Caractériser les habitats pour mieux protéger les espèces en péril

Dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, la diversité biologique est remarquable : elle reflète la large gamme des conditions environnementales qui caractérisent ce vaste territoire. Chaque espèce y trouve un environnement propice à sa survie et l’ensemble des caractéristiques de cet environnement constitue son habitat. Certaines de ces espèces ont un statut précaire; elles sont protégées par la Loi canadienne sur les espèces en péril. Lorsqu’une espèce est en péril, on doit protéger son habitat pour favoriser son rétablissement. Mais cet habitat, quel est-il exactement? Où est-il situé et quelles en sont les caractéristiques?

Pour protéger l’habitat d’une espèce, il faut d’abord être en mesure de le localiser puis d’en définir les caractéristiques principales. C’est ce à quoi a travaillé pendant près d’une année une équipe de l’Institut Maurice-Lamontagne à Mont-Joli dirigée par Jean-Denis Dutil. Après avoir dressé l’inventaire des données existantes, le chercheur et son équipe ont créé une immense base de données contenant des informations sur de nombreux paramètres. Relief, profondeur, nature et pente du fond marin, salinité, température et disponibilité de l’oxygène ne sont que quelques-unes de la soixantaine de variables compilées pour décrire 225 000 kilomètres carrés de territoire.

Les données ont été organisées sur le plan spatial : le territoire couvert a été divisé en cellules de 10 kilomètres par 10 kilomètres (100 km2). Utilisant les 2432 cellules pour lesquelles toutes les données étaient disponibles, les chercheurs ont ensuite défini des habitats-types ou ce qu’ils ont appelé des mégahabitats. Ces habitats sont en fait des groupes de cellules présentant des caractéristiques similaires. Pour en arriver à distinguer les habitats, l’ensemble des cellules a d’abord été divisé en deux grands groupes. Puis, chacun de ces deux groupes a été à son tour divisé en deux, et ainsi de suite selon leurs caractéristiques environnementales. Au final, l’équipe de recherche a qualifié 13 mégahabitats principaux montrés à la figure 1.

Si plusieurs disciplines scientifiques permettent chacune de décrire un aspect particulier de l’habitat des espèces en péril, personne ne possédait à ce jour une vue d’ensemble. La base de données colligée par l’équipe de M. Dutil visait précisément à remédier à cette situation. Au terme de ce projet, on possède une base de données intégrée sur un même plan spatial. On peut dire à quel habitat chacune des 2432 cellules appartient, et quelles en sont les caractéristiques. Les données géoréférencées peuvent être cartographiées variable par variable ou encore on peut sélectionner les cellules répondant à une série de critères. Il suffit d’exprimer les données de captures dans le même plan spatial, c’est-à-dire par cellule, pour évaluer la contribution de chaque habitat à chacune des espèces considérées, par exemple une espèce en péril. Il s’avère qu’un assemblage d’espèces particulier correspond à chaque mégahabitat.

Figure 1: Distribution spatiale des mégahabitats (Source : MPO)

Zones profondes

A: Zones profondes

Zones moins profondes, sud du golfe

B: Zones moins profondes, sud du golfe

Zones moins profondes, estuaire maritime et nord du golfe

C: Zones moins profondes, estuaire maritime et nord du golfe

L’exercice de caractérisation des habitats se poursuit présentement afin de mieux définir les zones côtières et pélagiques (moins de 30 mètres de profondeur). Cette fois, 128 variables et 39 337 cellules de 6,25 km2 sont utilisées pour analyser le territoire. L’amélioration constante du référentiel en fera un outil puissant pour la protection des habitats essentiels des espèces en péril en utilisant une approche écosystémique. Cette approche prend en compte non seulement l’espèce à protéger, mais aussi celles dont elle dépend ou qui l’entourent, de même que l’habitat dans lequel elles vivent.

Le rapport complet du projet est disponible à l’adresse suivante :
http://waves-vagues.dfo-mpo.gc.ca/Library/342703.pdf

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