Le flétan atlantique se distingue entre autres par sa forme aplatie et par l'allure étrange que lui confère la position de ses deux yeux sur le côté droit. Après sa transformation de larve à poisson, le flétan atlantique a les deux yeux de chaque côté de la tête. Mais dès sa première année de vie, il présente une modification importante au niveau de sa morphologie corporelle : son œil gauche migre vers le côté droit de sa tête. Il nage alors avec le côté aveugle (sans yeux) face au fond marin.
Bien qu'il soit reconnu comme l'un des plus gros poissons plats au monde, le flétan atlantique a longtemps été considéré comme peu désirable, voire nuisible. Ce n'est qu'au 19e siècle que s'est développé, à Boston, un marché pour ce puissant nageur. Pouvant atteindre une longueur de 2,5 m et peser plus de 300 kg, l'espèce figure aujourd'hui parmi les délices de la mer grâce à sa chair ferme et savoureuse.
Comme ses parents de la famille des Pleuronectidés, le flétan atlantique a les deux yeux sur le côté droit du corps. Il nage le côté droit tourné vers la surface. Ce côté varie du brun verdâtre au marron très foncé alors que le côté aveugle (côté gauche), habituellement blanc chez les jeunes, est généralement tacheté de gris ou même de rouge cerise chez les spécimens plus âgés et plus gros. Il arrive que certains flétans offrent une apparence bicolore du côté aveugle.
Doté d'une immense bouche munie de dents incurvées et bien effilées, le flétan atlantique se distingue des autres poissons plats par la forme concave de sa queue, qui peut déployer une grande force, et sa ligne latérale fortement courbée au-dessus de la nageoire pectorale.
Un très proche parent du flétan atlantique, le flétan du Pacifique (Hippoglossus stenolepis), vit dans la moitié nord de l'océan Pacifique, plus spécifiquement du sud de la Californie jusqu'à la mer de Béring, de même qu'au nord-est de l'île Sakhaline (Russie) dans la mer d'Okhotsk, et au nord-est du Japon.
Dans l'Atlantique nord-ouest, le flétan atlantique vit le long de la côte est de l'Amérique du Nord, depuis la Virginie et le New Jersey (é.-U.) jusqu'au Groenland, plusieurs degrés à l'intérieur du cercle arctique. Le flétan atlantique est aussi présent dans l'Atlantique nord-est. Au sud, d'importantes concentrations sont retrouvées dans le golfe de Gascogne, tandis que dans le nord, elles se situent près des îles Féroé (dans les eaux froides au large de la côte ouest de la Norvège), de même que le long de la côte sud-ouest de l'Islande.
Sur la côte est du Canada, il existe deux stocks de flétans atlantiques. Le premier stock, communément appelé le stock du golfe du Saint-Laurent, le flétan s'y concentre en sa partie nord, dans les chenaux Esquiman, nord Anticosti et Laurentien et, en sa partie sud, au pourtour du plateau madelinien et des environs des Îles-de-la-Madeleine. Le second stock, appelé le stock du plateau néo-écossais et du sud des Grands Bancs, se concentre dans les eaux le long du banc Georges, du banc de l'île de Sable, du banc Banquereau, des Grands Bancs et du Bonnet flamand.
Les informations contenues sous les rubriques suivantes touchent le stock de flétan atlantique du golfe du Saint-Laurent. Lorsque l'information s'adresse aux deux stocks ou à l'espèce en général, on réfère simplement au flétan ou au flétan atlantique.
La saison du frai du flétan atlantique du golfe du Saint-Laurent a lieu entre les mois de décembre et juin. La femelle fraie lorsqu'elle est âgée de 10 à 14 ans. Une femelle plus âgée et de grosse taille peut pondre plusieurs millions d'œufs durant la saison. Le mâle atteint sa maturité sexuelle lorsqu'il est âgé de 8 à 10 ans.
à l'heure actuelle, on sait peu de choses sur les sites précis de frai du flétan atlantique sur la côte est canadienne. Dans le golfe du Saint-Laurent, certains indices laissent croire que le plateau madelinien pourrait représenter un endroit privilégié pour la reproduction du flétan atlantique.
Les œufs non fertilisés, sphériques et roses, mesurent de 3 à 4 mm de diamètre. Après leur fertilisation en mer, ils flottent librement dans l'eau. Les œufs prennent environ 16 jours pour éclore, à une température de 6 °C, et donnent naissance à une larve qui mesure près de 7 mm de longueur. Jusqu'à ce qu'elle puisse se nourrir de plancton, la larve dispose d'un gros sac vitellin qui l'alimente pendant quatre ou cinq semaines.
La larve du flétan ressemble aux larves de la plupart des autres poissons marins, avec les yeux situés de chaque côté de la tête et nageant le ventre face au fond. Lorsque sa taille atteint entre 16 et 20 mm, l'œil gauche commence à se déplacer vers le côté droit, en passant par le sommet de la tête. Cette migration se poursuit jusqu'à ce que l'œil soit situé complètement sur le côté droit. Ce processus dure quelques mois et le poisson mesure alors environ 44 mm.
Durant cette période, la pigmentation s'intensifie et se limite de plus en plus au côté droit du corps. Lorsque les jeunes flétans atteignent une longueur de 50 mm ou plus, ils nagent comme des adultes, c'est-à-dire la face gauche incolore vers le fond et le côté droit oculaire tourné vers la surface. Après une période d'adaptation, les jeunes commencent une lente migration dans la colonne d'eau qui les emmènera dans les eaux plus profondes, au niveau des chenaux.
Le flétan du Golfe connaît une croissance rapide et continue (de 7 à 8 cm par année), passant de 40 cm à plus d'un mètre entre le moment où il adopte la vie benthique, c'est-à-dire à proximité des fonds marins, et celui où il atteint la maturité sexuelle. Le taux de croissance des femelles tend à être généralement plus élevé que celui des mâles.
Durant cette période de croissance, le flétan atlantique du Golfe adopte différents régimes alimentaires : le flétan de moins 30 cm se nourrit de vers et de petites crevettes alors qu'à des tailles de 30 à 80 cm, sa diète est composée d'un mélange de crustacés et de petits poissons. Adulte, le flétan consomme presque exclusivement de gros poissons comme le sébaste, la morue, l'aiglefin, les petits flétans et la poule de mer.
Le flétan atlantique peut vivre jusqu'à 50 ans, mais sa longévité se situe généralement de 25 à 30 ans.
Le flétan du golfe du Saint-Laurent passe les mois d'hiver en eaux profondes qui peuvent atteindre 500 m et peut migrer vers des eaux moins profondes durant l'été. Des deux côtés de l'Atlantique, le flétan semble préférer des températures variant entre 3 °C et 9 °C, ainsi que les fonds meubles qui lui permettent de s'enfouir.
Les mouvements migratoires du flétan atlantique sont de deux ordres, vertical et horizontal. Au coucher du soleil, il remonte dans la colonne d'eau à la poursuite de ses proies qui effectuent elles aussi des migrations verticales vers les eaux de surface. Il redescend vers les fonds marins à l'aurore.
Quoique le flétan soit capable d'effectuer de grandes migrations, il préfère rester dans le secteur où il est né. Les programmes d'étiquetage des poissons ont permis d'observer que le flétan atlantique peut parcourir jusqu'à 1 000 kilomètres dans le golfe du Saint-Laurent. Toutefois, le record a été enregistré pour un flétan qui fut étiqueté en 1946 près de l'île Anticosti et repêché sept ans plus tard sur la côte ouest de l'Islande après avoir nagé plus de 2 500 km.
L'homme représente le principal prédateur du flétan atlantique. Le jeune flétan constitue une proie de choix pour la morue et d'autres poissons. Lorsqu'il atteint sa taille adulte, il peut être la cible de requins, d'épaulards et de phoques. Sa puissante queue et sa rapidité de nageur lui permettent cependant de s'échapper de situations menaçantes.
L'exploitation du flétan ne suscitait pas d'intérêt pour les pêcheurs aux 17e et 18e siècles. Ce n'est qu'aux environs de 1820 que le flétan est devenu populaire sur la côte nord-est américaine. En raison de la demande croissante du marché, les stocks locaux de poissons ont rapidement diminué, stimulant la pêche en haute mer sur le banc Georges et les hauts-fonds de Nantucket jusqu'à ce que les prises commencent à décroître au cours des années 1850. La pêche s'est alors étendue aux eaux canadiennes, notamment dans le secteur du banc Brown puis, graduellement, à d'autres régions. Dès les années 1860, les pêcheurs américains et canadiens de flétan exploitaient divers bancs du plateau néo-écossais, de Terre-Neuve et du Groenland occidental, pour étendre plus tard leurs activités de pêche dans le golfe du Saint-Laurent.
Au 19e siècle, on pêchait le flétan au moyen de lignes à main pourvues d'un hameçon unique plombé qui, appâté de morceaux de poisson, pouvait atteindre le fond. Plus tard, lorsque l'exploitation du flétan devint une entreprise plus profitable, on remplaça la ligne par la palangre qui demeure aujourd'hui la méthode la plus efficace pour pêcher le flétan. Elle consiste en une ligne de fond principale munie de lignes secondaires plus légères, appelées avançons, et attachées à plusieurs mètres d'intervalle.
à ce jour, 95 % de la pêche commerciale dans le golfe du Saint-Laurent est effectuée au moyen de palangriers équipés de treuils hydrauliques qui facilitent la remontée des engins de pêche à bord où il suffit de décrocher les flétans des hameçons. En 2008, quelque 500 tonnes métriques de flétan atlantique ont été pêchées dans le Golfe par le Québec et les quatre provinces maritimes, ce qui représente une valeur au débarquement de plus de 3,5 millions de dollars.
Alors que sur la côte est du Canada le flétan atlantique est principalement pêché à l'état sauvage, l'espèce est également élevée dans de vastes enclos situés en pleine mer dans les fjords de Norvège et d'Islande. La possibilité d'élevage du flétan fait actuellement l'objet d'études à St. Andrews (Nouvelle-écosse) et à St. John's (Terre-Neuve).
Le flétan atlantique est inscrit comme espèce menacée sur la Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Diverses mesures de gestion sont en vigueur dans le cadre de la pêche commerciale du flétan sur la côte est du Canada. L'une de ces mesures, instaurée en 1997, exige la remise à l'eau obligatoire de tout flétan de moins de 81 cm.
On raconte qu'un pêcheur, ayant pris un gros flétan, avait finalement réussi à mener le poisson près de son bateau. Croyant que le combat avait eu raison de sa capture, le pêcheur le piqua avec sa gaffe et la lutte reprit de plus belle. Le pêcheur saisit alors des crochets de son ancre de rechange pour essayer de soulever le gros poisson hors de l'eau. C'est alors que le poisson frappa le pêcheur d'un grand coup de queue et s'échappa. Aujourd'hui, les pêcheurs, futés, assomment le flétan avant de le hisser à bord.
Mise-à-jour : Octobre 2009