Pêches du requin

Figure 1 : requin-taupe commun femelle

requin-taupe commun femelle

Au Canada atlantique, il n'existe que trois types de pêche dirigée du requin : la pêche récréative du requin bleu, qui se pratique surtout sous forme de tournois annuels, et les pêches commerciales visant le requin-taupe commun et l'aiguillat commun. Le requin bleu et le requin-taupe bleu sont capturés accessoirement dans d'autres pêches commerciales.

Le tableau ci-dessous présente les prises récentes d'espèces de requins, par année. Celles-ci ne sont que les débarquements canadiens déclarés; les prises accessoires rejetées par les pêcheurs à la palangre ne sont pas déclarées, ni les prises que capturent les autres pays dans les eaux canadiennes. Dans le cas du requin bleu en particulier, on croit que les prises non déclarées seraient beaucoup plus élevées que les prises débarquées ( requin bleu, Rapport sur l'état des pêches 2002). De récentes estimations des rejets de requins dans toutes les pêches sont maintenant disponibles ( Campana et al. 2011).

Prises de requins par année (en tonnes métriques)
Année de débarquement Espèces
Requin-taupe commun Requin bleu Requin-taupe bleu Aiguillat commun Requin-marteau Indéterminée
1991 329 32 S.O. 307 S.O. 176
1992 814 101 S.O. 868 S.O. 161
1993 920 21 S.O. 1 435 S.O. 168
1994 1 573 122 131 1 820 <1 105
1995 1 348 112 103 956 <1 31
1996 1 043 9 60 431 <1 9
1997 1 317 3 80 446 S.O. 19
1998 1 054 4 71 1 055 <1 37
1999 955 31 69 2 091 S.O. 8
2000 899 19 62 2 741 <1 13
2001 499 <1 70 3 820 <1 21
2002 230 5 79 3 584 <1 14
2003 139 6 66 1 302 <1 8
2004 218 <1 70 2 362 <1 7
2005 203 <1 85 2 270 <1 11
2006 190 <1 67 2 439 <1 7
2007 94 <1 69 2 384 0 8
2008 125 <1 44 1 574 0 6
2009 62 <1 49 154 0 3
2010 83 <1 38 6 0 7
2011 30 <1 36 125 0 4
2012 34 1 29 65 0 3
2013 17 <1 35 6 0 1
2014 9 <1 55 54 0
2015 4 <1 83 1 0 0

Les seules pêches commerciales dirigées du requin au Canada atlantique sont celles du requin-taupe commun et de l'aiguillat commun. Le requin-taupe commun est habituellement capturé par des palangriers à des profondeurs de 50 à 150 mètres, en utilisant le calmar comme appât. En général, la température de la surface de la mer se situe entre 5 et 16 oC. La principale pêche se pratique au printemps et à l'automne. L'aiguillat commun se capture à la palangre ou à la ligne à main, mais des filets maillants et des chaluts à panneau ont aussi été utilisés par le passé. Il est habituellement capturé à une profondeur de 30 à 180 mètres en utilisant le calmar ou le hareng comme appât. En général, la pêche débute à la fin du printemps, lorsque les bancs de chiens de mer commencent à migrer vers le nord, et elle se poursuit pendant l'été jusqu'au début de l'automne.

Le Canada a commencé une pêche dirigée du requin-taupe commun en 1991, dans la foulée des premiers succès des îles Féroé et de la Norvège. Cependant, ce n'est qu'en 1992 que le premier plan de gestion des pêches a été mis en œuvre. Auparavant, les requins pélagiques n'étaient pas visés par les règlements sur les pêches. L'enlèvement des nageoires, une pratique qui consiste à enlever les nageoires du requin et à jeter la carcasse à la mer, est interdit depuis juin 1994. De plus, en 1994, Pêches et Océans Canada (MPO) a commencé à analyser les prises de requin-taupe commun et a produit le premier rapport sur l'état des stocks plus tard au cours de cette même année. Une évaluation préliminaire des stocks en fonction des taux de prises commerciales a été présentée en 1996. La première évaluation détaillée des stocks a été présentée à l'automne de 1999; elle a été mise à jour et améliorée au printemps de 2001.

Des mesures de contrôle pour gérer la pêche récréative au requin ont été appliquées en 1994, lorsque cette pêche était limitée à la remise à l'eau des prises. Selon ces mesures, des règlements spéciaux permettent de débarquer des prises dans le cadre de tournois de pêche au requin.

Le total autorisé des captures de requin-taupe commun a été fixé à 1 500 tonnes par année jusqu'en 1996. Après la présentation de l'évaluation des stocks en 1996, ce total a été diminué à 1 375 tonnes. En 1997, il a été diminué de nouveau à 1 000 tonnes jusqu'en 1999, dans le cadre d'un plan de gestion triennal. Puisque des renseignements détaillés sur l'évaluation des stocks n'étaient pas disponibles au moment du lancement du plan de gestion de 1997 à 1999, ces quotas de prises ont été considérés comme étant de nature préventive, plutôt que fondés sur des renseignements relatifs à l'abondance des stocks. Le plan de gestion de 2000-2001 était fondé sur l'évaluation des stocks de 1999 et limitait les prises à 850 tonnes par année. Par suite de l'évaluation du stock de requin-taupe commun de 2001 (résumée dans le Rapport sur l'état des stocks 2001), un plan de gestion de 2002 à 2006 a été mis en place et le quota des prises a été réduit à 250 tonnes par année, dont 200 tonnes par année ont été attribuées à la pêche dirigée. Cette réduction importante du quota des prises est nécessaire pour permettre le rétablissement de la population actuelle. Des prises de 850 à 1 000 tonnes par année devraient assurer la durabilité de la population une fois que celle-ci sera rétablie.

En 2004, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a recommandé que le requin-taupe commun soit désigné comme espèce en voie de disparition, selon les renseignements sur les stocks résumés dans Campana et al. (2003). Pour mettre à jour et améliorer les renseignements disponibles sur le requin-taupe commun, une évaluation exhaustive du stock a été effectuée en 2005 ( Gibson et Campana 2005) et a conclu que l'abondance du stock reproducteur femelle se situait entre 12 % et 15 % de son niveau de 1961, mais que la population était demeurée relativement stable depuis la réduction des quotas de prises en 2002 ( Évaluation du stock 2005). Toutes les analyses indiquent que le rétablissement de la population est possible, mais que le taux de mortalité liée à l'activité humaine doit être maintenu à moins de 4 % environ de la biomasse vulnérable (environ 185 tonnes par année) ( Rapport d'évaluation du rétablissement 2005). Puisque le MPO est déterminé à rétablir la population, la gestion future de cette espèce veillera à ce que le taux de mortalité soit maintenu à un niveau inférieur au 4 % requis pour le rétablissement. Ainsi, le gouvernement a décidé que le requin-taupe commun ne sera pas inscrit sur la liste des espèces en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). La plus récente évaluation du stock indique que le rétablissement de la population a déjà commencé ( Évaluation du stock 2010) ( évaluation du stock 2012).

Dans le cas du requin bleu et du requin-taupe bleu, le total autorisé des captures était limité à 250 tonnes par année comme mesure préventive, jusqu'à ce que des quotas de prises durables fondés sur des données scientifiques puissent être déterminés. Les récentes évaluations des stocks de requin bleu ( Évaluation du stock de requin bleu 2008) et de requin-taupe bleu ( Évaluation du stock de requin-taupe bleu 2008) sont maintenant disponibles. Selon l' évaluation du potentiel de rétablissement de 2006 du requin-taupe bleu, les prises du Canada ne devraient pas dépasser les niveaux récents d'environ 100 tonnes par année ( Document de recherche 2006).

Depuis longtemps, les pêcheurs considèrent l'aiguillat commun comme une nuisance, parce qu'il interfère avec la pêche d'autres espèces et qu'il endommage parfois les engins de pêche. Dans certaines pêches, l'aiguillat commun représente une proportion élevée des prises accessoires. Depuis 1930, jusqu'à 24 000 tm de prises ont été débarquées chaque année par les États-Unis et d'autres pays afin de servir à la consommation et comme source de vitamine A. Les débarquements canadiens étaient peu élevés avant 1979, mais ils ont été en moyenne de 1 000 à 2 000 tm par année jusqu'en 2002. Une diminution des stocks de poissons à nageoires et un petit marché étranger pour l'aiguillat ont donné lieu à une nouvelle pêche dirigée en 2002. Le premier quota annuel de 2 500 tonnes a été fixé à la condition de recueillir des données scientifiques et des échantillons avec la pêche. En réponse à l'intérêt plus grand manifesté par les pêcheurs canadiens en 2003, le total autorisé des captures est passé à 3 200 tonnes et un plan de recherche quinquennal a été établi pour recueillir des données scientifiques. Le quota a été réduit à 2 500 tonnes pour 2004 et les années subséquentes, mais le plan de recherche s'est poursuivi pour examiner les préoccupations concernant le déclin de la population. Un problème que l'on rencontre avec la pêche à l'aiguillat aux États-Unis est que la plupart des marchés recherchent de plus gros animaux, ce qui signifie que les femelles adultes sont ciblées par préférence. Cette pratique risque d'épuiser le stock d'aiguillat en faisant disparaître les femelles fécondes. Selon le programme de recherche sur l'aiguillat canadien, la pêche canadienne ne cible pas les femelles adultes de la même façon et les niveaux de la biomasse du Canada se situent à au moins 300 000 tm ( Avis scientifique 2007). Une analyse détaillée de l'état de l'aiguillat dans les eaux canadiennes est maintenant disponible sous forme de document de recherche. Une comparaison des stocks de l'aiguillat dans les eaux canadiennes de l'Atlantique et du Pacifique est présentée dans un document de Wallace et al. (2009). L'analyse continue des données de recherche de 2008 et 2009 servira à évaluer l'état et la santé de la population, et à établir des niveaux de prises durables. Pour obtenir de plus amples renseignements sur le programme de recherche, consultez la page de recherche sur l'aiguillat.

Les figures ci-dessous présentent les taux de prises de requin-taupe commun en 1997 en fonction du lieu. La première figure indique le lieu des prises effectuées par des navires canadiens de 100 pieds ou plus. La deuxième figure présente le lieu des prises effectuées par des navires canadiens de moins de 100 pieds. Les lieux des prises n'ont pas beaucoup changé dans les dernières années.

Figure 2 :Taux de prises (kg/crochet) du requin-taupe commun par des navires canadiens de 100 pieds ou plus en 1997

Taux de prises (kg/crochet) du requin-taupe commun par des navires canadiens de 100 pieds ou plus en 1997

Figure 3 : Taux de prises (kg/crochet) du requin-taupe commun par des navires canadiens de moins de 100 pieds en 1997

Taux de prises (kg/crochet) du requin-taupe commun par des navires canadiens de moins de 100 pieds en 1997

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