
Margaret Butschler, gracieuseté de Vancouver Aquarium Marine Science Centre
Nom scientifique :
Enhydra lutris
Taxonomie :
Mammifère (marin)
Statut LEP :
Préoccupante (2009)
Statut COSEPAC :
Préoccupante (2007)
Région : Colombie-Britannique, océan Pacifique
Un écosystème amélioré
Durant les quelque 100 ans d’absence des loutres de mer du littoral de la Colombie-Britannique, les populations d’oursins ont éclaté et les forêts de varechs le long de la côte rocheuse ont décliné. La réintroduction des loutres de mer a eu une répercussion impressionnante – et bénéfique – sur la santé de l’écosystème. Les loutres se nourrissent d’oursins et d’autres invertébrés herbivores, qui se nourrissent de varech. Par conséquent, les oursins disparaissent et la forêt de varech reprend sa croissance. La renaissance du varech fournit une source de nourriture pour les invertébrés herbivores, crée un habitat pour les poissons et un courant d’eau lent, contribuant à réduire l’érosion de la côte.
Jadis, on la trouvait le long du bassin du Pacifique, du nord du Japon jusqu’à Baja California au Mexique, mais les loutres de mer ont été chassées jusqu’au point de presque disparaître; les chasseurs du 18e et du 19e siècles étaient attirés par sa fourrure. Au début des années 1900, il restait moins de 2 000 individus. De nos jours, les loutres de mer occupent la moitié de leur aire historique de répartition; cependant, les efforts de rétablissement ont fait grimper à 150 000 leur population sur la planète.
Le plus petit mammifère marin en Amérique du Nord, la loutre de mer occupe les eaux côtières froides dans le centre et le nord de l’océan Pacifique. Les animaux comptent sur leur fourrure douce et dense pour se garder au chaud. Il est important pour les loutres de garder chaque poil propre, autrement leur fourrure devient emmêlée et elles peuvent mourir d’hypothermie. Les loutres de mer nagent habituellement sur le dos à la surface de l’eau, se servant de leurs pattes arrière pour se propulser et leur queue comme gouvernail. Si l’animal a peur, il se retourne sur l’estomac et s’enfuie en nageant ou plonge sous l’eau pour s’échapper.
Mesurant 1,2 mètres de longueur, les loutres de mer mâles pèsent en général 45 kilogrammes, les femelles sont un peu plus petites. Les loutres de mer ont une grosse tête aplatie, de grandes dents pour briser les coquilles de mollusques, un nez émoussé, des moustaches, des yeux noirs et de très petites oreilles. La queue est courte et costaude. Les pattes d'en avant sont plutôt petites et faibles; les pattes de derrière sont aussi assez petites, mais elles sont plus fortes et jouent le rôle de nageoires. La fourrure douce et épaisse varie de couleur, passant de la rouille au brun foncé jusqu’au noir; la fourrure est plus pâle sur la tête, la gorge et la poitrine. La plupart des femelles atteignent la maturité sexuelle à cinq ou six ans et elles donnent naissance à un seul nouveau-né – à l’occasion deux - à une ou deux années d’intervalle. Les nouveau-nés naissent normalement dans l’eau.
Margaret Butschler, gracieuseté de Vancouver Aquarium Marine Science CentreLa loutre consomme surtout des crustacés et des oursins verts, mais elle est très adaptable, exploitant souvent les ressources alimentaires abondantes de la saison. Elles peuvent plonger jusqu’à 36 mètres pour trouver de la nourriture, la durée sous l’eau ne dépassant pas une minute. Les loutres de mer doivent consommer environ le quart de leur poids corporel par jour pour se maintenir en vie – ce qui veut dire que pour ne pas mourir de faim, une loutre de 40 kilogrammes doit ingurgiter 10 kilogrammes de nourriture chaque jour.
Quand la loutre trouve de la nourriture, elle se retourne sur le dos et place son repas sur son estomac. Parfois, elle utilise un morceau de roche pour briser la dure coquille d’oursin ou toute autre proie. Elle entoure des algues autour de son corps pour ne pas être emportée par le courant, faisant plusieurs tours dans les varechs pour devenir stationnaire.
La loutre de mer préfère les eaux côtières peu profondes, rarement à plus d’un kilomètre ou deux de la rive. Toutes les loutres de mer, particulièrement les mères et les nouveau-nés, semblent préférer les régions où le varech est abondant, mais le varech n’est pas une exigence essentielle de son habitat. L’utilisation de l’habitat varie selon le climat et l’état de l’océan. Les loutres quittent les côtes pendant des périodes prolongées d’eaux calmes et se retrouvent dans des régions protégées des côtes au cours des tempêtes.
De 1979 à 1972, on a introduit graduellement 89 individus en Colombie-Britannique. Cette population a connu un taux de croissance de 18,6 % par année pour atteindre plus de 1 500 loutres en 1995. Les loutres vivent surtout au large de l’île de Vancouver, mais on en voit également près de l’île Goose. Les loutres de mer ont été réintroduites dans l’État de Washington et au sud-est de l’Alaska.
Les principales causes de mortalité chez les loutres de mer sont l’absence de nourriture et les prédateurs. Chez ces derniers, on retient l’aigle de mer (le pygarques, qui fait des ravages chez les jeunes loutres) les épaulards et les requins. Cependant, la plus importante menace à la survie de la loutre de mer provient probablement de la contamination environnementale. Les déversements d’hydrocarbures sont particulièrement dévastateurs, puisque le pétrole enveloppe la fourrure de la loutre, détruisant la couche d’air qui fournit la chaleur et causant la mort par hypothermie. La pêche commerciale pose également un danger important; plusieurs loutres de mer sont capturées dans les filets de pêche et se noient.
C’est en 1911 que la loutre de mer a été protégée par le Traité international sur le Phoque à fourrure, ratifié par les États-Unis, la Russie, le Japon et la Grande-Bretagne pour le Canada. De nos jours, la loutre est protégée par la Loi sur les espèces en péril (LEP). La loutre est également protégée par la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral et par la British Columbia Wildlife Act.
Une fois disparue du Canada, la loutre de mer a été réintroduite avec succès en Colombie-Britannique. La croissance subséquente de la population et l’expansion de l'aire de répartition ont permis au Gouvernement du Canada de ramener le statut de l’espèce de « Menacée » à « Préoccupante » en 2009, tel que recommandé par le COSEPAC.
Une stratégie de rétablissement de la loutre de mer a été réalisée. Étant donné que son statut passe à espèce préoccupante, l’élaboration d’un plan de gestion est en cours.
La loutre de mer obtiendra la protection dont l’espèce a besoin seulement si tous les Canadiens et Canadiennes travaillent ensemble à l’élimination des menaces. Renseignez-vous sur la loutre de mer et soyez conscients des menaces crées par l’activité humaine, que ce soit l’emmêlement dans les filets de pêche, la pollution de l’eau ou les déversements d’hydrocarbures. Faites votre possible pour éliminer ces menaces et mieux protéger l’habitat essentiel de la loutre de mer. Participez en joignant le Programme d’intendance de l’habitat pour les espèces en péril ou un autre organisme de conservation.
Renseignements généraux fournis par Environnement Canada en mars 2004.