Impact économique des activités maritimes
au Canada
Observations Finales
1. Potentiel de croissance
Industrie des poissons et fruits de mer
- Pêche: Les activités de la pêche commerciale sur les côtes de l'Atlantique et du Pacifique
sont essentiellement exploitées au maximum. Autrement dit, une expansion à ce niveau
est improbable, à moins d'une augmentation substantielle dans l'abondance des stocks et
d'un relâchement des règles régissant l'admission à la pêche (qui présentent toutes deux
des précédents). Même sans une augmentation de la participation, on constate un
potentiel de croissance économique en termes de rendements plus élevés au niveau des
immobilisations et de la main-d'oeuvre, même si cela dépend d'une abondance accrue des
stocks et d'une amélioration des conditions du marché. L'appauvrissement des stocks
(poisson de fond sur la côte de l'Atlantique et saumon sur la côte du Pacifique) est venu
contrer les efforts déployés dans cette industrie au cours des 10 à 20 dernières années et
on constate des preuves limitées d'un repli au niveau de ces espèces dans un avenir
prochain. Sur le plan positif, ces baisses ont été compensées dans des mesures variées par
une augmentation de la production des mollusques et crustacés, qui sont généralement
des espèces plus vulnérables. Néanmoins, la taille globale des pêcheries commerciales
sur les deux côtes – nombre de navires et de participants – a chuté et, compte tenu de
l'admission limitée et de l'utilisation accrue des quotas individuels transférables, un
retour aux niveaux de participation des années 1980 est peu probable. En résumé, toute
amélioration des impacts économiques sera probablement estimée en termes de PIB et de
revenu, plutôt qu'au niveau des emplois.
- Aquaculture: Il existe des possibilités considérables d'augmenter la production de
poisson moyennant un habitat convenable (encore plus sur la côte du Pacifique que du
côté de l'Atlantique), mais l'industrie devra s'attaquer aux préoccupations attribuables à
la dégradation de l'environnement, incluant les menaces au niveau des espèces sauvages
afin qu'une telle expansion puisse porter fruits. La production des mollusques et
crustacés subit moins d'opposition du point de vue environnemental, mais l'accès à
l'océan représente une contrainte. On constate une opposition publique de la part des
propriétaires fonciers dans certains endroits pour des raisons esthétiques, des intervenants
dans le domaine de la pêche commerciale en raison de la perte des fonds de pêche, ainsi
que des propriétaires d'embarcations qui sont préoccupés par les risques sur le plan de la
navigation. Certaines espèces de mollusques et crustacés sont également confrontées à
des contraintes attribuables au marché, puisque l'industrie a connu davantage de succès
au niveau de la production que de la mise en marché du produit (comme les moules sur la
côte atlantique).
- Transformation du poisson: Le potentiel de croissance est lié dans une grande mesure à
la disponibilité des matières premières au niveau de la pêche et de l'aquaculture
commerciales. L'industrie doit relever un défi considérable en basant son expansion sur
les matières premières confirmées sur le marché international. Les producteurs à faible
coût en Asie ont entraîné une hausse des prix, alors que les usines de transformation au
Canada ont de la difficulté à les concurrencer, en raison des coûts d'exploitation locaux
qui sont plus élevés. De plus, la valeur des exportations canadiennes vers les États-Unis a
chuté en raison de la faiblesse du dollar américain. En résumé, l'industrie se trouve dans
une situation difficile. La croissance de l'industrie dans l'avenir dépendra simultanément
de l'approvisionnement local en matières premières, d'une plus grande efficacité, de
marchés plus robustes, ainsi que de taux de change plus favorables.
- Pétrole et gaz naturel en mer: L'avenir semble prometteur, mais il est entouré d'une
importante aura d'incertitude et de risque. Deux projets en mer, soit Hebron
(pétrole/Grands bancs) et Deep Panuke (gaz naturel/Plate-forme Scotian), en sont
présentement au stade de planification sur la côte atlantique. Leur exploitation au cours
des quelques prochaines années aura est impacts positifs sur la fabrication, la
construction et les services, sans compter qu'il en résultera des recettes plus élevées au
moment où la production aura atteint son rythme de croisière. Les autres développements
sur la côte est dépendent des nouvelles découvertes de réserves récupérables sur le plan
économique. Les zones situées au large dans l'Arctique et sur la côte du Pacifique
peuvent receler un potentiel incroyable. Les moratoires au niveau des politiques fédérales
et provinciales qui interdisent l'exploitation et le développement des gisements de pétrole
et de gaz naturel en mer restent en place en Colombie-Britannique, et on constate une
incertitude considérable sur le plan de la réglementation en raison des développements
possibles. Dans tous les cas, les zones frontalières sont des environnements dispendieux à
exploiter, tant au niveau du forage que du développement. Le caractère économique
d'une découverte dépend de plusieurs facteurs, incluant la taille du bassin, la géologie de
la structure, les coûts d'immobilisation de l'approche employée pour l'exploitation, ainsi
que les prix de l'énergie. Alors qu'il est tentant de présenter un point de vue optimiste de
l'exploitation d'un tel potentiel compte tenu de la soif de pétrole qui enveloppe
l'Amérique du Nord, les événements récents sur les marchés du pétrole viennent
rehausser la grande incertitude inhérente au secteur du pétrole et du gaz naturel.
- Transport maritime: Le potentiel de croissance est lié à la demande de marchandises
expédiées en provenance du Canada et à la demande de biens expédiés dans des
conteneurs à destination du Canada et principalement en provenance du Proche-Orient.
Jusqu'à la fin de 2008, ces sources de demande entraînaient une augmentation constante
des cargaisons transitant par les ports canadiens sur les côtes du Pacifique et de
l'Atlantique. On a complété la construction d'un nouveau terminal pour conteneurs sur la
côte est en 2007 et on compte présentement deux propositions de construction de
nouveaux terminaux sur la côte est. On compte également des propositions visant à
construire des terminaux méthaniers et à accroître la capacité de raffinage, ce qui
viendrait augmenter la demande au niveau du transport maritime et des services de
soutien. La récession mondiale a entraîné une baisse de la demande de marchandises,
ainsi que des biens manufacturés expédiés par conteneur, ce qui pourrait compromettre le
moment (et possiblement la viabilité) de ces différentes propositions. Le potentiel de
croissance à long terme semble intéressant, compte tenu du potentiel de ressources du
Canada, même s'il pourrait falloir quelques années afin de reprendre le rythme d'il y a
quelques années.
- Tourisme océanique: Le potentiel de croissance est lié à plusieurs facteurs, dont la
capacité du Canada d'entretenir un environnement côtier attrayant, le développement
continu de la capacité et des possibilités sur le plan touristique (comme les croisières et
l'écotourisme), le climat économique général, ainsi que la concurrence des autres
destinations. Les trois formes de tourisme océanique ont présenté une tendance à la
hausse au cours des quelques dernières années sur la côte du Pacifique, mais le contraire
sur la côte atlantique. La perspective à court terme nous laisse entrevoir un faible rendement attribuable à la récession actuelle, même si celui-ci pourrait être compensé
dans une certaine mesure par la baisse abrupte des prix du pétrole depuis la fin de 2008.
La perspective à long terme est plus prometteuse dans un monde de plus en plus exigu où
le Canada offre d'excellentes possibilités d'évasion.
- Construction navale et fabrication de bateaux: Depuis les 20 dernières années, le
Canada a constaté une baisse constante de sa capacité de construction navale alors que les
chantiers luttent pour concurrencer les pays dont les gouvernements offrent un soutien
financier substantiel pour venir en aide à cette industrie. La majeure partie du travail
qu'on effectue dans les chantiers canadiens concerne le radoub et la réparation, alors que
les nouvelles activités de fabrication concernent principalement les navires de la marine
et la Garde côtière. Le gouvernement fédéral a élaboré des programmes majeurs ayant
pour but de remplacer les navires vieillissants dans les deux services, même si le moment
demeure incertain. L'avenir des ateliers de construction au Canada dépend de la demande
de bateaux de pêche et d'embarcations de plaisance. L'industrie de la pêche ne connaît
aucune expansion, de sorte que la demande résulte principalement du besoin de
remplacer les navires. À tout le mieux, la demande restera stable, alors que les
fluctuations seront attribuables aux ressources et aux conditions du marché. Plusieurs
ateliers de construction sur les côtes du Pacifique et de l'Atlantique ont réussi leur
transition vers le secteur des embarcations de plaisance. Cependant, il s'agit là d'un
marché très concurrentiel qui est également exposé aux tendances générales de
l'économie. La perspective à long terme en ce qui concerne la demande est faible.
- Construction maritime: Plusieurs des projets proposés sur les côtes de l'Atlantique, du
Pacifique et de l'Arctique pourraient entraîner une baisse considérable des activités. Tel
est le cas, par exemple, des terminaux méthaniers, de l'expansion au niveau des
cargaisons en vrac dans le sud, ainsi que d'un centre de réapprovisionnement de la
marine/Garde côtière dans l'Arctique. Le réchauffement de la planète et la fonte des
glaces dans la région polaire pourraient éventuellement permettre la navigation
commerciale par le passage du nord-ouest et possiblement la création de ports pour y
acheminer les cargaisons domestiques. La construction en mer restera épisodique, alors
qu'elle dépendra des découvertes et des développements dans le domaine. Autrement, on
s'attend à ce que l'aménagement continu des ports donne lieu à une demande stable de
services de construction.
2. Défis et lacunes
L'obtention des données économiques essentielles représente le principal défi lorsqu'on souhaite
produire un tel rapport. Cette difficulté se présente au niveau de l'industrie dans le cadre de
certaines activités, ainsi que sur le plan géographique. Le résultat du processus de quantification
de la valeur des extrants et des impacts de chaque activité est présenté à l'annexe H.
- Sur le plan industriel, il se peut que les données ne soient pas disponibles, parce que
l'activité maritime ne se déroule pas conformément à une classification établie du
SCIAN. Celles-ci peuvent concerner simultanément plusieurs industries ou appartenir
uniquement à une industrie générale. Ces contraintes peuvent influencer la capacité
d'estimer les impacts, mais à tout le moins, elles influencent l'approche adoptée et la
confiance à l'égard des résultats.
- Sur le plan géographique, il arrive souvent que les données ne soient pas disponibles pour
des raisons de confidentialité – le nombre d'établissements dans l'industrie dans cette
région peut être trop peu élevé pour justifier la production de rapports – ou parce que la
région particulière n'est pas bien couverte par Statistiques Canada. Une telle situation peut
présenter certaines difficultés si, comme c'est présentement le cas, l'analyse et les rapports
sont nécessaires au niveau régional.
Ces défis particuliers n'influencent pas toutes les activités maritimes, mais quelques-unes ne
présentent pas le moindre défi sur le plan de l'analyse, soit, à tour de rôle :
- La pêche commerciale: Il existe deux sources de données sur la valeur des extrants. Le
MPO publie des données sur la valeur des débarquements dans le domaine de la pêche
commerciale par province avec un retard de près d'un an. Ces données sont accessibles
sur le site Web du MPO. Statistiques Canada (CANSIM 381-0016 ) utilise ces données pour la pêche commerciale au niveau provincial, mais avec un retard de 3 à 4 ans. Statistiques Canada compte grandement sur ces données, sur ses
propres sondages, ainsi que sur les données d'ordre administratif (imposition) afin de
calibrer son modèle d'entrée-sortie, ainsi que pour préparer des estimations annuelles du
PIB.
Les estimations du nombre d'emploi dans le domaine de la pêche représentent un point
faible. Il est possible d'estimer le niveau de participation à partir des données de l'assuranceemploi
(nombre de demandes), mais celles-ci produisent à tout le moins une limite
inférieure, parce que les participants ne présentent pas tous une demande. Les données du
MPO sur l'enregistrement des pêcheurs nous procureraient une limite supérieure, mais les
gens qui s'inscrivent à la pêche ne le font pas tous. Il n'existe aucune donnée officielle sur
les équivalents temps plein et aucune méthode fiable pour effectuer cette estimation. En
partie, une telle situation reflète le statut des membres – qui sont considérés comme des
entrepreneurs indépendants et non des employés – et en partie la nature saisonnière de la
pêche. Le travail ne se limite pas au temps consacré à pêcher, mais il englobe également le
temps de préparation qui précède et le temps d'entretien une fois la saison terminée.
Les
estimations du nombre d'emplois dont on fait état dans l'analyse des impacts proviennent
des résultats du modèle d'entrée-sortie. Ce modèle permet de calculer le niveau d'emploi
nécessaire afin d'atteindre un niveau de sortie donné en fonction des niveaux de revenus
établis à partir des données administratives et des sondages.
- L'aquaculture: Les ministères provinciaux produisent des rapports efficaces sur les
statistiques dans le domaine de l'aquaculture (incluant la production et la valeur par
espèce, le nombre de sites et le nombre d'employés) :
Les comptes sur la valeur ajoutée dans l'industrie dans chacune des provinces sont
publiés par le MPO et
par Statistiques Canada (CANSIM 381-0016) . Il existe un délai d'environ un an entre les rapports de la province et
du MPO. Statistiques Canada compte grandement sur les données de production, sur ses
propres sondages, ainsi que sur les données d'ordre administratif (imposition) afin de
calibrer son modèle d'entrée-sortie, ainsi que pour préparer des estimations annuelles du
PIB.
- La transformation du poisson: La valeur annuelle de production et d'autres statistiques
importantes sur la fabrication provenant de Statistiques Canada sont disponibles en ligne
pour 2004-2006 jusqu'au CANSIM 301-0006, ainsi que pour les années antérieures à
partir des documents CANSIM 301-0003 et 301-0005 . Quant aux statistiques sur les exportations, on peut les consulter en
ligne sur le site Web Strategis d'Industrie Canada.
D'autres données de l'industrie, comme le nombre d'usines et d'emplois, sont également
compilées par certaines provinces, mais on constate un manque d'uniformité entre les
approches provinciales. Un problème qui concerne les données sur les extrants consiste
dans ce qu'on inclut les matières premières importées dans les statistiques sur la
production et sur les exportations. Il s'agit là d'une préoccupation si on justifie l'inclusion
de la transformation des poissons et fruits de mer en invoquant son lien avec la pêche
domestique. Autrement, cela ne pose aucun problème (on ne considère pas qu'il s'agit
d'un problème dans cette étude). La contribution à la production de matières premières
importées peut être substantielle. Au Nouveau-Brunswick, par exemple, les usines de
transformation du homard comptent grandement sur le homard du Maine en tant que
source de matière première.
- Le pétrole et le gaz naturel: Statistiques Canada a supprimé les données de production
pour l'industrie pétrolière et gazière en mer à Terre-Neuve et Labrador et en NouvelleÉcosse
pour des raisons de confidentialité. On peut ainsi estimer la valeur de production
en faisant appel aux données de production publiées (quantité) appliquées aux prix
moyens du marché. Pour connaître les données de production mensuelles, consulter
l'OCNEHE. On peut calculer la valeur en
utilisant les prix mensuels moyens du gaz naturel importés (nord-est des É.-U.)
accessibles sur le site Web de la U.S. EIA en
prenant soin de les ajuster en fonction du taux de change du dollar canadien par rapport
au dollar américain pour ensuite calculer le tarif net d'acheminement par pipeline (afin de
connaître le revenu net du producteur). La façon de calculer les valeurs de production
utilisées dans ce rapport est présentée à l'annexe A.
En ce qui concerne les activités au large de Terre-Neuve et Labrador, il faut obtenir les
données de production mensuelles (du CNLOPB) et calculer ensuite les recettes en utilisant
les prix mensuels moyens du pétrole basés sur un type de brut de référence présentant des
caractéristiques comparables (tel Brent) et en ajustant ensuite ce montant en fonction du
taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain (le pétrole s'échange
contre des dollars américains). Pour la Nouvelle-Écosse, cela signifie qu'il faut obtenir les
données de production mensuelles (de l'OCNEHE) pour ensuite calculer les recettes à
partir des prix mensuels moyens d'importation du gaz naturel (nord-est des É.-U.) et ajuster
le résultat en fonction du taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain
pour finalement calculer le tarif net d'acheminement par pipeline (afin de connaître le
revenu net du producteur).
Les autres données sur l'industrie hauturière sont habituellement raisonnablement bien
déclarées par les comités hauturiers, même si on ne fait pas la distinction entre les
données relatives aux dépenses sur le développement des projets par rapport aux
opérations dans les rapports de l'OCNEHE. À moins que l'analyste n'ait accès à ce détail
(ce qui est le cas pour cette analyse), on ne pourrait relater les impacts qu'en vertu des
limites générales de confiance.
- Le transport maritime: Les données relatives au PIB et aux extrants dans le domaine du
transport maritime (SCIAN 4831) sont disponibles à l'échelle nationale, mais Statistiques
Canada les supprime pour certaines provinces et pour certaines années pour des raisons
de confidentialité. Ces données ne couvrent que le segment « en vertu d'un contrat de
location » de l'industrie et non les activités de transport maritime des entreprises qui
utilisent leurs propres navires (ce qu'on qualifie de navigation « à titre personnel »).
Même si Statistiques Canada a créé un compte satellite pour les activités « à titre
personnel » pour des raisons ayant trait à la pureté de la définition, la valeur de cette
activité n'est pas comprise dans l'analyse et dans les résultats d'impact de ce rapport.
Puisque l'analyse des comptes satellites mène à la conclusion en vertu de laquelle la
valeur de l'activité « à titre personnel » est en réalité supérieure à l'activité « en vertu
d'un contrat de location », les résultats présentés dans ce rapport doivent être considérés
comme étant très conservateurs.
Un autre problème grave concerne le fait qu'il n'existe pas de données sur les services de
soutien au transport maritime (SCIAN 4883), parce que Statistiques Canada intègre cette
activité au groupe plus général que sont les services de soutien au transport (SCIAN 488).
Pour élaborer une image complète du secteur du transport sur l'eau, on doit estimer la
contribution des activités de soutien en faisant appel à des méthodes indirectes. L'estimation
présentée dans ce rapport repose sur des données historiques (1997-2000) qui font la
distinction entre les SCIAN 48311 et 4883, ce qui a permis de déterminer la contribution
relative au PIB des activités (le rapport entre les SCIAN 4883 et 48311 est de 1,5:1,0). Ce
rapport est confirmé par les données américaines actuelles de ces industries.
- Le tourisme et les loisirs: On ne compile pas de façon systématique les données détaillées
sur le secteur touristique. Cette étude repose sur trois sources secondaires. Deux sont axées
sur les activités touristiques particulières au domaine maritime, les voyages à bord de
navires de croisière, ainsi que la pêche sportive, alors que les données sur les dépenses sont
disponibles par province. Dans la troisième – intitulée Enquête sur les voyages des
résidents du Canada (EVRC) et réalisée à tous les trimestres par Statistiques Canada – on
aborde le tourisme de façon générale tout en permettant à l'analyste d'extraire les données
de participation (jours et dépenses) sur les activités spécifiques, dont plusieurs sont axées
sur les océans (randonnées pédestres sur les côtes, plongée, kayak, voile, visite des plages).
Idéalement, l'analyste obtiendrait des fichiers électroniques sur la pêche sportive et les
bases de données des EVRC du MPO et de Statistiques Canada afin d'en extraire les
données pertinentes (qu'on a obtenues pour cette analyse).
Ensemble, les trois sources nous donnent une bonne approximation de l'impact
économique du tourisme océanique, même si on devrait considérer les résultats comme
étant conservateurs, parce que les critères de ce qui constitue un « voyage » donnent lieu
à une sous-estimation de la participation dans les activités relatives aux océans et parce
qu'on ne tient pas compte des non-résidents dans cette enquête.
Partant de ces données, la prochaine étape consiste à soumettre les dépenses à un modèle
d'entrée-sortie. Cependant, le tourisme ne fait pas partie des 303 industries pour
lesquelles on a élaboré des vecteurs d'entrée et de sortie dans le modèle de Statistiques
Canada. Autrement dit, on doit classer les dépenses par industrie (les enquêtes nous
présentent une décomposition des dépenses par catégorie) et par province et les inscrire
dans un formulaire fourni par Statistiques Canada pour ensuite les remettre afin de
pouvoir exécuter le modèle.
- La construction maritime: Les données sur le PIB et les extrants ne sont pas disponibles
pour cette activité. Il en est ainsi, parce qu'il ne s'agit pas exclusivement d'une activité
maritime. Afin d'exécuter le modèle d'entrée-sortie, la construction maritime entrerait
dans une catégorie de construction générale, soit autres travaux de construction lourde et
de génie civil (SCIAN 2379), ce qui comprend les activités de construction maritime et
sur la terre ferme. Les données sur les dépenses dont on a besoin pour exécuter le modèle
sont compilées à partir de plusieurs sources, incluant chacune des administrations
portuaires (non seulement afin de connaître leurs propres données, mais également les
dépenses de construction générales dans chacun des ports), le MPO en ce qui concerne
les ports pour petits bateaux, le MDN en ce qui concerne les dépenses en immobilisations
des bases navales, ainsi que les provinces et les sociétés de traversiers en ce qui concerne
les dépenses consacrées aux terminaux et les offices extracôtiers en ce qui concerne les
dépenses sur l'exploitation pétrolière et gazière. Ces sources excluraient les dépenses
d'immobilisations dans les installations privées, ce qui donnerait lieu à une sousestimation
des impacts totaux au niveau de la construction.
- La construction navale et la fabrication de bateaux: La valeur de production est
publiée par Statistiques Canada, même si on supprime les données de certaines années
pour des raisons de confidentialité. On peut connaître la valeur de production selon
Statistiques Canada (qui est soumise à la confidentialité) en ligne en consultant le
document CANSIM 301-0006 (pour les années 2004-2006) ainsi que les documents
CANSIM 301-0003 et 301-0005 en ce qui concerne les années antérieures.
Dans le cas des années qui font l'objet de la présente étude, les données sont confidentielles. On
a obtenu les données de production de Statistiques Canada en vertu d'une demande
spéciale.
Même si on n'utilise que les données des provinces côtières dans l'analyse des impacts, il
est possible que les chantiers de ces provinces puissent baser leurs activités de fabrication
sur l'eau douce et que les fabricants dans les provinces intérieures fabriquent des
embarcations destinées à un usage maritime. Cette source d'erreur sera probablement
faible.
En plus des navires et des bateaux, on fabrique également de l'équipement de navigation
et de recherche destiné aux océans. Cependant, les fabricants ne font pas tous partie de la
même industrie de fabrication en vertu du SCIAN. Ils appartiennent à un regroupement
plus vaste d'industries qui comprend principalement les entreprises dont la production est
destinée au domaine de l'aéronautique. Par conséquent, la valeur de production, soit la
principale statistique qui permettrait de déterminer les impacts de l'industrie, n'est pas
disponible.
3. Nouveaux enjeux
Même si on procède depuis plusieurs décennies à l'évaluation des biens et services non destinés
au marché, l'importance et la pertinence politique de cet ouvrage ont été mis au jour en 1997
lorsque Robert Costanza dirigea une équipe de chercheurs qui ont publié les valeurs estimées des
services et du capital naturel des écosystèmes du monde. Ces estimations ont donné lieu à des
délibérations portant sur la méthodologie et la précision, mais un consensus a commencé à
émerger en appui à la constatation à l'effet que les valeurs non marchandes globales excédaient
les valeurs sur le marché à l'échelle mondiale. On peut ainsi prétendre que cela nous porte à croire
que les efforts visant à entretenir la valeur maximale et la durabilité à long terme de l'utilisation
de la ressources et des services axés sur les écosystèmes pourraient être aussi bien ou mieux
informés en appréciant les biens et les services non destinés au marché. Une telle démarche fut
suivie par une hausse très marquée des travaux d'évaluation écologique, dont plusieurs études
concernant les océans et les écosystèmes maritimes côtiers.
Les principaux sujets de la recherche axée sur l'évaluation non marchande dans le domaine des
écosystèmes océaniques et maritimes comprennent :
- les ressources physiques des océans (valeur immobilière, protection du rivage, esthétique,
modération de la température ambiante et de la température des installations,
caractéristiques géologiques);
- aspects du tourisme et des loisirs dans le domaine maritime;
- services axés sur les écosystèmes (biodiversité, assimilation des déchets, survie,
réglementation axée sur le climat); recherche et éducation, culture et patrimoine, santé
(qualité de l'air et de l'eau); et
- investissements (valeur de transformation et valeur des options).
L'évaluation des biens et services non destinés au marché s'effectue le plus souvent dans un
cadre axé sur la valeur économique totale (marchande et non marchande). Les valeurs sont
classées en fonction de l'usage et du non-usage. Les valeurs d'usage comprennent les valeurs
directe, indirecte et d'option, alors que les valeurs de non-usage comprennent les valeurs
d'existence, de transformation et d'altruisme. Parmi les méthodologies employées pour
déterminer la valeur non marchande, mentionnons :
- la préférence révélée (méthode hédonique et méthode du coût du trajet);
- la préférence déclarée (méthode d'évaluation des contingences et de modélisation des
choix);
- le transfert des avantages; et
- les méthodologies des coûts (coût de remplacement, coût éludé et coût de renonciation).
Les défis les plus importants qu'on doit relever afin de procéder à des évaluations économiques
totales détaillées des ressources océaniques et maritimes côtières reposent sur la complexité
inhérente des écosystèmes et sur la capacité d'identifier les biens et les services non destinés au
marché, sur les difficultés entourant l'intégration de la recherche interdisciplinaire servant à
caractériser les océans, sur le besoin de recueillir des données primaires, de définir les limites des
efforts d'évaluation, ainsi que sur les problèmes entourant le double comptage et la distribution
(qui assume les coûts et qui profite des avantages identifiés).
Il est évident que les valeurs non marchandes sont importantes et considérables. Les politiques et
le processus décisionnel bénéficieraient grandement de l'existence d'estimations de la valeur
économique totale. On dispose de méthodes et de la capacité d'entreprendre le travail nécessaire,
mais il faudrait définir les priorités en raison des défis et entreprendre un projet à long terme afin
d'amasser les données nécessaires.