Plan d'action canadien de lutte contre les espèces aquatiques envahissantes
Groupe de travail sur les espèces aquatiques envahissantes du Conseil canadien des ministres des pêches et de l'aquaculture

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Table des matières

Défis

Portée du problème

Les espèces aquatiques envahissantes constituent un problème d'une ampleur croissante au Canada, que viennent exacerber le manque de connaissances à leur sujet. Comme le Canada renferme 20 % de l'eau douce de la planète et possède l'un des plus longs littoraux au monde, les conséquences environnementales et économiques de l'inaction sont extrêmes. Peu de gens parviennent à bien cerner la nature et la gravité de la menace, de sorte que l'application de pratiques volontaires et de règlements pour limiter la propagation des espèces aquatiques envahissantes résultant des activités humaines est largement déficiente. Des lois et des règlements applicables sont en vigueur dans de nombreux cas, mais ils n'ont pas toujours été utilisés efficacement pour régler le problème.

L'établissement d'espèces envahissantes peut notamment mettre en péril des écosystèmes sensibles, et avoir un impact sur la pêche, le tourisme et d'autres industries dont les économies locales sont tributaires.

La lamproie marine a été considérée comme un important facteur dans l'effondrement de la pêche au touladi et au corégone au milieu des années 1940 et 1950. Avant que cette lamproie ne pénètre dans les Grands Lacs, le Canada et les États-Unis récoltaient chaque année près de 6,8 millions de kilogrammes (15 millions de livres) de touladi dans les lacs Huron et Supérieur. Au début des années 1960, les prises annuelles avaient chuté aux environs de 136 077 kg (300 000 lb), ce qui représente une baisse de 98 %! Un programme de lutte contre la lamproie marine, mis en œuvre en 1955, a permis de réduire de 90 % les populations de l'espèce. Ensemble, le Canada et les États-Unis ont investi en moyenne chaque année 22 millions de dollars dans ce programme, ce qui a créé des emplois et fait croître les stocks de poissons commerciaux. Cependant les bénéfices demeurent bien en-dessous des dépenses encourues et il apparaît clairement qu'il est moins dispendieux de prévenir que de mettre œuvre des mesures de lutte et de correction. En effet, si on avait empêché les lamproies de pénétrer dans les eaux canadiennes au début du XXe siècle, jamais on n'aurait eu à débourser un montant aussi élevé. On estime actuellement à quelque 4,5 milliards de dollars l'impact économique combiné de la pêche récréative et commerciale dans les Grands Lacs au Canada et aux États-Unis.

Parmi les espèces envahissantes qu'on rencontre dans les eaux côtières figurent le crabe vert et l'ascidie plissée. Le crabe vert affecte les populations de myes, de moules et d'huîtres indigènes de la côte est et menace également celles de mollusques et crustacés de la côte ouest. Le codium fragile, l'algue voleuse d'huîtres, met en péril les bancs d'huîtres dans la région atlantique. En Colombie-Britannique, le bigorneau perceur japonais a grandement nui à l'industrie ostréicole canadienne jusqu'à ce qu'on réussisse à en maîtriser la propagation au milieu du XXe siècle. Même les eaux de l'Arctique ne sont plus à l'abri, comme en témoigne l'établissement récent de l'éperlan arc-en-ciel dans la baie d'Hudson.

Outre les incidences primaires qui se manifestent peu de temps après l'établissement d'une espèce, l'altération de la chaîne trophique et de la qualité de l'eau par exemple, peut entraîner des effets secondaires qui prennent beaucoup plus de temps à se manifester, ce qui vient nuire encore à la capacité des gouvernements de gérer les espèces envahissantes. Ainsi, l'action filtrante de la moule zébrée a beaucoup augmenté la limpidité de l'eau dans les Grands Lacs inférieurs. À beaucoup plus long terme, la pénétration accrue de la lumière dans les eaux plus limpides a accéléré la croissance et la propagation de la végétation aquatique en plus d'augmenter la fréquence et l'ampleur des efflorescence algales.

Les invasions ont presque doublé durant la seconde moitié du XXe siècle comparativement à la première moitié, et des données récentes portent à croire que le rythme continuera à s'accélérer . L'augmentation du volume et de la vitesse des échanges commerciaux internationaux (notamment dans le cas des marchandises ou des navires provenant de pays aux conditions climatiques semblables à celles du Canada) a entraîné des risques encore plus grands, qui sont exacerbés par une surveillance et une application déficientes de la réglementation.

L'eau de lest des navires représente la principale voie d'entrée des nouvelles espèces aquatiques exotiques (environ 75 % pour la région des Grands Lacs) . Cette eau, pompée dans des ports étrangers avec les organismes qu'elle contient, est ensuite vidangée dans les eaux canadiennes avec ces hôtes indésirables. On a vu des réservoirs d'eau de lest qui renfermaient des centaines d'espèces différentes . La mondialisation des échanges commerciaux et le commerce électronique ont également favorisé l'importation, délibérée ou accidentelle, d'espèces exotiques à différentes fins, dont certaines présentent une menace lorsqu'elles aboutissent dans le milieu naturel. Les espèces envahissantes ne proviennent pas toutes d'outre-mer : certaines indigènes à l'Amérique du Nord sont devenues des espèces envahissantes nuisibles parce qu'elles ont été déplacées au-delà de leur aire de distribution naturelle.

En février 2004, l'Organisation maritime internationale a adopté la Convention internationale sur le contrôle et la gestion des eaux de ballast et sédiments des navires. Cette convention établit des normes sur le nombre acceptable d'organismes pouvant se trouver dans les eaux de lest et un calendrier de conformité. Toutefois, elle ne vise pas les navires sans lest, qui ne sont pas réglementés actuellement. Pour être ratifiée, la Convention doit être signée par 30 pays représentant au moins 35 % du tonnage de la flotte mondiale.

Les appels à l'action se sont multipliés et intensifiés au cours de la dernière décennie, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde. Au pays, ils ont notamment été lancés par le Comité permanent des pêches et des océans et par la Commissaire à l'environnement et au développement durable. D'autres organisations, comme la Commission mixte internationale, la Commission des pêches des Grands Lacs et diverses ONG, ont également souligné l'urgence d'intervenir pour lutter contre les espèces envahissantes.

Une diversité de problèmes, de priorités et de paliers de compétence

Les efforts visant à régler les problèmes posés par les espèces aquatiques envahissantes sont entravés par la multitude d'enjeux qu'ils soulèvent. Les effets peuvent se répercuter sur l'environnement, le commerce, la navigation, l'utilisation récréative des voies navigables, la pêche, la gestion des ressources et la santé humaine, entre autres. Les meilleures solutions ne sont pas toujours évidentes. Par exemple, la propagation d'une espèce peut altérer irréversiblement un écosystème et mettre en péril les secteurs de la pêche, des loisirs et du tourisme. Par ailleurs, les mesures de lutte peuvent nécessiter l'utilisation de produits chimiques toxiques, faire obstacle au commerce de certaines marchandises ou faire grimper les frais d'expédition. Les stratégies de gestion doivent donc tenir compte à la fois de l'urgence de protéger l'environnement et l'économie, ce à travers une analyse approfondie des risques et des avantages potentiels qu'offrent les mesures d'intervention.

De nombreux paliers de compétence et organisations entrent en jeu, tant à l'échelle locale qu'internationale. Au gouvernement fédéral, Pêches et Océans Canada et Environnement Canada détiennent les responsabilités et les pouvoirs mais, selon l'espèce et sa voie d'entrée dans les eaux canadiennes, les mesures de gestion peuvent également faire intervenir Transports Canada, Industrie Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), Santé Canada et d'autres organismes. Les ministères provinciaux et territoriaux compétents détiennent aussi des responsabilités, à l'instar d'organisations bilatérales comme la Commission mixte internationale et la Commission des pêches des Grands Lacs. Enfin, l'industrie, diverses organisations non gouvernementales, les peuples autochtones et le grand public interviennent également.

Les pouvoirs publics et divers intervenants ont pris de nombreuses mesures pour lutter contre les espèces envahissantes. Sur le plan législatif, de nombreuses lois fédérales et provinciales protègent la biodiversité naturelle du Canada. Plusieurs organisations et instances ont également instauré des programmes pour sensibiliser des groupes cibles à la nécessité de prévenir la propagation des espèces envahissantes. Cependant, la coordination de ces efforts pourrait être renforcée.

L'impact des espèces aquatiques envahissantes varie selon les régions du pays. Par exemple, le transport maritime est responsable du plus grand nombre d'établissements d'espèces aquatiques envahissantes dans les provinces côtières et les provinces limitrophes des Grands Lacs et du Saint-Laurent . Le transport maritime et la gestion des eaux de lest constituent ensemble la priorité nationale pour prévenir l'introduction de nouvelles espèces. Même si cette voie d'entrée constitue un risque moins direct pour des provinces comme l'Alberta et la Saskatchewan, la propagation des espèces envahissantes attribuable à la navigation de plaisance et commerciale, aux transferts d'eau entre ou à l'intérieur de bassins appartenant à des juridictions voisines, ou à l'aquariophilie, sont là des préoccupations plus importantes. La considération des différences de priorités entre les juridictions fait partie intégrante du plan canadien de lutte contre les espèces aquatiques envahissantes.

Les efforts visant à coordonner les textes législatifs et réglementaires qui portent sur les espèces aquatiques envahissantes en sont aux stades initiaux. Bien souvent, des mécanismes réglementaires de portée générale régissent l'introduction intentionnelle ou non de ces espèces, mais il reste à préciser qui sera chargé de faire appliquer la loi et si les ressources seront suffisantes. Les ministères et les paliers de compétence doivent concorder leurs lois et règlements pour que ces derniers donnent les résultats escomptés.

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