Baleines à bec communes

Savoir identifier la baleine à bec commune et en signaler l'observation

Transcription

Narratrice : « Pêches et Océans Canada présente : Savoir identifier la baleine à bec commune et en signaler l'observation. Une chercheuse de Pêches et Océans Canada, Mme Hilary Moors-Murphy, étudie et surveille les baleines dans l'est du Canada. Elle présente les renseignements suivants sur la baleine à bec commune et la manière de l'identifier en mer. Elle espère que vous participerez à la surveillance de ces baleines et que vous signalerez vos observations.

Les baleines à bec communes de la côte est de la Nouvelle-Écosse et de la côte sud de Terre-Neuve-et-Labrador sont en voie de disparition. Bien qu'elle ressemble au grand dauphin, la baleine à bec commune fait en réalité partie des grands cétacés à dents, qui appartiennent à la famille des Ziphiidés, aussi appelés baleines à bec. Les adultes mesurent de 8 à 10 mètres, soit jusqu'à 30 pieds. Elles ont un bec proéminent en forme de bouteille. Leur couleur va du gris pâle au gris foncé, et parfois au brun. Elles ont également une nageoire dorsale arrondie au bas de leur dos, aux deux tiers environ. Elles font un petit souffle diffus. Les bébés, que l'on appelle baleineaux, sont en général plus foncés. Les femelles et les jeunes mâles ont un front arrondi. Les mâles plus âgés ont un front blanc et plat et qui s'éclaircit avec le temps. Lorsque la baleine à bec commune fait surface, on aperçoit d'abord son front et son souffle, puis leur nageoire dorsale. Quand elle plonge, il est rare qu'elle lève sa nageoire caudale. Comme les autres baleines à bec, la baleine à bec commune n'a pas d'entaille au milieu de sa nageoire caudale. La baleine à bec commune a tendance à se trouver dans les zones d'eaux profondes. Les habitats de canyons sous-marins au large de la côte est de la Nouvelle-Écosse sont particulièrement importants pour l'espèce. Ces baleines sont fréquemment observées dans le Gully et les canyons Shortland et Haldimand de l'est du plateau néo-écossais. Mais elles fréquentent aussi d'autres zones au large de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador.

Aidez le MPO à surveiller les baleines à bec communes et n'oubliez pas de signaler vos observations. Il vous faudra donner des détails comme le nombre et le type de baleine observée, la date et l'heure de l'observation, ainsi que les coordonnées de l'endroit où vous vous trouviez. Si possible, envoyez-nous vos photos et vos vidéos. Pour signaler une observation de baleine à bec commune, veuillez composer le 1-844-800-8568 ou envoyer un courriel à : XMARwhalesightings@dfo-mpo.gc.ca. Si vous voyez une baleine à bec prise dans un filet, blessée ou morte, veuillez communiquer dès que possible avec la Marine Animal Response Society au 1-866-567-6277, ou par la bande radio VHF 16, ou par courriel à marineanimalresponse@gmail.com. »

En parlant avec Hilary Moors, vous découvrirez que cette jeune femme s'est trouvé une passion pour l'océan et les créatures qui le peuplent. Depuis quelques années, elle étudie la baleine à bec commune, particulièrement la population en voie de disparition se trouvant au large de la Nouvelle-Écosse.

Doctorante rattachée au laboratoire de recherche sur les cétacés d'Hal Whitehead de la Dalhousie University (Halifax), Mme Moors est actuellement employée sous contrat par Pêches et Océans Canada dans le cadre du Programme fédéral d'expérience de travail étudiant. Depuis six ans, son travail est essentiellement axé sur la biologie et le comportement des baleines, étudiés par observation visuelle et acoustique.

Les baleines à bec communes sont des créatures uniques, relativement rares dans le monde. Elles font partie de la famille des « baleines à bec », qui est peu connue. La population de baleines à bec communes du plateau néo-écossais est classée comme étant « en voie de disparition » en vertu de la Loi sur les espèces en péril canadienne et par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.

Bien que l'espèce ne soit plus menacée par l'industrie de la chasse à la baleine, désormais interdite dans les eaux canadiennes, d'autres facteurs continuent de représenter un risque pour sa survie. En raison de la façon dont on suppose que ces baleines utilisent le son pour communiquer et se déplacer, les activités produisant du bruit dans leur habitat sont une source importante de préoccupation. Ainsi, la prospection de gaz et de pétrole sur le plateau néo-écossais pourrait nuire à la population en raison du bruit causé par les activités de levés sismiques ou de forage. Toutefois, aucun effet à long terme de la pollution sonore n'a été déterminé. L'enchevêtrement dans des engins de pêche et les contaminants, issus notamment de la pollution chimique, des déversements de pétrole et des débris marins, constituent d'autres menaces pour la population.

La population étudiée par H. Moors vit dans les eaux relativement profondes d'importants canyons sous-marins du plateau néo-écossais, comme Le Gully, zone de protection marine (ZPM) se trouvant à environ 200 kilomètres de la Nouvelle-Écosse. La réglementation de la ZPM du Gully interdit de perturber, d'endommager, de détruire ou d'enlever un organisme marin vivant ou son habitat.

Étant donné que la population de baleines à bec communes de la Nouvelle-Écosse compte seulement quelque 160 individus, il est crucial de surveiller leurs déplacements. Par le passé, ce suivi a été réalisé à l'aide d'observations visuelles et d'études par identification photographique. Hilary Moors a choisi une méthode de surveillance acoustique, loin d'être un choix facile pour suivre des espèces qui passent la plupart de leur temps dans des canyons profonds. Elle explique le processus adopté : « J'ai déposé des hydrophones – qui sont en fait des microphones sous-marins – sur le plancher océanique, entre 1 200 et 2 000 mètres de profondeur. Nous enregistrons les baleines dans Le Gully, bien entendu, car nous savons que la population fréquente cette zone. Mais nous avons aussi enregistré des baleines dans des canyons et d'autres zones du rebord de la plate-forme continentale adjacents au Gully. Nous essayons de mesurer plus précisément l'utilisation de ces zones par les individus au fil du temps. »

Rencontre de deux baleines à bec communes à la surface. Photo d'Hilary Moors.

Nageoires dorsales de baleines à bec communes. Photo d'Hilary Moors.

Les hydrophones utilisés sont des enregistreurs acoustiques autonomes. Ces systèmes acoustiques autonomes comprennent un microphone, des blocs-piles et un logiciel traitant les données acoustiques. Le tout est placé dans un étui imperméable résistant à des pressions de l'eau élevées. Les enregistreurs sont déposés sur les fonds marins et les données sont généralement enregistrées par période de plusieurs mois.

Ils enregistrent les clics d'écholocalisation des baleines à bec communes. Lorsque ces dernières s'alimentent, elles produisent des clics très rapides, suivant une séquence et une gamme de fréquences caractéristiques de l'espèce.

Mme Moors remarque : « Si je dépose de nombreux enregistreurs, cela me donne une idée des zones les plus utilisées par les baleines et de leur abondance relative dans chacune des zones. Les données acoustiques me permettent de savoir quand une baleine à bec commune se trouve dans une zone. Elles m'indiquent aussi le nombre relatif de baleines, ce qui permet de connaître les zones plus ou moins fréquentées par l'espèce. Bien que les enregistrements acoustiques ne permettent pas de déterminer le nombre précis d'individus, les études par observation visuelle estiment que les groupes varient d'un à vingt animaux. »

Il existe plusieurs moyens de récupérer les enregistreurs, comme l'explique Mme Moors : « Dans un des systèmes, l'enregistreur lui-même est flottant et est attaché à des poids par un câble. Quand j'envoie un signal acoustique, un courant traverse ce câble puis cause sa corrosion. L'enregistreur rebondit alors à la surface. J'utilise aussi un autre système dans lequel on envoie un signal acoustique qui entraîne le détachement de la broche fixant l'enregistreur aux poids, ce qui libère l'enregistreur. »

L'étude de Mme Moors a notamment eu comme résultat remarquable de confirmer que non seulement les baleines se trouvaient dans Le Gully tout au long de l'année, mais aussi qu'elles s'alimentaient dans toute la zone des canyons environnants.

Dans le cadre de son doctorat, elle a essayé d'immerger les hydrophones deux fois par an pour recueillir des données en hiver et en été. Chaque fois, les périodes d'enregistrement duraient environ trois mois. Elle poursuit ce travail avec Pêches et Océans Canada, en utilisant désormais des systèmes recueillant des données pour des périodes de six mois ou plus.

Hilary Moors précise : « C'est vraiment difficile d'atteindre les zones en hiver. La très grande majorité des données recueillies auparavant sur ces baleines l'étaient en été, particulièrement en juillet et en août. Nous ne savions pas précisément ce qui se passait en hiver, alors que maintenant, nous savons qu'elles se nourrissent également dans cette zone durant la saison froide. Ce travail a montré que ces baleines forment une population résidente et non migrante.

En revanche, les modes de reproduction de la baleine à bec commune restent peu connus, mais sa période de gestation est estimée à environ deux ans.

Saut d'observation d'une baleine à bec commune. Photo d'Hilary Moors.

Breaching d'une baleine à bec commune. Photo d'Hilary Moors.

Les baleines se nourrissent principalement de calmars Gonatus. On pense que, d'une manière ou d'une autre, les canyons accumulent ou attirent les calmars, ce qui expliquerait la présence des baleines. Pour alimenter les baleines tout au long de l'année, les stocks de calmars doivent être importants. La distribution et l'abondance des calmars sur le plateau néo-écossais sont également inconnues. Les scientifiques n'ont pu prendre qu'une petite quantité de ces calmars dans Le Gully, et aucune preuve matérielle ne confirme une présence abondante de cette espèce dans le canyon.

Par sérendipité, l'étude acoustique peut donner de nombreux renseignements aux chercheurs sur d'autres espèces de baleine se trouvant dans la zone, voire sur certaines espèces de poisson. Elle permet également de surveiller le bruit produit par les navires et l'activité sismique. C'est un élément important, car le bruit peut parcourir de grandes distances et provenir de l'extérieur des zones protégées par la réglementation en vigueur.

Pour déterminer précisément le nombre d'individus, Mme Moors indique que la surveillance acoustique qu'elle a adoptée n'est pas la meilleure méthode. Elle explique : « À l'heure actuelle, Hal Whitehead est en train d'actualiser les estimations de la population, ce qui n'a pas été fait depuis des années. Il cherche à réviser les chiffres à partir d'études photographiques récentes pour voir quelle a été l'évolution de la population. Les chiffres sont-ils stables, y a-t-il une croissance? »

Sur le plan international, elle précise que le travail de recherche canadien est une des études les plus longues et les plus approfondies jamais réalisées sur une espèce de baleine à bec. En effet, le Canada occupe une position de chef de file en matière de recherche scientifique sur la baleine à bec commune.

À propos de l'importance de son travail, elle note : « Je pense que ce travail est crucial, car il traite à la fois d'une population de baleines en voie de disparition et d'une zone de protection marine. Or, nous voulons pouvoir surveiller les deux, car toutes deux doivent être protégées pour l'avenir. Nous devons préserver ces composantes vitales de l'écosystème marin pour les générations futures. »

C'est indubitablement un sentiment partagé par la majorité des Canadiens.

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