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Recherche d’un gentil géant dans les eaux canadiennes du Pacifique : le pèlerin

La bouche grande ouverte, le pèlerin donne une fausse impression de sa réelle nature, si douce.
La bouche grande ouverte, le pèlerin donne une fausse impression de sa réelle nature, si douce. Ce requin gigantesque (qui peut atteindre 12,2 mètres de long) vit dans les eaux tempérées des côtes du monde entier, notamment sur les côtes atlantique et pacifique du Canada. La population du Pacifique a été ajoutée à la liste d’espèces « en voie de disparition » établie en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada.
Plan fixe : ©Florian Graner, Sealife Productions

Dre Jacquelynne King, une chercheuse scientifique pour Pêches et Océans Canada, rêve de voir un jour un pèlerin sur la côte ouest du Canada. Pouvant atteindre une longueur de 12,2 mètres, le deuxième plus gros poisson du monde était jadis si commun sur la côte pacifique qu’on pouvait l’y apercevoir en groupes de 100 individus. De nos jours, il est très rare d’en apercevoir un seul. Les chercheurs estiment qu’il ne reste que quelques pèlerins (Cetorhinus maximus) dans les bras de mer de la Colombie-Britannique – un déclin dramatique de leur population, qui comptait entre 3 000 et 5 000 individus.

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Cliquez sur l’image pour visionner une brève vidéo d’un pèlerin.
©Florian Graner, Sealife

« Quiconque a la chance d’en voir un réalise aujourd’hui combien ce qu’il a vu est précieux et rare, affirme Mme King. Je pourrais traverser l’Atlantique pour en voir un au Royaume-Uni, mais j’espère vraiment observer mon premier pèlerin au Canada. » Elle conseille vivement à quiconque l’aperçoit de le signaler au réseau Signalement de la présence d’un pèlerin, créé en 2008 par le laboratoire pour recevoir du public le signalement de tout pèlerin.

« Nous espérons que ce réseau, combiné aux survols aériens que nous effectuons pour trouver ces créatures, nous permettra de déterminer combien demeurent encore dans les eaux canadiennes du Pacifique et quelle est leur chance de rétablissement », ajoute-t-elle.

Déclin du pèlerin dans le Pacifique

Le pèlerin vit dans les eaux tempérées des côtes du monde entier, notamment sur les côtes est ou ouest du Canada. En février 2010, la population du Pacifique a été ajoutée à la liste des espèces « en voie de disparition » en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada afin de la protéger d’un point de vue juridique.

La population du Pacifique, qui s’étend de la Colombie-Britannique jusqu’à Baja (Californie) et jusqu’au Mexique, a perdu plus de 90 % de son effectif au cours des 60 dernières années en raison d’une variété de causes. Combinée aux dimensions imposantes du requin, à son comportement en surface et à son intrépidité autour des bateaux, l’expansion de la pêche commerciale pendant les années 1940 et 1950 a multiplié les rencontres entre ce gentil géant, les bateaux et les engins de pêche. Les pêcheurs commerciaux de saumon voyaient le pèlerin comme une nuisance. Sous la pression exercée par l’industrie de la pêche, la population du bassin de Barkley est devenue la cible d’un intensif programme gouvernemental d’éradication (de 1955 à 1969). Le déclin du pèlerin est également attribuable à la pêche commerciale des foies de requins, tant au Canada (de 1941 à 1947) qu’aux États-Unis, à une massive pêche sportive, à la capture accessoire et à un harcèlement général. Entre les années 1970 et le début des années 1990, les pèlerins n’ont été aperçus en grand nombre que dans la baie Clayoquot, d’où ils ont pratiquement disparu depuis.

Aujourd’hui, la population du Pacifique compte entre 320 et 550 individus. Cependant, on ignore si cette population constitue un seul ou plusieurs stocks et si les pèlerins de la côte de la Colombie-Britannique sont les mêmes qui fréquentent les eaux plus au sud.

Identification d'un pèlerin

De larges fentes  brachiales, recouvertes de branchicténies qui filtrent le plancton, encerclent  presque toute la tête du pèlerin.
De larges fentes brachiales, recouvertes de branchicténies qui filtrent le plancton, encerclent presque toute la tête du pèlerin. L’objectif du réseau Signalement de la présence d’un pèlerin, combiné à ses survols aériens, consiste à déterminer le nombre d’individus qui vivent toujours dans les eaux canadiennes du Pacifique et le potentiel de rétablissement de cette population.
Photo: ©2006 Joel Berthelot

Comment savoir si vous avez aperçu un pèlerin? En règle générale, le pèlerin est brun-noir, gris ou noir et possède une nageoire dorsale triangulaire beaucoup plus grosse que celle des autres requins. Il passe une bonne partie de son temps à se nourrir en surface. De très larges fentes brachiales – qui encerclent presque la totalité de sa tête – sont recouvertes de grandes branchicténies qui filtrent le plancton, à l'instar des fanons du rorqual à bosse ou de la baleine grise.

En 2010, un pêcheur qui travaillait dans la péninsule Brooks, sur la côte ouest au nord de l'île de Vancouver, a signalé la présence d'un requin brun le 2 septembre. « Le pêcheur a rapporté avoir vu à la surface entre quatre et cinq mètres du requin, qui possédait une grande nageoire dorsale triangulaire. Selon ses dires, 'il flottait à la surface comme un billot, puis s'est lentement éloigné' », indique Mme King.

Le pèlerin Le pèlerin
(À gauche) Le pèlerin est généralement gris, noir ou brun-noir et possède une grande nageoire dorsale triangulaire. Sur la photo de droite, un pèlerin fait surface, dévoilant quelque 9 mètres du bout de son nez au bout de sa queue. Le réseau Signalement de la présence d'un pèlerin (créé en 2008) reçoit du public le signalement de toute présence possible de pèlerins, une espèce en voie de disparition dans le Pacifique.
Photo à gauche : ©Matt Jones, Photo à droite : ©Nik Allen

Signalements de requins : classification et emplacement

Jusqu'à présent, le réseau Signalement de la présence d'un pèlerin a reçu huit signalements visant un total de neuf requins. On ignore toutefois combien d'individus sont réellement représentés par ces signalements.

Il existe trois classes de signalements :

  • Rapporté : une personne croit avoir aperçu un pèlerin, mais ne peut estimer sa taille ou confirmer si l'individu avait une nageoire triangulaire, et n'a aucune photo ou vidéo du signalement.
  • Fiable : l'observateur est en mesure de fournir une estimation de la longueur du requin et est certain d'avoir aperçu la nageoire d'un requin, mais n'a aucune photo ou vidéo du signalement.
  • Confirmé :l'observateur a capté le requin sur photo ou sur vidéo, ce qui permet aux chercheurs de confirmer qu'il s'agissait bel et bien d'un pèlerin. Une bonne photo de sa nageoire dorsale peut également être utilisée pour identifier un individu, ce qui est utile pour en déterminer le nombre.

« Des huit signalements que nous avons reçus jusqu’à présent, nous en avons qualifié deux rapportés, deux fiables et quatre confirmés, indique Mme King. La plupart des pèlerins sont aperçus sur la côte ouest de l’île de Vancouver, notamment dans le détroit de Juan de Fuca, dans la portion sud du détroit de Georgie (entre la partie continentale de la Colombie-Britannique et la côte est de l’île de Vancouver), dans le bassin de Barkley et dans deux régions autrefois très peuplées, soit les baies Milbanke et Clayoquot. »

Outre ces huit signalements, la présence de quatre requins a été rapportée par l’entremise du Programme des observateurs en mer, ce qui porte à treize le nombre total de pèlerins aperçus dans les eaux de la Colombie-Britannique depuis 1996.

Signaler une présence le même jour est idéal

« Nous connaissons très peu de choses sur cette espèce, alors toute occasion d’en apprendre davantage nous est très précieuse. Aux fins de la recherche, si nous recevions un signalement fiable ou confirmé le jour même de l’observation, nous aurions l’occasion d’aller voir le requin par avion ou par bateau, indique Mme King. Nous disposons d’une plate-forme spéciale à partir de laquelle nous pourrions placer sur un pèlerin une étiquette émettrice qui nous permettrait de recueillir une mine de renseignements, notamment sur ses habitudes migratoires. »

Le signalement rapide de la présence d’un pèlerin offre d’autres occasions de recherche, notamment la possibilité de recueillir des échantillons de chlorophylle ou de zooplancton ou de mesurer la température de l’emplacement afin de savoir dans quel type de conditions océaniques ces requins aiment vivre.

Survols aériens

De mai à septembre, les chercheurs effectuent chaque mois deux survols aériens dans l’espoir d’apercevoir un pèlerin. Ils survolent d’une part la côte ouest de l’île de Vancouver (dont le bassin de Barkley et la baie Clayoquot) et d’autre part, le centre de la côte (dont le bras de mer Rivers et la baie Milbanke). Historiquement, des pèlerins étaient observés par groupes de 100 dans ces deux régions. Jusqu’à présent, aucun pèlerin n’a été signalé pendant ces survols aériens, mais ils demeurent néanmoins importants.

« Si des chercheurs effectuent des survols aériens dans 10, 20 ou 30 ans et voient fréquemment un ou deux requins, ils seront en mesure de comparer leurs données à celles que nous consignons présentement et pourront déterminer que l’espèce s’est un peu rétablie », indique Mme King.

Potentiel de rétablissement

« Pêches et Océans Canada a mis au point un programme de rétablissement de la population du Pacifique, maintenant protégée; il est donc possible qu’elle se rétablisse, affirme Mme King, mais puisque ces requins ont une durée de vie importante, atteignent la maturité à un âge avancé et présentent un taux de reproduction très inférieur à celui d’autres poissons, le rétablissement de cette population pourrait se faire seulement dans 50, 100 ou 200 ans ». La proposition du Programme de rétablissement du pèlerin (Cetorhinus maximus) dans les eaux canadiennes du Pacifique est disponible dans le Registre public des espèces en péril.

Comment signaler la présence d'un pèlerin

Pour signaler la présence d’un pèlerin au réseau, vous pouvez remplir ce formulaire en ligne, envoyer un courriel à l’adresse baskingshark@dfo-mpo.gc.ca ou composer le numéro sans frais 1-877-50-SHARK. begin_of_the_skype_highlightingPour en savoir davantage sur le réseau Signalement de la présence d’un pèlerin ou pour savoir quels renseignements fournir dans votre rapport, veuillez accéder au www.pac.dfo-mpo.gc.ca/science/species-especes/elasmobranch/sightings-signalez-fra.htm.

Le pèlerin
Plan fixe : ©Florian Graner, Sealife Productions

La Loi sur les espèces en péril appuie d’importantes activités visant à protéger et à rétablir la population de pèlerins, notamment en finançant la production de documents d’information du public ainsi que des programmes de signalement, d’étiquetage et d’échantillonnage.