Examen de l'efficacité des activités de rétablissement pour la baleine noire de l'Atlantique Nord

Contexte

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1. Contexte

En novembre 2016, le premier ministre canadien a fait l'annonce du Plan de protection des océans (PPO) du Canada, qui souligne plusieurs nouvelles initiatives en vue de réduire les menaces qui pèsent sur les mammifères marins dans les eaux canadiennes, y compris les menaces que représentent les contaminants, la disponibilité des proies et le bruit sous-marin. En vertu du PPO, le gouvernement du Canada adoptera des mesures pour réduire les effets cumulatifs de la circulation maritime sur les mammifères marins et travaillera avec différents partenaires afin de mettre en œuvre un système de détection des baleines en temps réel pour alerter les navigateurs de la présence de baleines. Dans le cadre du PPO, Pêches et Océans Canada (MPO) a été chargé de lancer un examen scientifique de l'efficacité des mesures de gestion et de rétablissement actuelles pour trois espèces de baleines menacées : l'épaulard résident du sud (Orcinus orca), le béluga de l'estuaire du Saint-Laurent (Delphinapterus leucas) et la baleine noire de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis). Cet examen vise à déterminer les points à améliorer immédiatement en ce qui concerne les efforts de rétablissement, ainsi que les mesures nouvelles ou améliorées prioritaires. Le MPO a adopté, pour cet examen, une approche par étapes, et le présent document représente la première phase de ce processus. Il porte sur les activités de rétablissement pour la baleine noire de l'Atlantique Nord d'un point de vue scientifique.

La baleine noire de l'Atlantique Nord est considérée comme l'une des espèces les plus menacées de toutes les grandes baleines (Caswell et al. 1999; Kraus et al. 2005). Au Canada, elle est protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP), et aux États-Unis, en vertu de la Endangered Species Act (ESA). Les baleines noires de l'ensemble de l'océan Atlantique étaient considérées comme une seule espèce, et elles ont été désignées comme espèce en voie de disparition pour la première fois en 1980; ce statut a été réexaminé et confirmé en avril 1985 et de nouveau en avril 1990 (COSEPAC 2003). En 2003, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a reconnu la baleine noire de l'Atlantique Nord comme une espèce sauvage distincte de la baleine noire présente dans l'Atlantique Sud (baleine franche australe; E. australis) et a désigné la baleine noire de l'Atlantique Nord comme étant en voie de disparition (COSEPAC 2003). La baleine noire de l'Atlantique Nord a été inscrite en tant qu'espèce en voie de disparition en vertu de la LEP en 2005 (COSEPAC 2013); elle figure aussi dans la catégorie « en danger » dans la Liste rouge des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (UICN 2008). Le statut de l'espèce a été réévalué par le COSEPAC en 2013, et celle-ci a une fois de plus été désignée « en voie de disparition » (COSEPAC 2013).

Dans le passé, la chasse intensive à la baleine a grandement contribué à la diminution du nombre de baleines noires de l'Atlantique Nord dans l'ensemble de leur aire de répartition (Aguilar 1986). Malgré le fait que l'espèce est protégée à l'échelle internationale depuis 1935 (CBI 2001), la population atteint à peine quelques centaines d'individus. La situation contraste nettement avec celle de la baleine franche australe, dont le nombre a également considérablement diminué en raison de la chasse à la baleine, mais qui affiche depuis un taux de croissance annuelle de la population d'environ 7 % (Best 1990; Cooke et al. 2001). Elle est inscrite dans la catégorie « préoccupation mineure » dans la Liste rouge des espèces menacées de l'UICN (UICN 2008).

La population de baleines noires de l'Atlantique Nord était estimée à environ 350 individus au milieu des années 2000 (Kraus et Rolland 2007). En 2015, on évaluait la population à 524 individus, selon le nombre de baleines photographiées et identifiées individuellement (Pettis et Hamilton 2016). L'indice de population fondé sur le nombre minimal d'individus vivants (le nombre minimal de baleines vivantes dans la population, calculé à partir de la base de données des observations individuelles), fournit un taux de croissance moyen de la population estimé de 2,8 % pour la période allant de 1990 à 2011 (Waring et al. 2016). Toutefois, en raison d'une diminution de 40 % du taux de vêlage estimé depuis 2010 (Kraus et al. 2016), le taux de croissance de la population des dernières années (2012 à 2015) semble être en déclin (Pace 2016), et deux des méthodes d'évaluation de la population sur trois montrent un déclin de l'abondance de la baleine noire de l'Atlantique Nord (Kraus et al. 2016 et références citées).

On a émis l'hypothèse que le rétablissement limité de la baleine noire de l'Atlantique Nord était attribuable à la diminution des taux de reproduction (Knowlton et al. 1994; Kraus et al. 2001), à la faible variabilité génétique (Waldick et al. 2002), à la dynamique de l'ensemble des proies et à l'accès réduit aux proies (Kenney 2001; Baumgartner et al. 2007; Michaud et Taggart 2007), et aux activités humaines préjudiciables comme les collisions avec les navires et l'empêtrement dans les engins de pêche (Kraus 1990; Knowlton et Kraus 2001; Kraus et al. 2005; van der Hoop et al. 2013; Kraus et al. 2016). Toutefois, la seule hypothèse dont nous pouvons traiter directement concerne les activités humaines préjudiciables, afin de réduire la mortalité et encourager le rétablissement.

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