Dénombrement du saumon

Saumon rouge de la rivière Horsefly Photo : George Cronkite

Saumon rouge de la rivière Horsefly Photo : George Cronkite

Saumon rouge du fleuve Fraser Photo : Hermann Enzenhofer

Saumon rouge du fleuve Fraser Photo : Hermann Enzenhofer

DIDSON et fascine de la rivière Horsefly Photo : Rob Dolighan

DIDSON et fascine de la rivière Horsefly Photo : Rob Dolighan

Fascine de déviation du poisson dans le ruisseau Qualark Photo : Pêches et Océans Canada, G. Cronkite

Fascine de déviation du poisson dans le ruisseau Qualark Photo : Pêches et Océans Canada, G. Cronkite

Comme beaucoup d'autres biologistes, George Cronkite travaille au ministère des Pêches et des Océans depuis longtemps, soit environ 27 ans. Il a d'abord travaillé à titre de biologiste aménagiste au Yukon avant de travailler, et ce, depuis les 16 dernières années, à la station biologique du Pacifique de Nanaimo, en Colombie-Britannique, où il dirige actuellement le programme de surveillance acoustique marine et d'eau douce.

La méthode utilisée pour le dénombrement du saumon (saumon adulte qui retourne vers les cours d'eau pour le frai) constitue un élément sur lequel le groupe de surveillance acoustique marine et d'eau douce se concentre principalement. Puisqu'il est essentiel d'obtenir un dénombrement juste, le groupe dirigé par M. Cronkite met l'accent sur l'élaboration de méthodes de dénombrement précises.

Il existe trois façons de dénombrer les saumons en montaison : dénombrement visuel; marquage et recapture; et sonar sous-marin.

Dans certains cas, le dénombrement visuel constitue la méthode la plus précise. Toutefois, elle présente des désavantages. Il est impossible de procéder au dénombrement la nuit, à moins d'utiliser des projecteurs, ce qui risque de perturber le poisson. Pour dénombrer le poisson de jour comme de nuit, l'eau doit être claire. Cependant, un grand nombre de cours d'eau sont clairs seulement à certains moments de la journée. Par exemple, certaines zones du fleuve Fraser, où des agents des pêches doivent effectuer des dénombrements, ne sont jamais vraiment claires.

Grâce à la méthode de marquage et recapture, les chercheurs prennent un nombre déterminé de poissons. Pour marquer les poissons, les chercheurs utilisent habituellement des étiquettes appelées « étiquettes spaghettis » qu'ils attachent sous la nageoire dorsale. Ils utilisent également les étiquettes « Petersen », qui sont des dispositifs à disque munis d'une attache. Chaque étiquette possède un numéro unique qui permet aux chercheurs de savoir à quelle date et à quel endroit le poisson a été marqué. Qu'il soit marqué au moyen de l'un ou l'autre de ces types d'étiquette, le poisson est ensuite relâché dans les populations de poissons générales. Les dénombrements sont effectués au moment de la recapture et il est important de tenir compte du rapport entre les poissons marqués et les poissons non marqués qui ont été pris. Si, au cours d'une certaine période et dans une zone donnée, on procédait au marquage de 1 000 poissons et que lors de la recapture ou de l'examen de 10 000 poissons, on découvrait que seulement 100 d'entre eux avaient été marqués, cela permettrait de dresser le véritable profil de la taille de la population de saumons en montaison puisque chaque étiquette attribuée représenterait 100 poissons au sein de cette population.

La troisième méthode de dénombrement s'exécute au moyen du sonar DIDSON. Le DIDSON (Dual frequency IDentification SONar) est une caméra acoustique qui fournit des images d'une définition se rapprochant de la qualité vidéo et qui permet d'inspecter et d'identifier des objets immergés. En ce qui concerne la biologie des poissons, ce sonar peut être utilisé pour dénombrer les poissons manuellement ou, dans certains cas, à l'aide du logiciel de détection des mouvements.

M. Cronkite explique les éléments suivants : « Le système DIDSON est positionné de façon latérale au dessus de la rivière; nous pouvons dénombrer le saumon à mesure qu'il remonte. Parfois, sur ces sites, nous devons mettre en place de petites fascines (un type de barrage) afin de diriger les poissons vers le faisceau acoustique; cela nous permet de les dénombrer de façon précise. Nous aimons également mener des expériences au moyen de ces systèmes pour comprendre parfaitement leur fonctionnement et pour déterminer les risques potentiels d'erreur de calcul. C'est pourquoi nous effectuons des études comparatives. Dans les cours d'eau clairs, nous utilisons un sonar DIDSON pour dénombrer les poissons tout en les dénombrant visuellement. Cela nous permet de comparer le dénombrement effectué au moyen du sonar DIDSON avec celui effectué visuellement. » [Traduction]

Puisque les fascines ou les barrages sont efficaces dans très peu de cours d'eau de la Colombie-Britannique, beaucoup d'estimations de population (p. ex., population de saumon rouge présente dans les eaux intérieures) sont effectuées au moyen de programmes de marquage et recapture. Ces dénombrements nécessitent beaucoup de main-d'œuvre. En effet, des équipes constituées de plusieurs personnes travaillent pendant de longues périodes sur la rivière. Elles procèdent d'abord au marquage des poissons pour ensuite les recapturer ou examiner les carcasses afin d'obtenir une estimation de la population à partir des étiquettes.

évidemment, aucun système n'est parfait; on ne peut remplacer d'emblée un système de dénombrement par un autre. Les chercheurs favorisent les chevauchements entre deux systèmes afin de comparer les dénombrements. Cependant, M. Cronkite indique que « l'objectif est d'éviter autant que possible d'utiliser la méthode de marquage et recapture puisqu'elle nécessite beaucoup de main-d'œuvre et s'avère coûteuse » [Traduction].

La surveillance acoustique comporte des avantages particuliers. M Cronkite affirme que : « En somme, vous installez le système acoustique sur la rivière et vous le configurez de manière à couvrir entièrement la zone de migration du poisson. Ensuite, vous examinez les images captées afin de procéder au dénombrement des poissons. Techniquement, vous dénombrez tous les saumons qui remontent la rivière. Contrairement à la méthode de marquage et recapture, la surveillance acoustique permet de dénombrer des éléments visibles. Pour le moment, nous dénombrons les poissons manuellement, donc le Tally Whacker (un dispositif portatif de dénombrement) émet beaucoup de cliquetis. Cette méthode s'est avérée efficace puisqu'elle nous permet de dénombrer plusieurs milliers de poissons à l'heure. » [Traduction]

es chercheurs peuvent laisser le sonar DIDSON fonctionner jour et nuit. Le lendemain, ils sont donc en mesure de recueillir et d'analyser les données en quelques heures, et d'obtenir le dénombrement effectué le jour précédent. Ces possibilités représentent d'autres avantages liés à l'utilisation du système DIDSON. Ce dernier fonctionne à partir d'un ordinateur, et les données enregistrées sont sauvegardées sur un disque dur externe. Les chercheurs emportent avec eux le disque dur pour analyser les données au moment qui leur convient. Puisque les données sont analysées visuellement, il est facile d'obtenir de la main-d'œuvre non qualifiée en surveillance acoustique pour dénombrer les poissons.

En ce qui concerne l'exactitude du sonar DIDSON comparativement à d'autres systèmes mis à l'essai, M. Cronkite fait état de l'expérience que son équipe et lui ont vécue au ruisseau Qualark, en aval de Yale, en Colombie-Britannique : « Le projet du ruisseau Qualark est intéressant. La largeur du cours d'eau est d'environ 150 mètres, mais le courant est très rapide, c'est pourquoi les poissons sont principalement présents près des berges. En effet, tous les poissons se trouvent à environ 15 mètres des berges tout au plus, ce qui fait de ce cours d'eau un endroit parfait pour procéder à des dénombrements. Nous avons mis en œuvre un projet de dénombrement dans les années 1990 dans le cadre duquel nous utilisions un autre type de sonar, un sonar à faisceaux divisés, et avions élaboré une technologie permettant de dénombrer le saumon, plus précisément le saumon rouge en montaison. Ce projet représentait un grand défi sur le plan technique. L'adoption du système DIDSON a grandement facilité le travail. En effet, il est plus facile d'obtenir de la main-d'œuvre pour recueillir les données et dénombrer les poissons. Je crois également que ce système a permis d'accroître notre exactitude et notre précision. » [Traduction]

Bien que le système DIDSON puisse fournir des données plutôt précises, il n'est pas parfait. Sa portée se limite à environ 40 mètres (bien que les biologistes préfèrent dénombrer les poissons présents dans un rayon de 20 mètres), donc lorsque les cours d'eau sont larges et que les poissons qui font l'objet du dénombrement se trouvent loin du rivage, cette limite peut être problématique. Le système DIDSON est également limité dans sa capacité à différencier les espèces; par exemple, un petit saumon quinnat a la même apparence qu'un grand saumon rouge sur l'image captée par le sonar. M. Cronkite affirme que, parfois, il existe différents comportements entre des espèces distinctes, ce qui permet de différencier les espèces résidentes des saumons rouges migrateurs. « Cependant, la source de complications découle du fait que différentes espèces de saumons migrent ensemble, en particulier sur l'île de Vancouver, où le saumon coho, quinnat et kéta remontent les cours d'eau ensemble, ajoutetil. C'est à ce moment que la situation peut être problématique. » [Traduction]

Le groupe de surveillance acoustique marine et d'eau douce examine d'autres caractéristiques qui peuvent être observées sur les images, comme la vitesse à laquelle les poissons bougent leur queue. Ce comportement peut être propre à certaines espèces. Les chercheurs croient qu'il est possible que la « fréquence de mouvement de la queue » diffère chez le saumon rose et le saumon rouge. Cette théorie demeure en voie d'élaboration.

En fin de compte, lorsqu'il s'agit d'effectuer le dénombrement du saumon, il demeure nécessaire d'obtenir des estimations exactes et précises des populations de saumons en montaison et d'être en mesure de fournir les meilleurs renseignements aux gestionnaires afin que le Ministère puisse prendre des décisions pour le bien du poisson. « Pour moi, c'est l'essentiel », affirme M. Cronkite.

Ces capacités sont également essentielles pour l'industrie et pour toutes les personnes qui dépendent d'un écosystème qui soutient la viabilité du saumon de la côte Ouest. Tout commence par le dénombrement.

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