Avis scientifique 2018/003

Identification des habitats importants pour le rorqual bleu dans l'ouest de l'Atlantique Nord

Sommaire

  • La chasse commerciale pratiquée par l’industrie baleinière dans l'Atlantique Nord entre la fin des années 1800 et les années 1960 a entraîné un épuisement grave des populations de rorquals bleus avec le prélèvement de plus de 11 000 individus, incluant environ 1 500 individus dans les eaux de l'est du Canada.
  • Les rorquals bleus de l’ouest de l'Atlantique Nord et ceux de l'est de cet océan sont actuellement gérés comme des stocks distincts.
  • La taille et les tendances de la population de rorquals bleus de l'Atlantique sont inconnues; cependant, on compte probablement quelques centaines de rorquals bleus dans l'ouest de l'Atlantique Nord.
  • L'information dont nous disposons concernant la répartition saisonnière actuelle et historique des rorquals bleus découle de : 1) les données sur les captures de l’industrie baleinière; 2) des études reposant sur la photo-identification, 3) des relevés terrestres, aériens et réalisés à bord de navires, 4) la surveillance acoustique passive, 5) la télémétrie satellitaire ou radio, 6) les rapports sur les cas d’emprisonnement dans les glaces, 7) les rapports d'observation anecdotiques et 8) la modélisation de la répartition de l'espèce.
  • Les rorquals bleus se nourrissent dans les eaux canadiennes et leur répartition y est associée à celle des agrégations d'euphausiacés (krill). Le krill arctique (Thysanoessa spp.) et le krill nordique (Meganyctiphanes norvegica) sont leurs proies principales, mais les espèces consommées varient vraisemblablement selon les saisons, la géographie et les individus. En conséquence, les habitats importants pour le rorqual bleu ont été identifiés ainsi grâce à l'information sur la répartition de l'espèce, en combinaison avec l'information sur la répartition observée ou prédite des agrégations de proies (krill).
  • Les éléments probants associés à la répartition et au comportement de plongée des rorquals bleus ainsi qu'aux répartitions du krill indiquent que, dans l'estuaire du Saint-Laurent et le nord-ouest du golfe du Saint-Laurent, les rorquals bleus recherchent préférentiellement les agrégations de krill entre 80 et 100 m de profondeur, bien qu'ils puissent se nourrir à des profondeurs plus importantes dans d'autres secteurs. Les agrégations de krill sont généralement associées avec une topographie abrupte comme des pentes, des têtes de chenaux et de canyons, des courants verticaux, des courants convergeant en surface et, dans une moindre mesure, avec des concentrations persistantes de phytoplancton.
  • Les données de l’industrie baleinière indiquent que la répartition historique de l'espèce dans l'ouest de l'Atlantique Nord s'étend du détroit de Davis jusqu'au nord de la Floride. On ne sait pas si l'aire de répartition actuelle du rorqual bleu dans l'ouest de l'Atlantique Nord est plus petite que son aire de répartition historique en raison du peu d'information disponible pour la plupart des secteurs autres que l'estuaire du Saint-Laurent et le nord-ouest du golfe du Saint-Laurent. On enregistre encore quelques signalements occasionnels de rorquals bleus dans l’ensemble de leur aire de répartition historique.
  • En général, les mouvements saisonniers des rorquals bleus suivent une trajectoire orientée nord-sud, l'alimentation s'effectuant dans les eaux productives des hautes latitudes, et la reproduction (accouplement et mise bas) prenant place durant l'hiver dans des eaux plus chaudes et moins productives des basses latitudes. Dans l'ouest de l'Atlantique Nord, les zones d'hivernage des rorquals bleus sont mal définies; la télémétrie satellitaire, la surveillance acoustique passive et les données dérivées de la chasse donnent à penser que ces zones sont relativement diffuses et comprennent le golfe du Saint-Laurent, le sud-ouest de Terre-Neuve ainsi que le plateau Néo-Écossais incluant le golfe médio-atlantique de la côte des États-Unis et les eaux océaniques chaudes et profondes au large de cette zone. On ne sait pas si des activités de reproduction se déroulent dans cette dernière région. Certaines indications nous donnent également à penser qu'une partie de la population demeure toute l'année dans les eaux canadiennes.
  • De multiples sources de données indiquent qu'il existe un quasi continuum d'habitats d’alimentation convenables sur le plateau, sur la pente et dans les eaux profondes de l’estuaire maritime du Saint-Laurent et du nord-ouest du golfe du Saint-Laurent entre Tadoussac et Mingan sur la rive nord et le long de la Gaspésie sur la rive sud. On estime que de 20 à 100 rorquals bleus utilisent chaque année des zones de cette région, certains d'entre eux y résidant toute l'année.
  • La télémétrie satellitaire et la surveillance acoustique passive indiquent que les rorquals bleus pénètrent dans le golfe du Saint-Laurent et le quittent par le détroit de Cabot, et accèdent au nord-ouest du golfe et à l'estuaire du Saint-Laurent par le détroit d'Honguedo situé entre l’île d’Anticosti et la Gaspésie.
  • On dispose également d'éléments probants selon lesquels il y aurait une présence continue de rorquals bleus au large du sud-ouest de Terre-Neuve et le long de la bordure du plateau continental au sud de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve et des Grands Bancs.
  • Le sud de Terre-Neuve, le nord-ouest du golfe du Saint-Laurent, la fosse de Mécatina, l'ouest du plateau Néo-Écossais et, dans une moindre mesure, le détroit de Davis, étaient historiquement des zones importantes de concentration de rorquals bleus selon les données de prélèvements ou de signalements de l’industrie baleinière. Une zone située dans le nord-ouest du golfe du Saint-Laurent, jusqu'au nord-ouest de l'île d'Anticosti, est également considérée comme une zone de concentration historique. On y observait régulièrement la présence de rorquals bleus durant les années 1980 et au début des années 1990, mais l’espèce n'y est maintenant signalée qu'occasionnellement. Des données sur la répartition observée ou prédite du krill de même que des signalements d'individus indiquent que plusieurs de ces zones historiquement importantes demeurent des habitats d'alimentation convenables pour les rorquals bleus. L'ouest du plateau Néo-Écossais pourrait être une exception à cet égard. L'importance actuelle du détroit de Davis pour le rorqual bleu demeure incertaine du fait du manque de données.
  • Compte tenu des éléments probants énoncés précédemment et en utilisant une approche par zone de délimitation, quatre zones ont été identifiée comme importantes pour l’alimentation (et possiblement la socialisation) chez le rorqual bleu : l’estuaire maritime et le nord-ouest du golfe du Saint-Laurent, les eaux du plateau continental au sud et au sud-ouest de Terre-Neuve, la cuvette de Mécatina, incluant la tête du chenal d'Esquiman, et la bordure du plateau continental au sud de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve et des Grands Bancs. Deux zones ont été définies comme étant des couloirs de transit : les détroits d'Honguedo et de Cabot (Figure 1).
  • Parmi les caractéristiques et les paramètres importants de ces zones figurent la présence de proies en quantité et de qualité suffisantes, l'accès aux couloirs de transit, un espace physique permettant la liberté de mouvement, une eau de qualité telle qu'il n'y ait pas de perte de fonction de l'habitat ainsi qu'un environnement acoustique exempt d’interférences avec les communications ou la navigation et qui ne gêne pas l'utilisation de l'habitat important par le rorqual bleu et ses proies (Tableau 1).
  • Les activités anthropiques susceptibles d’entraîner une perte de fonctions de ces habitats importants comprennent celles qui causeraient une diminution de la disponibilité ou de l'accessibilité des proies, des perturbations acoustiques, la contamination de l'environnement et des perturbations physiques (Tableau 2).
  • De nouvelles recherches suggèrent que le bruit associé au trafic maritime pourrait masquer les principaux types de vocalisations des rorquals bleus et réduire leur espace de communication potentiel, les effets augmentant avec la proximité des routes maritimes et la densité du trafic. Actuellement, la majeure partie de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent est considérée comme étant calme compte tenu des bandes de communication à basse fréquence des rorquals bleus. Cependant, plusieurs habitats importants de cette espèce se trouvent à proximité de routes maritimes.
  • Il demeure des incertitudes à propos du régime alimentaire des rorquals bleus dans des zones extérieures à l'estuaire et au golfe du Saint-Laurent, de la proportion de la population résidant dans les eaux canadiennes en général ou dans des régions particulières, de l'importance des eaux océaniques profondes et des zones de rupture de la pente continentale ainsi que de la localisation et de l'étendue des zones d'hivernage. Des études plus poussées sont nécessaires afin de déterminer les caractéristiques qui rendent une zone attractive pour le rorqual bleu, les besoins minimaux en énergie pour le succès de la reproduction et la somme des perturbations que les rorquals bleus peuvent supporter avant que leur condition physique et leur valeur adaptative ne soient affectées.
  • Le changement climatique peut également avoir une incidence sur les fonctions de l'habitat en modifiant la disponibilité des proies et les propriétés physiques de l'océan. Les activités anthropiques et leurs effets sur les fonctions de l'habitat doivent être gérés dans le contexte de cet enjeu permanent.
  • On ne sait pas si les habitats importants identifiés dans le présent rapport sont suffisants pour assurer la survie du rorqual bleu de l'Atlantique Nord-Ouest et atteindre les objectifs de rétablissement de la population qui sont énoncés dans le programme de rétablissement. Il est nécessaire d'élargir les efforts de recherche à l'extérieur de la période estivale et aux eaux de haute-mer et à d'autres zones où les signalements de rorquals bleus sont limités mais où des agrégations importantes de krill donnent à penser qu'elles seraient importantes pour l'espèce.

Le présent avis scientifique découle de la réunion du Comité national d’examen par les pairs sur les mammifères marins (CNEPMM) : partie II, qui s'est tenue du 23 au 26 février 2016. Toute autre publication découlant de cette réunion sera publiée, lorsqu’elle sera disponible, sur le calendrier des avis scientifiques de Pêches et Océans Canada

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