Plan d'action canadien de lutte contre les espèces aquatiques envahissantes
Groupe de travail sur les espèces aquatiques envahissantes du Conseil canadien des ministres des pêches et de l'aquaculture

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Table des matières

Introduction

De tous temps, les espèces de notre planète se sont déplacées, qu'il s'agisse d'organismes microscopiques comme les virus ou les bactéries, de plantes ou d'animaux de grande taille. Ces déplacements peuvent obéir à des processus naturels, comme les migrations et les phénomènes météorologiques. Toutefois, à cause de leurs activités sociales et économiques de par le monde, les êtres humains ont engendré beaucoup de déplacements artificiels. Au cours des dernières années, les progrès technologiques et l'augmentation des échanges commerciaux internationaux ont accru la dissémination intentionnelle ou fortuite d'espèces dans des habitats où elles ne sont pas indigènes, parfois avec des conséquences désastreuses.

Même si l'introduction délibérée d'espèces envahissantes permet parfois d'améliorer la qualité de vie – qu'on pense à la production alimentaire et à la lutte antiparasitaire biologique par exemple – le mauvais usage de certaines de ces espèces a eu de graves répercussions écologiques et économiques. Une fois que des espèces exotiques sont établies dans un nouvel habitat, elles peuvent rompre l'équilibre qui règne au sein de l'écosystème. Parfois, elles deviennent dominantes et altèrent le milieu de façon radicale et irréversible. Lorsque cela se produit, on dit que ces espèces sont envahissantes. Certaines, comme la moule zébrée, de réputation notoire, peuvent causer des dommages aux infrastructures évaluées à plusieurs millions de dollars par année . Les espèces exotiques envahissantes constituent une menace pour l'écologie locale, la santé humaine et l'économie. Selon des estimations prudentes, les pertes économiques et les coûts directs associés à seulement douze espèces pour lesquelles on dispose d'information publiée s'élèvent à 5,5 milliards de dollars au Canada . Aux États-Unis, les espèces envahissantes imposent un fardeau économique annuel estimé à 137 milliards de dollars . Selon l'Union mondiale pour la nature (UICN), les espèces exotiques envahissantes constituent la plus grande menace à la biodiversité après la disparition des habitats.

En 1992, les leaders mondiaux ont reconnu les dangers que posent les espèces exotiques envahissantes en ratifiant la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique. En réponse à la Convention, le Canada a élaboré la Stratégie canadienne de la biodiversité en 1995, qui reconnaît la nécessité de préserver la biodiversité et de promouvoir l'utilisation durable des ressources biologiques en améliorant nos connaissances, en adoptant des lois et des mesures incitatives et en instaurant d'autres mesures. Dans cette stratégie, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux se sont engagés à prendre tous les moyens nécessaires pour prévenir l'introduction d'espèces exotiques nuisibles et pour éliminer ou réduire leurs effets sur les écosystèmes .

En septembre 2001, les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux chargés des forêts, des pêches et de l'aquaculture, des espèces en péril et de la faune ont déclaré que les espèces exotiques envahissantes étaient un enjeu prioritaire et ont réclamé l'élaboration d'un plan canadien de lutte. Plus tard au cours de la même année, un atelier national a réuni de nombreux intervenants dans le but de déterminer l'approche fondamentale et les principes sous-jacents à ce plan.

Lors d'une rencontre en septembre 2002, les ministres ont approuvé un avant-projet de plan canadien. Ils ont également mis sur pied plusieurs groupes de travail pour examiner les questions liées aux espèces aquatiques, aux animaux terrestres, aux plantes terrestres, au leadership et à la coordination.

Le Groupe de travail sur les espèces aquatiques envahissantes, qui relève du Conseil canadien des ministres des pêches et de l'aquaculture (CCMPA), a été chargé de rédiger la partie du plan d'action canadien portant sur les espèces aquatiques. Il est constitué de représentants de Pêches et Océans Canada ainsi que de chaque province et de chaque territoire, et de conseillers spéciaux provenant de Transports Canada, d'Environnement Canada et du ministère de la Défense nationale. Outre la consultation d'un large spectre d'intervenants, l'élaboration de cette partie du plan d'action a comporté l'examen de nombreux rapports et autres documents en vue de la formulation des recommandations appropriées et de la proposition des mesures nécessaires.

L'introduction de nouvelles espèces peut être délibérée ou accidentelle, autorisée ou non. Le plan canadien porte sur les introductions non autorisées. Des procédures déjà établies par le Code national sur l'introduction et le transfert d'organismes aquatiques (voir l'encadré) régissent l'introduction d'espèces exotiques. On introduit délibérément de telles espèces à différentes fins, comme l'aquaculture, l'augmentation de stocks de poissons, la lutte biologique et la reconstitution de certaines communautés aquatiques présentant ce qu'on perçoit comme des besoins. Reconnaissant les avantages sociaux et économiques découlant de l'ensemencement et de l'aquaculture, le Code traite des préoccupations soulevées par les transferts effectués à ces fins, en prescrivant un processus normalisé d'évaluation des risques pouvant être utilisé par toutes les instances.

Le Code national sur l'introduction et le transfert d'organismes aquatiques a été élaboré par Pêches et Océans Canada ainsi que les provinces et les territoires à la demande du Conseil canadien des ministres des pêches et de l'aquaculture. Il énonce des normes d'évaluation des introductions et des transferts qui comprend un processus d'évaluation des risques pouvant être appliqué aux introductions et aux transferts de nouveaux organismes aquatiques d'une région ou d'un territoire de compétence à l'autre ou à l'intérieur de ceux ci. Chaque palier de compétence au Canada met le Code en application par le biais d'un comité provincial. Les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux ont approuvé le Code en 2001, donnant ainsi leur appui à son application dans tout le pays. On peut consulter le texte du Code sur Internet ici.

Plutôt que d'examiner chacune des centaines d'espèces indésirables qui se sont établies ou qui pourraient s'établir au Canada, l'approche la plus efficace consiste à gérer les voies (ou vecteurs) par lesquelles des espèces exotiques pénètrent dans les eaux canadiennes ou se propagent au pays. En consultation avec divers intervenants, le Groupe de travail a identifié sept voies principales: le transport maritime, la navigation de plaisance et commerciale, les appâts vivants, l'aquariophilie et les jardins d'eau, les poissons de consommation vivants, les introductions et les transferts non autorisés, ainsi que les canaux et les dérivations. Chaque voie est examinée en détail plus loin.

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