B : SURVEILLANCE

Surveillance aquatique au Canada : rapport de l'Équipe de surveillance de la mise en oeuvre

En 2006, l'Équipe de surveillance de la mise en oeuvre du renouveau du Secteur des sciences du MPO a publié Surveillance aquatique au Canada. Ce rapport est le fruit d'un vaste examen des programmes de surveillance aquatique visant à recenser les améliorations qui s'imposaient, les nouvelles exigences et les possibilités d'économies. On peut le consulter dans le site Web du Secrétariat canadien de consultation scientifique http://www.dfo-mpo.gc.ca/csas/Csas/Proceedings/2006/PRO2006_003_F.pdf

Des échantillons d’eau de l’Arctique sont prélevés à bord du NGCC Louis S. St-Laurent.

Des échantillons d'eau de l'Arctique sont prélevés à bord du NGCC Louis S. St-Laurent. Photo: © Paul Galipeau

La surveillance est à la base de tous les conseils scientifiques donnés par le MPO. Environ les deux tiers des 56 millions de dollars que le ministère consacre à la surveillance aquatique sont investis dans des activités qui favorisent la pêche et l'aquaculture durables. L'autre tiers est affecté à la préservation de la santé et de la productivité des écosystèmes aquatiques. Par ailleurs, les partenaires du MPO consacrent 30 millions de dollars à la surveillance, principalement des stocks de poissons sur la côte du Pacifique.

L'amélioration la plus importante à apporter aux activités de surveillance vise l'Arctique et la grande région boréale du Canada. Il y a peu de programmes de surveillance systématique de la santé des écosystèmes, particulièrement dans les zones littorales. La surveillance de l'habitat du poisson, des espèces envahissantes, des réseaux alimentaires, des espèces en péril, des initiatives de gestion intégrée, des zones de protection marine et des incidences anthropiques cumulatives laisse à désirer. La presque totalité de nos observations marines sont effectuées à partir de navires. Pourtant, le nombre de jours en mer a diminué de moitié et les coûts ont doublé ces vingt dernières années.

Par ailleurs, des améliorations s'imposent en ce qui touche l'accès à l'information et l'intégration. En fait, on ne renseigne pas suffisamment le public sur l'importance de la surveillance aquatique, qui permet de recueillir des données sur le réchauffement du climat, la perte de biodiversité et les espèces envahissantes. À l'heure actuelle, la surveillance aquatique fait appel à un ensemble d'initiatives régionales. Ensemble, ces initiatives jettent les bases de la mise en oeuvre d'un programme national de surveillance.

L'équipe a recensé de nouvelles exigences et de nouveaux domaines où il y a matière à amélioration :

  • On pourrait utiliser les nouvelles technologies, comme les drogues à courant automatisées, pour la collecte de données océanographiques (propriétés physiques et chimiques), afin de réduire la demande et le coût des navires. La flotte du gouvernement du Canada pourrait aussi accroître ses activités de surveillance si elle était dotée d'instruments de collecte de données convenables.
  • On pourrait élargir les partenariats. La surveillance, par contre, est un investissement à long terme, et le rôle des organismes de bienfaisance, des universitaires et des gouvernements doit être clair. L'échantillonnage des pêches est un domaine dans lequel on pourrait établir davantage de partenariats.
  • Les protocoles en matière d'acquisition, d'archivage et de récupération des données sont actuellement améliorés
  • On envisage d'instaurer un processus uniforme d'établissement de rapports sur les écosystèmes aquatiques à l'échelle du pays, ainsi que des fiches de rendement qui permettraient de déterminer comment améliorer la surveillance et les connaissances.
  • On établit actuellement un engagement clair à l'égard d'un programme national de surveillance, afin de protéger l'investissement futur dans le domaine.
  • Il faut sensibiliser davantage les ministères à vocation scientifique aux activités de surveillance. Dernièrement, l'accent a été mis sur l'innovation, l'excellence, la créativité et les nouvelles technologies, mais on pourrait prétendre que ces thèmes relèvent plutôt des universités, tandis que l'état de l'environnement du Canada relève des ministères fédéraux à vocation scientifique et technologique. Un programme de surveillance aquatique à grande visibilité permettrait de réaliser cet objectif.

L'Équipe a recommandé d'établir un programme national de surveillance aquatique bien défini et intégré. Le Programme de monitorage de la zone atlantique et les liens entre celui-ci et le Service des données sur le milieu marin constituent un bon modèle.

Un programme de surveillance modèle

En 1998, le MPO a mis en place dans les cinq provinces de l'Atlantique le Programme de monitorage de la zone atlantique (PMZA) pour déterminer et comprendre les causes de la variabilité océanique dans cette zone. Le PMZA comprend un échantillonnage saisonnier le long de 13 transects pour surveiller des variables physiques (température, salinité), chimiques (nitrate, nitrite, phosphate, silicate, oxygène) et biologiques (fluorescence, chlorophylle a); un échantillonnage plus fréquent à six stations fixes pour surveiller ces mêmes variables; le prélèvement d'échantillons uniques pour surveiller ces mêmes variables à plus de 1 000 endroits dans le cadre de relevés plurispécifiques au chalut; la télédétection de la température à la surface de la mer, de la couleur de l'océan et de la productivité primaire; ainsi que l'utilisation de données provenant des transects EPC établis sur le plateau néo-écossais et dans l'Atlantique Ouest; la surveillance du niveau de la mer à neuf endroits; le réseau de surveillance à long terme de la température des eaux côtières; la surveillance des algues nuisibles; et les données météorologiques d'Environnement Canada. Toutes les données sont validées et archivées, puis mises à la disposition du public dans le site Web du MPO http://www.meds-sdmm.dfo-mpo.gc.ca/isdm-gdsi/azmp-pmza/index-fra.html

Surveillance dans le nord du Canada

Depuis des dizaines d'années, les scientifiques recueillent de précieuses données sur des emplacements précis dans l'Arctique grâce aux programmes de recherche du MPO sur la région. En 2006-2007, le Secteur des sciences a réalisé des progrès importants dans l'établissement d'un programme de surveillance aquatique vaste et soutenu s'inspirant du Programme de monitorage de la zone atlantique du MPO. En haute mer, le Ministère participe à différents programmes de surveillance de facteurs tels que l'épaisseur de la glace, les conditions océanographiques et d'autres indicateurs climatiques.

Une entente de cogestion unique en son genre dans l'Arctique canadien conclue en vertu d'accords sur des revendications territoriales a permis de créer des programmes d'échantillonnage des ressources dans la collectivité. Des résidents locaux, notamment des jeunes et des aînés, participent aux collectes de base pour atteindre les objectifs communs des populations locales, des gestionnaires de ressources et du milieu scientifique dans son ensemble. Il s'agit d'un programme rentable exécuté de façon uniforme pour recueillir des variables de base au fil du temps, notamment prélever des échantillons de tissus de mammifères marins sur les prises locales, déterminer les paramètres biologiques de base grâce aux activités de subsistance, à la pêche et aux observations fondamentales des changements aux écosystèmes aquatiques dulcicoles et marins où ils vivent.

La recherche sur la gestion des ressources aquatiques repose sur les relevés de mammifères marins ainsi que sur la collecte d'observations dans la collectivité et le prélèvement d'échantillons de tissus aux endroits stratégiques des régions est et ouest de l'Arctique. Ces programmes constituent un rouage important de la détection des changements dans l'écosystème et de l'orientation de projets de recherche visant expressément à répondre aux besoins des utilisateurs des ressources locales. On a aussi mis en place dans la collectivité des programmes d'échantillonnage dans les lacs intérieurs, rivières et fleuves importants pour les pêches locales et dans les zones de mise en valeur intense des ressources. Tous les programmes profitent du resserrement des liens et de la compréhension d'objectifs communs en fonction de différents scénarios de changement climatique et des environnements qui se modifient rapidement dans l'Arctique.

Nombreux avantages de la modélisation des océans et des applications axées sur l'écosystème

Guoqi Han dirige une équipe de spécialistes qui modélisent les courants océaniques. Pour compléter le Programme de monitorage de la zone atlantique du MPO, explorer l'incidence de la circulation et de l'hydrographie océaniques sur la biologie et les pêches et bénéficier des activités d'exploration des hydrocarbures extracôtiers, M. Han et son équipe de chercheurs ont mis au point une série de modèles de pointe pour la circulation et la dispersion océaniques au large de Terre- Neuve-et-Labrador. Pour la première fois, les solutions types ont permis d'établir des champs de courants, de température, de salinité et de turbulence haute résolution sous forme de moyennes mensuelles fondées sur des observations et dynamiquement compatibles pour le plateau et le talus de Terre-Neuve et du Labrador. Ils ont été validés rigoureusement en fonction des données historiques de mesure des courants, de données recueillies au moyen d'un profileur de courant à effet Doppler embarqué et de données de trajectoire obtenues par satellite.

Les travaux de M. Han, qui illustrent l'approche axée sur l'écosystème, présentent de nombreux avantages sur le plan de la gestion. L'étude fait grandement progresser les connaissances sur la variabilité saisonnière et interannuelle du courant du Labrador, sur les changements observés perpendiculairement au plateau continental et le long de ce plateau ainsi que sur son mécanisme de forçage. On a utilisé des champs de courant modèles pour concevoir des installations de forage en mer, évaluer des ressources marines renouvelables et mettre en oeuvre un système d'information géographique pour les pêches. La circulation et l'hydrographie peuvent influer sur la productivité biologique et halieutique et même parfois la déterminer. Ces champs ont aussi aidé à quantifier les échelles de temps caractéristiques importantes sur le plan biologique pour l'écosystème du cap Flemish.

Les chercheurs ont évalué de nouvelles zones d'échange d'eau de ballast au large de l'île de Terre-Neuve et recommandé de les utiliser sur la base des solutions modèles en matière de circulation et de turbulence. Ils ont procédé à des simulations au moyen de modèles pour clarifier les échanges de zooplancton perpendiculairement au plateau continental après l'hivernage sur le talus du Labrador. Les champs de circulation modèles ont été utiles pour expliquer le recrutement et l'abondance de la merluche blanche sur le Grand Banc et la propagation de la maladie du crabe des neiges sur le nord-est du plateau continental de Terre-Neuve.

Surveillance des eaux canadiennes à partir de l'espace

Grâce à l'Agence spatiale canadienne, les chercheurs du MPO ont accès aux données recueillies par le spectromètre MERIS à bord du satellite européen Envisat. Un projet piloté par Jim Gower de l'Institut des sciences de la mer utilise cet appareil pour détecter les proliférations planctoniques dans les eaux côtières de l'Ouest canadien et distinguer les différents groupes d'espèces (coccolithophores, diatomées, algues bleu-vert, etc.). Les données MERIS sont utilisées pour produire des images à la fois des eaux du large et des bras de mer étroits près des côtes où sont situées les piscicultures. On estime que les proliférations d'algues nuisibles, aussi appelées « marée rouge» font perdre plusieurs millions de dollars par an à l'industrie aquacole.

Fort heureusement, la recherche sur l'utilisation des données de radiance recueillies par des instruments optiques a aussi permis de détecter des filières de sargasses flottantes dans l'ouest du golfe du Mexique. C'était la première fois que l'on observait ce type d'algues par satellite, même si des observateurs ont signalé à maintes reprises, depuis l'époque de Christophe Colomb et même plus tôt, que ces algues couvraient de grandes zones de l'océan Atlantique dans la mer des Sargasses. La recherche a aussi permis de détecter dans l'Antarctique de la glace qui semble colorée par une forte concentration d'algues, formant ainsi un type de prolifération que les observateurs des années 1970 nommaient « superprolifération » en raison de sa forte densité de phytoplancton.

La détection des proliférations ainsi que les observations de sargasses et d'algues dans la glace ont d'autant plus d'importance que les travaux de Jim Gower et de ses collègues proposent de nouveaux outils pour la surveillance de la productivité primaire de l'océan – qui est un facteur de la prévision du changement climatique. La production marine primaire est le processus par lequel les végétaux flottants, comme le phytoplancton et les algues, absorbent le dioxyde de carbone atmosphérique par photosynthèse et le convertissent en carbone organique. En absorbant la moitié du dioxyde de carbone libéré dans l'atmosphère, les océans ont une grande incidence sur le climat et c'est pourquoi ceux qui établissent les modèles climatiques s'y intéressent de près. Sur le plan technique, les travaux confirment l'importance de la bande de 709 nm du spectromètre MERIS, qui n'est pas comprise dans les instruments de satellite similaires actuels ou prévus.

Les proliférations massives d’algues

Les proliférations massives d'algues dans les régions côtières peuvent se révéler nuisibles ou toxiques pour les humains et la vie marine. Il était autrefois difficile de détecter les proliférations d'algues nuisibles, aussi appelées « marée rouge », au moyen de la technologie de télédétection servant au décodage de données satellitaires sur la couleur de l'océan, parce que la concentration de matières organiques et inorganiques est particulièrement élevée dans les eaux côtières. Les substances organiques et inorganiques présentes dans l'océan créent une fluorescence – elles émettent de la lumière d'une longueur d'ondes lorsqu'elles sont exposées à la lumière d'une autre longueur d'onde. L'imagerie par fluorescence faisant appel au spectromètre imageur MERIS (Medium Resolution Imaging Spectrometer) est avantageuse, car les scientifiques peuvent utiliser des bandes passantes lumineuses bien précises pour mesurer la concentration maximale de chlorophylle par zone (MCI – image de gauche) et déterminer l'intensité de la fluorescence de la chlorophylle (FLH – image de droite).
Ces deux images montrent que le spectromètre MERIS a détecté une prolifération d'algues nuisibles formant à la surface une dense marée rouge au large de la côte ouest de l'Amérique du Nord en juin 2007. Cette prolifération massive d'algues, la plus vaste jamais observée jusque-là, s'est produite parmi des proliférations vert vif détectées par d'autres capteurs de la couleur de l'océan et attribuées à des coccolithophores – organismes unicellulaires qui ne sont généralement pas nuisibles. Le plus excitant, c'est que le spectromètre MERIS a permis aux scientifiques d'observer pour la première fois la marée rouge à partir de l'espace.

Le spectromètre MERIS et l'étude de la marée rouge

On utilise aussi les données MERIS dans le sudouest du Nouveau-Brunswick, où le personnel de la Division des sciences océaniques (DSO) et de la Division de la recherche écologique (DRE) de l'Institut océanographique de Bedford et de la Station biologique de St. Andrews collabore dans l'utilisation de la télédétection pour l'étude des proliférations d'algues toxiques.

Ce n'est pas d'hier que l'on observe de la marée rouge dans la baie de Fundy, mais il n'est pas possible de prédire son apparition ni sa durée. Grâce aux données MERIS, les chercheurs espèrent élaborer le premier algorithme pour détecter à distance une espèce en particulier, soit Alexandrium, phytoplancton responsable de la marée rouge. Les données MERIS permettent aux chercheurs d'associer des images satellites multispectrales avec des mesures du nombre de cellules, des propriétés optiques et la composition granulométrique de la colonne d'eau au cours de la prolifération d'Alexandrium de cette année. La marée rouge se produit dans les eaux côtières. Ainsi, la présence de sédiments complique l'élaboration d'algorithmes de télédétection, car la quantité et la composition granulométrique influent sur la réflectance.

Au cours de la prolifération, Gary Bugden de la DSO ainsi que Ed Horne et Brent Law de la DRE mesurent les propriétés de la colonne d'eau. Ils déploient un analyseur de granulométrie laser sur place ainsi qu'une caméra numérique de silhouettage du floc pour déterminer la granulométrie complète des particules en suspension. Par ailleurs, Jennifer Martin de la Station biologique de St. Andrews mesure les propriétés optiques et les pigments végétaux et dénombre les cellules. Cette expérience marque l'une des premières fois où l'on mesure la granulométrie et les autres détails des matières particulaires en suspension en même temps que les pigments végétaux et le nombre de cellules. Il est à espérer que ces données complémentaires aideront à élaborer enfin un algorithme ciblant une espèce en particulier.

Changements considérables dans la composition de l'écosystème du sud du golfe du Saint-Laurent observés grâce à la surveillance à long terme

Depuis 1971, les relevés au chalut de fond plurispécifiques normalisés effectués chaque année ont permis de vérifier l'abondance des principales ressources de poisson de fond dans le sud du golfe du Saint-Laurent. Cette série de données à long terme est devenue un outil inestimable pour surveiller les changements au fil du temps concernant l'abondance et la composition d'espèces et par le fait même la santé globale de l'écosystème du sud du golfe.

La composition des espèces suit un flux constant pour la série chronologique de 36 ans. La population de gros poissons démersaux a diminué et ils sont peu abondants depuis le début des années 1990. En revanche, de petits poissons fourrage et de nombreux macroinvertébrés non exploités dont la population a augmenté sont devenus très abondants dans les années 1990. La modification de la composition biogéographique des populations de poisson donne à penser que le changement climatique a une incidence sur la composition des espèces. Par exemple, l'abondance accrue des espèces de l'Arctique au milieu et à la fin des années 1990 reflète probablement l'eau froide du fond au cours de cette décennie. Toutefois, les effets directs et indirects de la pêche semblent aussi une cause importante à l'origine de ces changements dans la composition des espèces. Ces données demeurent une précieuse mine de renseignements pour les chercheurs et le Secteur des sciences du MPO continuera de les mettre à profit de façon ingénieuse.

Mise en place d'un réseau de bouées acoustiques satellitaires pour la localisation en temps réel des baleines dans le Saint-Laurent

Un réseau intégré de bouées acoustiques intelligentes a été mis en place pour détecter, identifier et localiser les baleines en temps réel dans leur environnement et communiquer l'information recueillie à des stations situées sur terre ou à des navires par satellite ou Internet ou encore au moyen d'un système de communication sur fréquences radio. On peut utiliser ce réseau de bouées portatives peu coûteuses comme observatoire des mammifères marins pour mesurer les vocalises d'un animal dans un continuum d'espacetemps dans de grands bassins ou comme système d'avertissement pour mieux protéger les baleines sur les routes navales ou autour de plateformes mobiles ou fixes au cours d'activités menaçantes de haut niveau acoustique. Le réseau de bouées, qui s'adapte facilement à différentes tâches, a été conçu en prévision des développements futurs. Il est possible de le déployer en dérive, mais aussi de l'ancrer sur le fond marin ou sur un couvert de glace. Les premiers essais en mer ont été effectués en août 2006 dans le Saint-Laurent. On peut en apprendre davantage dans le site Web de l'Université du Québec à Rimouski http://www.uqar.ca/uqar-info/010407/Bouees_YSimard.asp

Bouées acoustiques

Des bouées acoustiques sont prêtes à être déployées pour détecter des mammifères marins dans le Saint-Laurent.

Espèces aquatiques envahissantes dans les Grands Lacs

Des activités de surveillance ciblant les espèces aquatiques envahissantes dans les Grands Lacs ont été réalisées en 2006 dans la rivière St. Marys (lac Huron) et le port de Hamilton (lac Ontario). Des relevés étaient prévus dans les secteurs préoccupants des Grands Lacs pour compléter les études en cours sur le poisson (pêche à l'électricité) et les invertébrés à l'appui de l'engagement du MPO à l'égard de l'Accord relatif à la qualité de l'eau dans les Grands Lacs. Selon la définition figurant dans cet accord canado-américain, un secteur préoccupant est « un secteur géographique qui ne répond pas aux objectifs généraux ou spécifiques de l'Accord, ce qui fait que son utilisation ou que sa capacité de servir d'habitat aux organismes aquatiques est diminuée ou est susceptible de l'être ». Les deux administrations fédérales ont répertorié 43 secteurs préoccupants, soit 26 dans les eaux américaines et 17 dans les eaux canadiennes; sur ce nombre, 5 secteurs se trouvent de part et d'autre de la frontière dans des réseaux hydrographiques reliés. Deux des 43 secteurs préoccupants recensés à l'origine ont été retirés de la liste.

Dans le cadre du projet des espèces aquatiques envahissantes dirigé par Christine Brousseau, Tom Pratt et Lisa O'Connor, du Secteur des sciences du MPO, les chercheurs ont évalué plusieurs types d'engins de pêche en comparant leur efficacité avec celle de la pêche à l'électricité pour ce qui est de détecter de nouvelles espèces dans les eaux côtières des Grands Lacs. Les résultats montrent qu'un protocole de relevé s'impose pour les engins multiples en raison de la diversité des habitats observés (zones côtières, ports, fleuves, rivières et cours d'eau reliant des lacs). On a capturé cinq espèces envahissantes dans la rivière St. Marys et huit dans le port de Hamilton, notamment le rotengle (Scardinius erythrophthalmus); le buffalo à grande bouche (Ictiobus cyprinellus), espèce en péril; et deux espèces de poisson non consignées auparavant. En collaboration avec Mohi Munawar, le personnel du Secteur des sciences du MPO a aussi surveillé les niveaux trophiques inférieurs (plancton et benthos) dans le port de Hamilton et on traite actuellement les échantillons prélevés. Les résultats seront mis à profit dans la conception et la mise en oeuvre d'un programme de surveillance des espèces aquatiques envahissantes en 2007 et par la suite.

Surveillance et évaluation du poisson de fond en Colombie-Britannique

On a souvent tenté d'effectuer des relevés halieutiques des espèces de poisson de fond sur la côte de la Colombie-Britannique au fil des ans : la MPO en a entrepris environ 680 dans la Région du Pacifique au cours des 60 dernières années. Les premiers relevés, réalisés pendant les années 1940 et 1950, étaient surtout de nature exploratoire et visaient principalement à découvrir de nouveaux lieux de pêche. Au cours des années 1980 et 1990, les relevés, financés exclusivement par le gouvernement fédéral, s'attachaient à évaluer les effets des pêches commerciales sur l'abondance des espèces de poissons de fond.

Le chalutage du poisson de fond sur la côte du Pacifique donne lieu à la capture de plus de 200 espèces, mais on n'en a évalué qu'une vingtaine jusqu'à présent. Une nouvelle approche s'imposait pour répondre aux exigences plus complexes en matière d'évaluation et accroître l'efficience compte tenu des ressources limitées. En 2003, les scientifiques de la Station biologique du Pacifique ont élaboré pour les relevés plurispécifiques un plan d'action couvrant toutes les zones de la côte du Pacifique et prévoyant un relevé de chacune d'elles tous les deux ans. La plus grande partie du financement nécessaire pour ces travaux a été assurée conjointement par l'industrie de la pêche commerciale, le MPO et les intervenants qui ont aidé à concevoir les relevés et qui y ont participé. Les relevés ont été conçus de manière à satisfaire aux exigences de la gestion des pêches, à donner suite aux recommandations formulées à l'issue du récent examen d'évaluation des stocks, à appuyer les dispositions de la Loi sur les espèces en péril et à favoriser une approche de l'évaluation des stocks axée sur les écosystèmes.

Des employés du MPO font des prélèvements et entrent des données

Les relevés plurispécifiques permettent de recueillir des données importantes pour la science des écosystèmes. Des employés du MPO font des prélèvements et entrent des données pour un relevé plurispécifique dans le golfe du Saint-Laurent en 2006.

Les auteurs d'un rapport rédigé en 2006 (Stanley et coll. 2007) ont évalué les résultats, les coûts et les attentes se rapportant aux relevés. Ils ont utilisé un simulateur afin de vérifier l'exactitude des relevés effectués pour suivre les populations de poisson au fil du temps et explorer le ratio coût-efficacité de la conception actuelle des relevés. D'après les résultats de l'analyse des données pour une quarantaine d'espèces, les relevés ont permis dans la plupart des cas d'assurer un suivi adéquat ou excellent; par ailleurs, la configuration et la fréquence actuelle des relevés présentaient le meilleur ratio coûtefficacité. Avant les relevés de 2009, la conception des relevés sera réexaminée lorsque l'on aura accès à de nouvelles données. On peut en apprendre davantage en consultant « A Review of the Queen Charlotte Sound Groundfish Bottom Trawl Survey (2003-2005) » dans Canadian Technical Report of Fisheries and Aquatic Sciences, 2709, viii + 59 p.

Développement de nouvelles technologies pour les relevés visuels des sébastes

Pour observer et évaluer les nombreuses espèces de sébastes démersales sur la côte canadienne du Pacifique, les chercheurs du MPO se heurtent à des défis inédits, particulièrement pour les relevés sur fond dur dans des eaux moyennement ou très profondes (de 20 à 200 mètres). Les méthodes acoustiques et les techniques de relevé traditionnelles ne constituent pas des outils de prélèvement efficaces pour étudier les poissons qui vivent dans des zones accidentées ou à proximité. Les submersibles habités et les véhicules télécommandés équipés d'appareils photo sous-marins figurent parmi les outils de relevé de prédilection pour les biologistes. Les données visuelles peuvent fournir de l'information sur l'abondance, les interactions entre les espèces et le comportement des poissons, mais les observations se limitent à quelques mètres – autrement, elles pourraient induire en erreur, car les poissons évitent de s'approcher du véhicule.

Sébaste

Sébaste capté par une caméra embarquée sur un véhicule télécommandé ROV

À la Station biologique du Pacifique, la section de la technologie appliquée a proposé de jumeler la technologie éprouvée du sonar DIDSON (Dual-Frequency IDentification SONar) et des appareils photo sous-marins pour accroître la portée de la détectabilité de la cible et surveiller le comportement des poissons en réaction au véhicule télécommandé qui s'approche. De longues heures de travail de l'équipe technique spécialisée dans l'atelier d'électronique et à quai ainsi que les manoeuvres minutieuses du NGCC Vector au cours des relevés ont permis de tracer avec succès 33 transects. L'analyse préliminaire des images DIDSON montre que les sébastes n'ont guère de réaction à l'approche du véhicule télécommandé – et que les autres espèces l'évitent.

L'équipage scientifique, composé de dix membres de la Station biologique du Pacifique et d'un de l'Institut océanographique de Bedford, à Halifax, a profité de l'occasion pour tester les modes et techniques de relevé faisant appel au véhicule télécommandé et recevoir une formation sur le pilotage de ce type de véhicule. Des travaux supplémentaires sont prévus pour évaluer plus en détail le système DIDSON afin de déterminer s'il s'agit d'un bon outil pour vérifier et mesurer la taille des cibles observées.