Tenir les crabes verts à distance – une approche proactive

Crabe vert européen juvénile

Crabe vert européen juvénile

Les espèces aquatiques envahissantes sont devenues un fléau mondial.  Elles peuvent causer des dommages aux écosystèmes aquatiques et menacent les espèces indigènes en raison de la prédation qu'elles exercent, des maladies qu'elles véhiculent et de la concurrence qu'elles représentent du point de vue de l'alimentation et de l'espace.  Les espèces envahissantes peuvent non seulement provoquer des ravages environnementaux, mais également constituer une menace pour les pêches et les économies locales.

Le crabe vert européen est l'une des dix espèces envahissantes les plus indésirables dans le monde.  Sa présence entraîne une réduction de la diversité de poissons et d'invertébrés, a une incidence sur les populations de mollusques et de crustacés à l'état sauvage, provoque des dégâts sur les herbiers de zostère et risque fortement de compromettre la conchyliculture.  En tant qu'espèce prédatrice, le crabe vert constitue une menace particulière pour les bivalves tels que les palourdes, les huîtres et les moules.  Le crabe vert européen a été introduit en Amérique du Nord, sur la côte atlantique, pour la première fois en 1817, et s'est par la suite bien établi au large de la côte est du Canada.  Toutefois, ce n'est qu'en 1999 que le crabe vert a été observé pour la première fois dans les eaux canadiennes du Pacifique, le long de la côte ouest de l'île de Vancouver.  Bien que l'espèce ne semble pas avoir causé de dommages importants aux mollusques et crustacés indigènes et d'élevage de la côte pacifique du Canada pour l'instant, elle est dans la mire des chercheurs, dont Chris Pearce, qui travaille à la Station biologique du Pacifique du Ministère à Nanaimo (C.-B.).  Le chercheur Chris Pearce se concentre plus précisément sur les questions scientifiques entourant les mollusques et crustacés.

La plupart des espèces aquatiques envahissantes sont importées sur nos côtes par l'entremise des eaux de ballast ou de navires sur lesquels elles se fixent.  Cependant, le crabe vert a probablement fait son apparition en Colombie-Britannique à l'état de larve – ayant dérivé vers le nord sous l'effet de courants en provenance du sud de la frontière et s'étant engagé dans les eaux de la côte ouest de l'île de Vancouver.  À l'heure actuelle, la population de crabes verts de la Colombie-Britannique est confinée à la côte ouest de l'île de Vancouver et les côtes nord et centrale de l'île. Elle ne semble pas s'être déplacée au-delà de ces zones.  À ce jour, aucune population n'a été recensée sur la côte est de l'île de Vancouver, y compris dans le détroit de la Reine-Charlotte, le détroit de Georgie et le détroit de Johnstone.  Alors que les populations de crabes verts empiètent sur les activités conchylicoles de la côte ouest de l'île de Vancouver, le secteur de l'aquaculture n'a pas encore signalé de problèmes à ce sujet. 

Bien entendu, conformément à l'approche de précaution du Ministère qui vise à mettre les ressources aquatiques à l'abri du danger, M. Pearce et ses collègues, ainsi que l'ensemble du Ministère tiennent à freiner la prolifération des crabes verts et autres espèces aquatiques envahissantes.  Tout récemment, on s'est appliqué à ce que les activités humaines ne donnent pas lieu à des transferts accidentels de crabes verts de la côte ouest vers la côte est de l'île de Vancouver, où la présence de l'espèce n'est pas encore attestée. 

Une des préoccupations était de savoir si le processus de transfert des mollusques et crustacés indigènes et d'élevage d'une côte à l'autre de l'île de Vancouver pouvait constituer un vecteur de propagation des crabes verts dans des eaux jusque là non infestées par sa présence.  Il s'agit d'une importante question de recherche puisqu'il n'existe aucune usine de transformation de mollusques et de crustacés sur la côte ouest de l'île de Vancouver. Dès lors, toute la production conchylicole d'élevage doit être envoyée de l'autre côté de l'île ou vers le continent, plus au sud, à des fins de transformation.  On cherche à tout prix à éviter le transport par inadvertance de crabes verts dans le détroit de Georgie. 

À cette fin, en 2010, l'année où le Ministère est devenu l'autorité réglementaire de l'industrie de la conchyliculture en Colombie-Britannique, la Division de la gestion de l'aquaculture a mis en place plusieurs conditions régissant le transfert de produits de la conchyliculture de côte ouest vers la côte est de l'île de Vancouver, aux termes des modalités du permis.  En autres, les titulaires de permis conchylicoles de la côte ouest de l'île de Vancouver ont été tenus d'examiner attentivement les mollusques et les crustacés d'élevage (huîtres, palourdes, pétoncles et moules) pour déceler la présence de crabes verts et de rincer avec soin les mollusques et les crustacés avant de les transférer vers la côte est de l'île. Des modalités similaires s'appliquent aux engins d'élevage tels que les plateaux et les lignes.  De plus, il est interdit d'entreposer sous l'eau les mollusques et les crustacés d'élevage dans la zone intertidale de la côte est de l'île de Vancouver. Ceux-ci doivent être entreposés dans des réservoirs situés dans les installations de transformation visées par le permis.  Il est également interdit de placer les coquilles d'huîtres écaillées de la côte ouest de l'île dans la zone intertidale de la côte est ou à proximité de celle-ci, là où elles peuvent être emportées par la marée ou lorsqu'il est possible que des crabes emprisonnés dans celles-ci puissent se rendre sur la rive, tant que les coquilles jetées ne sont pas suffisamment desséchées de telle sorte que les crabes pouvant s'y trouver ne puissent survivre.  En outre, les contenants servant au transport doivent être rincés de manière que l'eau ne puisse pas s'écouler en revenant vers la rive ou ne pénètre pas dans l'eau de mer.

En 2011, on a demandé au Secteur des sciences du MPO d'évaluer ces conditions de permis.  Plus précisément, les gestionnaires en aquiculture du MPO désiraient en savoir davantage – d'un point de vue scientifique – sur la probabilité de transfert d'espèces non indigènes, en particulier le crabe vert européen, dans les produits de la conchyliculture, que ce soit par l'entremise de l'élevage, de la pêche ou de tout autre programme, et si des mesures pouvaient servir à atténuer le risque de tels transferts. 

Lyanne Curtis, biologiste chercheur de Pêches  et Océans Canada, et Dan Curtis, détenteur d'une bourse de recherche  postdoctorale, Pêches et Océans Canada, mesurant des crabes verts sur l'un  des sites d'étude du projet sur la côte ouest de l'île de Vancouver

Lyanne Curtis, biologiste chercheur de Pêches et Océans Canada, et Dan Curtis, détenteur d'une bourse de recherche postdoctorale, Pêches et Océans Canada, mesurant des crabes verts sur l'un des sites d'étude du projet sur la côte ouest de l'île de Vancouver

Par conséquent, Chris Pearce et ses collègues ont conduit un projet de recherche de juillet 2011 à décembre 2012 dans le cadre du Programme de recherche sur la réglementation de l'aquaculture du MPO.  Les principaux objectifs de cette recherche se résument comme suit :

  • déterminer si les différentes espèces de mollusques et de crustacés de la côte ouest de l'île de Vancouver pouvaient effectivement représenter un vecteur pour le transfert d'espèces aquatiques envahissantes vers des écosystèmes non envahis de la côte est de l'île compte tenu des techniques d'aquaculture.
  • documenter les caractéristiques du crabe vert européen qui pourraient avoir une incidence sur sa capacité de survie lors de son transfert dans des produits conchylicoles et sur la capacité d'implantation de ses populations au sein des écosystèmes récepteurs;
  • fournir des conseils relatifs aux mesures d'atténuation potentielles les plus efficaces pour limiter les conditions propices au transfert d'espèces non indigènes.

L'étude qui a été récemment achevée comprend des résultats d'études expérimentales, des analyses de données historiques et des observations visant à évaluer les conditions propices au transfert d'espèces non indigènes se trouvant dans des produits conchylicoles.  Selon l'un des principaux résultats de l'étude, la présence de crabes verts a été relevée dans des échantillons de trois espèces de mollusques et de crustacés qui font l'objet d'un transfert régulier de la côte ouest à la côte est de l'île de Vancouver à des fins de transformation.  Cet échantillonnage a ainsi confirmé que le transfert de mollusques et de crustacés constitue un vecteur potentiel de migration des crabes verts.  Différentes mesures d'atténuation ont été recommandées pour limiter le risque de transfert de crabes verts se trouvant dans des mollusques et des crustacés et le risque d'implantation dans les eaux bordant la côte est de l'île de Vancouver.  L'étude a également révélé que le transfert de produits conchylicoles représente un vecteur potentiel de migration d'autres espèces aquatiques envahissantes, telles que les tuniciers et les bryozoaires. 

L'un des principaux défis pour les scientifiques spécialistes des pêches, les gestionnaires et les organismes de réglementation consiste à établir un régime de précaution qui protège les habitats aquatiques, mais qui ne soit pas trop coûteux pour ne pas affecter de manière trop importante les économies des collectivités locales qui dépendent de la pêche et de l'aquaculture pour leur subsistance.  Bien évidemment, les mesures préventives doivent primer, car il est très difficile, voire presque impossible, d'éradiquer les espèces aquatiques envahissantes une fois qu'elles sont établies.  Comme le confirme Chris Pearce, « si les crabes verts pénètrent dans le détroit de Georgie par ce moyen de transport ou tout autre vecteur comme la pêche récréative ou commerciale, ou encore la navigation commerciale ou de plaisance, ils pourraient causer des dégâts importants sur l'écosystème local et l'industrie conchylicole.  Il serait alors impossible de revenir en arrière. »

C'est pour cette raison que les initiatives telles que le Programme de recherche sur la réglementation de l'aquaculture du Ministère sont si importantes pour assurer la durabilité de l'aquaculture au Canada.  Ce projet sur la présence du crabe vert européen sur la côte pacifique illustre parfaitement de quelle manière les travaux scientifiques appuient la prise de décisions en matière de réglementation.

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