Étudier les répercussions écologiques des ports pour petits bateaux

La côte de la Colombie-Britannique est parsemée de centaines de marinas et de ports pour petits bateaux privés et publics. Il n'est donc pas étonnant que la plupart des habitants n'y prêtent pas vraiment attention.  Ils font tout simplement partie du paysage dans cette région du Canada.  Pourtant, comme toute autre activité humaine, ils peuvent susciter des préoccupations sur le plan écologique.  C'est là qu'intervient le Centre de recherche sur l'aquaculture et l'environnement (CRAE).  Le CRAE est un centre de recherche spécialisé en aquaculture et en environnement. Son personnel vient de Pêches et Océans Canada, de l'Université de la Colombie-Britannique et de l'Aquarium de Vancouver.  Doté d'un laboratoire situé à Vancouver Ouest, le CRAE est un centre internationalement reconnu pour sa recherche innovante et l'enseignement qu'il propose en matière d'aquaculture et de milieu marin.

Le chercheur Steve Macdonald est chef de section au CRAE. Il dirige une équipe de 30 étudiants, techniciens et scientifiques.  Ces dernières années, M. Macdonald, avec des collègues comme le biologiste Herb Herunter, a entrepris un certain nombre de programmes de recherche sur les habitats côtiers.  L'un d'entre eux est une étude à long terme des répercussions écologiques des ports pour petits bateaux.

L'examen des ports pour petits bateaux constitue un choix stratégique, car ils relèvent de la compétence de Pêches et Océans Canada et de Transports Canada. Le pays compte plus de 1 000 ports de ce type, dont environ 114 sur la côte Ouest. La plupart de ces installations ont été créées et financées pour l'industrie de la pêche côtière et les plaisanciers de la région.

Un dispositif d'échantillonnage Ponar a été utilisé pour saisir les sédiments de sites portuaires. échantillons de fond à partir de sites portuaires ont été examinés afin d'identifier benthiques (animaux vivant dans les sédiments), des contaminants et des niveaux de toxicité.

Source: MPO

M. Macdonald : « Notre programme s'intéresse, de manière plus globale, aux aménagements du littoral, et pas uniquement aux répercussions spécifiques des ports pour petits bateaux.   Toutefois, ceux-ci constituent réellement de petites boîtes de Petri, des microcosmes représentatifs des aménagements côtiers en général.  De plus, leur étude est pratique pour nous, car ils relèvent de notre compétence et nous contrôlons totalement la conception des expériences. » M. Macdonald indique que « ce travail est essentiel parce que vous ne pouvez pas réglementer quelque chose que vous ne comprenez pas. Notre approche de ce projet consiste à essayer de comprendre les processus écologiques qui ont lieu dans les milieux côtiers ayant été perturbés par l'aménagement des ports. Nous voulons arriver au point où nous donnerons des conseils judicieux aux personnes qui décident de la manière de réaliser les aménagements. »

Les chercheurs tentent de répondre à un certain nombre de questions fondamentales.  Par exemple : quels types de modifications de l'habitat ces ports entraînent-ils dans le milieu?  Sont-ils construits de manière à être respectueux de l'environnement, voire à créer des habitats?

Leur première action a consisté à déterminer le nombre de ports existants, leur âge, leurs caractéristiques et leur taille. Ils ont décidé d'axer leur recherche sur trois ports sélectionnés pour leur accès facile, et pour les types de brise-lames utilisés, puisque les brise-lames font toujours partie de l'infrastructure des petits ports. Ils ont d'abord sélectionné les ports de Lund, Cowichan Bay et Port Hardy.

Il existe deux grands types de brise-lames.  Le premier est le brise-lames en enrochement, qui consiste à empiler des roches pour créer un long mur. Le danger potentiel est l'étouffement des communautés des fonds meubles et le remplacement d'environnements infralittoraux par des parois intertidales en pierre. L'autre type, utilisé dans les endroits trop profonds pour les enrochements, est le brise-lames flottant. Certains sont réalisés avec de vieux réservoirs de propane ou d'anciennes coques de navires, mais les meilleurs semblent être composés de grands blocs de béton qui descendent à trois ou quatre mètres. Ils flottent avec 50 cm de franc-bord et ils sont ancrés. L'une des préoccupations entourant ces brise-lames est qu'ils créent une ombre sur le fond.

Les chercheurs étudient également leurs éventuels effets positifs.  La grande question est de savoir quel type d'habitat est créé. Il n'est pas facile d'y répondre.   Dans le cas des enrochements, le benthos (communauté d'organismes) meuble est étouffé et remplacé par un substrat dur consolidé.  De plus, un environnement vertical est créé là où se trouvait généralement un environnement horizontal.  Le résultat net est la destruction d'un type d'habitat et la création d'un autre. 

Cependant, il ne fait aucun doute que les brise-lames peuvent augmenter la productivité. M. Macdonald : « Herb et moi-même avons été impressionnés par la croissance importante observée très rapidement sur les brise-lames et sur les quais.  Des animaux vont créer un habitat pour d'autres, car de nouveaux aliments et abris apparaissent.  L'un des phénomènes qui m'impressionnent le plus est l'épaisseur de ces tapis (communautés qui se développent le long des brise-lames et des quais) et l'évolution de leur épaisseur avec le temps et l'exposition. Des éléments solides nous permettent de dire que ces tapis, avec leur croissance importante d'invertébrés, créent des habitats pour d'autres animaux. Ils semblent encourager l'ingénierie des écosystèmes. »

Source: MPO

Un dispositif d'échantillonnage fixé à un long câble permet de recueillir une portion du fond en trois dimensions à partir du navire de recherche.  Une fois le matériau récupéré filtré à l'aide d'une pompe et d'eau, l'échantillon de macroinvertébrés est prêt pour l'observation et l'identification au microscope en laboratoire. Les chercheurs prélèvent également des échantillons des roches des brise-lames par grattage afin de connaître les organismes qui se développent sur le substrat dur.  Ces échantillons sont également rapportés au laboratoire et triés.  Dans l'ensemble, la demande de connaissances taxonomiques est importante pour pouvoir identifier un grand nombre d'invertébrés de groupes taxonomiques différents.

M. Macdonald ajoute : « Notre conception expérimentale s'appuie principalement sur des sites de référence adjacents aux ports où les conditions physiques telles que l'exposition, la salinité, le courant et la température sont similaires, mais où les structures du port sont absentes.  En d'autres termes, pour chaque échantillon prélevé dans le port, nous en collectons un autre dans un endroit proche où les caractéristiques physiques sont les mêmes que sur le site étudié.  En plus de l'influence des brise-lames, nous tenons également compte des rampes de mise à l'eau, des quais et des aménagements urbains destinés à fournir des services aux bateaux et à l'industrie associée. À mesure que nous rassemblons des données sur un nombre croissant d'emplacements de référence, nous dressons un tableau plus complet des communautés d'invertébrés dans les environnements infralittoraux peu profonds non perturbés de la côte du Pacifique.  Avoir une idée générale de la structure naturelle et de la variabilité de la communauté est un préalable à l'évaluation de la gravité des répercussions. » 

Le scientifique indique également que son équipe est en train de mettre au point une expérience qui leur permettra, ils l'espèrent, de réaliser des relevés synoptiques, en plus d'étudier des détails taxonomiques précis dans quelques ports.  Ces relevés synoptiques supposeraient le prélèvement d'échantillons de résolution moins élevée et mettraient l'accent sur les indicateurs dont il a été prouvé qu'ils sont sensibles aux répercussions sur l'habitat, ce qui permettrait d'effectuer des prélèvements sur une zone plus étendue pendant plus longtemps.  Ainsi, la diversité des espèces ou la présence d'une espèce facile à prélever et à identifier peut fournir des profils statistiques interprétables et revêtir une signification biologique sur une zone étendue ou une longue période.  Ce processus permet de gagner du temps et de réaliser des économies.

M. Macdonald précise : « Nous n'essayons pas d'empêcher les aménagements.  Nous savons que la construction des ports est nécessaire, et nous savons aussi qu'en raison du changement climatique, la pression va augmenter pour enrocher les basses terres et construire des digues à mesure que le niveau de la mer monte. Nous espérons pouvoir recommander des manières de protéger les propriétés des habitants et de construire les infrastructures nécessaires aux plaisanciers et à l'industrie de la pêche côtière, tout en préservant les richesses naturelles qui sont, en fait, à l'origine de l'intérêt des individus pour ces habitats côtiers. »

Avec toutes les activités et tous les aménagements qui ont lieu en surface et sous l'eau dans les ports pour petits bateaux, il est évident que ces études fournissent des renseignements importants aux décideurs qui s'efforcent d'atteindre un double objectif : protéger le milieu marin et promouvoir une utilisation et un aménagement durables.

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