Les collaborations avec les Premières Nations aident Pêches et Océans Canada en ce qui concerne la recherche et la surveillance de l'emblématique saumon sauvage de l'Atlantique

Relevé en apnée et à la senne de bassin effectué pour estimer l'abondance des saumoneaux qui retournent sur la rivière Big Salmon.

Relevé en apnée et à la senne de bassin effectué pour estimer l'abondance des saumoneaux qui retournent sur la rivière Big Salmon.

Le déclin des stocks de saumon sauvage de l'Atlantique sur la côte est du Canada fait depuis longtemps l'objet d'efforts de recherche et de conservation. Tandis que les populations dans certaines zones du Canada Atlantique et du Québec continuent de faire l'objet de pêches récréatives et autochtones, la population à l'intérieur de la baie de Fundy est inscrite comme espèce en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) et celle à l'extérieur de la baie de Fundy est désignée comme étant en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Au fil des ans, plusieurs mesures ont été prises pour tenter d'inverser le déclin des populations, y compris un moratoire sur la totalité des pêches commerciales canadiennes pour le saumon sauvage de l'Atlantique (Salmo salar) et la fermeture des pêches récréatives dans certains réseaux hydrographiques. Là où il y a encore de la pêche à la ligne récréative avec rétention, le quota pour les petits saumons a été réduit et une limite est imposée pour la pêche de gros poissons dans la plupart des rivières. Les pêches autochtones ont également été considérablement réduites ou volontairement suspendues dans de nombreuses zones. Dans les régions intérieure et extérieure de la baie de Fundy, par exemple, les pêches autochtones et récréatives sont interdites depuis 1990 et 1998, respectivement.

Plusieurs facteurs pourraient avoir perturbé les populations de l'intérieur et l'extérieur de la baie de Fundy, notamment : la pêche illégale; les obstacles et les défis qui ont une incidence sur le passage en aval; l'aquaculture; les changements de l'écosystème, y compris les changements dans les relations prédateur-proie et les répercussions potentielles de la mortalité en mer.

Parmi les facteurs énumérés ci-dessus, nous ne savons pas précisément lesquels ont mené à ces déclins de populationnéanmoins, comme nous essayons d'en déterminer les causes, les collectivités des Premières Nations travaillent en collaboration avec Pêches et Océans Canada depuis la fin des années 1990 sur divers projets de recherche et de surveillance du saumon de l'Atlantique sur plusieurs des principales rivières. Des programmes similaires sont également en cours dans d'autres parties du pays. Toutefois, la recherche sur le saumon, coordonnée par la Division de l’écologie des populations du Ministère dans la région des Maritimes – dirigée par Ross Jones, biologiste chargé de l'évaluation du saumon, et Leroy Anderson, technicien en biologie – met l'accent sur la survie et le rétablissement continus de populations dans les principales rivières qui se jettent dans les régions intérieure et extérieure de la baie de Fundy.

« Dans le but de rétablir les stocks à des niveaux durables, nous avons établi de solides partenariats avec les Premières Nations pour qui le saumon est une espèce clé d'importance sociale, culturelle et rituelle », affirme Anderson.

Collaboration avec les Premières Nations

La Première Nation de Fort Folly joue un rôle essentiel dans les projets de recherche, de surveillance et de conservation sur le saumon de l’Atlantique dans les principales rivières du Nouveau-Brunswick qui se déversent dans l'intérieur de la baie de Fundy. Les Premières Nations de Woodstock, Oromocto, Kingsclear et Tobique collaborent à des projets semblables dans la région extérieure de la baie de Fundy.

« Les gens de la Première Nation de Tobique présentent une longue historique d'habitudes de vie avec les ressources naturelles provenant des rivières Tobique et Saint John. Au cours de notre vie, nous avons constaté un déclin marqué du saumon de l'Atlantique et d'autres espèces aquatiques, observe Johnny Perley, coordonnateur des pêches de la Première Nation de Tobique. Par une participation active aux programmes scientifiques de Pêches et Océans Canada, nous pouvons participer à la conservation et au rétablissement de ces populations. Nous le devons à notre patrimoine et à nos ancêtres. »

Stratégie relative aux pêches autochtones

Les programmes de recherche collaborative des pêches ont été lancés au moyen de la Stratégie relative aux pêches autochtones (SRAPA), qui a été mise en œuvre par Pêches et Océans Canada en 1992. Dans les cas où il n'y a pas encore de plan de gestion des pêches en place, la SRAPA :

  • encadre la gestion de la pêche autochtone à des fins alimentaires, sociales ou rituelles;
  • offre aux Autochtones la possibilité de participer à la gestion des pêches, ce qui aura un effet positif sur la conservation, la gestion et la mise en valeur de la ressource;
  • favorise l'indépendance économique des collectivités autochtones;
  • fournit une assise solide pour la conclusion de traités et d'ententes sur l'autonomie gouvernementale;
  • améliore les compétences et les capacités des groupes autochtones en matière de gestion des pêches.

Activités de recherche et de surveillance

« Notre recherche collaborative comprend la surveillance de l'abondance du saumon dans les principales rivières-repères, des projets visant à conserver et à rétablir les stocks, comme le programme de banque de gènes vivants, ainsi que l'évaluation de programmes de rétablissement », affirme Jones.

Des relevés de pêche à l'électricité sont effectués pour estimer les densités d'alevins et de tacons (premiers stades biologiques du saumon) dans les rivières, tandis que les jeunes saumons (saumoneaux) sont comptés, puis quelquefois prélevés lorsqu'ils quittent les rivières pour l'océan. En outre, les recherches consistent à estimer le nombre d'adultes qui retournent aux rivières. Par exemple, une barrière de dénombrement dans la rivière Nashwaak et une passe à poissons dans la rivière Tobique sont exploitées de juin à octobre pour évaluer l'abondance des adultes.

Les travaux fournissent une vision et un soutien pour les stocks de saumon, des données importantes pour les scientifiques et les gestionnaires des pêches et une expérience précieuse pour les techniciens autochtones qui acquièrent un large éventail de compétences et de connaissances, y compris la façon de surveiller et d'évaluer les stocks de saumon; installer et utiliser des pièges à saumoneaux et des barrières de dénombrement; utiliser les passes migratoires; recueillir et remettre à l'eau le saumon à différents stades biologiques, échantillonner les poissons, y compris les relevés de pêche à l'électricité et d'autres techniques et enfin surveiller le déplacement du saumon à l'aide de la télémétrie. Des cours de secourisme en eaux vives et en milieu sauvage sont également intégrés à la formation. En fonction de leur expérience, certains techniciens des Premières Nations étendent leurs activités afin de travailler à des projets pour d'autres organisations.

« Dans le cadre de la SRAPA, nous sommes en mesure de tenir un dialogue ouvert avec Pêches et Océans Canada ainsi que d'acquérir une meilleure compréhension de la situation actuelle des populations de poissons et de l'ensemble des conditions prévalant dans la rivière, affirme Gabriel Atwin, chef de la Première Nation de Kingsclear. De plus, grâce à ces programmes scientifiques, notre personnel scientifique a l'occasion d'acquérir des connaissances et de l'expérience qui lui permettront de renforcer la capacité de nos communautés des Premières Nations. »

Programme des banques de gènes vivants

Le déclin de l'abondance des saumons adultes dans les rivières de l'intérieur de la baie de Fundy a poussé le Ministère à lancer un programme de banque de gènes vivants en 1998 à l'aide de saumons juvéniles. Les Premières Nations participent activement à ce programme, qui inclut actuellement les populations de cinq rivières. Pêches et Océans Canada dirige le programme sur les rivières Big Salmon, Gaspereau et Stewiacke, tandis que le parc national Fundy dirige des programmes de conservation en collaboration avec le Ministère sur les rivières Upper Salmon et Point Wolf, qui se trouvent dans les limites du parc.

« Les saumons juvéniles prélevés dans ces trois rivières sont amenés aux centres de biodiversité de Mactaquac ou Coldbrook – des écloseries exploitées par le Ministère – où ils sont élevés jusqu'à l'âge adulte et accouplés » », déclare Jones

Avant le frai, des analyses d'empreintes génétiques sont réalisées afin de déterminer quels saumons conserver comme géniteurs et quels mâles et quelles femelles jumeler pour le frai. Les jeunes saumons d'écloserie sont relâchés dans les rivières au printemps et à l'automne afin de maintenir les populations jusqu'à l'amélioration des conditions en milieu marin.

« Avec l'aide du Mi'kmaw Conservation Group, le personnel de Fort Folly exploite un piège rotatif installé sur la rivière Big Salmon au début du mois de mai à la fin juin pour estimer l'abondance des saumoneaux et pour en recueillir une partie pour le programme de banque de gènes vivants », affirme Jones. En outre, des relevés en apnée et à la senne de bassin sont effectués à trois différentes occasions chaque automne pour estimer le nombre total d'adultes en montaison. Les données obtenues par ces projets, combinées à l'analyse génétique, fournissent des renseignements permettant d'évaluer les diverses stratégies de remise à l'eau utilisées pour le programme de banque de gènes vivants.

« Nous n'avons pas vu une augmentation importante du nombre d'adultes en montaison dans les rivières à l'intérieur de la baie de Fundy; toutefois, les données indiquent que 20 % du total des adultes en montaison à la rivière Big Salmon depuis 2003 proviennent du programme de banque de gènes vivants, explique Jones. Ce programme a aidé à maintenir les populations de saumons dans les rivières d'où ils auraient autrement disparu localement. »

Avantages pour les programmes de surveillance

Jones, Anderson et les membres du personnel ont également commencé à travailler avec le Mi'kmaw Conservation Group et d'autres organisations des Premières Nations sur des projets similaires sur les rivières à l'intérieur de la baie de Fundy en Nouvelle-Écosse.

« La participation des Premières Nations nous a aidés à maintenir et à étendre la surveillance du saumon de l'Atlantique dans les rivières à l'intérieur et à l'extérieur de la baie de Fundy, où nos projets de conservation reposent principalement sur ces collaborations, indique Jones. Nous fournissons généralement un technicien responsable pour les projets dirigés par Pêches et Océans Canada, mais la plupart des membres du personnel sont des membres formés des Premières Nations. Ceux-ci assurent une énorme complémentarité pour notre programme scientifique et ces collaborations sont également bénéfiques à nos relations avec les communautés des Premières Nations. »

Pour obtenir de plus amples renseignements :

Rapport spécial sur le saumon sauvage de l'Atlantique dans l'Est du Canada (juillet 2015)

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