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La science est souvent une collecte d'informations et de données. Par contre, les chiffres n'y sont pas toujours en vedette. Il arrive parfois que la science permette de voir les choses sous un nouvel angle. Pendant son voyage sur l'océan Arctique, dans le cadre de l'Année polaire internationale, Louisa Thomassie a passé deux semaines à faire connaître la culture et les traditions inuit à des scientifiques venus étudier le changement climatique dans l'Arctique, leur permettant ainsi de voir leur travail sous un jour nouveau.
Pendant les mois de juillet et août 2007, cette native du Nunavut a quitté Halifax pour se rendre jusqu'à île de Baffin et à Resolute (au Nunavut), la deuxième ville la plus au nord du Canada. À bord du brise-glace NGCC Louis S. St-Laurent, elle a participé chaque jour à un minimum de deux présentations scientifiques. « J'y ai beaucoup appris, affirme Louisa. Pendant ces deux semaines, ces réunions nous ont permis de transmettre nos connaissances et d'échanger nos idées. C'était sensationnel! »
Après ce voyage, Louisa a rédigé pour le gouvernement canadien un rapport mariant les résultats de recherches scientifiques modernes aux connaissances traditionnelles des peuples autochtones du Grand Nord. « Les scientifiques qui étudient le changement climatique ne fondent leur travail que sur des concepts occidentaux, dit-elle. Leurs rapports n'intègrent aucune donnée autochtone. »
Louisa est d'avis qu'en incluant le point de vue autochtone aux études scientifiques, on brosse un tableau complet d'une question très importante. « Les scientifiques ne peuvent voir certaines choses qui sont évidentes aux yeux du peuple inuit. Aussi, les Inuits ne perçoivent pas tout ce que les scientifiques voient. L'échange se fait dans les deux sens », dit-elle.
Marier le savoir inuit à la science occidentale n'est pas une mince affaire. La définition des mots peut même devenir problématique. Louisa donne le mot « Inuit » en exemple.
« Pour les occidentaux, la personne qui se dit Inuit présente en fait sa nationalité tandis que pour nous, elle affirme être en vie et capable de stimulations cervicales. Être Inuit, c'est être humain. »
Il est important de connaître le point de vue du peuple inuit sur le changement climatique. Les Inuits vivent à même la nature et la terre. Ils chassent pour nourrir leur communauté. Au printemps, les familles inuit se réunissent pour enseigner la chasse et la pêche à leurs enfants. Malheureusement, les températures plus chaudes changent tout.
Louisa explique : « La température se réchauffe plus tôt dans l'année. Dès le mois d'avril, il est possible que la glace soit déjà fondue, ce qui empêche la tenue de nos activités traditionnelles. »
Avant de prendre part au projet de l'Année polaire internationale, Louisa a enseigné pendant 13 ans à des élèves de différents niveaux du village de Kangirsuk, au Nunavik (Québec). Cette expérience lui a permis de recueillir une bonne partie de l'information qui allait devenir importante dans le cadre de l'Année polaire internationale.
Louisa Thomassie sur le pont du brise-glace NGCC Louis S. St-Laurent
« J'ai fait des recherches sur le savoir, l'histoire, la philosophie et la littérature traditionnelles inuit, indique-t-elle. Ces connaissances m'ont donné un bon point de départ pour mon travail dans l'Arctique. »
Louisa espère que ses rapports aideront les scientifiques et les peuples autochtones à se rapprocher pour mieux faire face au changement climatique.
« Il est important que les Inuits travaillent avec les scientifiques, dit-elle. Le changement climatique ne repose pas sur un seul peuple ou un seul pays. C'est un enjeu international. »