Le capelan : un petit poisson d'une grande importance

Figure 1. Carte des divisions 4RST de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent (Source : MPO, 2011).

Figure 1. Carte des divisions 4RST de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent (Source : MPO, 2011).

Dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, le capelan était traditionnellement pêché pour servir d'engrais ou d'appât. Aujourd'hui, il est commercialisé principalement pour ses œufs afin d'alimenter le marché japonais. Ce marché très lucratif a fait exploser la pêche au capelan : les débarquements sont passés de quelque 700 tonnes par année à plus de 10 000 tonnes. L'importance écologique du capelan a incité Pêches et Océans Canada à redoubler d'efforts pour protéger cette ressource convoitée. Le biologiste François Grégoire, basé à l'Institut Maurice-Lamontagne à Mont-Joli au Québec, est le responsable de l'évaluation des stocks de capelan de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

Le capelan est un petit poisson qui vit dans la colonne d'eau. On dit alors de cette espèce qu'elle est pélagique. Le capelan préfère les eaux froides des océans de l'hémisphère nord. Dans le nord-ouest de l'océan Atlantique, il occupe un vaste territoire qui s'étend des côtes du Labrador à l'estuaire du Saint-Laurent. On dit du capelan que c'est une espèce fourragère, c'est-à-dire qu'il sert de nourriture à une multitude d'espèces de poissons et d'oiseaux marins. Selon les dernières estimations, de 300 000 à 400 000 tonnes de capelan seraient consommées annuellement dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Ces besoins en capelan servent au bon fonctionnement de l'écosystème marin. L'augmentation des prises au cours des dernières décennies renforce donc l'importance de bien évaluer et de protéger cette espèce.

En Europe, là où se font les plus grands débarquements de capelan au monde, les stocks sont évalués à chaque année et de façon très précise. Ces évaluations sont réalisées à l'aide de relevés acoustiques et de modèles mathématiques décrivant les besoins des écosystèmes. Ici, le territoire est immense et le volume des prises relativement faible, ce qui ne justifie pas la présence d'une évaluation aussi exhaustive. Le suivi historique des débarquements et des données biologiques pour trois zones de pêche (voir figure 1) ainsi que le calcul d'un indice de dispersion permettent entre autres d'évaluer indirectement l'état de la ressource dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent.

Avant 1970, il n'y avait presque pas de pêche au capelan dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent. La pêche commerciale a débuté plus sérieusement au cours des années 80 et 90. Les années 90 ont aussi été caractérisées par une expansion du capelan dans le sud du golfe et sur le plateau néo-écossais. La diminution considérable de l'abondance des poissons de fond, prédateurs du capelan, et la présence de conditions océanographiques particulières pourraient être responsables de cette expansion. En 2009, les débarquements de capelan ont atteint 12 080 tonnes. C'est dans la division 4R (cf. Figure 1), sur la côte ouest de Terre-Neuve, que sont enregistrés la plupart des débarquements du golfe du Saint-Laurent. Dans cette zone, les pêcheurs étaient déjà bien équipés pour la pêche aux poissons pélagiques (maquereau et hareng); ils n'ont eu qu'à modifier les mailles de leurs engins de pêche pour l'adapter à la pêche au capelan.

Il est encore trop tôt pour savoir si le sud du golfe représente un milieu propice à la reproduction et à un établissement permanent du capelan. Mais la présence du capelan dans ce nouveau territoire est une preuve que les populations de poissons pélagiques sont toujours en mouvement. Elles bougent, se déplacent et colonisent de nouveaux milieux. Elles sont même difficiles à suivre sur une base annuelle. Pour savoir et comprendre pourquoi elles sont présentes à certains endroits une année et absentes une autre, les biologistes disposent aujourd'hui d'une nouvelle banque d'informations : le registre des observations du Réseau des observateurs du capelan (voir encadré). Rassemblant des observations échelonnées sur près de 10 années, les données consignées par le Réseau, en parallèle avec la mesure de certaines caractéristiques de l'environnement, peuvent être utilisées dans l'évaluation des stocks. Un moyen supplémentaire pour mieux suivre et comprendre ce petit poisson.

Zoom sur le Réseau des observateurs du capelan

Figure 2. Localisation des observations de fraie et de présence du capelan dans l'estuaire maritime entre 2002 et 2010 (Source : Trousse de l'observateur 2011, Réseau des observateurs du capelan)

Figure 2. Localisation des observations de fraie et de présence du capelan dans l'estuaire maritime entre 2002 et 2010 (Source : Trousse de l'observateur 2011, Réseau des observateurs du capelan)

Le Réseau des observateurs du capelan est né en 2002. Au Québec, le Réseau est coordonné par Pierre Nellis, biologiste à Pêches et Océans Canada. Il s'agit d'un réseau de collecte de données qui reçoit et traite les observations fournies par des observateurs du public. La majorité d'entre eux sont des riverains qui observent le capelan pendant la pratique de leurs activités habituelles. Des organismes régionaux voués à la protection de l'environnement sont également associés au Réseau, notamment pour le promouvoir et recruter des observateurs. Les informations recueillies sont essentiellement liées à la présence de frayères et à l'intensité de la ponte.

Le capelan, pour se reproduire, vient pondre ses œufs à la lisière des plages. Entre la mi-avril et le début août et surtout la nuit, les poissons arrivent en grands bancs serrés, les mâles en premier et les femelles ensuite. On dit alors que le capelan « roule » sur la plage. La ponte est un phénomène variable dans le temps et plusieurs facteurs peuvent l'influencer. Par exemple, un hiver plus doux, un changement du couvert de glace ou de l'apport en eau douce peuvent expliquer les variations dans la fraie.

Les membres du Réseau qui sont témoins de ce phénomène notent le lieu géographique de la fraie, la date et l'heure, le nombre approximatif de poissons, les conditions météorologiques et toutes autres informations jugées pertinentes. Ces informations sont ensuite transmises par téléphone ou enregistrées dans le registre Internet du Réseau.

La figure 2 montre la localisation des observations dans l'estuaire maritime entre 2002 et 2010. L'année 2009 affiche des statistiques record avec 351 mentions faites par 123 observateurs. Chaque année, les observateurs reçoivent la trousse de l'observateur, laquelle rassemble une multitude de renseignements de base sur le mode de vie et de reproduction du capelan, un résumé des observations de l'année précédente ainsi qu'un formulaire de collecte de données.

Depuis 2011, le Réseau reçoit des données rapportant la fraie du capelan sur les côtes de Terre-Neuve-et-Labrador. D'ici à quelques années, on vise une couverture de tout l'est du Canada. Le capelan n'a pas de frontière et son territoire est vaste. Grâce à un plus grand nombre d'observateurs et d'observations, on espère mieux comprendre et reconnaître les facteurs qui influencent le comportement du capelan afin de protéger son habitat.

Pour en savoir plus sur le Réseau des observateurs du capelan et consulter le registre, visitez https://ogsl.ca/fr/biodiversite/poissons/mpo-capelan/reseau.html

Référence

MPO. 2011. Évaluation du stock de capelan de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent (Divisions4RST) en 2010. Secr. can. de consult. sci. du MPO, Avis sci. 2011/008

Date de modification :