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La science en bouteille

Une adolescente suit les courants océaniques, une bouteille à la fois

Bonita LeBlanc

La plupart des gens se débarrassent de leurs bouteilles vides en les jetant dans le bac de recyclage. Bonita LeBlanc lance les siennes dans l'océan. Toutefois, bien loin de polluer, elle se livre à des expériences scientifiques.

Bonita est une élève de onzième année de Dartmouth (Nouvelle-Écosse) qui participe à une étude scientifique au moyen de bouteilles dérivantes. Rien de compliqué : vous jetez une bouteille biodégradable par-dessus bord au milieu de l'océan et vous attendez que les courants la ramènent jusqu'au rivage. L'endroit où elle échoue et le temps qu'elle prend à y arriver sont des données qui aident les scientifiques à mieux comprendre les mouvements des courants océaniques.

Pourquoi est-ce important? Parce que les changements climatiques font fondre la glace de l'Arctique, ce qui crée un apport supplémentaire d'eau froide dans l'océan. Bonita et d'autres chercheurs essaient de découvrir si cette eau froide a une influence sur les courants océaniques. Qu'une bouteille atteigne un endroit imprévu ou arrive à terre plus rapidement qu'elle ne l'aurait dû et l'on peut en déduire que les courants changent, ce qui est susceptible d'avoir des effets sur les conditions météorologiques et sur les températures dans le monde entier.

Bonita LeBlanc

Les bouteilles de Bonita

À l'âge de 13 ans, Bonita a lu un article au sujet d'Eddy Carmack, océanographe (spécialiste des océans) chargé de faire des recherches à l'aide de bouteilles dérivantes au large des côtes du Brésil. Convaincue que le sujet constituerait un projet intéressant pour l'expo-sciences, elle a communiqué avec lui, afin de savoir si elle pouvait elle aussi entreprendre une étude au moyen de bouteilles dérivantes. Eddy lui a conseillé de communiquer avec la Garde côtière canadienne qui a accepté de jeter en son nom des bouteilles à la mer, à partir de son brise-glace, le NGCC Louis S. St Laurent. (Les bouteilles, entièrement biodégradables, ont été fournies gracieusement par la brasserie Sleeman.)

Le travail de Bonita consistait à rédiger une note expliquant pour quelles raisons ces bouteilles étaient mises à la mer et avec qui communiquer lorsqu'elles sont récupérées. Au son de sa musique préférée, elle s'est occupée à déposer son message dans des centaines de bouteilles, à les bouchonner et à les enduire de cire pour rendre le joint hermétique.

Entre 2007 et 2008, l'équipage du NGCC Louis S. St-Laurent a jeté à la mer 580 des bouteilles de Bonita dans l'Arctique. En 2009, elle a eu la chance de le faire elle même.

Le Canada et l'Année polaire internationale

Des scientifiques du monde entier étudient l'Arctique pendant l'Année polaire internationale (2007-2009). Le projet « Les trois océans du Canada » dirigé par Eddy Carmack, de Pêches et Océans Canada, est mené à bord de deux brise-glaces de la Garde côtière canadienne, le NGCC Louis S. St-Laurent et le NGCC Sir Wilfred Laurier, afin de surveiller les changements qui se produisent dans les mers arctiques, dans la foulée du réchauffement planétaire. Apportant un soutien aux scientifiques d'ArcticNet et de l'étude sur le chenal de séparation circumpolaire, le navire scientifique de la NGCC Amundsen a été d'une importance cruciale pour les recherches de l'Année polaire internationale.

La vie à bord d'un brise-glace

Dans le cadre de l'Année polaire internationale, le programme Sciences jeunesse Canada a décidé de choisir un étudiant ou une étudiante devant se joindre à l'équipage du navire scientifique de la NGCC Amundsen, au cours de ses activités dans l'Arctique. (Bien sûr, cette heureuse étudiante était Bonita.) Alors qu'elle était à bord du navire, elle a jeté à la mer 24 de ses bouteilles au large du Labrador, la dernière expérience consignée au livre de bord avant que l'Amundsen n'arrive à Québec, le 18 novembre 2009.

« Au début, j'étais probablement la personne la plus terrifiée à bord du navire, admet-elle. Mais à la fin du voyage, je ne voulais plus rentrer chez moi! »

Le commandant Anthony Potts et Bonita LeBlanc
Le commandant Anthony Potts, NGCC Louis St. Laurent et Bonita LeBlanc au lancement de son projet des bouteilles flottantes en 2006.
Photo : Natalie Cordiner / Norman LeBlanc.

Pendant la traversée, Bonita a aidé les chercheurs dans leurs travaux. Son projet favori, mis à part le sien, était l'utilisation de « l'écrémeur » qui sert à recueillir des échantillons sur une fine couche à la surface de l'eau. Bonita a participé à l'analyse des échantillons, travaillant en étroite collaboration avec les scientifiques expérimentés. À un moment donné, il y a eu défaillance des commandes de l'écrémeur qui s'est détaché et s'est mis à dériver. Bonita et les autres ont dû aller le récupérer.

Une expérience inspirante

Même si elle ne regrette pas les nausées et le froid glacial (elle a encore souvenir d'avoir grelotté par –40 ºC), Bonita déclare que son séjour à bord du brise-glace a été une expérience incroyable. Le paysage arctique était époustouflant et, soir après soir, elle est restée debout très tard à parler avec les scientifiques de leur travail. Elle a même goûté la viande de caribou pour la première fois au cours du voyage.

Maintenant qu'elle a été dans l'Arctique, Bonita sait qu'elle a l'étoffe d'une scientifique. Elle espère étudier faire des études universitaires en océanographie ou en sciences environnementales et elle voudrait certainement remonter à bord d'un brise-glace le plus tôt possible. Selon elle, tous les étudiants devraient songer à étudier les sciences.

« Laissez-vous guider simplement par votre imagination et votre créativité, dit-elle. Qui sait où cela vous mènera. »

Bonita LeBlanc

Message en bouteille

Seulement quatre pour cent de toutes les bouteilles dérivantes sont retrouvées. La plupart d'entre elles coulent au fond, sont enterrées dans le sable ou échouent là où personne ne va jamais. Sur les centaines de bouteilles du premier lot de Bonita, sept ont été récupérées – trois à l'île de Baffin, deux en Irlande, une en Angleterre et une en Islande. Habituellement, il faut environ deux ans pour qu'une bouteille arrive à terre; la plupart de ses bouteilles les plus récemment jetées à la mer flottent encore quelque part sur l'océan.