Une journée dans la vie de l'équipage d'un navire de la GCC – recherche et sauvetage de Sergey Ananov

Le pilote russe Sergey Ananov effectuait un vol en solo autour du globe lorsque son hélicoptère léger est tombé en panne et a plongé dans les eaux arctiques glacées du détroit de Davis. Son histoire poignante de la survie est devenue un triomphe canadien lorsque la Garde côtière est arrivée pour le sauver. Après avoir réussi à grimper sur un radeau de sauvetage et à enfiler une combinaison de survie, le pilote s'est réfugié sur un floe, où il est resté éveillé pendant 32 heures dans l'espoir que quelqu'un vienne à son secours. En attendant d'être secouru, il a vu des ours polaires de très près, il a combattu un froid hivernal insupportable, et il a envoyé des fusées de détresse dans un ciel désespérément nuageux.

Heureusement pour Ananov, les braves hommes et femmes de la Garde côtière canadienne ont été informés de la situation peu de temps après la disparition de son hélicoptère de la portée des radars, quelque part entre l'île de Baffin et le Groenland. L'équipage du brise-glace NGCC Pierre Radisson a entrepris une mission de recherche et sauvetage le matin du 25 juillet, agissant rapidement et avec détermination pour retrouver le pilote dans les eaux froides du détroit de Davis.

Ananov a survécu pour raconter l'histoire de son sauvetage spectaculaire, et l'équipage du NGCC Pierre Radisson s’est montré à la hauteur de la devise de la Garde côtière canadienne : « Sécurité d'abord, service constant ».

Le journal du capitaine, ci-après, décrit cette extraordinaire histoire de sauvetage en détails très précis.


Journal du capitaine, 25-26 juillet 2015

Stéphane Julien, commandant, et Nicolas Roy, premier lieutenant, du NGCC Pierre Radisson

25 juillet 2015, 15:00 HNE

NGCC Pierre Radisson

Le NGCC Pierre Radisson a reçu le premier appel du Centre conjoint de coordination de sauvetage (JRCC) d’Halifax l’informant qu’un hélicoptère de type Robinson R22 était rapporté en retard lors d’un vol prévu d’Iqaluit à Nuuk au Groenland. L’appel signalait une personne à bord – un citoyen russe du nom de Sergey Ananov – et la dernière position connue de son aéronef, soit dans le Détroit de Davis à environ 290 milles nautiques (530 km) du Radisson. Mais au moment de l’appel urgent, le brise-glace  était le seul navire dans le secteur de la baie Frobisher et il avait sous escorte le cargo Anna Desgagnés. Les conditions de glace étaient difficiles et il était impossible de suspendre l’escorte sans mettre en danger le cargo. Il fallait poursuivre jusqu’à ce que l’Anna Desgagnés soit en eaux sécuritaires.

25 juillet 2015, 18:00 HNE

Le convoi atteint les eaux libres de glace. Immédiatement, l’Anna Desgagnés a été libéré et il a poursuivi sa route seul vers Iqaluit. Le Pierre Radisson a fait demi-tour pour se rendre dans le secteur des recherches. Il fallait cependant traverser de nouveau l’étendue de glace qui représentait de nombreuses difficultés, même pour un brise-glace comme le Pierre Radisson. Nous ne pouvions aller à pleine vitesse sans l’endommager. Une fois en eaux libres de glaces, les six moteurs ont été mis en avant toute, ce qui lui donna une vitesse de 16,5 nœuds (30 km/h). Le plan de navigation a été établi de façon à contourner la banquise de glace et ainsi diminuer le temps de transit.

26 juillet 2015, aube

helicopter

Au fil de plusieurs échanges avec le JRCC d’Halifax, un plan de recherche a été établi en tenant compte de la dérive probable de l’aéronef ou de la personne. Comme les recherches pouvaient durer plusieurs jours, un horaire des vigies fut établi. L’équipe de pont exerce normalement cette responsabilité, mais pour une telle durée de recherche elle ne pouvait suffire à la tâche. Plusieurs personnes des secteurs machines et logistique se portèrent volontaires pour effectuer de la vigie à la timonerie aux heures qui conviendraient. Tous avaient à cœur de retrouver cette personne rapidement et surtout vivante.

26 juillet 2015, 19:00 HNE

Le Pierre Radisson est arrivé sur les lieux. En constatant les conditions locales de vent, de glace et de visibilité, le plan de recherche fut ajusté. Les officiers de navigation ont rapidement projeté sur la carte électronique un nouveau patron de recherche. Des vigies se trouvaient de chaque côté de la timonerie, en plus du personnel de quart et d’autres membres de l’effectif qui étaient venus porter main forte. La visibilité réduite d’un quart-mille (.4 km) à un demi-mille (8km) ainsi que la glace ne rendaient pas la recherche facile. Nous ne pouvions aller rapidement et couvrir une grande surface. La chance devait jouer avec nous. La tension était palpable, le temps pressait. Notre homme était en détresse depuis plus de 30 heures.

26 juillet 2015, 21:15 HNE

Team

Et l’improbable se produisit. Le brouillard s’est levé et la visibilité est devenue illimitée. Un superbe coucher de soleil nous accompagnait. Le JRCC d’Halifax fut avisé de la situation, et du renfort demandé. Malheureusement, aucun des deux aéronefs militaires au sol à Iqaluit n’était en mesure de participer aux recherches avant le lendemain matin. Le pilote de l’hélicoptère GC-366 du Pierre Radisson fut d’accord pour tenter une envolée. Le pont d’envol fut préparé rapidement et l’hélicoptère était dans les airs avec deux observateurs en plus du pilote. Une place était gardée inoccupée au cas où…

26 juillet 2015, 22:02 HNE

L’hélicoptère GC-366 patrouillait dans le secteur de la dernière position connue alors que le Pierre Radisson était dans le secteur de la dérive estimée, quelques milles plus loin. Le contact radio et visuel était maintenu entre l’hélicoptère et le navire.

26 juillet 2015, 22:32 HNE

La troisième lieutenante du navire aperçut du coin de l’œil un feu rouge à la surface de la glace, à quelques milles du navire. Un relèvement compas fut rapidement pris, la route du navire modifiée et l’hélicoptère GC-366 avisé.

En seulement quatre minutes, le personnel à bord de l’hélicoptère localisa le rescapé sur la glace, bien vivant, marchant et faisant de grands signes. Lorsqu’ils annoncèrent la nouvelle, des cris de joie furent lancés par tout le personnel à la timonerie. Des cris de joie qui aurait rendu jaloux des partisans des Canadiens lors d’un but gagnant en finale de la coupe Stanley. On ouvrit la porte arrière et lui fit signe d’embarquer.  Au moment où il toucha l’hélicoptère, il prit une pause pour quelques secondes sans rien dire, les yeux un peu hagards, juste le temps de bien comprendre qu’il était maintenant sain et sauf.

26 juillet 2015, 22:45 HNE

Radisson crew
De gauche à droite: Jonathan Fontaine, mécanicien
d'hélicoptère; Lucie Lefrançois, chef officier; Michel Dubé,
pilote d'hélicoptère; Sergey Ananov

Sergey Ananov posa le pied sur le pont du Pierre Radisson. À notre grand étonnement, il était en bonne forme. Une panne mécanique avait causé un amerrissage forcé, il avait dû sortir son radeau de sauvetage alors que l’hélicoptère coulait. Son habit d’immersion n’était pas complètement revêtu et il a nagé jusqu’au morceau de glace le plus proche. Détrempé, il a survécu en s’abritant sous son radeau et en mangeant les rations. Il a eu la visite de trois ours polaires qu’il a effrayés en criant et en gesticulant comme un forcené. Il a entendu des avions qui passaient au-dessus de lui sans le voir. Et malgré tout ça, il est arrivé à bord sur ses pieds, avec un bon moral.

C’est ce qu’on appelle un exemple de survie!

Quant à nous, l’équipage du Radisson, nous avons dormi ce soir-là avec un puissant sentiment du devoir accompli et une certaine fierté. Car dans notre métier, rien ne surpasse une vie sauvée. C’est la récompense ultime.


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