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Impacts des droits de récolte dans les pêcheries canadiennes du Pacifique

ANALYSES

Dans un jeu efficace et stable des pêcheurs axé sur la coopération, les « joueurs » devraient s'efforcer de maximiser le produit économique net de la pêcherie dans le temps tout en négociant la répartition de ce produit. Nous consultons maintenant les données disponibles afin de déterminer la preuve, le cas échéant, qu'on peut obtenir à savoir si les jeux axés sur la coopération des pêcheurs produisent ou non les résultats souhaités et, de ce fait, si on a éliminé ou non les conséquences destructrices des jeux concurrentiels axés sur le dilemme du prisonnier avant les QIT.

Figure 1. Durée de la saison de la pêche au flétan du Pacifique : 1980-2005

Diagramme à barres montrant la durée de la saison de la pêche au flétan du Pacifique de 1980 à 2005. La durée de la saison a vue une diminution graduelle de 1980 à 1990, passant de 75 jours à seulement 6 jours. De 1991 à 2005, la durée de la saison a passé a 250 jours et s'est maintenue constante.

Tableau 4. Dépassement/déficit du TAC dans le domaine de la pêche au flétan du Pacifique : 1988-2005
Année Prises (tonnes) TAC (tonnes) Dépassement/déficit
du TAC (tonnes)
1988 5 866 5 749 117
1989 4 659 4 564 95
1990 3 783 3 555 228
1991 3 241 3 364 -123
1992 3 441 3 636 -195
1993 4 796 4 836 -40
1994 4 498 4 564 -66
1995 4 320 4 387 -67
1996 4 321 4 379 -58
1997 5 601 5 719 -118
1998 5 859 5 924 -65
1999 5 552 5 554 -2
2000 4 832 4 884 -53
2001 4 638 4 819 -180
2002 5 448 5 510 -62
2003 5 328 5 397 -69
2004 5 494 5 768 -275
2005 5 568 5 700 -132
Figure 2. Flétan du Pacifique: Nombre de bateaux actifs

Diagramme à barres montrant le nombre de bateaux actifs pour la pêche du flétan du pacifique de 1980 à 2005. Le nombre de bateaux actif a vu une diminution constante de 1980 à 2005 en passant de 325 en 1980 à 275 en 2005.

Puisque le programme de QIT intégré est en place depuis très peu, il est impossible d'évaluer ce volet de l'histoire des pêches régies par les QIT. Ainsi, la quête d'évidence se déroulera nécessairement au niveau d'une pêcherie à la fois, jusqu'à ce qu'on adopte le programme intégré. Il ne surprend aucunement que les expériences dans le domaine du flétan du Pacifique et de la morue charbonnière sont bien plus faciles à évaluer que dans le cas du chalutage du poisson de fond.

En s'adressant en premier lieu au flétan du Pacifique, on se rappellera qu'au cours des années ayant mené à l'adoption du programme de QI, la pêche se caractérisait par une capacité excessive, des saisons de plus en plus écourtées, des dépassements chroniques du TAC et la détresse économique. Voyons maintenant le tableau 4 et les figures 1 et 2.

Les dépassements chroniques (d'après les prises déclarées) sont disparus après l'adoption des QI. La baisse constante du nombre de bateaux actifs est encourageante. La saison dramatiquement plus longue, jusqu'au maximum de la CIFP, et le fait qu'elle soit demeurée égale ou très près de ce maximum depuis ce temps, sont des éléments particulièrement frappants.

On ne connaît pas les données détaillées sur les coûts de l'industrie, de sorte qu'il est impossible d'estimer les bénéfices de l'industrie dans le temps. La valeur marchande des quotas dans le temps est cependant disponible. Puisque les pêcheurs voient ces quotas comme étant implicitement à long terme, ces valeurs reflèteront, si les pêcheurs sont rationnels, malgré qu'un tel reflet soit imparfait, la perception, qu'on entretient dans le marché, du rendement économique net de la pêcherie dans le temps. Voyons maintenant le tableau 5 dans lequel on présente les quotas de flétan en dollars constants de 2005, ainsi que la figure 3 où l'on présente la tendance sous forme graphique.

Figure 3. Flétan du Pacifique : Valeur des quotas et tendance

Diagramme à barres montrant la valeur des quotas du flétan du pacifique de 1990 à 2005. La tendance a augmenté graduellement de 1990 à 2005 avec des valeurs de 5 dollars par kilogramme en 1990 à 70 dollars par kilogramme en 2005.

Les quotas reflètent la façon dont le marché perçoit le rendement de la pêcherie dans l'industrie et non de l'économie globale. Puisqu'on peut s'attendre à ce que l'adoption du programme de QIT ait augmenté les coûts de gestion au MPO, il est important de savoir si l'augmentation des droits de permis a amené une certaine compensation pour le gouvernement. Par conséquent, les quotas correspondent à des droits de permis précis, qui sont également exprimés en dollars constants.

Tableau 5. Quotas et valeurs des permis de pêche au flétan du Pacifique en dollars constants
Année Valeur du quotaa ($ de 2005 par kg) Droits de permis
(milliers de $ de 2005)
1988   6,5
1989   6,2
1990   5,9
1991 13,52 993,2
1992 15,41 974,5
1993 17,89 135,7
1994 19,93 135,6
1995 24,20 132,0
1996 39,73 128,8
1997 42,36 126,8
1998 43,85 125,4
1999 50,74 121,9
2000 62,94 2 126,3
2001 S/O 1 192,9
2002 63,59 1 332,5
2003 S/O 1 289,8
2004 74,25 1 321,1
2005 77,00 1 083,0

a Moyenne annuelle

En termes réels, les quotas présentent une augmentation constante et ininterrompue depuis l'adoption du programme de QI, et ce, malgré l'augmentation fulgurante des droits de permis. Compte tenu des fluctuations sur le marché du flétan, le caractère ininterrompu de l'augmentation est étonnant. Dans tous les cas, la valeur réelle des quotas a presque quintuplé au cours de la dernière décennie et demie. On peut considérer ce phénomène comme une indication, quoiqu'approximative, de la façon dont le marché perçoit la santé économique toujours croissante de la pêcherie.

En ce qui concerne les droits de permis, les droits recueillis étaient négligeables avant l'adoption des QI. Ils sont demeurés décidément modestes pendant les années 1990, mais ils présentaient un niveau plus sain après 2000 alors que le MPO entreprit sérieusement de mettre sur pied un programme de recouvrement des coûts.

On entreprend présentement un exercice identique pour la pêche à la morue charbonnière. Voir les tableaux 6 et 7, ainsi que les figures 3 et 4.

Tableau 6. Dépassement/déficit du TAC dans le domaine de la pêche à la morue charbonnière en 1988-2005
Année Prises (tonnes) TAC (tonnes) Dépassement / déficit
du TAC (tonnes)
1988 5 075 4 015 1 060
1989 4 722 4 015 707
1990 4 275 4 260 15
1991 4 532 4 560 -28
1992 4 557 4 560 -3
1993 4 546 4 560 -14
1994 4 533 4 521 12
1995 3 709 3 709 0
1996 3 168 3 169 -1
1997 3 893 4 023 -130
1998 4 164 4 023 141
1999 6 323 6 394 -71
2000 3 532 3 646 -114
2001 2 753 2 812 -58
2002 1 894 1 928 -34
2003 2 591 2 675 -84
2004 3 859 4 088 -229
2005 3 822 4 213 -391
Figure 4. Durée de la saison de la pêche à la morue charbonnière : 1981-2005

Diagramme à barres montrant la durée de la saison de la pêche de la morue charbonnière de 1980 à 2005. La durée de la saison a vue une diminution graduelle de 1980 à 1990, passant de 250 jours à seulement 6 jours. De 1991 à 2005, la durée de la saison a passé a 275 jours et s'est maintenue constante.

Figure 5. Morue charbonnière: Nombre de bateaux actifs: 1983-2005

Diagramme à barres montrant le nombre de bateaux actifs pour la pêche de la morue charbonnière de 1980 à 2005. Le nombre de bateaux actif a vu une augmentation  de 1984 à 1990 en passant de 22 bateaux actif en 1984 à 45 en 1990. Ce nombre a cependant chuté à 30 bateaux en 1991 et s'est maintenue relativement constant jusqu'en 2005.

Tableau 7. Valeur des quotas et des droits de permis de la pêche à la morue charbonnière en dollars constants de 2005 : 1988-2005
Année Valeur du quotaa ($ de 2005 par kg) Droits de permis (milliers de $ de 2005)
1988   0,7
1989   0,7
1990 18,04 0,7
1991 19,93 0,6
1992 21,01 0,6
1993 27,52 0,6
1994 32,99 0,6
1995 45,71 0,6
1996 S/O 484,5
1997 S/O 605,4
1998 54,17 599,1
1999 63,42 1,512,4
2000 88,86 920,0
2001 S/O 838,3
2002 89,50 179,7
2003 S/O 613,9
2004 90,01 988,0
2005 77,00 911,0

a Moyenne annuelle

Figure 6. Morue charbonnière : Valeur des quotas et tendance

Diagramme à barres montrant la valeur des quotas pour la morue charbonnière de 1990 à 2005. La tendance a augmenté graduellement de 1990 à 2005 avec des valeurs de 20 dollars par kilogramme en 1990 à 70 dollars par kilogramme en 2005.

Le modèle que présente la pêche à la morue charbonnière, suivant l'adoption des QI, ne diffère que très peu de la pêche au flétan du Pacifique, alors que les mêmes conclusions s'appliquent.

Les données disponibles pour le chalutage du poisson de fond sont, en raison de la complexité de cette pêche, moins complètes que les données concernant le flétan et la morue charbonnière. Il n'existait, par exemple, aucune donnée utile sur les quotas au moment de rédiger ce document. Néanmoins, il est possible de tirer certaines conclusions à partir des données disponibles. Voyons maintenant les tableaux 8 et 9.

Tableau 8. Nombre de bateaux actifs et nombre de traits par année pour le chalutage du poisson de fond en 1996-2005
Année Nombre de bateaux actifs Nombre de traits (en milliers)
1996 112 19,7
1997 92 16,3
1998 88 17,2
1999 89 17,4
2000 82 18,2
2001 83 16,7
2002 79 17,8
2003 78 15,5
2004 72 14,8
2005 75 14,4

On constate, au tableau 8, certaines indications d'une baisse constante de la capacité active de la pêcherie après l'adoption des QIT, ainsi qu'une baisse correspondante de l'effort de pêche.

Le tableau 9, consacré au sébaste à longue mâchoire, la pêche qu'on présente comme ayant été hors de contrôle avant l'adoption des QIT (voir le tableau 3), est révélateur. Les dépassements massifs sont disparus après la mise en oeuvre du nouveau régime en 1997. On peut voir, en annexe, une série de tableaux consacrés aux autres espèces et groupes d'espèces principales de poisson de fond faisant l'objet du chalutage. On ne dispose pas des données de TAC avant les QIT pour ces espèces, mais on possède les données après l'adoption des QIT. On constatera que le modèle de dépassements/déficits après l'adoption des QIT est pratiquement identique à celui du sébaste à longue mâchoire.

Tableau 9. Dépassement/déficit du TAC pour le sébaste à longue mâchoire en 1995- 2005
Année Prises (tonnes) TAC (tonnes) Dépassement / déficit
du TAC (tonnes)
1995 6 311 4 234 2 077
1996 6 490 6 884 -394
1997 6 016 6 481 -465
1998 5 947 6 147 -200
1999 6 222 6 147 75
2000 5 967 6 147 -180
2001 5 823 6 147 -324
2002 5 897 5 847 50
2003 6 228 6 146 82
2004 5 971 6 146 -175
2005 5 152 6 146 -994

Les données économiques sur le chalutage du poisson de fond sont fragmentaires. Ceci étant dit, l'histoire représente pour nous une expérience utile. Le chalutage du poisson de fond au large de Washington, en Oregon et en Californie ressemble étonnamment à ce qu'on constate au large de la C.-B. Lorsqu'on y adopta le système des QIT, la pêche sur la côte ouest américaine s'est poursuivie en faisant appel au même système de gestion qu'on avait utilisé au Canada avant 1997. En 2006, Trevor Branch, qui travaille présentement à la University of Miami (Branch, 2006) a publié une étude comparative détaillée de deux pêcheries. Branch en a déduit que, si les É.-U. devaient adopter le modèle de gestion employé pour le chalutage du poisson de fond en C.-B., incluant le recours constant aux observateurs en mer défrayés par les pêcheurs, le revenu annuel net des pêcheurs augmenterait de plusieurs millions de dollars (Branch, ibid.).

Enfin, on doit se demander s'il existe des preuves à l'effet que les pêcheurs, qui oeuvrent dans les pêcheries concernées, ont recours à la collusion pour tenter d'accroître la valeur à long terme de la ressource, comme la théorie du jeu axé sur la coopération nous permet de nous y attendre. Une fois de plus, la preuve est très fragmentaire, mais elle existe. Aucune preuve tangible n'existait au moment d'écrire ces lignes sur la pêche au flétan du Pacifique. Il en existe cependant une dans le cas des deux autres pêcheries. La Canadian Sablefish Association a volontairement contribué à l'évaluation des stocks et à la recherche en versant près de 800 000 $ par année (Canadian Sablefish Association, 2007). Les chalutiers de poisson de fond ont volontairement apporté des contributions annuelles comparables à la recherche (Grafton, Nelson et Turris, 2007).