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Comprendre la survie du saumon dans l'océan Atlantique
Depuis une trentaine d'années, il semble que les stocks de saumons de l'Atlantique aient diminué tant en Amérique du Nord qu'en Europe. Ce déclin, constaté par les scientifiques et préoccupant pour l'Organisation pour la conservation du saumon de l'Atlantique Nord (OCSAN), serait lié à des caractéristiques de l'environnement du saumon lors de son séjour en mer.
Ross Jones, scientifique du MPO (à gauche) en compagnie des membres d''équipage du navire de recherche montrant les deux saumoneaux capturés au large de Terre-Neuve et Labrador en août 2008.
Si le saumon nait en rivière, il la quitte à 2-8 ans de vie à l'étape de saumoneau. Il se rend alors en mer. C'est dans ce milieu que le saumon connaît une croissance importante : sa taille peut y tripler en un an. Après une à trois années de vie marine, le saumon revient dans sa rivière natale. « Les saumons ont un sens du homing très approfondi » explique Gérald Chaput, biologiste de la région du Golfe de Pêches et Océans Canada. Or, certaines rivières-témoins indiquent un déclin des saumons depuis le début des années 80. Les saumoneaux qui quittent leur rivière ne sont plus si nombreux à y revenir une fois adultes; de plus en plus de saumons meurent en mer. Pourquoi?
Devant cette problématique, l'OCSAN a initié en 2004 la promotion du programme de recherche en mer « SALSEA ». Rassemblant des experts des deux continents, ce programme vise à mieux comprendre le parcours du saumon en mer.
Au Canada plus précisément, la participation de Pêches et Océans Canada au programme « SALSEA » s'est traduite par une campagne en mer au mois d'août 2008. Le scientifique Gérald Chaput et son équipe issue de plusieurs organisations et différentes provinces et des États-Unis se sont rendus au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Une diversité de partenaires qui en dit beaucoup sur l'intérêt accordé au saumon atlantique.
Le chalut a sillonné la zone Atlantique nord-ouest pendant trois semaines. Ce parcours comprenait tant des eaux tempérées que froides, variant ainsi de 7 à 14 degrés Celsius. Cette première expédition misait d'abord sur la dispersion géographique des saumons. Aussi, plus d'une quarantaine de points de capture de saumons étaient identifiés dans l'Atlantique au large de Terre-Neuve-et-Labrador. À bord, l'équipe a prélevé des échantillons selon un protocole bien défini.
Gérald Chaput, scientifique en chef de l'expédition de recherche sur le saumon recueillant des données océanographiques avec une sonde CTD (conductivité, température, et profondeur).
« Cette campagne était un premier essai avec un chalut de surface. On sait que les saumons se tiennent majoritairement en surface, mais ils peuvent plonger dans des profondeurs assez importantes pour capturer leurs proies ou pour d'autres raisons encore inconnues.» relate Gérald Chaput.
Saumoneau capturé lors de l'expédition. Les scientifiques ont recueilli des échantillons biologiques des saumoneaux capturés.
La recherche exploratoire en mer examinait également l'environnement des saumons : à quelles salinité et température d'eau vivent-ils? Avec quelles autres espèces cohabitent-ils? Dans quel état de santé se trouvent les saumons capturés? Où se retrouvent-ils?
Sur l'ensemble des zones où des relevés ont été effectués, une quinzaine de saumons seulement ont pu être capturés et ce, essentiellement dans des zones plus au Nord, c'est-à-dire plus froides. Ces saumons étaient en très bon état sans blessure constatée.
Vue du chalut pélagique (Akrehamn Tralboteri A/S - Norvège) remontant sur le pont du navire W. Templeman.
Si le nombre de saumons capturés est moindre que prévu, cette recherche a confirmé l'hypothèse que durant son séjour en mer, le saumon recherche les eaux plus froides et va donc migrer vers le Nord. « On peut croire qu'ils sont assez intelligents pour rechercher ces eaux-là » selon Gérald Chaput. Ceux qui n'arrivent pas à se rendre en eaux plus froides, ou qui n'ont pas l'instinct de s'y diriger, auraient-ils moins de chance de survie?
Des questions restent encore en suspens. Y a-t-il moins de prédation dans les zones plus froides? Ces eaux conviennent-elles mieux à leur métabolisme? L'équipe de 2008 espère pouvoir mener en 2009 une seconde campagne en mer pour approfondir ces questions et mieux connaître les facteurs de survie du saumon atlantique.
- Date de modification :
- 2013-04-22