Avis scientifique 2016/057

Évaluation du risque écologique de la carpe de roseau (Ctenopharyngodon idella) dans le bassin des Grands Lacs

Sommaire

  • La carpe de roseau (Ctenopharyngodon idella) est un poisson herbivore d’eau douce qui a été introduit aux États-Unis au début des années 1960 pour le contrôle biologique de la végétation aquatique. Toutefois, des individus échappés se sont dispersés dans les Grands Lacs après avoir transité par le bassin du fleuve Mississipi. Une évaluation binationale a été effectuée pour caractériser le risque écologique que pose la carpe de roseau pour le bassin des Grands Lacs.
  • L’évaluation du risque portait à la fois sur les lignées triploïdes (stériles) et diploïdes (fertiles) de carpe de roseau, et notamment sur la probabilité de leur arrivée, de leur survie, de leur établissement et de leur propagation, ainsi que sur l’ampleur des répercussions écologiques dans des horizons de 5, 10, 20 et 50 ans à compter de 2014 (l’année de référence) pour le bassin des Grands Lacs reliés (c.-à-d. les Grands Lacs et leurs affluents jusqu’au premier obstacle infranchissable). Le risque a été évalué en fonction des conditions climatiques actuelles et à l’échelle de chaque lac, mais non à des échelles géographiques plus fines (p. ex., les baies ou les sous-régions).
  • Dans le cas de la carpe de roseau triploïde, l’évaluation s’est fondée sur la probabilité d’occurrence (arrivée, survie et propagation) et, pour la carpe de roseau diploïde, elle a porté sur la probabilité d’introduction (arrivée, survie, établissement et propagation).

Arrivée :

  • La carpe de roseau (lignées triploïde et diploïde) est arrivée dans les bassins des lacs Michigan et Érié en provenance d’une source extérieure au bassin des Grands Lacs. Toutefois, à ce jour, les voies d’entrée exactes restent à éclaircir.
  • Le point d’arrivée directe le plus probable des carpes de roseau triploïdes et diploïdes dans le bassin des Grands Lacs est le Chicago-Area Waterway System (CAWS), qui se déverse dans le lac Michigan.
  • Le vecteur d’arrivée le plus probable des carpes de roseau triploïdes et diploïdes dans le lac Érié est l’introduction liée aux activités humaines.
  • La probabilité d’arrivée dans le lac Ontario dans un horizon de 5 ans est faible pour les carpes de roseau triploïdes (introduction liée à l’activité humaine) et diploïdes (liens physiques), et passe à modérée dans un horizon de 10 ans (triploïdes) et de 50 ans (diploïdes). La probabilité d’arrivée dans 50 ans dans les lacs Supérieur et Huron va de très improbable à faible pour les carpes de roseau triploïdes et diploïdes.
  • La réglementation et son application efficace joueront un rôle déterminant pour la probabilité d’arrivée.

Survie :

  • Compte tenu de la tolérance thermique, de la nourriture disponible, de la prédation, des agents pathogènes et des maladies, les carpes de roseau adultes et juvéniles, diploïdes et triploïdes, survivront dans les Grands Lacs. Aucun facteur connu ne menace leur survie.
  • La survie dans les latitudes nordiques du lac Supérieur est moins certaine si l’on se fie à certains modèles climatiques.

Établissement :

  • Les carpes de roseau triploïdes ne devraient pas s’établir puisqu’elles sont stériles (en cas d’échec de la triploïdisation, les individus sont considérés comme des diploïdes).
  • Des données probantes indiquent que les conditions pourraient être propices à l’établissement de la carpe de roseau diploïde (notamment l’existence d’habitats de frai, le potentiel de croissance de la population et la survie hivernale aux premiers stades biologiques).
  • Un nombre relativement faible d’individus diploïdes de classes d’âge supérieures est nécessaire pour assurer l’établissement. La croissance de la population est tributaire avant tout de la survie des juvéniles.
  • Des signes de recrutement indiquent une probabilité élevée d’établissement dans le lac Érié dans un horizon de cinq ans.
  • Pour les lacs Michigan, Huron, Érié et Ontario, la probabilité d’établissement est considérée comme très élevée dans un horizon de 10 ans.
  • En revanche, la probabilité d’établissement dans 50 ans dans le lac Supérieur demeure faible étant donné la faible probabilité de survie hivernale et l’incapacité des individus de parvenir à maturité dans les conditions climatiques actuelles, défavorables à l’établissement.

Propagation :

  • Il n’existe pas d’obstacle connu à la propagation entre les lacs.
  • La propagation aux autres lacs du bassin des Grands Lacs est préoccupante en raison de l’arrivée de la carpe de roseau dans les lacs Érié et Michigan.
  • Des déplacements importants entre les lacs sont prévus dans un horizon de 10 ans (du lac Michigan au lac Huron). Ils dépendront surtout, entre les lacs Michigan, Huron et Érié, de l’habitat et de la nourriture disponible.
  • Des déplacements sont probables entre les lacs Huron et Supérieur et du lac Érié dans le lac Huron, mais moins probables entre les lacs Ontario et Érié (canal Welland).

Répercussions écologiques :

  • La consommation de plantes aquatiques par les carpes de roseau (des deux ploïdies) peut avoir des répercussions sur des éléments de la communauté biotique (prévisions de répercussions importantes pour 33 des 136 espèces de poisson et 18 des 47 espèces d’oiseau évaluées) et l’environnement abiotique.
  • En raison de leur incapacité à s’établir, les répercussions écologiques des carpes de roseau triploïdes ont été classées comme négligeables à l’échelle des lacs, pour toutes les périodes considérées.
  • Il convient de souligner que les effets peuvent être plus importants dans certaines zones humides si des carpes de roseau (diploïdes ou triploïdes) s’y regroupent.
  • Les répercussions écologiques seront fonction de la densité prévue des carpes de roseau dans chaque lac.
  • Les lacs Michigan, Huron, Érié et Ontario sont plus susceptibles de subir des répercussions écologiques croissantes dans 20 à 50 ans.

Risque global :

  • Dans les conditions actuelles, le risque global lié à la carpe de roseau triploïde varie de faible (lacs Supérieur, Huron et Ontario) à moyen (lacs Michigan et Érié) pour toutes les périodes.
  • Dans les conditions actuelles, le risque global lié à la carpe de roseau diploïde est faible pour tous les lacs dans un horizon de 5 ans, mais il passera à élevé pour le lac Ontario et à extrême pour les lacs Michigan, Huron et Érié dans un horizon de 50 ans.
  • Une hausse du taux d’arrivée provoquera une hausse de la réalisation et de l’ampleur du risque.
  • Les lacs Michigan et Érié présentent un risque plus élevé que les autres lacs.

Conclusions générales :

  • La carpe de roseau est arrivée dans le bassin des Grands Lacs (lacs Michigan et Érié) et le processus d’invasion a débuté.
  • L’apparition des pleines répercussions écologiques d’une population de carpes de roseau établie dans le bassin des Grands Lacs ne sera pas immédiate.
  • Des mesures de prévention immédiates seront plus efficaces, surtout si elles sont menées de concert avec des activités de lutte là où la carpe de roseau est déjà arrivée, afin de réduire la probabilité d’établissement, et de retarder ou de limiter les répercussions écologiques postérieures.

Le présent avis scientifique découle de la réunion du 1 au 3 juin 2015 sur l’Évaluation binationale du risque écologique de la carpe de roseau dans le bassin des Grands Lacs. Toute autre publication découlant de cette réunion sera publiée, lorsqu’elle sera disponible, sur le calendrier des avis scientifiques de MPO.

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