Derrière les données scientifiques

Une carte de prévisions de glaces de mer

Une carte de prévisions de glaces de mer

Les scientifiques de Pêches et Océans Canada vous le diront. Si vous brûlez d'envie de savoir ce qui se passe dans nos océans, il n'y a qu'un seul moyen: récolter des données sur le terrain. Encore faut-il qu'elles soient de qualité et standardisées pour pouvoir les utiliser, les archiver ou les diffuser. Derrière ces opérations, une poignée d'hommes et de femmes s'activent… en coulisse. Sans relâche.

Composée d’océanographes, de biologistes, d’informaticiens et de techniciens, l’équipe régionale de gestion des données (9 membres pour la région du Québec) est présente à toutes les étapes de vie d’une donnée. De sa naissance lors des campagnes scientifiques d’échantillonnage jusqu’à son repos, presque éternel, une fois archivée dans les bases de données du Ministère.

«On distingue quatre grandes étapes dans l’existence d’une donnée scientifique : l’acquisition, la validation par un contrôle qualité, l’archivage et la diffusion», dit Sylvain Hurtubise, chef de la section gestion de données et développement informatique à la Direction des avis, informations et soutien scientifiques de l’Institut Maurice-Lamontagne à Mont-Joli.

Oui, mais une donnée scientifique, ça sert à quoi? À évaluer, entre autres, les stocks de poissons et d’invertébrés marins - on parle ici de données halieutiques, à proposer des modèles océanographiques ou à produire des avis océaniques. Toutes ces données permettront d’améliorer notre compréhension du milieu marin.

Des défis de taille

Une bouée scientifique de l'Observatoire global du Saint-Laurent

Une bouée scientifique de l'Observatoire global du Saint-Laurent

«Idéalement, notre équipe collabore le plus tôt possible avec les scientifiques pour garantir l’acquisition des données lors d’une mission et leur hébergement futur», précise M. Hurtubise. Ainsi, à chaque retour de campagne d’échantillonnage, son équipe joue un rôle-clé dans le traitement des données. Des données qui devront être disponibles rapidement pour les scientifiques qui souhaitent les exploiter.

Que ces utilisateurs de données soient rattachés à Pêches et Océans Canada, à Environnement Canada, à d’autres ministères, à des universités ou à des organismes communautaires importe peu pour M. Hurtubise. «Notre travail doit être fluide et transparent, quelque soit l’utilisateur. En tout temps!», indique-t-il. Un défi gigantesque si l’on considère que, de plus en plus, l’acquisition de données se fait en temps réel.

C’est le cas notamment des données récoltées par le biais du réseau de bouées scientifiques déployées dans le cadre d’une collaboration entre Pêches et Océans Canada et l’Institut des sciences de la mer de Rimouski. Ces données sont diffusées par l’Observatoire global du Saint-Laurent. Dans ce cas-ci, les informations doivent être contrôlées rapidement pour détecter les données aberrantes avant de les distribuer à nos utilisateurs, et éventuellement les archiver dans le Système de gestion de données environnementales (SGDE) ministériel. Et, ils sont nombreux les utilisateurs! «Plus de 350 inscrits au SGDE, répartis également entre des organismes gouvernementaux, des universités et le grand public. Vingt-cinq pays s’ajoutent à nos abonnés, dont la Suisse et la Malaisie. À quelles fins? Comparer leurs écosystèmes au nôtre par exemple», dit Sylvain Hurtubise.

Globalisation oblige, cette livraison quasi instantanée est permise grâce à l’expertise de l’équipe de M. Hurtubise et à la mise au point d’outils informatiques performants développés au fil du temps. Notamment pour préserver et pérenniser les données historiques.

M. Hurtubise explique: «Ponctuellement, nous menons des activités de transformation de données à la suite de changement de normes, de formats, de technologie ou de matériel. Ces projets spécifiques permettent la sauvegarde adéquate de données anciennes et évitent leur perte irrémédiable. Un exercice d’importance, puisque les scientifiques procèdent continuellement à des analyses historiques à partir de ces données.»

Des normes et des hommes

Une photo de l'équipe régionale de gestion des données

Une photo de l'équipe régionale de gestion des données

Pour éviter d’être isolé comme pays et pour faciliter la collaboration à l’échelle mondiale, il est préférable de se conformer aux normes internationales ou celles de l’ISO (Organisation internationale de normalisation).

Ainsi, au-delà de leur mandat régional, un membre de l’équipe de Sylvain Hurtubise représente la région du Québec au Comité national de gestion de données scientifiques. Il y collabore avec des collègues de Pêches et Océans Canada provenant des autres régions du pays. Sous l’égide de ce comité national, plusieurs groupes de travail œuvrent sur des thématiques variées : données d’imagerie, taxonomie ou même standardisation des métadonnées et des normes à l’échelle nationale. Épisodiquement, l’équipe régionale prête main-forte aux équipes nationales pour des projets de gestion de données.

Au chapitre des normes, un réseau virtuel d'experts, composé d'informaticiens et de spécialistes de gestion des données, est en place à l'Observatoire global du Saint-Laurent depuis 2009. L'idée derrière ce regroupement? Partager les bonnes pratiques et l'expertise avec les membres d'autres organisations. Une façon de favoriser l'harmonisation des méthodes et des normes à l'échelle régionale, à tout le moins.

Au sein de l’équipe régionale, on est plutôt fier d’avoir participé à un changement de culture. «Nous sommes reconnus pour notre travail de l’ombre. Les scientifiques nous demandent conseils et avis. Bien plus qu’auparavant. Dans les faits, la gestion de données est intégrée en amont dans les programmes scientifiques. À chaque début d’année, les responsables de programme communiquent avec nous pour planifier leurs besoins et les ressources nécessaires», explique M. Hurtubise.

Du changement, il y en a eu aussi du côté de l’automatisation et de la numérisation (transfert du papier vers document électronique) de la chaîne de production de données. De quoi éviter de générer et de transmettre des erreurs.

Et l’avenir M. Hurtubise? «Maintenir notre capacité d’adaptation pour répondre aux besoins croissants des chercheurs et aux changements technologiques afin de faire avancer les connaissances scientifiques du milieu marin, voilà de beaux défis pour stimuler mon équipe. Dans le futur, il faudra donc conserver notre expertise et former notre relève». Rien d’impossible pour une équipe qui garde en tête que les données scientifiques de qualité sont essentielles. Essentielles pour étudier les changements climatiques par exemple.

Pour aller plus loin

Données scientifiques et produits de Pêches et Océans Canada
Le site Web de l’Observatoire global du Saint-Laurent

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