risques génétiques associés au prélèvement de stocks de géniteurs et à la domestication dépend à la fois des pratiques piscicoles particulières et de la biologie de l’espèce d’élevage. De nombreuses études ont démontré que le flux génétique des populations en captivité vers les populations sauvages se fait souvent au détriment de la valeur adaptative dans la nature. Toutefois, la majorité de ces travaux sur les poissons se sont concentrés sur les salmonidés, en particulier le saumon atlantique (Salmo salar), dont les populations sont fortement structurées sur le plan génétique. Contrairement aux salmonidés, les populations de morues charbonnières sont bien répandues et relativement peu structurées, ce qui laisse supposer que les risques génétiques associés à la pisciculture de cette espèce pourraient être relativement faibles. En 2022, l’état du stock de morue charbonnière en Colombie-Britannique se situait dans la zone saine (MPO 2009; MPO 2023).
La division de la Gestion de l’aquaculture de Pêches et Océans Canada (MPO) a demandé à la direction des Sciences de fournir un avis sur les risques génétiques associés à la pisciculture marine de la morue charbonnière avec les pratiques actuelles et avec un éventuel scénario dans lequel les stocks de géniteurs ne seraient plus d’origine sauvage. L’évaluation et l’avis découlant de ce processus de réponse des Sciences du Secrétariat canadien des avis scientifiques (SCAS) serviront à appuyer les prochaines prises de décision relatives à la pisciculture de la morue charbonnière.
Les objectifs précis de cet examen sont les suivants :
- Examiner les connaissances actuelles sur la génétique des populations sauvages de morues charbonnières en Colombie-Britannique.
- Documenter les risques génétiques pour la morue charbonnière sauvage causés par l’élevage en captivité d’individus destinés à la récolte.
- Évaluer ces risques génétiques pour les populations sauvages compte tenu des pratiques actuelles de pisciculture de la morue charbonnière en Colombie-Britannique.
- Évaluer la façon dont les risques génétiques pourraient changer si les pratiques actuelles de pisciculture de la morue charbonnière passaient de l’utilisation de stocks de géniteurs sauvages à des stocks de géniteurs en captivité.
Le présent rapport ne cherche pas à fournir une évaluation des risques liés à la pisciculture de la morue charbonnière. Il sert plutôt à résumer la compréhension actuelle de la génétique et de la structure des populations de morues charbonnières en Colombie-Britannique, à déterminer les risques génétiques directs des activités piscicoles pour les populations sauvages de l’espèce et à comparer ces risques génétiques à ceux associés à l’élevage d’autres espèces de poissons (p. ex. le saumon atlantique). Enfin, le présent rapport met en évidence des lacunes dans les données qui limitent la certitude de l’évaluation des risques génétiques de la pisciculture pour cette espèce.
La présente réponse des Sciences découle de l’examen par les pairs régional du 30 octobre 2024 sur les Risques génétiques associés à l’aquaculture de la morue charbonnière en Colombie-Britannique, au Canada.
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