Plan d'action canadien de lutte contre les espèces aquatiques envahissantes
Groupe de travail sur les espèces aquatiques envahissantes du Conseil canadien des ministres des pêches et de l'aquaculture

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Sommaire

Des espèces aquatiques envahissent les eaux canadiennes depuis des siècles, mais le rythme de ces invasions n'a jamais été aussi rapide qu'aujourd'hui. Chaque décennie, environ 15 espèces exotiques s'établissent dans nos eaux côtières ou intérieures. Faute de prédateurs naturels, les plus agressives se propagent rapidement. Elles peuvent bouleverser l'écosystème au point de le rendre inhospitalier pour les espèces indigènes.

Les espèces envahissantes ont contribué au déclin, voire à la disparition, d'espèces de poissons indigènes et à l'effondrement de la pêche à l'échelle locale. Certaines, comme la moule zébrée, causent aux infrastructures des dommages évalués à plusieurs millions de dollars chaque année. Outre la perturbation des milieux naturels, les espèces envahissantes coûtent des milliards de dollars annuellement en pertes de revenus et en mesures de lutte. Or, comme d'autres espèces risquent d'entrer au pays, ces coûts ne feront qu'augmenter.

Le Canada possède 20 % des réserves mondiales d'eau douce et l'un des littoraux les plus longs, ce qui le rend particulièrement vulnérable. À cause du manque de sensibilisation à la nature et à l'ampleur de la menace jusqu'à ce jour, le respect des normes et de la réglementation visant à réduire les dommages est limité.

En 1992, les leaders mondiaux ont reconnu officiellement les dangers que posent les espèces envahissantes en ratifiant la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique. En réponse à la Convention, le Canada a élaboré la Stratégie canadienne de la biodiversité en 1995. En septembre 2001, les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux responsables des forêts, des pêches et de l'aquaculture, des espèces en danger de disparition et de la faune ont demandé qu'un plan canadien soit élaboré pour lutter contre toutes les espèces exotiques envahissantes. L'année suivante, ils ont approuvé une ébauche de ce plan. Le Conseil canadien des ministres des pêches et de l'aquaculture (CCMPA) a chargé le Groupe de travail sur les espèces aquatiques envahissantes de rédiger la partie du plan canadien portant sur les espèces aquatiques.

La meilleure façon de lutter contre les centaines d'espèces envahissantes qui s'établissent ou qui pourraient s'établir au Canada s'avère être la gestion des voies par lesquelles ces espèces entrent dans nos eaux ou s'y propagent. Dans le cas des espèces aquatiques, ces voies sont nombreuses : transport maritime, navigation de plaisance et commerciale, utilisation d'appâts vivants, aquariophilie et jardins d'eau, poissons de consommation vivants, introductions et transferts non autorisés, canaux et dérivations. Le plan ne touche pas les introductions autorisées (par le biais de l'aquaculture ou de l'ensemencement, par exemple), qui sont abordées dans le Code national sur l'introduction et le transfert d'organismes aquatiques.

La navigation maritime est considérée comme la plus importante voie d'entrée des espèces aquatiques envahissantes. En effet, l'eau de lest, dont les navires font provision dans des ports étrangers pour assurer leur stabilité et leur sécurité en mer, sont rejetées dans nos eaux avec des « passagers clandestins » : des espèces exotiques de toutes sortes, qu'il s'agisse de bactéries ou d'organismes de plus grande taille. Les autres voies, qui peuvent aussi favoriser l'introduction d'espèces envahissantes, permettent généralement la propagation d'espèces qui se sont déjà établies au Canada et ailleurs sur le continent.

Les mesures prises pour résoudre le problème soulèvent différentes questions. N'importe quelle espèce peut avoir des effets négatifs sur l'environnement, le commerce, la navigation maritime, l'utilisation des voies navigables à des fins récréatives, la pêche, la gestion des ressources naturelles, la santé humaine, etc. Un grand nombre d'administrations publiques et de ministères mènent des activités de prévention, de surveillance et de gestion, tout comme l'industrie, des organisations non gouvernementales (ONG), des peuples autochtones et d'autres intervenants. L'ampleur et la nature du problème, de même que les priorités d'intervention, varient de juridiction en juridiction.

Dans bien des cas, des lois et des règlements permettent de lutter contre les espèces envahissantes, mais leur application n'a pas toujours été adéquate. Certes, des mesures ont été prises pour conjurer des menaces particulières, mais on ne fait que commencer à déployer des efforts concertés à cette fin.

Le plan dont il est ici question a pour objectif ultime de réduire, et idéalement de stopper, l'introduction au Canada d'espèces aquatiques envahissantes et de réparer les dégâts causés par celles qui sont déjà établies. Il s'appuie sur les principes suivants : intégrer des considérations environnementales, sociales et économiques à la prise de décisions, établir des liens de collaboration avec tous les intervenants et recourir à des méthodes scientifiques pour évaluer le risque que présentent les espèces aquatiques envahissantes.

De toute évidence, la prévention de l'entrée au pays de nouvelles espèces nuisibles constitue la priorité et la façon la plus rentable de s'attaquer au problème. Car, une fois qu'une telle espèce est établie, les mesures d'intervention deviennent beaucoup plus complexes et coûteuses. Il est impératif d'examiner avec soin les outils dont on dispose pour gérer les espèces et ce, sur le plan de l'efficacité, des effets sur le reste de l'écosystème et des coûts, entre autres.

Certaines des mesures à prendre pour prévenir ou limiter l'entrée d'espèces nuisibles varient selon les voies d'entrée, mais la plupart sont applicables par les différents paliers de compétences à l'ensemble de ces voies ainsi qu'à une variété d'espèces et d'écosystèmes. Aux fins de l'élaboration du plan canadien, les interventions ont été divisées en quatre grandes catégories : législation, réglementation et leur application; gestion des risques; mobilisation des Canadiens, et recherche scientifique.

Étant donné l'ampleur du problème et les ressources humaines et financières limitées, il faut évaluer attentivement les priorités en ce qui touche la mise en œuvre des mesures. On peut obtenir certains résultats en utilisant les ressources existantes, mais l'urgence et l'étendue de la menace exigent le recours à de nouveaux moyens. La responsabilité générale de la mise en œuvre du plan canadien incombe aux gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Toutefois, pour y parvenir, il est impératif de faire participer l'industrie, les peuples autochtones, les ONG et tous les autres intervenants.

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